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Palmerston

Henry John Temple, 3e vicomte de Palmerston est un homme d'Etat anglais, né à Westminster le 20 octobre 1784, et mort à Brockett Hall le 18 octobre 1865. Il descend d'une vieille famille anglaise; son arrière-grand-père, créé pair en 1727, était le neveu de W. Temple, ministre de Charles II. Il commence son éducation à Harrow, passe trois ans à l'Université d'Edimbourg où il suit les cours de Dugald Steward, puis en 1803 entre au Saint-Johns College, à Cambridge. À peine majeur, et en même temps qu'il obtient le degré de maître ès arts, il dispute vainement à lord Althorp et à lord H. Petty l'honneur de représenter l'Université au Parlement. Nommé lord de l'amirauté dans le ministère du duc de Portland, il échoue une seconde fois à Cambridge, mais obtient le siège de Newton (Wight), et prononce son maiden speech (1808), contre la production des pièces relatives aux affaires du Danemark et au bombardement de Copenhague demandée par Ponsonby. Il devait désormais faire partie de tous les ministères qui se succédèrent jusqu'à sa mort, à l'exception des deux ministères R. Peel et Derby
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Palmerston.
Palmerston (1774-1865).

Le 28 octobre 1809, il accepte les fonctions de ministre de la guerre que lui offre Perceval, et les conserve dans divers ministères jusqu'en 1828; durant ces seize années, Palmerston s'enferme dans ses fonctions et se livre obscurément à une sévère réorganisation des finances militaires et de l'armée. Mondain, fréquentant l'élégante société whig, il s'écarte lentement du parti tory  (Tories et Whigs) auquel déplaisent ses opinions favorables à l'émancipation des catholiques anglais, et aux tentatives libérales du continent, et se fait élire représentant de l'Université de Cambridge dans des conditions telles qu'il y voit le premier pas décidé vers une rupture avec les tories. Il abandonne lui-même le ministère Wellington pour une divergence de vues sur le disenfranchisernent de East Retford, et aprtès un voyage sur le continent, reçoit de lord Grey le ministère des affaires étrangères qu'il conserve jusqu'à l'arrivée au pouvoir de R. Peel (1834). Il allait devenir avec lord Russell un des leaders du parti libéral. 

Il débute par les négociations relatives à la question belge, refuse le Luxembourg à Talleyrand, ne voulant pas que la France obtînt « un seul champ de choux », manifeste ses grandes qualités d'homme d'Etat, animé d'un patriotisme intransigeant, d'une animosité violente contre tout ce qui est étranger à l'Angleterre, surtout contre la France dont il se défie et méprise les représentants. Lord Melbourne lui rend en 1835 les affaires étrangères : l'Europe l'ignore encore, mais Talleyrand l'appelle dans sa correspondance privée « le seul homme d'Etat de l'Angleterre ». 

Il consacre alors toute son attention à la question d'Orient, et se prononce contre le protégé de la France Méhémet Ali, redoutant une alliance de la France et de la Russie, il négocie simultanément avec les deux puissances, hésitant d'abord à lier partie avec l'une d'elles, il propose la réunion d'un congrès des cinq grandes puissances pour régler la question égyptienne.

Enfin, certain de ne pouvoir entraîner la monarchie de Juillet dans une guerre contre la Russie, il prend son parti; les ambassadeurs français à Londres, Sebastiani, Guizot, ce, dernier abusé par les flatteries de l'aristocratie britannique, ne démêlent pas l'entente que Palmerston noue avec le représentant de la Russie, et ceux de l'Autriche et de la Prusse. Le 15 juillet 1840, Palmerston signe à l'insu de la france une convention définitive; Thiers tombe du pouvoir; la France se résigne et abandonne Méhémet-Ali. Palmerston, après avoir dénoncé à l'Europe les tendances ambitieuses du gouvernement français, triomphe de son humiliation. 

Au lendemain même de sa victoire, la formation du ministère Peel lui enlève le pouvoir. Rejeté dans l'opposition, il harcèle le ministère tory dont il incrimine la faiblesse vis-à-vis des Etats-Unis au sujet du traité d'Ashburton, et vis-à-vis de la France an sujet du l'affaire Pritchard, emploie ses loisirs à un voyage sur le continent (1843), se rallie en 1845 au principe, de l'abolition des Corn Laws. Au moment d'entrer dans le ministère Russell, et bien qu'il ne croie pas à l'entente cordiale, il vient à Paris où il croit nécessaire de faire oublier son insolence agressive; il reprend enfin la direction des affaires étrangères (1845), dirige les négociations des mariages espagnols, apprend avec plaisir la chute de Louis-Philippe, les déclarations pacifiques de Lamartine, conseille à l'Autriche, en pleine révolution, d'abandonner ses possessions italiennes, et écrit : 

