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Le Voyage d'Uraniborg
Jean Picard, 1680 


Article III

Picard 
Entre les personnes savantes et de grand mérite que je trouvai à Copenhague, celui avec qui j'eus une liaison plus particulière fut M. Erasme Bartholin, professeur de mathématiques et de médecine, assez connu par ses ouvrages, qui pendant tout le temps que je fus en Danemark, me rendit des offices très considérables. Il avait travaillé à faire mettre au net les observations de Tycho, dont les véritables originaux lui avaient été mis entre les mains par le feu roi de Danemark, à dessein de les faire imprimer; d'autant plus que l'impression qui en avait été faite en Allemagne sur de prétendus originaux qui ne sont effectivement que des copies mal collationnées, était pleine d'une infinité de fautes essentielles et qu'il restait même des volumes entiers qui n'ont point encore vu le jour, ainsi qu'il est déduit plus amplement dans un livre que M. Bartholin a fait exprès.

Tycho Brahé.
(Source et copyright : Tycho Brahe Official Website).

Ayant vu ces originaux écrits de la main de Tycho; et sachant d'ailleurs qu'on ne pensait plus en Danemark à faire la dépense de l'impression, je conçus dès lors le dessein de tâcher de les obtenir pour les apporter en France, ce qui me réussit par le moyen de M. Bartholin, et ce que j'ai depuis considéré comme un des principaux fruits de mon voyage.

Au reste le séjour que je fus obligé de faire à Copenhague me donna lieu d'y faire l'essai de quelques observations pour mettre les instruments en état, et pour voir s'ils ne s'étaient point gatés en chemin. J'avais celui de 10 pieds de rayon, et le quart de cercle de trois pieds, qui sont tous deux décrits dans le Traité de la mesure de la Terre. J'avais aussi deux horloges à pendule, l'une à secondes, et l'autre à demi-secondes, toutes deux à contrepoids, et outre cela deux grandes lunettes, l'une de 14 pieds, et l'autre de 18, sans parler de plusieurs autres moindres instruments pour divers usages.

J'appris cependant par une lettre de M. Cassini, qu'il avait vu en même temps que moi cette tache  du Soleil, que j'avais découverte en mer à la sortie d'Amsterdam. Il ajoutait même que comme elle avait paru très grosse jusqu'à la fin, elle pourrait bien durer assez pour se faire voir une seconde fois, après avoir achevé le tour du Soleil. En effet, le 3 septembre, sur les huit heures du matin, étant encore à Copenhague, je découvris cette même tache qui commençait à paraître, et qui était encore si proche du bord oriental du Soleil, que même avec la lunette de 14 pieds je n'y appercevais presque pas de séparation.

Je reçus enfin de Suède les lettres que j'attendais, et je partis pour Uraniborg le 6 septembre, avec mon équipage, dans une barque que M. le grand amiral m'avait fait préparer. J'étais accompagné de M. Erasme Bartholin, qui voulut bien prendre la peine de m'établir dans ma nouvelle habitation, et d'un jeune Danois nommé Olaüs Roëmer [portrait ci-contre; Source et copyright : Rundetaarn], que M. Bartholin m'avait fait connaître, et qui étant ensuite venu en France avec moi, fut de l'Académie des sciences, où il a donné plusieurs marques de son rare génie et de son esprit.

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