Picard |
Tycho
eut de la peine à se satisfaire sur le sujet de la hauteur
du pôle
d'Uraniborg, laquelle, selon lui, fut premièrement de 55° 54'
30", puis de 55° 54' 40", et enfin de 55° 54' 45"; mais il ne s'en
faut pas étonner; car outre que sans le secours des lunettes d'approche
appliquées aux instruments de la manière qui est présentement
en usage, il était bien difficile d'en venir à une entière
précision : outre cela, dis-je, il y a un obstacle de la part de
l'étoile Polaire [Petite Ourse ],
laquelle d'une saison à l'autre souffre certaines variations que
Tycho n'avait pas remarquées, et que j'observe depuis environ dix
ans. C'est à savoir que bien que l'étoile Polaire s'approche
annuellement du pôle d'environ 20", il arrive néanmoins que
vers le mois d'avril la hauteur méridienne et inférieure
de cette étoile devient moindre de quelques secondes qu'elle n'avait
paru au solstice
d'hiver
précédent, au lieu qu'elle devrait être plus grande
de 5" : qu'ensuite aux mois d'août et de septembre sa hauteur méridienne
supérieure se trouve à peu près telle qu'elle avait
été observée en hiver, et même quelquefois plus
grande, quoiqu'elle dut être diminuée de 10 à 15";
mais qu'enfin vers la fin de l'année ,
tout se trouve compensé, en sorte que la Polaire paraît plus
proche du pôle d'environ 20" qu'elle n'était un an auparavant.
Ce qui s'observe ordinairement en avril
s'accorderait assez bien à ce qui devrait arriver tant de la part
de la réfraction ,
qui à l'égard de l'étoile Polaire pourrait bien être
moindre au printemps
qu'en hiver; que supposé le mouvement annuel
de la Terre ,
laquelle serait alors en Libra [Balance ],
et par conséquent dans son plus grand éloignement de l'étoile
Polaire qui est en Aries [Bélier ]
: mais à l'opposite il faudrait que vers la fin de l'été
et le commencement de l'automne ,
lors que les réfractions devraient être moindres qu'en tout
autre temps de l'année ( L'année
et les saisons ),
et que la Terre serait en Aries, la plus grande hauteur de l'étoile
Polaire parut moindre que l'hiver précédent; ce qui est entièrement
opposé aux observations : et pour dire la vérité,
je n'ai encore rien pu imaginer qui me satisfît là-dessus,
d'autant plus qu'il y a eu des années que ces inégalités
étaient moins sensibles qu'en d'autres. il est bon cependant d'avertir
que hors le temps auquel on peut prendre les deux hauteurs méridiennes
de la polaire, il n'y a pas grande sûreté à observer
la hauteur du pôle, principalement vers la fin de l'été. |
|
|
Hauteurs
méridiennes
Supérieure
et inférieure de l'étoile Polaire,
observées
à Uraniborg vers la fin de l'année 1671
58°22"45"
53° 27'37"
Différence : 4°
54'50"
Moitié
: 2° 27' 25"
|
Ces hauteurs furent observées plusieurs
fois sans aucune variation sensible; d'où il s'ensuivit que la hauteur
du pôle d'Uraniborg était de 55° 55' 20", ce qu'il faut
entendre de la hauteur apparente qui doit être purgée d'environ
une minute de réfraction suivant les découvertes de M. Cassini.
Je ne dois pas dissimuler que M. Richer
étant alors à la Rochelle pour le voyage de Cayenne ,
trouva par plusieurs observations faites avec un sextant de 6 pieds de
rayon, que l'étoile Polaire était éloignée
du pôle de 2°27'5", et par conséquent moins de 20" qu'elle
ne nous avait paru. Voici ses observations.
Hauteur
méridienne
de
l'étoile Polaire
48° 38' 15"
43° 44'5"
Différence : 4°54'10"
Moitié
: 2° 27' 5"
|
Je puis cependant assurer que les observations
d'Uraniborg étaient bonnes à 10" près, et ce serait
un grand hasard que l'erreur se fut doublée par le plus et par le
moins, pour produire le différend qui est entre nos observations
et celles de M. Richer. On pourrait dire que l'étoile polaire est
plus basse à la Rochelle qu'à Uraniborg, d'environ 10°,
et par conséquent plus avant plongée dans les réfractions;
ce qui pourrait avoir été la cause pourquoi la véritable
différence qu'il y a entre les deux hauteurs méridiennes
de la Polaire aurait paru moindre à la Rochelle qu'à Uraniborg,
et nous en avons un exemple très sensible dans les observations
de Cayenne, par lesquelles l'étoile Polaire ne parut éloignée
du pôle que de 2° 23". Mais il n'est pas à croire qu'entre
la Rochelle et Uraniborg la différence de différence de réfractions
put être si sensible; et je ne prétends pas rendre raison
de ce différend non plus que de dire pourquoi en ce même temps-là
l'étoile Polaire fut observée à Paris dans une variation
qui alla à près de 2'. Ce qu'ayant appris par une lettre
de M. Cassini, je ne pus m'empêcher de lui en témoigner mon
étonnement, comme n'ayant jamais rien observé de semblable
: car en effet cette petite variation dont j'ai parlé ci-dessus,
n'est rien d'approchant de cela.
