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| Pierre-Paul Rubens
est un peintre flamand, né
à Siegen, près de Cologne Enfant, Rubens copia les figures de la
Bible
Pierre Paul Rubens, Autoportrait (ca. 1639). Le 5 mars 1603, Rubens partit en mission
semi-diplomatique, chargé de cadeaux pour le roi d'Espagne Devenu peintre de l'archiduc Albert (gouverneur
des Flandres
Descente de la croix, par Rubens, 1612. Il est à noter que Rembrandt a connu ce tableau, au moins par des copies, car son eau-forte de la Descente de croix, exécutée vingt et un ans après, le rappelle par bien des points, ainsi que ses Descentes de croix de Munich et de Saint-Pétersbourg. Dans ces ouvrages, tout comme dans le tableau d'Anvers, le poids du cadavre de Jésus porte sur son bras gauche retenu par en haut; la tête douloureuse s'incline lourdement sur l'épaule droite Joseph d'Arimathie soutient sous l'aisselle le bras droit qui retombe, tandis que saint Jean reçoit sur ses deux bras tout le bas du corps du supplicié. De pareilles analogies ne peuvent être
fortuites. Elles ne prouvent d'ailleurs que l'admiration d'un artiste pour
un autre, et elles ne gênent en rien l'originalité de l'emprunteur.
Rubens, resté profondément Flamand
par le choix de ses modèles, a mis dans sa Descente de croix;
certains mérites propres aux grands Italiens,
le parfait équilibre dans la combinaison des lignes et des masses,
parfois la vraie noblesse : Fromentin a pu
comparer le corps du Christ On a loué aussi, non sans justice,
dans ce tableau, la vérité de l'expression. Pourtant ici
une réserve est nécessaire : à notre avis, même
dans ses meilleurs ouvrages, Rubens met en scène de merveilleux
acteurs, aussi voisins de la nature qu'on le voudra, tandis que Rembrandt
nous fait voir les personnages eux-mêmes. Son eau-forte de 1633,
exécutée en grande partie par ses élèves, ne
peut lutter dans l'ensemble contre le chef-d'oeuvre d'Anvers Tous les genres intéressaient Rubens
: aux tableaux religieux et aux portraits
qu'il avait fait alterner avec les compositions
historiques, mythologiques et allégoriques, il allait ajouter
les natures mortes et les scènes
de chasse, par exemple la Chasse aux lions du musée de Munich,
d'une extraordinaire furie; en même temps, ses souvenirs de la chapelle
Sixtine (Vatican)
se retrouvaient dans la Chute des damnés et, le petit Jugement
dernier Rubens n'aurait pu suffire aux commandes
sans l'aide, d'élèves et, de collaborateurs qui exécutaient
en grand, sous ses yeux, ses incomparables esquisses : Van
Dyck et Jordaens peignaient les figures;
Snyders, Paul de Vos, les animaux;
Breughel de Velours, Jean Wildens, Martin Ryckaert,
le paysage. Nous citons les meilleurs. Quand
chaque élève avait rempli sa tâche dans la grande composition
destinée à devenir définitive, mais tenue encore dans
les tons clairs, le maître tantôt revenait sur la couleur
fraîche, tantôt - le plus souvent - reprenait le tableau déjà
sec et le faisait sien en y ajoutant des accents de dessin
ou d'effet, des touches plus hardies et plus transparentes, des ombres
plus intenses et plus profondes. Très honnête d'ailleurs,
Rubens variait ses exigences vis-à-vis des acheteurs selon sa part
de travail personnel. On trouve un curieux spécimen de ses «
prix courants » dans une lettre de 1618 à sir Dudley,
qui désirait échanger sa collection d'antiquités contre
des tableaux de lui.
