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Jean-Louis-Ernest
Meissonier est un peintre français, né à
Lyon le 21 février 1813, mort à Paris le 31 janvier 1891.
Il appartenait à une famille bourgeoise, et son père, établi
fabricant de produits chimiques à Paris, dans le quartier du Marais,
le destinait au commerce : mais de bonne heure le goût des arts et
la hantise du dessin s'étaient emparés de l'enfant, ainsi
qu'en témoigne cette note d'études d'un chef d'institution
de la rue de Jouy dont il suivait, âgé de huit ans, la classe
de huitième :
«
Ernest a un penchant décidé pour le dessin ; la simple vue
d'une gravure nous fait négliger bien souvent des devoirs essentiels.
»
Cependant sa famille
l'avait placé comme apprenti droguiste dans une maison de la rue
des Lombards, quand il résolut de s'affranchir d'une destinée
peu conforme à ses aptitudes. Les conseils et l'appui d'un ancien
deuxième grand prix de Rome, peintre d'un certain mérite.
nommé Potier, l'aidèrent à entrer dans l'atelier de
Léon Cogniet, et dès lors ses progrès furent rapides,
et son talent original ne tarda point à s'affirmer. Le livret du
Salon de 1831 est le premier qui porte le nom de Meissonier, avec cette
indication : Une Visite chez le bourgmestre; dans cette oeuvre de début
éclataient déjà les qualités maîtresses
qui devaient lui marquer plus tard une place éminente dans notre
école française contemporaine : la finesse et la précision
de la touche, la correction sévère de l'exécution,
l'irréprochable vérité des attitudes et de l'expression.
Mais il fallait vivre, en attendant la gloire : c'est à l'illustration
que Meissonier, durant ses jeunes années, demanda les ressources
dont il avait besoin : les nombreuses et remarquables vignettes qu'il exécuta
pour les éditeurs Curmer, Hetzel, Delloye, Dabochet, - celles de
Paul et Virginie, de la Chute d'un ange (1839); des Comtes rémois,
du Vicaire de Wakefield, des oeuvres de Gresset, des Français peints
par eux-mêmes (1840-1842), etc., se distinguent par la sobriété
et aussi par la netteté et le fini du travail. Le rêve de
l'artiste eût été alors d'illustrer Molière
et La Fontaine : tant d'autres ouvrages, dont sa laborieuse carrière
devait être pleine, ne lui permirent pas de le réaliser. Vers
cette même époque, il faillit dévier de son vrai chemin
et s'adonner, mal à propos aux « grandes machines »,
à la peinture religieuse ; les bons avis de Chenavard l'arrêtèrent
heureusement sur cette pente, et le Jeune Homme jouant de la basse (1842)
; le Peintre dans son atelier (1843); Partie de piquet, Corps de garde,
la Partie de boules, vinrent attester brillamment qu'un peintre de genre
nous était né, qui ne le cédait en rien aux maîtres
les plus exquis de l'école hollandaise. C'est d'eux, sans doute,
qu'il procédait et ils étaient ses ancêtres, mais ils
l'étaient « sans que cette filiation, a pu dire Théophile
Gautier, l'empéchât d'être lui-même un ancêtre
». Et son originalité lui vient principalement de la clarté
toute française qu'il met dans ses moindres toiles; toujours, chez
lui, le milieu explique le sujet et nous aide à le goûter
pleinement.
Le succès
et la renommée avaient largement payé l'artiste des difficultés
du début : l'année 1855 marqua l'apogée de sa réputation.
