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Suffren de Saint-Tropez
(Pierre André, bailli de), célèbre marin né
au château de Saint-Cannat le 13 juillet
1726, mort à Paris
le 8 décembre 1788. D'une famille noble de Provence ,
il avait pour frère aîné un ecclésiastique,
Louis-Jérôme, né en 1722, qui devint évêque
de Sisteron (1760). Lui-même entra dans la marine, prit part à
la bataille de Toulon
(1741) et à celle de l'Etendrière où il fut pris (1748).
Il entra dans l'ordre de Malte ,
revint en France en 1751, prit part comme lieutenant de vaisseau à
l'expédition de Minorque (1756), fut pris à la bataille de
Lagos (violation d'un port neutre portugais par les Anglais) et bientôt
relâché. Il commanda la frégate l'Union dans
la croisière contre le Maroc
(1767), retourna à Malte, guerroya quatre ans contre les Barbaresques
et devint commandeur de l'ordre. Nommé capitaine de vaisseau (1772),
il commanda la Mignonne, puis, en 1776, l'Alcmène
et, dans l'escadre d'Estaing, le Fantasque (1778).
Chargé d'attaquer cinq frégates
anglaises dans la rade de Newport, il les força à s'échouer
et s'incendier, rejoignit d'Estaing à La Martinique
et se distingua au combat de Grenade
(6 juillet 1779) où ils regretta l'indécision de son chef.
Mis à la tête de l'escadre légère franco-espagnole,
il captura douze bâtiments anglais au cap Saint-Vincent
(9 août 1780). Les Anglais ayant enlevé aux Hollandais Negapatam
et menaçant Le Cap, ceux-ci firent appel à la France, et
Suffren fut envoyé avec cinq vaisseaux de ligne et une garnison
française. Sorti de Brest (avec de Grasse), il rencontra l'expédition
anglaise de Johnston (5 vaisseaux, 35 transports, etc.) au mouillage portugais
de Porto Praya (îles du Cap Vert), et par une brusque attaque (16
avril) lui fit perdre assez de temps, pour arriver avant lui au Cap et
mettre en état de défense cette colonie. De là, il
rejoint à l'île Maurice le
comte d'Orves, qu'il suit dans les mers de l'Inde et auquel il succède
à sa mort dans le commandement en chef de la flotte (février
1782).
Suffren y fait une des plus belles campagnes
de l'histoire navale; l'infériorité de ses officiers ne lui
permit pas d'obtenir dans les batailles les résultats préparés
par sa stratégie; le 17 février, il attaqua la flotte de
Hughes, près de Madras; le résultat fut indécis; le
12 avril, il l'attaqua près de Trinquemale et lui infligea des pertes
sérieuses; sans un port, il sut se réparer et se ravitailler,
et encourager l'allié des français Haïder Ali. Il refusa
de retourner à l'île Maurice, et le 5 juillet combattit de
nouveau Hughes devant Cuddalore; réparé le premier, grâce
à sa prodigieuse activité, Suffren reprit la mer après
une entrevue avec Haïder Ali (25 juillet), et, renforcé de
deux vaisseaux, s'empara de Trinquemale (31 août); une quatrième
bataille engagée le 3 septembre laissa un petit avantage aux Anglais,
à qui des renforts assurent ensuite la supériorité
numérique, bien que Suffren eût, de son côté,
été renforcé par Bussy. La mauvaise saison interrompait
les hostilités; Suffren se retira à Atchin (Sumatra), les
Anglais à Bombay .
Il reparut en janvier 1783 sur la côte d'Orissa, détruisit
un convoi anglais et captura le Coventry. Arès s'être
abrité à Trinquemale, il en sortit pour délivrer Cuddalore
(Gondelour) assiégé par les Anglais, et força par
le combat du 20 juin la flotte supérieure de Hughes à se
retirer, laissant en grand péril l'armée britannique qui
fut sauvée par la paix.
Suffren fit en France une rentrée
triomphale, acclamé à Toulon, fêté à
Versailles
par le roi, qui créa pour lui une quatrième charge de vice-amiral.
Il venait d'être appelé à commander une armée
navale formée à Brest lorsqu'il mourut subitement; on le
dit victime d'une attaque d'apoplexie, que son embonpoint rendait probable;
plus tard, le bruit se répandit qu'il avait succombé dans
un duel occasionné par ses anciens différends avec ses officiers
dans l'Inde. Suffren s'est fait un nom au premier rang des grands amiraux
par son inlassable énergie, son héroïsme, sa rapidité
d'action, sa hardiesse à assumer les responsabilités. Rompant
avec la tradition presque séculaire de son corps, il adopta résolument
la tactique offensive, visant la destruction des forces armées de
l'ennemi plutôt que le gain de quelque position. (A19). |
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