Rubens - Vénus au miroir, 1616. Naturellement, la postérité a porté ses préférences sur les petites esquisses originales qui sont la pure expression de son génie, et sur les grandes compositions sorties entièrement de sa main; mais, parmi les autres, on trouve encore des chefs-d'oeuvre, témoin les Enfants ,jouant avec des fruits (vers 1619, Munich), où la guirlande de fruits est de Snyders, tandis que les enfants au modelé serré et l'harmonie générale sont du maître. La période de 1615 à 1621
est très féconde. Citons, entre autres, la Communion de
saint François (musée d'Anvers
L'Enlèvement des filles de Leucippe, par Rubens (ca. 1620). La maison qu'il avait achetée en
1611 et embellie renfermait des oeuvres de Titien,
Tintoret,
Véronèse,
Léonard,
Raphaël,
Ribera,
Holbein,
Antonio
Moro,
Van Eyck,
Vers la fin de 1621, il reçut la
commande des grandes compositions de la galerie du Luxembourg
Rubens et Isabella Brandt, par Rubens (1609). Jusqu'aux dernières années
du XIXe siècle, cette galerie du
Luxembourg Pour accomplir cette immense tâche, l'artiste se fit aider par ses élèves, le fait n'est pas douteux; mais il est non moins évident que Rubens, en cette circonstance, fit un puissant effort personnel et essaya de mettre dans ces immenses toiles la richesse et le charme qui caractérisent ses esquisses. Dans l'Henri IV recevant le portrait de Marie de Médicis, le roi est vraiment exquis de bonne grâce et de juvénile désinvolture; on sait quelle allure vraiment royale l'artiste a su donner à la reine dans le Mariage par procuration (Florence), plein d'ailleurs d'excellents portraits rajeunis de vingt-cinq ans ou reconstitués d'après des documents; le Couronnernent de la Reine contient aussi beaucoup de portraits (il semble vraiment que Rubens soit, parfois plus à l'aise quand il n'a pas la nature sous les yeux), mais c'est en même temps un délicieux, riche et sérieux bouquet de couleurs et de tons. On ne peut tout énumérer;
disons seulement que, dans la Naissance de Louis
XIII, les pieds nus de la reine, par leur élégance
et leur tonalité finement nacrée, ont excité l'admiration
passionnée de bien des artistes des écoles les plus diverses,
Delacroix
et Henner entre autres; que le Gouvernement de la Reine, si l'on
n'est pas trop exigeant pour le sens des allégories ni pour la noblesse
des types, mérite la place d'honneur qu'il occupe actuellement,
parce qu'il offre, au milieu d'un délicieux groupement pittoresque,
certains torses souples de femmes qui sont d'un grand modeleur; que dans
le Débarquement de
Marie
de Médicis, enfin, triomphale harmonie de personnages
princiers et royaux, de divinités marines, de Renommées aux
trompettes retentissantes, on éprouve autant de plaisir à
regarder les trois sirènes aux corps éblouissants fouettés
d'écume, que l'artiste a dû en éprouver quand, avec
l'aisance du génie, il les a fait naître sous son pinceau
joyeux et fier. Redisons-le, on pourra trouver çà et là,
dans ses voyages quelques tableaux isolés qui rivalisent franchement
avec tel ou tel de ces chefs-d'oeuvre : on ne rencontrera nulle part, signé
du nom de Rubens, un ensemble pareil. Infatigable, il avait trouvé
le moyen, en poursuivant cet énorme travail, d'exécuter l'Adoration
des mages (1624, musée d'Anvers), la charmante Fuite de Loth
(1625, Louvre), etc.
