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O'Connell

Daniel O'Connell est un célèbre homme politique irlandais, dans le comté de Kerry, en Irlande, le 6 août 1775, mort à Gênes, en Italie, le 15 mai 1847. D'une vieille famille catholique, il termina son instruction au collège des jésuites de Saint-Omer et à celui de Douai. Il y puisa une horreur des principes de la Révolution française qui lui inspira, par la suite, la plus fausse appréciation sur ceux qu'il appelait les « rebelles de 1789 ». Inscrit au barreau de Londres en 1794, il revint en Irlande en 1796 et ne tarda pas à s'illustrer dans la carrière d'avocat. La politique l'attirait irrésistiblement. Il s'essaya dans des meetings catholiques où sa parole puissante, chaude, colorée, produisit une profonde impression. Il réclamait avec passion l'émancipation des catholiques et dès 1800 il ne cessa de protester contre l'union de l'Irlande à l'Angleterre. Il eut bientôt conquis une popularité sans précédent. 
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O'Connell.
Daniel O'Connell (1775-1847).

En 1815, les violences de sa polémique relativement aux affaires municipales de Dublin l'entraînèrent à un duel avec le lieutenant de vaisseau d'Esterre qu'il tua. Il eut aussi une querelle grave avec Robert Peel, alors secrétaire pour l'Irlande, qui affectait de le considérer comme un agitateur de bas étage, et il faillit se battre avec lui. En 1822, il fonda la grande association catholique qui eut des ramifications dans toute l'Irlande et qui devint un tel instrument de propagande que le gouvernement dut la supprimer en 1825. O'Connell n'eut que la peine de la rétablir sous un autre nom et sous une autre forme. 

En 1828, il fut élu membre de la Chambre des communes par le comté de Clare. Cette élection, qui avait donné lieu de la part du lord lieutenant à un imposant déploiement de forces, se passa fort tranquillement elle excita dans toute l'Irlande un grand enthousiasme. Elle eut pour conséquence immédiate la création de clubs libéraux dans toutes les localités importantes. O'Connell ne pouvait siéger au Parlement, puisqu'il était catholique. Il plaida lui-même sa cause à la barre des Communes (15 mai 1829) : elle ne fut rejetée que par 190 voix contre 116. Mais bientôt l'émancipation des catholiques était un fait accompli, le gouvernement ayant redouté une guerre civile, et O'Connell, réélu le 30 juillet 1829, entrait à la Chambre où il devenait en peu de temps un des orateurs parlementaires les plus appréciés et les mieux écoutés de l'époque. Il s'attacha dès le début à réclamer l'abrogation de la loi d'union entre l'Angleterre et l'Irlande; et pour appuyer cette réclamation, il organisa savamment l'agitation dans le pays et fonda en 1830 la « Société des amis d'Irlande ». 
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Harangues

[Aux évêques d'Irlande, qui venaient de manifester leur dévouement pour la cause du libérateur : ]

« Le peuple est avec vous, il ne vous a jamais trahis parce que vous lui avez toujours été fidèles. Le peuple a partagé joyeusement son morceau de pain avec ses prêtres; il leur a payé en dévouement et en respect ce qu'il ne pouvait leur payer en biens terrestres. Où trouverez-vous une hiérarchie pareille à celle de votre Eglise? Nous avons été dépouillés, persécutés, proscrits; le Saxon a répandu la désolation sur notre terre natale, et cependant, semblable aux superbes temples de Palmyre qui s'élèvent dans le désert, la hiérarchie d'Irlande apparaît toujours avec ses éblouissantes colonnes, les pieds sur la terre, la tête dans les cieux. Les églises ont été ravagées, les ornements d'or ont été ravis, les murs mêmes ont été renversés, et toujours la hiérarchie surgit majestueuse, puissante et magnifique, comme les songes des archanges qui vivent dans cette éternité au sein de laquelle elle nous mène. Ahi! je bénis la persécution, car elle a fait notre Église plus belle et plus sainte; les autels sacrés de la liberté s'élèveront sous ses portiques, et la jeune Irlande, espérance de la patrie, grandira sous son ombre en force et en vertu. »

[Au meeting de Nenagh il s'écriait : ]

« Oh! dites-moi, la nature a-t-elle jamais peint avec plus d'amour un paysage semblable à celui qui nous entoure? Le mouvement majestueux et abondant du père des eaux, le puissant Shannon, qui, baignant cette vaste plaine, va caresser le pied des gigantesques montagnes à l'horizon; à gauche, ces mouvements gracieux de terrain qui vont se perdre dans des élévations infinies ; toute cette ligne onduleuse, pleine de grandeur et de beauté, porte vers le ciel les aspirations de l'âme. Eh quoi! ces vertes et abondantes plaines, ces vallées productives, ces terres privilégiées de la fertilité seraient-elles donc toujours l'affreux théâtre de la guerre entre l'esclavage et l'oppresseur!... Où est le lâche qui ne serait pas prêt à périr pour un tel pays!... Enrôlez-vous donc tous avec moi pour obtenir le rappel; agissons comme un homme, et, le coeur plein de sentiments chrétiens, proclamons l'unanimité, la paix, la liberté civile et religieuse; faisons retentir ce cri d'un bout à l'autre de notre île chérie, bénie du ciel, fille de la mer ; qu'elle devienne l'honneur de la terre... Vieille Irlande! et liberté! » (O'Connell).

