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Les
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| Marco Polo |
| Aperçu | Le voyage des Polo | De retour à Venise | La relation du voyage |
| La
relation du voyage de Marco Polo
Il est temps de nous occuper de la relation
du voyage de Marco Polo; elle fut traduite en plusieurs langues et lue
avec avidité, mais on y ajouta peu de foi. L'opinion générale
était que notre voyageur avait profité du privilège
de ceux qui parlent des contrées qu'eux seuls ont visitées,
et qui, par conséquent, ne peuvent craindre de contradicteur. Plusieurs
mirent en doute la réalité de ses voyages, et ceux qui lui
étaient le plus favorables pensaient que, pour exciter davantage
la curiosité, il avait exagéré, et que même
dans beaucoup d'endroits son livre n'était qu'un tissu de mensonges
et de fables invraisemblables. La persuasion à cet égard
était si forte, si universelle que les amis et les parents de Marco
Polo la partageaient et qu'à son lit de mort ils le supplièrent,
pour le salut de son âme, de rétracter tout ce qui se trouvait
dans sa relation, ou au moins de désavouer les passages que tout
le monde regardait comme de pures fictions. Marco Polo déclara dans
ce moment suprême que, loin d'avoir déguisé ou exagéré
la vérité, il n'avait pas dit la moitié des choses
extraordinaires dont il avait été témoin. Ce fait
curieux est attesté par Jacopo d'Acqui, dans sa chronique, et explique
pourquoi Marco Polo n'a pas parlé de la Muraille de Chine Cependant comme chaque jour les notions
sur les pays décrits par Marco Polo confirmaient de plus en plus
ce qu'il avait dit, les cosmographes les plus instruits s'en emparèrent;
et, malgré la briéveté et le peu d'ordre de ses descriptions,
ils dessinèrent d'après elles sur leurs cartes
comme d'après les seules sources authentiques toutes les contrées
de l'Asie Le Cathay Cependant, les découvertes des Anglais
et celles des Russes, rendirent à
partir du milieu du XIXe siècle
l'ouvrage de Marco Polo tout à fait inutile pour la géographie
positive, puisqu'on disposait désormais sur toutes les contrées
qu'il avait visitées des matériaux plus nombreux et plus
abondants; mais cette relation restait toujours comme un monument intéressant
pour l'histoire de la géographie et pour celle des Etats. La manière
d'aborder le texte du voyageur s'inversa. On ne se préoccupa plus
d'y chercher des informations géographiques, mais au contraire,
à la lumière des informations géographiques dont on
disposait par ailleurs, de reconstituer le plus précisément
possible l'intinéraire de Marco Polo sur une carte moderne. Une
tâche plus difficile qu'on aurait pu le croire. Ainsi, par
exemple, les premiers chercheurs qui se sont engagés dans cette
voie, se sont contentés de comparer les voyages et les cartes
modernes avec la relation du voyageur vénitien, et de la seule ressemblance
des noms on a conclu l'identité des lieux. Ils ont ainsi oublié
que dans l'empire chinois Pour bien expliquer la géographie de Marco Polo, il a fallu se proposer un but plus grand, plus important. Il a été nécessaire s'attacher à éclaircir d'abord la géographie des Arabes, car c'est surtout d'après leurs notions réelles ou systématiques que Marco Polo a parlé des parties méridionales et des îles d'Asie, ainsi que des côtes orientales d'Afrique et de la grande île qui en est voisine. Il a fallu encore, d'après les historiens et géographes d'Orient, éclaircir la géographie de l'Asie au XIIIe siècle et comparer les descriptions de ces auteurs avec des cartes dressées d'après tous les documents modernes, tant asiatiques qu'européens, et retrouver toutes les dénominations alors en usage; par là on est parvenu, au moins en grande partie, à suivre géographiquement l'histoire de Gengis-Khan et de ses successeurs; on a acquis une idée beaucoup plus précise de l'étendue et des limites des différents Etats qui à cette époque ont été successivement détruits et élevés sur les débris les uns des autres. Un autre obstacle de taille a été
que le texte originel de Marco Polo n'est pas même connu. En effet,
non seulement on ignore quel est ce texte, mais dans quelle langue ce voyageur
a composé sa relation. Ramusio affirme
que Rustigielo (Rusticien) avait écrit sous sa dictée en
latin, que ce premier texte été traduit ensuite en langue
italienne vulgaire, retraduit en latin, d'après cette traduction
italienne, par François Pipinus de Bologne Après toutes ces conjectures, il en est une qui les concilierait toutes : c'est que Marco Polo, qui a survécu plus de vingt ans à la première dictée de sa relation en 1298, et qui parlait diverses langues, a pu, après avoir rédigé sa relation en vénitien, sa langue maternelle, traduire ou faire traduire sous ses yeux, en diverses langues, cette même relation, et y faire à chaque fois des changements et des additions. Ceci expliquerait pourquoi les manuscrits diffèrent entre eux dans plusieurs passages, et même par l'ordre et par le nombre des chapitres qu'ils renferment. Huit ans après la rédaction
faite par Rusticien, Thiébaud de Cépoy donna une nouvelle
édition de l'ouvrage de Marco Polo, d'après une relation
plus correcte que celui-ci lui avait envoyée. Toutes les autres
rédactions, latines, vénitiennes ou toscanes, sont des copies
ou des abrégés du travail de Rusticien de Pise ou du texte
de Thiébaud de Cépoy. La 1re
édition
latine est présumée être de Venise |
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© Serge Jodra, 2007. - Reproduction interdite.