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Marnix

Philippe de Marnix, seigneur de Sainte-Aldegonde, né à Bruxelles en 1538, mort à Leyde en 1598, était le second fils de Jacques de Marnix, baron de Pottes, seigneur de Thoulouze, et de Marie de Hamericourt. Sa famille, originaire de la Savoie, était venue s'établir dans les Pays-Bas au commencement du XVIe siècle. Philippe de Marnix fit de brillantes études à Genève sous la direction de Calvin, puis, rentré dans les Pays-Bas, il se jeta avec ardeur dans l'opposition, et fut un des organisateurs du Compromis des nobles et de l'Assemblée de Saint-Trond. Lorsque les iconoclastes eurent dévasté la Flandre, il prit leur défense dans un pamphlet célèbre : Vraye Narration et apologie des choses passées aux Pays-Bas touchant le fait de la religion en l'an 1566. La réaction, qui fut la conséquence de ces excès, força Marnix à s'enfuir, et le Conseil des troubles le condamna au bannissement perpétuel. C'est pendant cet exil qu'il rédigea en 1569 en néerlandais, à Lützbourg en Frise, sa fameuse satire contre Rome : la Ruche de la sainte Eglise, où, se faisant passer pour un prêtre, il feint de défendre les dogmes catholiques et en réalité accable de ses sarcasmes tout ce qui tient au culte romain : les sacrements, la discipline, les traditions, le clergé, le pape, etc. Cet ouvrage, qui révèle chez son auteur une érudition prodigieuse, et qui est écrit avec une verve extraordinaire, obtint un immense succès et exerça une influence considérable (La littérature néerlandaise); on en connaît plus de vingt éditions, et il fut immédiatement traduit en français, en anglais et en allemand. Peu de temps après, Marnix composa le Wilhelmus Lied qui devint l'hymne national de la Néerlande affranchie.

Marnix fut bientôt le conseiller intime du prince d'Orange. Investi en 1573 d'un commandement militaire important, il se laissa surprendre à Maeslandsluis, et fut fait prisonnier. Echangé en 1571, il tenta sans succès d'obtenir de la reine Elisabeth d'Angleterre une intervention qui aurait été payée par la souveraineté de la Hollande et de la Zélande; mais il réussit en 1576 à mener à bonne fin l'union de toutes les provinces par la Pacification de Gand. Il aida puissamment le prince d'Orange à combattre don Juan, et se rendit en 1578 à la diète de Worms pour réclamer le secours des princes allemands. La même année il s'efforça vainement de ramener à la modération les magistrats calvinistes de Gand qui opprimaient cruellement les catholiques, et dont la conduite impolitique fut la cause déterminante de la défection de l'Artois et du Hainaut. Il fut plus heureux dans une autre négociation : il conclut le traité de Plessis-lez-Tours, du 17 septembre 1580, qui conférait au duc d'Anjou la souveraineté des Pays-Bas, tout en sauvegardant l'indépendance des provinces et la liberté des citoyens. Le coup de main tenté par le duc contre Anvers le 16 janvier 1583 fut pour Marnix une cruelle désillusion; il se retira en Zélande, malade et découragé. Il occupa sa retraite à traduire en néerlandais les psaumes et les cantiques de la Bible, et à écrire un traité d'éducation, Ratio instituendae juventutis, peu connu et cependant fort intéressant.

En 1583 le Taciturne rappela son ami pour lui confier le poste de bourgmestre de la ville d'Anvers menacée par Farnèse. Pendant un siége qui dura treize mois, Marnix fit preuve d'un remarquable esprit d'organisation et d'un courage calme qui ne se démentit jamais. Quand l'Escaut fut barré, et que la disette régna dans la ville, la résistance devint impossible. Le bourgmestre obtint du duc de Parme des conditions honorables pour la cité qui s'était si vaillamment détendue. Une amnistie générale fut accordée et les protestants eurent la faculté de quitter le pays en conservant la jouissance de leurs biens, ou de demeurer encore à Anvers pendant quatre ans sans être inquiétés. Cependant le sentiment public se prononça contre Marnix; on lui reprocha d'avoir capitulé hâtivement et de s'être laissé corrompre par le duc de Parme. Les Etats de Hollande et de Zélande l'accusèrent formellement d'avoir voulu
amener une entente criminelle entre les révoltés et leurs oppresseurs. Marnix présenta sa défense dans le Brief Récit de l'estat de la ville d'Anvers du temps de l'assiègement et rendition d'icelle. Cet éloquent plaidoyer ne réussit pas à l'innocenter complètement aux yeux de ses compatriotes. ll voulut alors se défendre publiquement devant les Etats-Généraux; il n'obtint pas cette satisfaction, mais l'assemblée refusa de lui infliger un blâme public.

Marnix vécut encore quatre années à West-Soeburg, dans l'île de Walcheren; il ne se détourna plus de ses études qu'une seule fois, en 1603, pour aller plaider auprès de Henri IV la cause des Provinces-Unies. Il écrivit contre les doctrines sociales des anabaptistes un libelle très agressif qui fit naître des polémiques passionnées Recherches et réfutation de la doctrine des libertins (en hollandais; Leyde, 1595). On riposta par l'Antidote ou Contrepoison contre les conseils sanguinaires et envenimés de Philippe de Marnix. Marnix répliqua par sa Response apologétique à un libelle fameux; mais, en dépit de son talent, il ne parvint pas à se justifier du reproche d'intolérance. Il était du reste partisan de pénalités sévères contre les hérétiques, c.-à-d. ceux qui ne professent pas les doctrines religieuses de l'Etat. Nous devons citer encore un ouvrage de Marnix : le Tableau des differens de la Religion qu'il ne put achever et qui fut publié après sa mort. C'est une satire violente de l'Eglise romaine; elle rappelle la Ruche par l'érudition et par la fougue; c'est une des plus belles oeuvres qui aient été écrites en prose française au XVIe siècle. Les oeuvres complètes de Marnix ont été republiées de 1854 à 1860 en 8 vol. in-8.

Philippe de Marnix fut un homme d'Etat inférieur à Guillaume d'Orange, mais il sut comprendre la politique de son ami et la servir avec intelligence et avec une activité merveilleuse qui a justifié sa devise : Repos, ailleurs. La noblesse de son caractère et son désintéressement sont aujourd'hui reconnus et, si l'on peut lui reprocher son intolérance et la passion qu'il apporte à la défense de ses idées, on ne peut méconnaître sa sincérité absolue et son rare désintéressement. (E. Hubert).

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