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Marco Polo
Aperçu Le voyage des Polo De retour à Venise La relation du voyage
De retour à Venise

Tout ce que nous venons de dire sur le aventures de Marco Polo et de sa famille est puisé dans l'ouvrage même de ce voyageur, dont tout atteste la bonne foi et l'exactitude; ce que nous ajouterons repose principalement sur la tradition recueillie deux siècles et demi après sa mort, par Ramusio, son savant éditeur. Lorsque les Polo arrivèrent dans leur palais, ils le trouvèrent occupé par plusieurs de leurs parents qui s'en étaient mis en possession, d'après la persuasion où tout le monde était qu'ils avaient cessé d'exister. Ces parents ne purent les reconnaître, tant l'âge et les fatigues les avaient tous changés, tant ils ressemblaient à des Mongols par leur accoutrement, leur teint hâlé et même leur langage; car ils avaient en partie oublié leur langue maternelle et ils ne la parlaient qu'avec un accent étranger et avec un mélange de mots barbares. Mais ils convoquèrent une assemblée de tous ceux qui les avaient connus autrefois et après avoir raconté leurs aventures, ils étalèrent une quantité prodigieuse de rubis, de saphirs, d'escarboucles, d'émeraudes et de diamants, qu'ils avaient rapportés, cousus dans l'intérieur de leurs vêtements les plus grossiers. 

A la vue de ces richesses incalculables, on ne forma plus aucun doute sur la vérité de leur récit; le bruit de leur retour se répandit dans la ville, et une foule d'habitants de tous les rangs se portèrent à leur palais pour les voir et les féliciter. La considération dont ils jouissaient s'accrut encore par le succès de leur entreprise. Maffio, le plus âgé d'entre eux, fut pourvu d'un des principaux emplois de la magistrature. Les jeunes gens des meilleures familles de Venise recherchèrent la société de Marco, comme le plus jeune et le plus aimable des Polo. Ils se plaisaient à l'entendre parler du Cathay, de Grand Khan et de toutes les choses extraordinaires et merveilleuses qu'il avait vues dans ses voyages; et comme, lorsqu'il évaluait le nombre des sujets du vaste empire des Mongols, il ne pouvait s'exprimer que par millions, il en reçut le nom de Messer Marco Millioni ou, selon l'orthographe moderne, Milione. Ramusio atteste que, de son temps, le palais de la famille Polo existait encore à Venise, dans la rue Saint-Jean Chrysostome, et y était connu sous le nom de le Corte del Millioni. Quelques-uns attribuent, non sans beaucoup de vraisemblance, ce surnom populaire donné aux Polo à leurs grandes richesses, et le considèrent comme le synonyme du mot francais millionnaire
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Marco Polo.

Peu de mois après l'arrivée des Polo à Venise, on apprit qu'une flotte de Gênes, commandée par Lamba Doria, avait paru dans l'île de Curzola, sur les côtes de Dalmatie. Venise équipa sur-le-champ une flotte composée d'un nombre de galères plus grand que celui des Génois. Le commandement d'une de ces galères fut confié à Marco Polo comme à un marin expérimenté. Les deux flottes se rencontrèrent et une bataille eut lieu. La flotte vénitienne fut battue; son chef, Dandolo, fut pris ainsi que Marco Polo, qui s'était courageusement porté en avant pour rompre l'escadre ennemie et qui, ne se trouvant pas suffisamment secondé, fut blessé et fait prisonnier. On l'emmena à Gênes, où sa célébrité lui attira la visite de tout ce qu'il y avait de plus distingué dans la ville.

On s'efforça, par tous les moyens possibles, d'adoucir sa captivité et on lui prodigua généreusement tout ce qui pouvait être nécessaire à ses besoins. A Gênes comme à Venise on fut avide d'entendre le récit de ses aventures et on ne se lassait pas de l'écouter lorsqu'il parlait du Grand Khan, de la splendeur de sa cour et du vaste empire de Cathay. 

