 |
Schneider
(Eugène), industriel et homme politique français, né
à Bidestroff (Meurthe-et-Moselle) en 1805, mort en 1875. Issu d'une
famille seigneuriale de Bidestroff, il entra jeune dans la maison de banque
du baron Seillière; fut chargé en 1830 de la direction des
forges de Bazeilles; devint bientôt après (1836), avec, son
frère aîné, gérant de l'usine du Creusot et
releva cet établissement qui était en pleine décadence;
resté seul gérant (1845-75), il en fit la plus grande usine
du monde. Les bâtiments occupent une surface de 21 hectares, comprenant
des hauts fourneaux, des aciéries, de grandes forges, des ateliers
de construction, etc. La production totale était de 190 000 tonnes
de fonte, et de 160 000 tonnes de fer et acier. Les houillères du
Creusot donnaient 190 000 tonnes de houille, et, avec les annexes, 715
000 tonnes. Dans la ville qui comptait 3000 habitants comme population
totale en 1837, le nombre seul des ouvriers s'élèva à
la mort de Schneider à près de 10 000 (ils vont à
15 000, avec les services extérieurs).
Schneider a institué pour cette
agglomération des écoles gratuites, des hospices et un ensemble
de services d'assistance qui lui valurent la grande médaille d'or
à l'Exposition universelle. A l'époque des traités
de commerce qui établirent le libre échange, il soutint énergiquement
la lutte avec l'Angleterre, et arriva à exporter près des
deux tiers des produits de l'usine dans toutes les parties du monde.
A la mort de son frère (1845), il
lui succéda comme conseiller général de Saôneet-Loire;
à la même époque, il entra dans la carrière
politique, devint député de l'arrondissement d'Autun,
et fit partie de la majorité ministérielle. Il se tint éloigné
des affaires publiques après la révolution de février
1848. Sous la présidence du prince Louis-Napoléon,
il fut appelé, comme ministre de l'agriculture et du commerce, à
faire partie d'un cabinet transitoire "composé d'hommes spéciaux"
(janvier-avril 1851); fut, après le 2 décembre, membre de
la Commission consultative; devint en 1852 candidat au Corps législatif;
fut élu député et bientôt nommé vice-président.
A la mort de Morny (1865), après la courte présidence de
Walewski, il fut choisi par l'Empereur comme président de cette
Assemblée, dont les suffrages le maintinrent au fauteuil quand le
droit de nommer son président lui fut rendu (décembre 1869).
Schneider déploya dans ces fonctions
des qualités exceptionnelles de courtoisie, de finesse, de fermeté
et de présence d'esprit: à la séance révolutionnaire
du 4 septembre, comme à la sortie, il fit preuve d'un courage et
d'un sang-froid qui le mettent à la hauteur des plus illustres présidents.
Il fut dignement secondé par son chef de cabinet, Bouillet, fils
de l'auteur du Dictionnaire ,
auquel on a emprunté cette notice. Dans les conseils de l'Empereur,
où il était fort écouté, Schneider représentait
l'opinion modérée. Après le 4 septembre 1870, il se
consacra tout entier à l'usine du Creusot, dont il doubla presque
en quelques années la production, et où il eut la satisfaction
de rendre des services signalés à la transformation de l'artillerie
francaise. Schneider était de plus membre du Comité de perfectionnement
des arts et manufactures, et régent de la Banque de. France, où
il joua un rôle prépondérant lors du renouvellement
de son privilège. Il laissa un fils, Henri Schneider, devenu gérant
du Creusot, et un petit-fils, Eugène Schneider, qu'il affectionnait
particulièrement. (Bouillet). |
|