Mais sans nous arrêter à des
phénomènes qui peuvent avoir eu des causes extraordinaires,
il est à propos d'ôter tout scrupule touchant la hauteur du
pôle d'Uraniborg, en établissant la juste différence
qu'il y a entre le parallèle de l'Observatoire royal et celui d'Uraniborg;
car par ce moyen il y aura toujours lieu de régler la hauteur du
pôle d'Uraniborg par celle de Paris qu'on aura tout loisir de vérifier. |
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|
Or il faut ici remarquer deux
sortes de hauteurs, les unes septentrionales ou observées du côté
Nord, les autres méridionales ou observées du côté
du Midi. Les hauteurs méridionales étaient plus grandes à
Paris qu'à Uraniborg, mais en récompense les septentrionales
devaient être plus grandes à Uraniborg qu'à Paris,
et par conséquent lorsque les différences tant méridionales
que septentrionales se sont trouvées égales, comme vers la
fin d'avril et le commencement de mai, les instruments étaient nécessairement
d'accord, ce qui suffisait à cet égard, mais qu'auparavant,
savoir lorsque les différences méridionales se sont trouvées
différentes des septentrionales, il n'y a eu qu'à prendre
le milieu. Car, par exemple, supposé que le quart de cercle d'Uraniborg
fut juste, comme en effet nous avions grand soin de le tenir tel, mais
que celui de Paris haussât d'une minute, il s'ensuivra que la différence
des deux hauteurs méridionales d'une même étoile observées
à paris et à Uraniborg, devait être trop grande d'une
minute; mais qu'au contraire la différence des hauteurs septentrionales
d'une autre étoile devait être trop petite d'une minute, environ
comme il est arrivé vers la fin d'octobre et vers le commencement
de novembre. Tout ce qu'il y aurait encore à considérer en
cela, ce serait l'inégalité des réfractions, qui diminuant
plus une différence qu'une autre, ferait paraître de la discordance
aux instruments, quand même ils seraient justes : c'est pourquoi
il est bon, pour plus grande sûreté, de choisir deux étoiles,
l'une vers le Midi, et l'autre vers le Nord, dont les hauteurs se compensent
à peu près, comme ici l'étoile Vindemiatrix
et la Polaire.
Il reste donc à conclure des observations
ci-dessus, que la moyenne différence entre le parallèle de
l'observatoire et celui d'Uraniborg, je veux dire celle qui aurait été
trouvée par toutes les observations, si les instruments avaient
été toujours d'accord, est de 7° 4' 0", et parce que
cette moyenne différence qui n'est que l'apparente, pourrait bien
avoir été de quelques secondes, diminuée par les réfractions,
nous établirons pour véritable différence 7° 4'
5".
Mais pour ne rien omettre de ce qui pourrait
servir à l'examen de cette différence, j'ai voulu voir ce
qu'il résulterait des hauteurs méridiennes du bord supérieur
du Soleil ,
observées en même jour à l'observatoire royal et à
Uraniborg, me servant aussi des observation de Copenhague ,
après les avoir réduites comme si elles avaient été
faites à Uraniborg. On voit bien qu'il a fallu avoir égard
au changement de déclinaison
arrivé entre le Midi d'Uraniborg et celui de Paris, comme
aussi à la différence des réfractions : c'est pourquoi
nous avons tantôt ajouté et tantôt ôté
certaine correction nécessaire, pour rendre la différence
telle qu'elle aurait dû être, s'il n'y avait eu ni variation
de déclinaison, ni réfraction, laissant seulement ce qu'il
pourrait y avoir eu de la part des instruments. |
|
|
Hauteurs
méridiennes du bord supérieur du Soleil
-
| 1671. Octobre 24
Différence à
corriger
Correction à ajouter
Différence corrigée |
29° 35' 0" à
Paris
22° 31' 40" à
Uraniborg
7°
3" 20"
+
1" 20"
7°
4' 40" |
| 26
Différence à
corriger
Correction à ajouter
Différence corrigée |
18° 54' 27" à
Paris
21° 50' 55" à
Uraniborg
7°
3" 32"
+
1" 25"
7°
4' 57" |
| 28
Différence à
corriger
Correction à ajouter
Différence corrigée |
29° 13' 25" à
Paris
21° 09' 40" à
Uraniborg
7°
3" 45"
+
1" 25"
7°
5' 10" |
| 29
Différence à
corriger
Correction à ajouter
Différence corrigée |
27° 53' 05" à
Paris
20° 50' 10" à
Uraniborg
7°
2" 55"
+
1" 30"
7°
4' 25" |
| Novembre 4
Différence à
corriger
Correction à ajouter
Différence corrigée |
25° 57' 45" à
Paris
18° 54' 15" à
Uraniborg
7°
3" 30"
+
1" 35"
7°
5' 05" |
| 6
Différence à
corriger
Correction à ajouter
Différence corrigée |
25° 21' 30" à
Paris
18° 18' 40" à
Uraniborg
7°
2" 50"
+
1" 40"
7°
4' 30" |
| 17
Différence à
corriger
Correction à ajouter
Différence corrigée |
22° 22' 00" à
Paris
15° 19' 10" à
Uraniborg
7°
2" 50"
+
1" 55"
7°
4' 45" |
| 1672. Février
11
Différence à
corriger
Correction à ajouter
Différence corrigée |
27° 30' 00" à
Paris
20° 25' 30" à
Uraniborg
7°
4" 30"
+
0" 20"
7°
4' 50" |
| 23
Différence |
31° 41' 50" à
Paris
24° 37' 00" à
Uraniborg
7°
4' 50" [1] |
|
[1]
Notez
qu'il n'y a point ici de correction, parce que la différence des
réfractions récompensait celle des méridiens.
