.
-

Piccinni

Nicola Piccinni est un compositeur italien, né à Bari en 1728, mort à Passy le 7 mai 1800. Ce compositeur est resté célèbre, moins peut-être, par ses oeuvres fort peu connues de nos jours, que par le souvenir de sa rivalité avec le grand Gluck. Sans doute ce sont les partisans du compositeur italien, bien plus que lui-même, qui s'efforcèrent d'opposer ses opéras à ceux de son illustre rival, et bien que ce dernier, au moins pour la postérité, ait complètement triomphé, cela reste un assez beau titre pour Piccinni que d'avoir été choisi pour l'adversaire d'un tel maître. 

Bien que son père fût musicien de profession, il ne songeait nullement à faire étudier son art à son fils qu'il destinait à la prêtrise. Mais les dispositions naturelles de l'enfant étaient grandes; même sans leçons et sans maître, il devait s'assimiler promptement les éléments de l'art. Il s'exerçait en cachette à jouer du clavecin et, habile à reproduire sur cet instrument les airs qu'il entendait, il les accompagnait d'instinct, d'une manière déjà correcte et harmonieuse. Un jour, dans l'appartement de l'évêque de Bari où son père l'avait conduit par hasard, il révéla, se croyant seul, ce talent précoce. L'évêque crut devoir engager le père à donner satisfaction à son fils le jeune Piccinni entra donc au Conservatoire de San Onofrio, à Naples. C'était en 1742 : il avait donc déjà quatorze ans quand il allait pour la première fois se livrer régulièrement à l'étude. Sous la direction de Leo, puis de Durante qui le prit en affection, le jeune Piccinni demeura douze ans au conservatoire. Tout ce temps ne fut certes pas consacré à des travaux exclusivement scolastiques; les conservatoires italiens suivaient alors une discipline moins sévère. Bien des compositions d'essai de Piccinni durent y être exécutées, et cette demi-publicité ne lui fut pas inutile sans doute. 

Toutefois, c'est en 1754. seulement, que Piccinni abordait résolument le grand public. Son premier opéra bouffe, le Donne dispettose, fut représenté à cette date au Théâtre-Florentin de Naples, et sur cette scène où Logroscino, le compositeur le plus aimé des Napolitains, avait donné ses meilleurs ouvrages, l'oeuvre du jeune maître eut un plein succès, malgré quelques cabales. Dès lors la renommée de Piccinni fut établie. Chaque année lui apporta de nouveaux triomphes, aussi bien à Naples où le théâtre San Carlo lui commandait en 1756, un opéra sérieux, Zenobia, qu'à Rome, où il donnait en 1758 Alessandro nelle Indi, et deux ans après, son oeuvre la plus universellement admirée, la Cecchina. Pour la première fois dans cette oeuvre, Piccinni avait employé certaines formes nouvelles dont il fut le créateur. La coupe de ses finale, notamment, est originale : il a donné à cette partie un développement inconnu auparavant et les a couramment écrits sur plusieurs thèmes, avec des changements de mouvements et de tons que l'on ne pratiquait pas avant lui. Le grand Jommelli lui-même, en entendant l'opéra de Piccinni, rendit justice au mérite de cette innovation.

A ce moment (1761), Piccinni est considéré comme le premier compositeur dramatique d'Italie, et c'est en vain qu'à Rome, certains voulurent lui opposer Anfossi. Sa fécondité était d'ailleurs prodigieuse: excessive même, disons-nous. En cette seule année 1761, il écrit six opéras et se fait applaudir simultanément à Turin, à Reggio, à Bologne, à Venise, à Rome et à Naples. C'est dans cette dernière ville qu'il habitait de préférence : il s'y était marié, en 1756, avec une de ses anciennes élèves dans l'art du chant, Vincenza Sibilla. Tous les théâtres napolitains se disputaient à l'envi ses oeuvres : le public, plus encore qu'ailleurs, lui était favorable. Cependant la renommée de Piccinni était arrivée jusqu'en France. La Borde, valet de chambre de Louis XV et auteur de l'Essai sur la musique, fut chargé d'amener en France le compositeur italien. Interrompues par la mort du roi, ces négociations furent plus tard reprises par l'ambassadeur de Naples, avec, l'assentiment de la reine Marie-Antoinette. Elles aboutirent, et, séduit par les offres qui lui furent faites, Piccinni arrivait à Paris en décembre 1776. 