Heureusement pour les progrès des sciences, Marco Polo s'ennuya de répéter toujours les mêmes choses, et, voulant se délivrer de toute importunité, il suivit le conseil de plusieurs personnes qui l'engageaient à mettre par écrit ce qu'il avait si souvent raconté. Alors il fit venir de Venise les notes originales qu'il avait rédigées pendant ses voyages et qui étaient restées entre les mains de son père, et, selon la tradition recueillie par Ramusio, confirmée par la Chronique d'Acqui, ou peut-être puisée dans cette chronique, Marco Polo dicta la relation que nous avons de lui à un noble Génois, nommé Rustighelo ou Rustigielo, que le désir de connaître des contrées lointaines avait amené d'abord près de notre voyageur, mais qui, ensuite devenu son ami, allait tous les jours passer plusieurs heures avec lui pour lui tenir compagnie. Selon une autre tradition, autorisée par un manuscrit fort ancien, ce fut à un de ses compagnons prisonniers, natif de Pise, que Marco Polo dicta la relation de ses voyages. Quoi qu'il en soit, on s'accorde à dire que cette relation fut écrite en 1298 et qu'il en circula dès lors plusieurs copies. 
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Venise : portail byzantin.
La (seconde) cour du Million, à Venise : le quartier où vivait Marco Polo...
© Photos : Serge Jodra, 2012.

Le père et l'oncle de notre voyageur, qui avaient formé le projet de le marier, virent avec beaucoup de peine le plan formé pour l'honneur de leur maison dérangé par sa captivité. Ils firent de vains efforts pour la faire cesser. Les sommes considérables qui ils offrirent à cet effet furent refusées et ils craignaient qu'elle ne se terminàt qu'avec sa vie. Les deux frères délibérèrent alors sur le parti qu'il leur fallait prendre pour satisfaire leur désir d'avoir des héritiers directs, auxquels ils pussent espérer de transmettre leur nom et leurs immenses richesses. Il fut convenu entre eux que Nicolo, déjà àgé, mais d'une constitution vigoureuse, se marierait en secondes noces. 

Quatre ans après ce mariage, Marco Polo, par la seule intercession de tout ce qu'il y avait d'estimable et d'illustre dans la ville de Gênes, fut mis en liberté et retourna à Venise. A son arrivée dans la maison paternelle, il se trouva avoir trois frères nommés Stéfano, Maffio et Giovanni, qu'il ne connaissait pas et que son père avait eus de sa seconde femme pendant son absence. Marco Polo, en fils respectueux et tendre et en homme sage et prudent, vécut en parfaite intelligence avec cette nouvelle famille. Lui même se maria, il eut deux filles, dont l'une s'appelait Moretta et l'autre Fantina, noms qui ne sont probablement que les sobriquets par lesquels on les désignait dans leur enfance.

Lorsque Nicolo Polo eut terminé ses jours, son fils Marco lui érigea un tombeau en pierre, sous le portique de l'église de San Lorenzo. Ce monument existant encore du temps de Ramusio, qui le vit ainsi que l'inscription, constatait que c'était la tombe du père du voyageur Marco Polo. Ramusio a négligé de nous apprendre l'année de la mort de celui auquel ce monunument fut élevé. Nous ne savons pas non plus a quelle époque Marco Polo cessa de vivre; on a dit seulement que son testament était daté de l'an 1323, et l'on place sa mort l'année suivante; alors il aurait vécu 70, s'il est bien né en 1254 (mais certains auteurs le font naître en 1255). Quant aux autres membres de cette illustre famille, on sait que l'aîné, Marco, était mort peu de temps après le départ de ses deux frères pour Constantinople, puisque ce fut en l'honneur de sa mémoire que la mère de notre voyageur voulut qu'il reçût en naissant le nom de cet oncle. Des trois frères de Marco Polo, que son père eut de son second mariage, un seul, Maffio, eut des enfants. Sa famille consistait en cinq fils et une fille nommée Marie. Tous ses fils moururent sans laisser de postérité, et Marie, après la mort du dernier de ses frères, qui se nommait aussi Marco, comme notre voyageur, hérita en 1417 de tous les biens des Polo. Ainsi s'éteignirent le nom et la descendance directe par les mâles de cette illustre famille. L'héritière du nom de Polo s'allia avec la famille de Trivisino, une des plus nobles et des plus considérables de la république de Venise. 

Les armes de la famille des Polo étaient d'azur, à la bande d'argent, avec trois corneilles de sable. Il n'existe pas de portrait authentique de Marco Polo, ni de son père, ni de ses oncles; ceux qu'on a peints ou gravés sont de pure imagination. Voilà tout ce qu'on sait sur Marco Polo et sur sa famille. (Z.).

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Dictionnaire biographique
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