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Pithou

Les Pithou sont une famille de jurisconsultes français qui vécurent au XVIe siècle. Cujas a dit que cette famille était un séminaire de grands hommes. On en trouve une généalogie remontant à Guillaume Pithou, gentilhomme de Vire, qui vivait en 1190, dans une étude de Jean Boivin, intitulée Petri Pithoei vita, elogia, etc. (Paris, 1716, in-4), Les plus illustres représentants de cette famille, d'origine champenoise, ont été les suivants :

Pierre Pithou, avocat à Troyes, érudit et jurisconsulte, né à Ervy (Aube) en 1496, mort en 1556. Marié deux fois, il le père d'une nombreuse famille; d'un premier mariage il eut deux jumeaux, Jean et Nicolas, qui furent l'un et l'autre des hommes distingués; Pierre et François, aînés d'un second lit, surpassèrent leurs frères en talent et en gloire.

Jean Pithou, fils du précédent, né à Troyes en 1524, mort à Lausanne en 1602, exerça la profession de médecin, embrassa la religion réformée et dut s'exiler pour échapper aux persécutions. Il a publié un Traité de police et du gouvernement des républiques (Lyon, s. d., in-8) ; Institution du mariage chrétien, 1565 (en collaboration avec son frère Nicolas).

Nicolas Pithou, avocat, né en 1524, mort à Troyes en 1598, frère du précédent. Il fut un des chefs du parti réformé à Troyes; plaida plusieurs fois, devant les puissants du jour, la cause de ses coreligionnaires. Il dut passer la plus grande partie de sa vie à l'étranger. Il a laissé un recueil des plus beaux-passages de saint Bernard, dans un livre intitulé Thesaurus a monumentis Bernardi Clarevallensis abbatis erutus (Lyon, in-4, 1589); Histoire séculière et ecclésiastique de la ville de Troyes en Champagne, dans laquelle il expose les origines du calvinisme à Troyes.

Pierre Pithou, jurisconsulte français, né à Troyes le 1er novembre 1539, mort à Nogent-sur-Seine le 1er novembre 1596. Elevé par son père dans le goût des fortes études, Pierre Pithou possédait, à l'âge ou les enfants ordinaires savent à peine lire, les éléments du grec et de l'hébreu. Après de brillantes études à Troyes et à Paris, et un long apprentissage du droit sous Cujas, il se fit inscrire en 1560 au barreau de Paris. Son premier plaidoyer fut un succès; toutefois, Pierre Pithou s'en tint à cet essai et préféra se consacrer aux consultations qui lui valurent une grande renommée de jurisconsulte. 
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Pierre Pithou 
(1539-1596).

Comme ses frères aînés, il avait été élevé dans la religion réformée. Pour échapper aux persécutions, il dut se réfugier à Bâle en 1568. Revenu à Paris, il n'échappa au massacre de la Saint Barthélemy qu'en se sauvant en chemise par une lucarne, et en gagnant par les toits la maison d'un ami. Pendant toute une année, il fut obligé de se cacher. Il abjura ensuite le calvinisme, et cette abjuration lui donna accès aux fonctions publiques; il fut successivement bailli de Tonnerre, puis substitut d'un procureur général au Parlement de Paris, Jean Guesde, son ami. 

Au milieu des discordes civiles et des guerres qui signalèrent les premières années du règne de Henri IV, Pierre Pithou, qui se rangeait dans le parti des politiques, fit entendre la voix de la modération et du patriotisme; il soutint avec énergie les droits du roi légitime contre les revendications des ligueurs et les prétentions de l'Espagne. Ce qui rendit surtout son nom populaire, ce fut la part qu'il prit à la rédaction de la Satire Ménippée; il composa la fameuse Harangue de d'Aubray, dans laquelle il flétrit avec une verve acérée et une mâle éloquence les excès de la Ligue (1593). 

P. Pithou fut aussi un ardent champion de l'Eglise gallicane et des prérogatives royales qu'il défendit par ses actes comme par ses écrits contre les empiétements de la cour de Rome et les sourdes menées de l'Espagne. On en a la preuve dans le traité qu'il publia sur les Libertés de l'Eglise gallicane (Mémoires de la Ligue, t. V), et dans son Mémoire aux évêques de France pour leur démontrer qu'ils pouvaient, sans le pape, relever le roi de l'excommunication. Après la reconstitution définitive du Parlement, Pierre Pithou, qui avait été investi provisoirement de la charge de procureur général, abdiqua ses hautes fonctions et reprit sa place au barreau. Il mourut peu de temps après. 

