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Léopold Robert

Robert (Louis Léopold), peintre suisse né aux Eplatures, près de La Chaux-de-Fonds (canton de Neuchâtel, en Suisse), le 13 mai 1794, mort à Venise le 20 mars 1835. Élevé à la campagne, il passait ses journées, tout enfant, à crayonner des animaux. A sept ans, on l'envoya en pension à Porrentruy et, pris subitement pour l'étude de la même passion qu'il avait jusque-là montrée pour le dessin, il s'y adonna avec une opiniâtreté telle que sa santé, au bout de quelques années, s'en trouva gravement compromise. Ses parents, modestes ouvriers horlogers de la montagne, décidèrent alors de le rappeler près d'eux. Il acheva tant bien que mal son éducation à La Chaux-de-Fonds et, dès qu'il eut l'âge de travailler, il fut mis en apprentissage chez un ami de la famille, négociant à Yverdun. Mais le commerce n'était nullement son fait. Il tomba dans un désespoir profond, et force fut, pour la seconde fois, de le faire revenir au village natal. Charles Girardet, l'inventeur de la gravure sur pierre en relief, était alors de passage au Locle, son pays. Il l'emmena à Paris, pour lui apprendre son art (1810), et, après lui avoir inculqué, à sa manière, les premiers principes du dessin, l'envoya suivre les cours de l'École des beaux-arts. En même temps, le jeune Léopold fréquentait l'atelier de David, menant de front la peinture et la gravure et, en 1814, à vingt ans, il obtenait un second grand prix de gravure, en taille-douce. Il voulut tenter à nouveau le concours, l'année suivante, mais le comté de Neuchâtel, que Napoléon s'était fait céder neuf ans auparavant, n'appartenait déjà plus à la France, et, au dernier moment, il fut écarté comme étranger. Pour comble de malheur, David se trouva peu après exilé. 

Léopold Robert prit alors le parti d'aller se retremper, pour la troisième fois, dans sa famille. Pendant dix-huit mois, il peignit, à la Chaux-de-Fonds, des portraits, qui lui conquirent une certaine célébrité locale, et, en 1818, un mécène neuchâtelois, Roullet de Mézerac, lui avança la somme nécessaire à un long séjour en Italie. Durant les trois premières années qu'il passa à Rome, il resta incertain sur la voie à suivre. Il était parti pour dessiner des fresques, dont il exécuterait ensuite les planches, mais la palette continuait à le hanter, et une circonstance, à tous égards heureuse, vint décider définitivement de sa vocation : il obtint du gouverneur des Thermes de Dioclétien, où se trouvaient enfermés, au nombre de deux cents, des brigands de la Terracine et leurs familles, récemment capturés, de s'installer, avec ses toiles et ses pinceaux, parmi eux, et il se mit à peindre ces montagnards, leurs femmes et leurs enfants. Ces premières esquisses eurent un grand succès. En 1822, il en envoya plusieurs au Salon, à Paris, où elles lui servirent de début, et, la même année, il commença, à la demande d'un amateur, une grande composition, Corinne improvisant au cap Misène, qu'il défit et refit cent fois, jusqu'à aboutir, de corrections en corrections, à son Improvisateur napolitain, l'une de ses quatre toiles principales, exposée au Salon de 1824, où elle souleva une vive admiration.
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Léopold Robert, Le Retour du pèlerinage à la Madone de l'Arc, 1827
Léopold Robert, Le Retour du pèlerinage à la Madone de l'Arc, 1827.

Léopold Robert conçut ensuite le projet de synthétiser, en quatre tableaux, les quatre saisons de l'année et les quatre principaux peuples de l'Italie. Le Retour du pèlerinage à la Madone de l'Arc (ci-dessus), exposé au Salon de 1827 et acheté 6000 F pour le musée du Luxembourg par Charles X, et la Halte des moissonneurs dans les marais Pontins, exposé au Salon de 1831 et acheté 8000 F par Louis-Philippe, furent les deux premiers de la série, celui-là, fait à Ischia, personnifiant le printemps et les Napolitains, celui-ci, où la joie exulte, l'été et les gens de la campagne romaine. Le dernier surtout, tant popularisé depuis par la gravure, eut un succès colossal, qui devait éclipser l'Enterrement d'un aîné de famille de paysans romains, considéré cependant par quelques critiques comme le chef-d'oeuvre de l'artiste, et, à l'issue du Salon, le roi attacha lui-même la croix de la Légion d'honneur sur la poitrine de Léopold Robert, venu à Paris pour assister à son triomphe. Mais déjà un mal d'amour, une passion funeste le minait. A Florence, il avait donné des leçons à la princesse Charlotte Bonaparte, fille du roi Joseph et femme de Louis-Napoléon, qui était une admiratrice enthousiaste de son talent. Dans l'intimité du travail et des longues conversations, il s'en était peu à peu épris, et lorsque, en 1831, elle devint tragiquement veuve, il nourrit quelque temps l'espoir de s'en faire agréer. Mais il comprit que la distance était trop grande, qu'un abîme les séparait; il eut le réveil du Tasse et, au retour de Paris, il ne demeura que quelques semaines à Florence, partant cacher à Venise, où il arriva au commencement de 1832, son immense douleur. Il tomba dès lors dans une profonde mélancolie, qui aviva encore son talent, tout en attristant son oeuvre. 

