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Renard

Jean-Augustin Renard est un architecte français, né à Paris en 1744, mort à Paris le 24 janvier 1807. Elève des architectes David Le Roy et Le Carpentier ainsi que du peintre Halé, Renard obtint deux fois le second grand prix, en 1770 et en 1772, sur des projets d'Arsenal et de Palais pour un prince, puis le premier grand prix en 1773 sur un projet de Pavillon d'agrément pour un souverain. Pensionnaire de Rome, il fit, dans cette ville, de nombreux dessins pour le Voyage pittoresque en Italie de l'abbé Saint-Non (Paris, 1781-1786, 5 volumes). 

A son retour en France, il fut nommé inspecteur des bâtiments du roi et fut adjoint, en 1785, à Guillaumot, son beau-père, pour l'inspection des carrières. Il entra à l'Académie royale d'architecture en 1792, et devint architecte du département de la Seine, inspecteur général de la grande voirie et membre du Comité consultatif des bâtiments impériaux. On lui doit, en collaboration avec Brébion, la restauration des bâtiments de l'Observatoire de Paris, et seul, les écuries royales de Sèvres et de Saint-Germain-en-Laye, la décoration des hôtels d'Orsay, rue de Varenne, et de Bénevent, rue d'Anjou; l'adjonction d'une galerie à l'hôtel des Relations extérieures, rue du Bac, et la restauration des châteaux de Valençay et d'Armainvilliers, ces dernières oeuvres publiées dans Kralft : Plus beaux jardins et Architecture civile (Paris, 1809-1812). (Ch. Lucas).

Jean-Baptiste-Christian-Bruno Renard est un architecte belge, né à Tournai le 23 décembre 1781, mort en 1852. Elève de Charles Percier, Renard, qui fut nommé en 1820 architecte de la ville de Tournai et chargé, de 1842 à 1852, des travaux de restauration de la cathédrale, fit élever de nombreux édifices parmi lesquels le portique dorique de la salle de concert de la place du Parc, le couvent des Dames de Saint-André et la manufacture des tapis, à Tournai, et, pour les houillères du Grand-Hornu, près Mons, les plus anciennes maisons ouvrières de Belgique et peut-être du XIXe siècle. Professeur de dessin, il publia un Cours de dessin linéaire à l'usage des Ecoles ( Tournai, 1827, in-4), et une Monographie de Notre-Dame de Tournai (Tournai, 1852), en même temps qu'il collaborait avec Moke à la Belgique monumentale (1848) et à d'autres ouvrages. (Ch. Lucas).
Bruno-Jean-Baptiste-Joseph Renard est un général belge, né à Tournai en 1804, mort à Bruxelles en 1879. Il entra dans le corps d'état-major et parvint rapidement au grade de général et d'aide de camp du roi. Il détint deux fois le portefeuille de la guerre dans les cabinets libéraux formés par Frère-Orban de 1868 à 1870, et en 1878. 

Il publia un grand nombre de travaux estimables, dont voici les principaux : Histoire politique et militaire de la Belgique (Bruxelles, 1847); Réponse aux allégations anglaises sur la conduite des troupes belges en 1815 (ibid., 1855); De l'identité de race des Gaulois et des Germains (ibid., 1856-1859, 2 volumes); Considérations sur la tactique de l'infanterie en Europe (Paris, 1857).

Jules Renard est un auteur dramatique français, né à Paris en 1843, mort à Sèvres en 1877. Il fut d'abord banquier à Versailles, puis à Paris; en 1850, il commença à écrire pour le théâtre et fit représenter successivement de nombreux vaudevilles et des revues, on particulier au Palais-Royal. On peut citer de lui : le Chemin des amoureux, Chérubin (1852), Un Tailleur pour dames (1864), Une Noce sur le carré (1868), Un Lit pour trois (1874), etc.
Georges-François Renard est un écrivain français, né à Amillis (Seine-et-Marne) le 21 novembre 1847, mort à Paris le 17 octobre 1930. Il fit d'excellentes études et entra premier à l'Ecole normale en 1867; il s'engagea pendant la guerre de 1870, prit part à la Commune comme secrétaire de Rossel au ministère de la guerre et se réfugia en Suisse

En 1875, il fut nommé professeur de littérature française à l'Académie de Lausanne. Il publia la même année : Influence de l'antiquité classique sur la littérature française à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle; en 1879, son poème, la Poésie et la Science, fut couronné par l'Académie française, qui obtint pour lui l'amnistie. G. Renard rentra en France et professa à l'école Monge, puis à J.-B. Say. 