Ses travaux considérables de jurisprudence, sa collaboration à la rédaction de la Satire Ménippée, lui avaient acquis de son vivant une gloire méritée; sa réputation de jurisconsulte s'étendit non seulement en France, mais à l'étranger; plus d'une fois, des souverains eurent recours à ses lumières, et l'historien de Thou, son contemporain, rend un hommage éclatant à sa science juridique. 

Il avait pour devise : obéis aux lois. Humaniste, érudit, publiciste en quelque sorte universel, il fut comme le Varron de son temps. Infatigable dans la recherche des manuscrits, il fut le premier éditeur des fables de Phèdre qu'il publia, en 1596, d'après un manuscrit découvert par son frère François, et du poème intitulé Pervigilium Veneris.

Il a donné, en outre, des éditions de Salvien, Juvénal, Perse, Pétrone, Paul Diacre, Othon de Freysing. Dans le premier ouvrage qu'il publia et qui a pour titre : Petri Pithoei J.-C. adversariorum subsecivorum libri II (Parisiis, Borel, 1565, pet. in-8), il corrige on explique des passages de cent vingt auteurs anciens, grecs ou latins. On a de lui également : Epigrammata et Poematia vetera, quorum pleraque nunc primum exantiquis codicibus, alia sparsim antehac errantia, jam undecumque collecta eduntur (Parisiis, Nic. Gilles, 1590, petit in-12); les Libertez de l'Eglise gallicane (Paris, 1594, pet. in-8), dédié à Henri IV. 

L'étude des vieilles lois et des plus anciens documents législatifs qui sont les premiers fondements de l'histoire de France lui a inspiré l'idée de ces collections de pièces et de titres originaux, qui ont fait plus tard la célébrité des bénédictins; il a publié : Caroli Magni, Ludovici Pii et Caroli Calvi capitularia (1588, in-8); un mémoire intitulé Li droict et lis coustumes de Champaigne et Brie, que Ii roys Thiebaulx establi; on a encore de lui : Petri Pithoei Comes theologus sive spicilegium ex sacra messe (Paris, 1684, pet. in 12). 

Pierre Pithou avait également l'intention d'écrire les mémoires des comtes héréditaires de Champagne, depuis Robert, fils d'Herbert de Péronne, mais il ne put, faute de loisirs, achever cet ouvrage, dont nous ne possédons que le début sous le titre de : le Premier livre des Comtes heréditaires de Champagne et Brie (Paris, Robert Estienne, 1572, in-8, 80 p.). 

Le recueil général des oeuvres de Pierre Pithou a été publié après sa mort, en 1609, par Charles Labbe, et dédié à Jacques-Aug. de Thou, président au Parlement de Paris : Petri Pithoei opera sacra, juridica, historica, miscellanea, edita a Carolo Labbe (Parisiis, ex offic. Nivelliana, apud Sebast. Cramoisy, 1609, in-4, 840 p.). Ce recueil contient également : Petri Pithoei vita, a Josia Mercero; testamentum ac tumulus (on y trouve des vers latins de Nic. Rapin, J. Passerat, etc.), et Petri Pithoei Elogia, excerpta ex historia Jac. Aug. Thuani et ex lib. elegiorum Scaevolae Sammarthani.
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Pithou.
François Pithou (1543-1621).

François Pithou, né à Troyes le 7 septembre 1543, mort à Troyes le 25 janvier 1621, frère des précédents. Il légua en mourant la plus grande partie de ses biens à sa ville natale, pour l'aider à fonder un collège. De là le nom de Collegium Treco-Pithoaenum, que portera ensuite le lycée de Troyes. François Pithou a laissé, entre autres ouvrages Francisci Pithoei glossarium ad libros Capitularium (1588, pet. in-8); Rhetores latini ex veteribus manuscriptis aucti et restituti, ex bibliotheca Francisci Pithoei... (Parisiis, apud Hadrianum Perier,1599, pet. in-4); Liber legis salicae glossarium sive interpretatio rerum et verborum obscuriorum quae in ea lege habentur, ex bibl. Fr. Pithoei (Parisiis, 1602, pet, in-8); Discours véritable de ce qui s'est passé en la ville de Troyes, sur les poursuites fuites par les jésuites pour s'y établir depuis l'an 1603 jusqu'au mois de juillet 1611 (Troyes, 1612, in-8); Traité de l'Excommunication et de l'interdit. Traité de le grandeur des droits, prééminentes et prérogatives des rois de France (Troyes, 1587, in-8). (E. Chantriot).

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