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Le malthusianisme
et le néo-malthusianisme
Comme toutes les doctrines, celle de Malthus eut des admirateurs fanatiques, qui prirent à tâche d'en exagérer les principes, en prêchant la restriction volontaire dans le mariage, que Malthus, au contraire, se défendait énergiquement d'avoir jamais conseillée. La doctrine, même déformée, n'en eut pas moins ses adeptes; son influence fut incontestable sur le développement de la culture sociale anglaise, et elle s'est perpétuée jusqu'à la fin du XIXe siècle et même au-delà. Des brochures célèbres en Angleterre et aux États-Unis ont entretenu constamment la propagande, allant jusqu'à indiquer les moyens qui devaient être employés pour entraver l'action génératrice. On cite notamment la Physiologie morale, de Robert Dale Owen ; le Livre de chaque femme, de Richard Carlile; Grandes et Petites Familles, d'Austin Holyoake; les Fruits de la philosophie, du docteur américain Charles Knowlton. Cette dernière publication donna lieu, en 1877, à un long procès auquel se trouvaient mêlés Bradlaugh, rédacteur en chef du National Reformer, et Mme Besant, qui provoquèrent les poursuites, afin de faire consacrer officiellement la parfaite légitimité du néo-malthusianisme. Condamnés d'abord à une peine sévère de prison, ils furent acquittés et mis en liberté par la cour d'appel supérieur; et, depuis ce procès, toutes les brochures circulent librement, non cependant sans que les auteurs et distributeurs n'aient été inquiétés quelquefois sur la demande de certaines sociétés religieuses.

Immédiatement après le procès, se fondait la ligue malthusienne, qui a pour but de : 

1° faire de l'agitation pour l'abolition de toutes les pénalités applicables à la discussion publique de la question de la population, obtenir une définition statutaire qui ne permette plus, dans l'avenir, de mettre ces sortes de discussions sous le coup des lois de droit commun;

2° répandre par tous les moyens possibles, parmi le peuple, la connaissance de la loi de population, de ses conséquences, de ses effets sur la conduite de l'homme et de la morale.

La ligue a son journal, le Malthusian, et comprend des notabilités de tous les pays. Pour combattre le socialisme et résoudre les difficultés résultant de la surabondance de la population, elle ne voit d'autre moyen que d'appliquer les règles du Néo-malthusianisme, c.-à-d. de restreindre volontairement dans le mariage le nombre des enfants.

En France, le malthusianisme a eu seulement quelques adeptes fervents, qui ont prêché la doctrine de la restriction volontaire avant et dans le mariage; mais il était depuis longtemps pratiqué par les familles de la bourgeoisie en général, qui limitaient à deux ou trois le nombre des enfants, et par toutes les catégories sociales indistinctement, dans certains départements agricoles de la Normandie et de la Gascogne. Cet usage est attribué au désir qu'ont les propriétaires de transmettre leurs biens sans trop les diviser, en même temps qu'à la grande instabilité des fortunes. Les ouvriers, les prolétaires continuaient à procréer sans compter, car ils vivaient au jour le jour de leur seul travail, la modicité de leur salaire ne leur permettant pas de s'occuper du lendemain.

Une autre forme du malthusianisme, répandue à la fin du XIXe siècle, s'est attachée à combattre une prétendue dégénérescence de l'espèce humaine qui résulterait de la conservation des individus inférieurs au point de vue physique, intellectuel ou moral. C'est un crime, disait-on, d'élever on de mettre au monde des enfants inférieurs, idiots, vicieux; des hommes, des femmes portent en eux des tares héréditaires ils n'ont pas le droit de les transmettre; ils n'ont pas le droit de créer des êtres qui, personnellement, seront malheureux, ou bien constitueront une gêne, un danger ou une cause de dépense inutile pour la société. Il faut, par l'éducation, réagir contre l'imprévoyance de tous les jeunes gens, mais surtout apprendre aux femmes, qui partagent plus que les hommes les douleurs et les misères de leurs enfants, à ne devenir mères qu'à bon escient. (M. Charnay).



En bibliothèque - Dr. C.-R. Drysdale, Le Principe de population, le Combat pour l'existence heureuse, la Vérité est grande, elle triomphera. - James Laurie, la Limitation des familles. - Herbert Spencer, l'Individu contre l'Elat. J.-K. Page, la Cause de la misère. - Paul Robin, Dégénérescence de l'espèce humaine, etc...
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