En 1887, il revint en Suisse, à Lausanne, et devint, en 1889, doyen de la Faculté des lettres. Il a publié dans la Nouvelle Revue des articles de critique littéraire, réunis sous le titre : Princes de la jeune critique (1890). Il a fait paraître aussi des Etudes sur la France contemporaine (1888). (Ph. B.).

Jules Renard est un écrivain français, né à Châlons-sur-Mayenne le 22 février 1864, mort en 1910. Fils d'un entrepreneur de travaux, il se prépara pour l'École normale, puis fut employé dans un entrepôt de marchandises et enfin se consacra à la littérature. 

Il écrivit des vers, des croquis, des romans, fut un des fondateurs du Mercure de France (1890), et collabora à divers journaux. Sa fantaisie, volontairement pointue et sèche, n'est jamais qu'une forme imprévue de l'observation. 

Il a débuté par un petit volume de vers : les Roses, puis a publié successivement des volumes de nouvelles et des romans d'un tour très original qui a été remarqué aussitôt par les lettrés. On le range parmi les humoristes, bien que le pessimisme secret et l'ironie amère qui se cachent au fond de ses brefs récits, sans emphase d'aucune sorte, l'élèvent bien au-dessus du simple humour. 

On lui doit : Crime de village (1888), Sourires pincés (1890); l'Ecornifleur, roman, Coquecigrues, la Lanterne sourde (1893), le Coureur de filles (1894); le Vigneron dans sa vigne et Poil de carotte (1894), l'oeuvre qui a le plus contribué à sa réputation et dans laquelle il a créé le type d'enfant souffre-douleur; Histoires naturelles (1896); la Maîtresse (1896); Bucoliques (1898); les Philippe (1907); Nos frères farouches (1908); Ragotte (1909).
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Le Chasseur d'images

 « Il saute du lit de bon matin, et ne part que si son esprit est net, son coeur pur et son corps léger comme un vêtement d'été. Il n'emporte point de provisions. Il boira l'air frais en route et reniflera les odeurs salubres. Il laisse ses armes à la maison et se contente d'ouvrir les yeux. Les yeux servent de filets où les images s'emprisonnent d'elles-mêmes.

La première qu'il fait captive est celle du chemin qui montre ses os, cailloux polis, et ses ornières, veines crevées, entre deux haies riches de prunelles et de mûres.

Il prend ensuite l'image de la rivière. Elle blanchit aux coudes et dort sous la caresse des saules. Elle miroite quand un poisson tourne le ventre, comme si on jetait une pièce d'argent, et, dès que tombe une pluie fine, la rivière a la chair de poule.

Il lève l'image des blés mobiles, des luzernes appétissantes et des prairies ourlées de ruisseaux. Il saisit au passage le vol d'une alouette ou d'un chardonneret. Puis il entre au bois. Il ne se savait pas doué de sens si délicats. Vite imprégné de parfums, il ne perd aucune sourde rumeur, et, pour qu'il communique avec les arbres, ses nerfs se lient aux nervures des feuilles.
Bientôt, vibrant jusqu'au malaise, il perçoit trop, il fermente, il a peur, quitte le bois et suit de loin les paysans mouleurs regagnant le village. Dehors, il fixe un moment, au point que son oeil éclate, le soleil qui se couche et dévêt sur l'horizon ses lumineux habits, ses nuages répandus pêle-mêle.

Enfin, rentré chez lui, la tête pleine, il éteint sa lampe et longuement, avant de s'endormir, il se plaît à compter ses images.