|
| Mars 11
Différence à
corriger
Correction à ôter
Différence corrigée |
38° 10' 50" à
Paris
31° 06' 00" à
Uraniborg
07° 04' 50"
- 00' 10"
07 ° 04' 40" |
| 13
Différence à
corriger
Correction à
ôter
Différence corrigée |
38° 58' 30" à
Paris
31° 53' 30" à
Uraniborg
07° 05' 00"
- 00' 10"
07 ° 04' 50" |
| 14
Différence à
corriger
Correction à ôter
Différence corrigée |
29° 22' 30" à
Paris
32° 17' 00" à
Uraniborg
07° 05' 30"
- 00'
10"
07 ° 05' 20" |
| 15
Différence à
corriger
Correction à ôter
Différence corrigée |
39° 45' 20" à
Paris
32° 40' 30" à
Uraniborg
07° 04' 50"
- 00' 10"
07 ° 04' 40" |
| 20
Différence à
corriger
Correction à ôter
Différence corrigée |
41° 43' 15" à
Paris
34° 38' 55" à
Uraniborg
07° 04' 20"
- 00' 15"
07 ° 04' 05" |
| 21
Différence à
corriger
Correction à ôter
Différence corrigée |
42° 07' 00" à
Paris
35° 02' 40" à
Uraniborg
07° 04' 20"
- 00' 15"
07 ° 04' 05" |
| Avril 6
Différence à
corriger
Correction à ôter
Différence corrigée |
48° 18' 15" à
Paris
41° 14' 00" à
Uraniborg
07° 04' 15"
- 00' 20"
07 ° 03' 55" |
| 14
Différence à
corriger
Correction à ôter
Différence corrigée |
51° 14' 00" à
Paris
44° 09' 30" à
Uraniborg
07° 04' 30"
- 00' 20"
07 ° 04' 10" |
| 29
Différence à
corriger
Correction à ôter
Différence corrigée |
56° 13' 35" à
Paris
49° 09' 15" à
Uraniborg
07° 04' 20"
- 00' 20"
07 ° 04' 00" |
| Mai 2
Différence à
corriger
Correction à ôter
Différence corrigée |
57° 07' 45" à
Paris
50° 03' 30" à
Uraniborg
07° 04' 15"
- 00' 15"
07 ° 04' 00" |
| 3
Différence à
corriger
Correction à ôter
Différence corrigée |
57° 25' 20" à
Paris
50° 21' 00" à
Uraniborg
07° 04' 20"
- 00' 15"
07 ° 04' 05" |
Considérant la suite des différences
corrigées, on verra que jusqu'à la fin de mars elles sont
trop grandes d'environ une minute, de même que celles qui avaient
été trouvées dans tout ce temps-là par les
[étoiles ]
fixes méridionales; mais qu'ensuite elle se sont réduites
à environ 7° 4' 5", comme par les fixes tant méridionales
que septentrionales : de manière qu'il n'y a plus lieu de douter
que ce ne soit la véritable différence qu'il faudra ajouter
à la hauteur du pôle de l'observatoire royal, pour trouver
celle d'Uraniborg.
Hauteur du pôle de l'observatoire
royal, vraie, et purgée de la réfraction : 48° 50' 10"
Différence à ajouter : 7°
4' 5"
Donc hauteur du pôle d'Uraniborg
:55°54'15"
Et comme nous avons su par plusieurs hauteurs
des étoiles fixes que la Tour astronomique de Copenhague est moins
septentrionale qu'Uraniborg de 13'30", il s'ensuit que la hauteur du pôle
de cette tour est de 55°40'45.
C'est moins de deux minutes que Longomontanus
n'avait estimé; sans parler de Riccioli,
qui dans sa Géographie réformée voulant corriger
Longomontanus, étend la hauteur du pôle de Copenhague jusqu'à
55° 45' 0" .
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