Rubens - Le Chapeau de paille (portrait de Susanna Lunden?), 1626. Devenu veuf, en juin 1626, d'Isabelle Brandt,
qui lui laissait deux fils, Rubens accepta, pour distraire son chagrin,
une mission politique secrète, vint à Paris
pour cela en décembre 1626, y retrouva le duc de Buckingham, qu'il
y avait vu en 1625 et qui lui acheta 100.000 florins sa collection d'oeuvres
d'art; passa en Hollande, sous prétexte de voir les peintres,
pour y rencontrer un envoyé anglais; en Espagne Nous n'avons pas parlé, jusqu'ici, d'un procédé auquel Rubens attachait de l'importance comme moyen de répandre sa renommée : la gravure. II en usa très peu lui-même, ce genre de travail étant beaucoup trop lent pour lui. Mais, dès 1619, il avait fait graver ses tableaux sous sa surveillance directe, par N. Swanenburg, J. Matham, J. Müller, Soutman; plus tard, par Pontius (Paul Dupont), Witdoeck, Marinus, Boèce, les deux Bolswert et Schelte; ces trois derniers plus spécialement pour le paysage. Mais rien ne vaut les gravures qu'il fit exécuter par Christoffel Jegher d'après ses dessins sur bois : l'Hercule terrassant l'Hydre de Lerne est un chef-d'oeuvre par le caractère et la noble tournure. Son mariage (6 décembre 1630) avec
Hélène Fourment, née le 14 avril 1614, fut, malgré
la disproportion des âges, le début d'une nouvelle ère
de bonheur pour Rubens. Les nombreux portraits
de sa jeune femme (musées de Munich, Ermitage, etc.) et, plus encore,
les innombrables compositions où il l'a reproduite sans voiles,
prouvent combien il était épris d'elle. Hélène
a probablement posé aussi pour les jeunes femmes élégamment
vêtues à la mode du temps, qu'il introduisit dans une de ses
oeuvres les plus lumineuses, le triptyque de Saint Hildefonse (musée
de Vienne) commandé en 1631 par l'archiduchesse devenue veuve. Presque
en même temps, comme pour montrer la variété de ses
aptitudes, Rubens exécutait la Cène
Hélène Fourment, par Rubens. Repris par la diplomatie à cause de la fuite de Marie de Médicis (1631) et des victoires du prince Fredéric-Henri sur les Espagnols (1632), Rubens revint à la peinture en 1633. Thomyris et Cyrus (Louvre) remonte peut-être a cette époque. L'Offrande à Vénus (musée de Vienne, vers 1635), riche composition, chef-d'oeuvre d'harmonie, de vie et de mouvement est peut-être le tableau où il a le mieux réalisé l'élégance des types et la grâce des lignes. Tout Watteau et presque tout l'art du XVIIIe siècle français sont sortis de cet ouvrage et du Jardin d'amour (Prado, 1635-1636), parc aux fraîches harmonies peuplé de seigneurs et de dames élégantes. Dans cette période, les « fêtes de la chair » battent leur plein; il serait long de les énumérer. Bornons-nous à citer deux portraits : celui de Rubens avec sa femme et leur enfant (1635, coll. A. de Rothschild), un de ses plus exquis chefs-d'oeuvre en ce genre est la Pelisse (vers 1636-1637, musée de Vienne), d'une fraîcheur inouïe, portrait de sa femme peu vêtue, s'enveloppant le milieu du corps dans une fourrure. La peinture religieuse ne perd pas ses
droits : en 1636 et 1637. il peint le Martyre de saint Liévien
et la Montée au calvaire (Bruxelles
La Fuite de Marie de Médicis, par Rubens, ca. 1625. On a souvent parlé de Rubens comme d'un fougueux improvisateur : rien n'est moins juste. Ambitieux avec mesure, il géra son oeuvre, comme sa vie et sa fortune. Les quinze cents ouvrages créés par lui furent, conçus sagement, préparés de même. Grand exemple pour les jeunes peintres. Son inspiration, plutôt « extensive » qu' «-intensive », était moins d'un luministe que d'un coloriste la pompe de l'ordonnance, la splendeur d'un jardin fleuri sous un éclatant soleil, voilà l'idéal au service duquel il mit une main étonnamment agile, jamais fiévreuse. Nous avons dit quel fut, aux bons moments, son culte de la forme. Si la noblesse de certains Italiens lui est étrangère, il sait, et un degré singulier, donner l'impression du mouvernent, de la vie débordante, parfois même, quoi qu'on en dise, de l'élégance; et s'il n'alla pas aussi loin qu'un Rembrandt ou qu'un Roger van der Weyden dans l'intimité de l'expression, il fut, à l'occasion, vraiment émouvant. C'était plus qu'il ne fallait pour le faire entrer dans le groupe des grands maîtres qui perpétuent les traditions et président aux renaissances.(L. Durand-Gréville). |
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