« L'empereur tient l'Italie, mais ne la gardera que jusqu'au jour où la France cessera de le permettre [...]. Il tient la Hongrie et la Galicie, mais ne les gardera qu'aussi longtemps que la Russie le permettra ». (Lettre à Ponsonhy).
La répression de la révolution par les armées russes et autrichiennes provoque ses protestations; il entraîne la France dans une démonstration en faveur de la Turquie à laquelle le tsar et l'empereur prétend aient arracher les réfugiés hongrois. L'énergie avec laquelle il soutient les réclamations de don Pacifico, sujet anglais, auprès du gouvernement grec, le déploiement de forces qu'il n'hésite pas à faire contre ce petit pays en 1850, sans souci de l'opinion européenne, lui attirent un vote de blâme de la Chambre des lords (17 juin); un débat de quatre jours s'engage aussitôt à la Chambre des communes; Palmerston parle pendant quatre heures consécutives et remporte le plus grand triomphe oratoire de sa carrière (25 juin) : il justifie sa conduite dans l'affaire Pacifico, affirme hautement le droit du gouvernement anglais à substituer son action à celle des tribunaux étrangers jugés insuffisants, puis élargit le débat, passe, en revue la situation troublée des diverses nations continentales, se défend avec une habile ironie d'avoir précipité la chute de Louis-Philippe en France, rappelle sa dernière victoire en Orient, et termine en opposant au spectacle des révolutions continentales celui d'une Angleterre sage, objet de l'admiration universelle, et en affirmant le droit du citoyen anglais à prononcer à la face du monde le civis romanus sum. Après ce discours, Peel, son adversaire, s'écria :
 « Il nous rend fier de lui ». 
De ce jour, Palmerston n'est plus l'homme d'un ministère ou d'un parti, mais le ministre de l'Angleterre, le grand Pam

Persuadé que la république ne pourrait durer en France, Palmerston, flatté par le prince Napoléon se montre favorable à ses ambitions, approuve l'« acte hardi et décisif » du 2 décembre, réprimande son ambassadeur lord Normanby qui n'a pas témoigné assez d'empressement au héros de la journée, raille les scrupules de lord Normanby, lui écrit que le respect dû à la loi et à la constitution anglaise consacrées par les siècles ne peut s'appliquer à l'oeuvre 

« que les têtes éventées de Marrast et de Tocqueville ont inventée pour le tourment et la perplexité de la nation française : je puis dire qu'on fait plus d'honneur à cette constitution en la violant qu'en l'observant. Il était temps de se débarrasser de cette folie puérile ». 
En même temps qu'il enjoignait officiellement à lord Normanby de ne pas intervenir dans les affaires intérieures de la France, Palmerston informait directement le ministère français qu'il approuvait pleinement la politique du prince président; placé dans une situation fausse, l'ambassadeur réclama : la reine et lord Russell demandèrent des explications à Palmerston; celui-ci riposta par une apologie du coup d'Etat, exprimant seulement des regrets au sujet de « l'inutile destruction de vies que les soldats paraissent avoir infligée au peuple de Paris ». Son incorrection lui coûta néanmoins le ministère : il dut quitter ses fonctions.

En 1852, il accepte le ministère de l'intérieur dans le cabinet de lord Aberdeen, mais ne cesse de s'occuper des affaires extérieures, conseille l'alliance française et la guerre contre la Russie, donne sa démission le 15 décembre, et ne la retire que lorsque ses collègues acceptent les hostilités. An cours de la guerre de Crimée, un irrésistible mouvement d'opinion le porte à la direction du ministère (février 1855). Il essaie de prolonger la guerre après la prise de Sébastopol, malgré la lassitude de Napoléon III, et, après la paix de Paris, paraît se relâcher de son amitié pour l'empereur, « le sphinx de la Seine », dont il redoute les rêves ambitieux. Il préside encore aux négociations de la guerre contre la Perse et de l'expédition de Chine, dissout les communes qui avaient blâmé sa politique en extrême Orient (1857), retrouve une majorité dans la nouvelle Chambre; mais un projet de loi contre les conspirateurs, qu'il dépose après l'attentat d'Orsini, est repoussé, et il se retire (1858). 

En juin 1859, Palmerston succède à lord Derby, seconde la politique italienne de Napoléon III dont il se fait le répondant devant ses collègues, en est récompensé par la conclusion de nouveaux traités de commerce, mais après l'annexion de la Savoie, il écrit à lord Cowley  :

« Dites à l'empereur qu'entre lui et moi, c'est fini ». 
Palmerston déploie encore titre grande énergie dans les affaires d'Amérique, mais la défiance qu'il manifeste à l'égard de la France isole désormais l'Angleterre et la rend impuissante dans la guerre des duchés; il s'en console en voyant grandir l'antagonisme entre la France et la Prusse. Il termine sa carrière presque à égale distance des conservateurs et des libéraux, hostile à la réforme électorale, préoccupé d'armements maritimes, entouré néanmoins d'éloges, assez tôt pour ne pas voir les démentis que les événements allaient bientôt apporter à ses plus chères prévisions. (L. Maury).
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