Pour son tableau de l'hiver, qui devait d'abord, dans sa pensée, représenter les fêtes du carnaval à Venise, il choisit un sujet nouveau, mieux en rapport avec les dispositions de son esprit : Départ des pêcheurs de l'Adriatique pour la pêche au long cours. Ce fut sa dernière production, en même temps que le dernier morceau de sa tétralogie, demeurée inachevée. Le 20 mars 1835, à quarante et un ans, en pleine gloire et en plein triomphe, il se coupa la gorge, dans un accès de désespoir, dix ans jour pour jour après le suicide de son frère cadet, Alfred, qu'il chérissait fort et qui s'était tué, lui aussi, à la suite de chagrins intimes. Les Pêcheurs de l'Adriatique, cette oeuvre si douloureusement impressionnante, parurent au Salon de 1836. L'année précédente, Léopold Robert, qui avait exposé tous les ans depuis 1827, avait encore envoyé, avec un succès qui ne se démentit jamais, Deux jeunes filles napolitaines se parant pour la danse et Deux jeunes Suissesses caressant un chevreau. Il était membre de plusieurs Académies : de celles de Berlin et de Venise notamment. Son corps fut inhumé sous une simple pierre tumulaire, dans la petite île du Lido, tout près de Venise.
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Léopold Robert : portrait de jeune fille.
Léopold Robert, Portrait d'une jeune fille, 1822.

Le talent de Léopold Robert a été fort discuté. Admirateur sincère des ouvrages de l'Antiquité et des grands maîtres, il professait, en même temps, un amour vivace de la nature, qui a imprimé à tous ses tableaux une grâce, un inattendu et une originalité qui en sont comme les caractéristiques. On lui a reproché, par contre, un manque d'inspiration, une indécision, qui se traduisaient par des tâtonnements sans fin et qui ont rendu sa composition quelque peu apprêtée, En outre, les contours sont souvent secs et la couleur rocailleuse. Mais si sa célébrité a été suivant l'opinion de quelques-uns, beaucoup au-dessus de son mérite, il convient, du moins, de reconnaître qu'il ne la rechercha pas, car il était très timide et, dans la vie, s'effaçait. Il travaillait, on le sait, fort lentement. Cependant, grâce à son activité, et malgré sa courte carrière, le nombre de ses toiles est considérable. Les plus célèbres : l'Improvisateur napolitain, la Madone de l'Arc et le Départ des Moissonneurs, les Pêcheurs de l'Adriatique, sont au musée du Louvre. Le musée de Nantes possède les Petits Pêcheurs de grenouilles, l'Ermite du mont Epomer, les Baigneuses de l'île de Sora, la Religieuse debout; celui d'Avignon, un Portrait d'un ami du peintre; celui de Neuchâtel, la Basilique de Saint-Paul hors les Murs, à Rome, après l'incendie de 1823, une Rue italienne, etc.

Il y a encore de ses tableaux dans beaucoup de galeries particulières des grandes villes de l'Europe : la collection Marcotte, entre autres, en renfermait beaucoup. Parmi ceux que nous n'avons pas déjà cités, les Pèlerins se reposant dans la campagne de Rome appellent une mention spéciale; c'est, dans son cadre restreint, une composition à la fois charmante et magistrale, qui se rapproche un peu de la manière de Michel-Ange. Léopold Robert avait été aussi, nous l'avons dit, graveur, et il a laissé un cahier d'eaux-fortes représentant des types napolitains, ainsi que diverses lithographies faites en 1830 et 1831 pour l'artiste : Brigand napolitain, l'improvisateur, etc. La plupart de ses toiles ont été elles-mêmes reproduites par quelques graveurs célèbres, comme Zachée Prévost et Mercuri. Le premier a, de plus, gravé ses traits.

Son plus jeune frère et élève, Aurèle, né aux Eplatures le 18 décembre 1805, mort à Bienne le 21 décembre 1871, a été à la fois un peintre d'intérieur et un dessinateur distingué. Venu à Rome en 1822, auprès de Léopold, il ne le quitta plus guère jusqu'à sa mort. On lui doit notamment  le Baptême dans l'église Saint-Marc (1842) et  une suite très intéressante de dessins reproduisant toutes les toiles de Léopold et exécutés sous la direction de celui-ci en vue de la gravure de son oeuvre complet.  (L. S.).

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