Réélu par Waterford le 24 juillet, il créa une autre société, l' « Anti-Union Association », la précédente ayant été supprimée, puis une autre encore, pour le même motif, « les Volontaires Irlandais pour le rappel de l'Union» , puis des « déjeuners publics » où, comme, en France, dans les banquets Réformistes de 1848, on ne faisait que parler politique. Ces banquets ayant été interdits à leur tour, O'Connell s'obstina et fut arrêté (19 janvier 1831). Dublin se souleva, à cette nouvelle. O'Connell, tout-puissant sur son peuple, sut calmer d'un mot cette effervescence et empêcher les plus graves désordres-: le gouvernement renonça à sa poursuite. Député de Dublin, à partir de 1832, O'Connell inaugura avec succès un système politique qui accrut son influence. Il fit entrer à la Chambre ses fils, ses neveux, ses partisans les plus dévoués; c'est ce qu'on appelait plaisamment la «queue d'O'Connell ». Il tenait en ses mains la plupart des collèges électoraux d'Irlande et, dès qu'une vacance se produisait, il faisait élire un candidat partisan de sa politique. Aussi, lorsqu'en 1835 les élections eurent amené au Parlement un nombre presque égal de tories et de whigs, O'Connell fut-il maître de la situation. Il en profita pour obtenir diverses améliorations : cinq députés de plus pour l'Irlande, un bill en faveur des pauvres, etc. Puis il reprit sur une plus modeste échelle l'agitation pour le « rappel de l'Union ». 

En 1836, il fondait l' « Association générale d'Irlande » ; en 1838, la « Precursor Society », enfin en 1840 la « Repeal Association ». De plus, comme il avait constaté qu'en soutenant le cabinet Melbourne il avait excité l'horreur des whigs contre le parti tory qu'ils accusaient de subordination au grand agitateur et qu'il avait finalement causé sa ruine, O'Connell songea à faire de l'intimidation en grand, en inaugurant les meetings monstres. Ces meetings se tenaient d'ordinaire le dimanche, en plein air, dans quelque lieu pittoresque et le plus souvent célèbre dans les annales irlandaises. Les partisans d'O'Connell accouraient de tous les environs, les prêtres marchant à la tête de leurs paroisses. On célébrait une messe, puis O'Connell prenait la parole, formulant en termes enflammés les griefs des Irlandais contre les Saxons. Il est impossible de décrire l'effet produit par ces discours sur ces foules immenses. Lord Lytton en fut si frappé qu'il essaya de le dépeindre dans son poème de Saint-Stephens.

 « C'est ainsi qu'un jour le géant m'apparut entouré de l'horizon immense, ayant au-dessus de sa tête la vite du firmament sans bornes... Coimne je rêvais, s'éleva la voix sonore; ainsi vibre la cloche argentine de la tour d'une église; elle planait, limpide, sur la vague aérienne, glissant semblable à l'oiseau. Elle arrivait jusqu'aux dernières limites de ce vaste auditoire; elle se jouait avec les passions, sauvages, augmentant le tumulte ou apaisant le murmure, déchaînant les rires ou excitant les sanglots. » 
Tous ces hommes eussent obéi aveuglément à un ordre d'O'Connell. Le gouvernement s'effraya de ces sortes de revues militaires qui réunissaient tant de gens qu'un seul mot eût lancés contre lui. Le journal la Nation venait d'être fondé et prêtait à la cause de l'agitateur tout l'éclat de sa renommée littéraire. Il était temps d'agir. Le 7 octobre 1843, une proclamation du lord lieutenant interdisait un meeting qui devait avoir lieu le lendemain à Clontarf, le but de cette réunion étant « d'exciter les craintes légitimes du gouvernement et d'obtenir un changement dans les lois constitutionnelles du royaume par l'intimidation et le déploiement de la force brutale ». 

