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| La découverte du ciel | ||
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| Aperçu | La circulation des eaux | Les découvertes de Schiaparelli | Les Martiens |
| La
circulation des eaux
Pendant le dernier
quart du XIXe
siècle, l'opinion dominante chez
les observateurs de la planète Mars était non seulement que
la planète possédait bien des océans composés
d'eau, mais aussi, au moins à la fin de cette période, que
les contours de ces océans pouvaient se modifier assez rapidement,
comme le niveau des eaux variait dans des proportions notables au fil des
saisons « Il semble que les mers de Mars ne soient pas invariables; car, depuis 1830, il y a quelques changements qui paraissent incontestables : par exemple, le golfe de Kaiser [Sinus Sabeus], qui présentait alors, comme à la fin du siècle dernier, l'aspect d'un fil terminé par un disque, et qui depuis 1862 est beaucoup plus large et se termine non par un cercle noir isolé, mais par une baie fourchue. Peut-être y a-t-il sur cette planète des déplacements d'eau et des variations de couleur qui n'existent pas sur la nôtre. »Revenant sur ce point en 1879, le même auteur résumera dans les termes suivants l'impression résultant de l'examen de ces variations problématiques (les nom actuels des formations citées sont entre crochets) : « Une différence spéciale avec la Terre, écrivait-il alors, est offerte par la variabilité de quelques-unes de ses configurations géographiques. L'étude constante du golfe de Kaiser [Sinus Sabeus] pourrait conduire sur ce point à des résultats fort curieux. En 1830, Maedler l'a plusieurs fois très nettement et très distinctement vu tel qu'il est représenté au point A.A cette époque Flammarion hésitait encore à attribuer ces changements observés à des inondations ou à des retraits dans les eaux; en 1884, il présentera cette hypothèse "comme la plus probable, on pourrait presque dire comme certaine". Il faut dire qu'entre-temps Schiaparelli aura fait quelque peut évoluer les idées de ses contemporains ce sujet. Pendant ses patientes observations faites
en janvier et en février 1882,
l'astronome de Milan 1° c'est dans le voisinage des mers et dans les mers elles-mêmes que ces effets se présentent;Un autre exemple des changements observés sur Mars peut être pris dans la région, située au-dessous du lac foncé, circulaire que Schiaparelli appelle le lac du Soleil (Solis Lacus). En 1830, Beer et Maedler ont observé au-dessous de ce lac, et dessiné sur leur carte une grande tache grise assez foncée, qui a reçu de Schiaparelli le nom D'Agathodémon, de Proctor celui de mer Dawes (270e degré de longitude). En 1877, Trouvelot, à Cambridge Si l'on compare les dessins faits en même temps à Milan, par Schiaparelli, on remarque qu'ils concordent assez bien avec cette description, car sur ces dessins, il n'y a qu'une sorte de jonction extrêmement fine qui peut fort bien avoir échappé à l'observation de Trouvelot. En 1881, au contraire, à partir du 16 décembre et jusqu'en février 1882, Trouvelot a observé là, quoique la planète fut alors beaucoup plus éloignée de la Terre et dans de moins bonnes conditions d'observation, une forte tache presque aussi foncée que ledit lac. Cette tache est également visible avec de grandes ramifications sur les dessins faits à Milan à la même époque.