Comme il ne savait pas un mot de français, il se trouva tout d'abord fort dépaysé, et la rudesse de l'hiver lui fut infiniment pénible. Cependant Marmontel arrangeait pour lui et réduisait en trois actes plusieurs opéras de Quinault, autrefois mis en musique par Lully. Ce fut un long travail que d'indiquer au compositeur la prosodie exacte d'un texte qu'il n'entendait pas. Aussi la musique de Roland, le premier opéra français de Piccinni, se ressent-elle de cette contrainte, aussi bien que de la gêne où Piccinni se trouvait, en face des traditions et des usages de l'opéra français qu'il avait complètement ignorés jusqu'alors. Malgré ces conditions défavorables et les appréhensions exagérées de l'auteur, l'ouvrage eut un succès brillant. 

Comme Gluck à la même époque occupait la scène de l'Opéra, et que ses adversaires qui s'étaient employés à faire venir en France le compositeur italien, allaient partout prônant sa supériorité, les partisans de Gluck, de leur côté, attaquèrent fort vivement l'opéra de Piccinni. Tous les philosophes et les beaux esprits prirent position dans cette querelle. Cependant Piccinni, resté très en dehors du débat, voyait sa faveur augmenter à la cour. Phaon, pièce de demi-caractère destinée à la Comédie Italienne (1778); Atys, grand opéra (1780), Iphigénie en Tauride (1781), furent successivement représentés. Mais cette dernière pièce, à côté de l'Iphigénie de Gluck, représentée deux ans auparavant et alors en plein succès, ne put soutenir la comparaison et
parut froide et languissante. Cependant Gluck était retourné à Vienne en 1780; ses partisans suscitèrent en la personne de Sacchini un nouveau rival à Piccinni. Toutefois la lutte lut moins acharnée et le triomphe plus facile. La Didon de Piccinni, son plus bel opéra français et chef-d'oeuvre véritable de passion, affirma la supériorité de son auteur. Mais le compositeur fut moins heuroux dans les oeuvres qui suivirent : Diane et Endymion (1784), Pénélope (1785), Clytemnestre (1789), malgré de grandes beautés, réussirent peu. Ces échecs, rembarras de ses affaires, causé en partie par les troubles de la Révolution, déterminèrent Piccinni à quitter la France. 

Le 5 septembre 1791, il arrivait à Naples. Accueilli d'abord avec faveur et pensionné par le roi, il ne tarda pas à devenir suspect et à tomber en disgrâce. Deux de ses anciens élèves le dénoncèrent comme jacobin, et sa situation devint tout à fait pénible pendant plusieurs années. Aussi, en 1798, se résolvait-il à retourner en France où il pensait trouver une existence plus paisible et plus heureuse. Le gouvernement le reçut en effet fort bien; l'Opéra s'occupa à remettre au répertoire Atys, Roland et Didon. Il était question de créer pour lui une place supplémentaire d'inspecteur du conservatoire. Sa nomination lui parvint en avril 1800. Mais éprouvé par les malheurs de ces dernières années, Piccinni se trouvait alors dans un état de santé fort précaire et mourait quelque temps après.

Outre les opéras que nous avons cités, Piccinni en a écrit un grand nombre d'autres. Si l'on en croit Ginguené, dans la notice qu'il a donnée sur ce musicien, il n'aurait pas composé moins de 133 opéras, sérieux ou bouffes, italiens ou français : mais il faut dire que ce chiffre semble exagéré. On lui doit encore beaucoup de musique d'église, motets ou oratorios dont tous ne nous sont pas parvenus. Cette fécondité, surprenante pour nous, n'était pas rare chez les compositeurs italiens de ce temps. Mais elle a contribué certainement à faire oublier souvent jusqu'au nom de ces maîtres, dont beaucoup, comme Piccinni, sont cependant des musiciens de haute valeur, qu'on ne devrait pas ignorer.

Son second fils Louis, né à Naples en 1760, mort à Passy le 31 juillet 1827, a composé quelques médiocres opéras comiques : les Infidélités imaginaires (1790), le Sigisbé (1804), etc.

Son petit-fils (fils de son aîné Joseph) Alexandre, né à Paris le 10 septembre 1779, fut chef d'orchestre à la Porte-Saint-Martin, chef du chant à l'Opéra (1816-1826) et fit jouer de nombreux opéras, généralement sur des scènes secondaires. (H. Quittard).

.


Dictionnaire biographique
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

[Pages pratiques][Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2007 - 2014. - Reproduction interdite.