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La Noue

François de La Noue est un capitaine français, dit Bras de fer, qui  fut, dans les Guerres de religion, un des chefs du parti protestant. Il est né aux environs de Nantes en 1531, mort à Montcontour le 4 août 1591. Il appartenait à une vieille famille bretonne. Il fit ses premières armes en Piémont, sous les ordres du maréchal de Brissac. La paix de Cateau-Cambrésis le ramena dans son château patrimonial. Ce fut vers ce temps qu'il fit adhésion à la Réforme
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François de la Noue.
François de la Noue
(1531-1591).

La première guerre civile le compta parmi les lieutenants de l'amiral de Coligny. Au début de la deuxième, il assura Orléans à « la cause ». Il conduisait l'arrière-garde à la bataille de Jarnac, et fut fait prisonnier à celle de Moncontour. Bientôt délivré par voie d'échange (1569), il s'empara peu après de Luçon (1570), mais le surlendemain de ce succès, le 17 juin, assiégeant Fontenay-le-Comte, il reçut un coup d'arquebuse qui nécessita l'amputation du bras gauche. Un mécanicien de La Rochelle ajusta toutefois au moignon une sorte de crochet métallique lui permettant de tenir la bride de son cheval, d'où le surnom de Bras de fer que lui donnèrent ses soldats.

L'édit de pacification de Saint-Germain fut signé sur ces entrefaites; presque aussitôt il fut grand bruit d'une expédition qu'allait diriger le roi de France aux Pays-Bas contre les Espagnols. La Noue partit pour ravitailler Mons; il ne tarda pas à être obligé de capituler entre les mains du duc d'Albe (19 septembre 1572). Bien qu'il connût la Saint-Barthélemy, il n'hésita pas, à l'appel de Charles IX, à quitter le camp du duc, où il était traité avec distinction, et à se rendre dans la ville où, un mois auparavant, tant des siens avaient trouvé une mort tragique; ce qui montre clairement qu'il ne faisait pas remonter au roi la responsabilité du massacre. Il fut chargé par lui de s'entremettre auprès des assiégés de La Rochelle, pour amener leur soumission moyennant des garanties raisonnables. Il y joua un rôle très singulier, tantôt négociateur, tantôt belligérant. L'équivoque de sa conduite n'a jamais été éclaircie. C'est la seule ombre, du reste, qui plane sur cette grande mémoire. 

Lors du soulèvement de 1574, il revint sur le littoral saintongeais, arma une flotte qui donna l'empire de la mer à ses coreligionnaires. Les années suivantes sont remplies pour lui de petites expéditions heureuses, d'ailleurs sans grande portée. En 1578, il repartit pour la Flandre où il était appelé par les Etats-Généraux et y reçut la charge importante de grand maréchal de camp. Il prit Louvain, Bruges, Cassel (1589), Ninove (30 mars 1580); mais le 10 mai de la même année, il tomba à son tour aux mains de l'ennemi, et subit, de 1580 à 1585, la plus dure des captivités. 

Il employa sa captivité à étudier les Vies de Plutarque et à écrire ses admirables Discours politiques et militaires (1587, 1re éd.), au nombre de vingt-six. Ceux-ci  roulent sur l'histoire de son temps et sur diverses questions de politique et de religion. Le plus précieux est le dernier, qui contient une partie de sa biographie, et qu'on a publié sous le titre de Mémoires de La Noue. L'auteur, esprit modéré, s'efforce de demeurer impartial dans le récit des guerres civiles; cette modération n'ôte rien à l'énergie et à la vivacité de son style.

Redevenu libre le 28 juin 1585, il eut à s'acquitter de la délicate mission dont son ami le duc de Bouillon l'avait chargé au lit de mort : assurer sa riche succession à sa fille, Charlotte de La Marck. Il en vint à bout, non sans peine. Cette affaire liquidée, il rallia le camp du roi de Navarre, qui venait de se réconcilier avec Henri III (30 avril 1589). Il combattit à Senlis (1589), à Arques, à Ivry et fut mortellement blessé à l'attaque de Lamballe (1591). « Nous perdons un grand homme de guerre et encore plus un grand homme de bien », dit Henri IV eu apprenant sa mort. La postérité a ratifié ce jugement. (Léon Marlet).
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La guerre

« Ce fut une grande fatigue d'avoir esté si longtemps en campagne par chaud, par froid, et chemins difficiles, et quasi tous jours en terres ennemies, ou les propres paysans [= les paysans mêmes] faisoyent autant la guerre que les soldats; qui sont inconveniens [nous dirions aujourd'hui : ce sont là des inconvénients. etc.] ou se trouva plusieurs fois ce grand chef Annibal quand il fut en Italie. Alors est-ce une belle escole devoir comment on accommode les conseils [  = les desseins, les partis à prendre] a la necessité. Du commencement tels labeurs sont si odieux qu'ils font murmurer les soldats contre leurs propres chefs; puis quand ils se sont un peu accoustumez et endurcis a ces penibles exercices, ils viennent a entrer en bonne opinion d'eux mesmes, voyans qu'ils ont comme surmonté ce qui espouvante tant de gens; et principalement les delicats. Voila quelles sont les belles galleries et les beaux promenoirs des gens de guerre; et puis leur lit d'honneur est un fossé ou une harquebusade les aura renversez. Mais tout cela a la vérité est digne de remuneration et de louange, mesmement [= surtout] quand ceux qui marchent par ces sentiers, et souffrent ces travaux, maintiennent [ = défendent] une cause honneste, et en leurs procedures [ = en leur conduite] se monstrent pleins de valeur et de modestie. »
 

(La Noue, extrait des Discours politiques et militaires).
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