Dociles, elles renaissent au gré du souvenir. Chacune d'elles qui s'agite en éveille une autre, et sans cesse leur troupe phosphorescente s'accroît de nouvelles venues, comme des perdrix poursuivies et divisées tout le jour chantent le soir, à l'abri du danger, et se rappellent au creux des sillons. »
 


L'Alouette

« Je n'ai jamais vu d'alouette et je me lève inutilement avec l'aurore. L'alouette n'est pas un oiseau de la terre. Depuis ce matin, je foule les mottes et les herbes sèches. Des bandes de moineaux gris ou de chardonnerets peints à vif flottent sur les haies d'épines.

Le geai passe la revue des arbres dans un costume de préfecture. Une caille rase les luzernes et trace au cordeau la ligne droite de son vol.

Derrière le berger qui tricote mieux qu'une femme, les moutons se suivent et se ressemblent.

Et tout s'imprègne d'une lumière si neuve que le corbeau, qui ne présage rien de bon, fait sourire.

Mais écoutez comme j'écoute.

Entendez-vous quelque part, là-haut, piler dans une coupe d'or des morceaux de cristal?

Qui peut me dire où l'alouette chante?

Si je regarde en l'air, le soleil brûle mes yeux. 

Il me faut renoncer à la voir.

L'alouette vit au ciel, et c'est le seul oiseau du ciel qui chante jusqu'à nous. »
 



Le Coq

« Il n'a jamais chanté. Il n'a pas couché une nuit dans un poulailler, connu une seule poule.

Il est en bois, avec une patte de fer au milieu du ventre, et il vit, depuis des années et des années, sur une vieille église comme on n'ose plus en bâtir. Elle ressemble à une grange et le faîte de ses tuiles s'aligne aussi droit que le dos d'un boeuf.

Or, voici que des maçons paraissent à l'autre bout de l'église.

Le coq de bois les regarde, quand un brusque coup de vent le force à tourner le dos.

Et, chaque fois qu'il se retourne, de nouvelles pierres lui bouchent un peu plus de son horizon.

Bientôt, d'une saccade levant la tête, il aperçoit, à la pointe du clocher qu'on vient de finir, un jeune coq qui n'était pas là ce matin. Cet étranger porte haut sa queue, ouvre le bec comme ceux qui chantent, et l'aile sur la hanche, tout battant neuf, il éclate en plein soleil.

D'abord les deux coqs luttent de mobilité. Mais le vieux coq de bois s'épuise vite et se rend. Sous son unique pied, la poutre menace ruine. Il penche, raidi, près de tomber. Il grince et s'arrête.

Et c'est le tour des charpentiers.

Ils abattent ce coin vermoulu de l'église, descendent le coq et le promènent par le village. Chacun peut le toucher, moyennant cadeau.

Ceux-ci donnent un oeuf, ceux-là un sou, et Mme Loriot une pièce d'argent.

Les charpentiers boivent de bons coups, et, après s'être disputé le coq, ils décident de le brûler.

Lui ayant fait un nid de paille et de fagot, ils y mettent le feu. Le coq de bois pétille clair et sa flamme monte au ciel qu'il a bien gagné. »
 

(J. Renard, extraits des Histoires naturelles).

Il a donné au théâtre de petites pièces : la Demande, avec Docquois (1895); Une femme qui bégaie (1897); le Plaisir de rompre (1897), qui eut un vif succès; le Pain de ménage (1899, sur de petites scènes); Poil de carotte (1900, au théâtre Antoine); Monsieur Vernet (1903); la Lanterne sourde et les Coquecigrues (1906); Huit jours à la campagne, comédie en un acte (1906); la Bigotte (1909). 

Jules Renard est un auteur classique, de la bonne lignée française; tout ce qu'il a publié est soigné et d'une haute tenue littéraire; d'une sincérité et d'un naturel parfait, il témoigne en toutes ses oeuvres d'un sentiment profondément humain, qu'il parle des hommes ou de la campagne qu'il aime; sa tendresse discrète s'exerce sur les animaux dont il est un observateur aussi minutieux que spirituel. L'extrême pudeur de sa sensibilité, qui fait parfois croire à un peu de sécheresse, en même temps que le réalisme auquel elle s'allie, composent le talent le plus original. 

Il a été élu membre de l'Académie des Goncourt en 1907. (Ph. B. / G.-F.).

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Dictionnaire biographique
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