O'Connell avait toujours été ennemi de la violence, il s'opposait même aux grèves. Il dédaigna l'espèce de provocation du gouvernement, car toute une population était déjà en marche lorsque parut la proclamation, et, affirmant sa toute-puissance, « le souverain sans couronne », comme on disait, ordonna de respecter les ordres du lord lieutenant et le meeting n'eut pas lieu. Poussant jusqu'au bout sa facile victoire, le gouvernement poursuivit aussitôt O'Connell et ses principaux lieutenants, les accusant « d'avoir ourdi une conspiration, d'avoir excité les sujets de S. M. au mépris et à la haine du gouvernement et de la loi constitutionnelle ». 

Le 24, mars 1844, O'Connell était condamné à douze mois de prison et à une amende. Il en appela à la Chambre des lords, recommandant aux masses populaires le calme absolu : 

« Tout homme qui trouble en quoi que ce soit la paix publique est mon ennemi et celui de l'Irlande. » 
Son peuple lui obéit encore. Il resta dans la prison de Richmond, à Dublin, jusqu'à l'arrêt de la Chambre haute qui ne fut rendu que le 4 septembre 1844. O'Connell et ses compagnons étaient acquittés, le premier procès ayant été jugé souverainement impolitique. O'Connell, remis aussitôt en liberté, fut reconduit en triomphe à sa maison : il y eut en son honneur des banquets, des illuminations, des processions. Plus que jamais il affirma que l'heure de l'indépendance allait sonner, mais on ne tarda pas à s'apercevoir qu'il avait perdu non pas sa popularité, mais son autorité, sa toute-puissance. Un profond politique, Cavour, en a très nettement indiqué les raisons. Il écrivait en 1843 : 
« Pour moi, le rôle d'O'Connell est fini. A la première manifestation un peu énergique de ses adversaires, il a reculé; depuis ce moment, il a cessé d'être dangereux. » 
De ce moment date en effet une scission dans le parti irlandais. Toute la jeune Irlande abandonna l'agitateur. Les meetings monstres ne furent plus un objet de terreur pour l'Angleterre, et dès qu'il fut prouvé qu'O'Connell se bornait à l'agitation pure, il ne fut pas plus redouté qu'un apôtre quelconque du tee-totalism. Ses dernières années furent tristes. Malade, épuisé, profondément blessé de voir les jeunes déserter en masse son drapeau, il parla encore, en diverses occasions, à la Chambre des communes, d'une voix presque éteinte, mais qu'on écoutait avec le plus profond respect. 

En 1847, très souffrant, il s'embarqua pour un voyage à Rome. Il traversa la France à petites journées, recevant partout des marques de la plus vive estime, et, arrivé à Gênes, il y mourut d'une congestion cérébrale. Son coeur embaumé fut déposé à l'église Sainte-Agathe de Rome. Son corps fut ramené en Irlande où des honneurs presque royaux lui furent rendus le 5 août 1847. On a élevé en 1869 sur son tombeau, dans le cimetière de Glasnevin, une tour de 165 pieds de haut. O'Connell, véritable géant, a exercé sur tous ceux qui l'ont connu une impression profonde. 

Peu d'hommes ont été aussi aimés et aussi détestés que lui. Il avait l'habitude de prodiguer à ses adversaires des injures et des invectives si grossières et si mordantes qu'il s'en faisait des ennemis passionnés. On rappelle encore son apostrophe à
Wellington, « ce caporal rabougri », et il osa appeler le Times « un vil chiffon de papier ». Il n'est pas étonnant, après cela, que le Times, durant des années, lui ait consacré un venimeux article de tête, qu'on l'ait surnommé « le Gros Mendiant » et qu'on l'ait accusé de vénalité, lui qui mourut pauvre, laissant des enfants dans le besoin. A la Chambre, il ne fut pas moins écouté et admiré que dans les réunions publiques. Son éloquence s'était pliée tout de suite au milieu parlementaire, et il peut être considéré comme l'un des plus grands orateurs politiques de l'Angleterre. 

Ses discours ont été publiés par son fils John (Dublin, 1846, 2 vol.) et par F. Cusack (Dublin, 1875, 2 vol.), et il a laissé un ouvrage d'une valeur littéraire incontestable :Hhistorical memoir off Ireland and the Irish, native and Saxon (Dublin, 1843). Fitzpatrick a publié : The political and private Correspondence of D. O'Connell (Londres, 1888, 2 vol.).

Son fils aîné, Maurice (mort à Londres le 18 juin 1853), fut député de Clare (1831), puis de Tralee (1833) aux Communes. Le troisième, John, né le 24 décembre 1840, mort à Kingstown le 24 mai 1858, député depuis 1833, succéda à son père dans la direction de la « Repeal Association  », qu'il laissa dissoudre en 1848. Il accepta en 1857 une sinécure du gouvernement. Il a écrit la biographie de son père et Recollections and Experiences during a parlementary carier from 1833 to 1848 (Londres, 1848, 2 vol.). (René Samuel).

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Dictionnaire biographique
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