Le Jeune Homme qui lit en déjeunant, la Lecture, la Rixe, un de
ses chefs-d'oeuvre, furent couverts d'éloges par la critique et
par le public. Certains lui reprochèrent, à vrai dire, de
manquer parfois aux lois de la perspective et de les faire plier aux exigences
de son optique particulière; d'autres trouvèrent que l'étonnante
perfection miniaturale de l'artiste n'allait pas sans quelque froideur;
mais il n'y eut qu'une voix pour admirer l'étonnante exactitude
de ces fumeurs, de ces liseurs, de ces types si variés qui expriment
chacun, avec une intensité si vraie, un état particulier
de l'âme humaine. Avec son Lit de mort et sa poignante Barricade
(1850), Meissonier prouva d'ailleurs qu'il avait au plus haut point le
sentiment et le don du drame. Puis, tandis que le Jeune Homme du temps
de la Régence (1857) ; le Peintre, le Maréchal ferrant, le
Musicien, la Lecture chez Diderot, etc., continuaient la série des
« intérieurs » si parlants où excellait la conscience
méticuleuse du maître, d'autres productions, qui ne furent
pas les moins retentissantes, inaugurèrent bientôt un nouveau
genre, le genre historique et militaire dans de petites dimensions; à
cette catégorie appartiennent : Solférino, Dix-huit cent
quatorze (1864); le Capitaine, l'Ordonnance, Desaix à L'armée
du Rhin (1867); Une Halte, Cuirassiers, 1805 et Mil huit cent sept. Doué
d'une mémoire excellente, d'une patience et d'une puissance incomparable
de travail et d'étude, Meissonier apportait dans la pratique de
son art des raffinements de scrupule qui sont demeurés légendaires.
Il reprenait, retouchait, refondait sans se lasser. Plein d'aversion pour
l'à peu-près, il laissait quatorze ans sur le chevalet tel
de ses ouvrages, comme ce 1807, pour lequel, ayant à préparer
un coin de champ labouré, il alla en pleine campagne relever un
croquis de mottes de terre. L'été, quand il habitait Poissy,
le champ de manoeuvres, de Saint-Germain le comptait parmi ses familiers,
habile à saisir les allures du cavalier et du fantassin, attentif
au moindre détail de l'uniforme, inquiet d'un bouton de guêtre
ou d'un numéro matricule. Parmi ses dernières toiles, il
faut citer encore : Joueurs de boule, les Deux Amis, Dictant ses mémoires,
le Guide, l'Arrivée des hôtes, l'Armée du Rhin-et-Moselle,
Dragons (1883). Le 24 mai 1884 s'ouvrit à la galerie Georges Petit
une exposition générale des oeuvres de Meissonier, comprenant
146 numéros; mais il y en avait au moins 400 par le monde, et, depuis
longtemps déjà, ses toiles n'avaient plus de prix : les Cuirassiers
qui font partie de la collection du duc d'Aumale, furent achetés
250,000 fr., puis vendus à Bruxelles 275,000 et revendus enfin 400,000.
Président du jury de l'Exposition universelle de 1889, où
il a exposé la Madonna del Baccio, léna, le Voyageur, Venise,
Un Postillon, l'Auberge du pont de Poissy, Pasquale, etc.. il contribua
activement, d'autre part à l'organisation du Salon national des
beaux-arts, dit « Salon du Champ de Mars », lors de la scission
qui se produisit parmi les artistes français à l'égard
de l'Exposition annuelle. Outre les tableaux de genre qui lui ont valu
ses plus éclatants triomphes, on lui doit des vues exquises de Venise,
d'Antibes, d'Evian, de Poissy, et plus d'un portrait : ceux du Docteur
Lefèvre, de Paul Chenavard, de Vanderbilt, du Docteur Guyon, de
Stanford, de Victor Lefranc, d'Alexandre Dumas, sont des oeuvres de premier
ordre. Meissonier eut quelques ambitions qui ne furent pas satisfaites
: il eût vivement souhaité d'enseigner à l'Ecole des
beaux-arts, et la chaire qu'il désirait ne lui fut pas accordée.
La chose publique le préoccupa également, et à diverses
reprises il songea à se présenter à la députation,
puis au Sénat; il fut même candidat, sans succès. En
revanche, il avait, en 1861, succédé à Abel de Pujol
comme membre de l'Académie des beaux-arts, et ce fut lui qui, à
Florence, aux fêtes du centenaire de Michel-Ange (1875), porta la
parole au nom de l'Institut de France. (Gaston Cougny). |