Variations de la région D'Agathodémon entre 1830 et 1881. On se rendra compte de ces variations sur la figure ci-dessus, qui reproduit fidèlement les dessins de cette même région faits en 1830 par Maedler, en 1877 par Schiaparelli et en 1881 par Trouvelot. Au vu de ces dessins, malgré les différences imputables aux conditions de visibilité, il semble bien que la région marquée A sur cette figure, ne soit le siège de grandes variations, parfaitement perceptibles d'ici. Une fois acceptée l'hypothèse d'inondations et de dessèchements alternatifs, il restait encore aux astronomes à expliquer comment ces phénomènes pouvaient se produire concrètement. Supposer des exhaussements et des affaissements dans le niveau du sol, comme il s'en produit, par exemple, sur les bords de la Méditerranée, entre autres à Pouzzoles (où l'on voit le temple de Sérapis tour à tour au-dessus et au-dessous du niveau de la mer), paraissait une hypothèse extrême. C'était donc plutôt dans la quantité d'eau que l'on se mit à chercher les variations. Mais comment cette quantité pouvait-elle varier? Par les gelées, par la fonte des neiges, par les pluies? Sans doute, estimait-on, fallait-il invoquer tous ces mécanismes à la fois. Après tout, le procédé météorologique des transformations de l'eau paraissait être le même sur cette planète que sur la nôtre; seulement il semblait probable que les variations étaient beaucoup plus importantes là qu'ici; les mers martiennes paraissaient avoir beaucoup moins d'eau et subissaient donc des changements relativement considérables pour elles; de plus les rivages devaient être plats, et en certaines régions les plaines devaient être juste au niveau de la mer. Restait une difficulté. On ne pouvait
pas attribuer ces modifications à des marées « Seraient-ce des plaines liquides et végétales à la fois? se demandait Flammarion, des lacs peuplés de plantes aquatiques? Les pluies suffiraient pour inonder les bords, les plaines basses, les vallées, comme il arrive pour nos rivières dans les inondations, ou peut-être, suivant certaines circonstances météorologiques, la végétation varie-t-elle rapidement sur toute l'étendue des prairies humides... On peut chercher; on peut faire des conjectures; mais, sans doute, la nature de Mars étant différente de la nature terrestre, nous ne pouvons pas deviner. »La tentative que l'on faisait pour Mars au travers des similitudes de la planète avec la Terre, trouvait donc ici ses limites. Mars, en fait révélait dans ces changements un complexité et une richesse qui poussaient à attribuer à la planète une "vitalité" qui implique de façon apparemment très spéciale des phénomènes atmosphériques, climatologiques et océaniques. Voici un exemple. La figure I ci-dessous montre une vue de Mars due à Green, datée du 2 septembre 1877, 1 h 10 mn. On y distingue entre autres une petite tache foncée (a) appelée par cet observateur « lac Schiaparelli » (Fons Nectaris?), et une petite tache blanche (b) appelée depuis longtemps « île neigeuse ». Un région que l'on décrivait comme particulièrement fertile en variations atmosphériques. L'île neigeuse semblait aux astronomes parfois admirablement visible, comme un point blanc, et parfois complètement invisible; sa blancheur paraissait due à de la neige qui aurait couvert là de hautes montagnes et serait fondue en certaines saisons, ou bien, plutôt encore (à cause des variations plus rapides observées) à des nuages qui s'accumuleraient sur les sommets de ces hautes montagnes. Quant au "lac Schiaparelli", il paraissait disparaître aussi sur certaines vues d'ailleurs jugées tout à fait satisfaisantes.
Ainsi, le 24 octobre 1879, à 2 h du matin, Burton, en Irlande, dessinant le croquis II ci-dessus, fait la remarque suivante : « La continuité de l'esquisse de [Mare Erythraeum], au sud-est de [Aurorae Sinus], est interrompue par une sorte de langue pointue dont l'extrémité orientale cache l'île neigeuse. Cette bande est évidemment formée par une traînée de nuages. Cette région est particulièrement sujette à la formation des nuages. Toutefois, ces nuages-ci paraissent moins blancs, moins lumineux que ceux de la Terre vus d'en haut. J'ai plus d'une fois remarqué que ces voiles ou brumes temporaires n'étaient pas très brillants, et même un jour, j'ai observé que l'une de ces taches. était certainement beaucoup moins blanche que les neiges polaires, un peu grise et presque de la teinte orangée des continents. »William Herschel avait déjà fait cette remarque assez bizarre d'une tache nuageuse foncée. Cependant, il semble que les nuages éclairés par le soleil devraient toujours, vus par leur surface supérieure, paraître blancs. Il fallait croire que, dans ce cas, ce sont des vapeurs à demi transparentes qui passaient sur des régions très foncées. Burton écrivait encore à propos d'une autre tache blanche : « On aperçoit un point brillant tout prés du bord occidental, à peu près dans la position de l'île Hirst [?]. C'est la seule occasion où nous ayons pu apercevoir cette tache pendant l'opposition de 1879, quoiqu'on l'ait très souvent observée en 1877. »Remarquons encore à ce propos que le petit « lac Schiaparelli », mal vu dans certaines circonstances et simplement estompé, donne l'idée d'une ligne sombre réunissant le Solis Lacus à Mare Erythraeum et a souvent été représenté de la sorte.
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