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Louis XIV
La minorité de Louis XIV
Le gouvernement de Mazarin
Aperçu La minorité de Louis XIV Guerre et vanité La faim et les cendres
La régence d'Anne d'Autriche.
Louis XIV, âgé de cinq ans, devenait roi. Anne d'Autriche était régente, mais avec des restrictions capitales. Mazarin, désigné pour être son conseiller, lui suggéra de faire tenir, par le petit souverain, un lit de justice au Parlement, où le testament du feu roi serait annulé et pleine autorité rendue à la régente. Ainsi fut fait, sans perdre de temps, le 18 mai 1643. Le soir même Mazarin était fait chef du Conseil. C'est une des singularités de l'histoire que la France ait été gouvernée, à partir de ce moment, par une reine espagnole peu intelligente, et un Italien qui parlait mal le français, ne savait presque rien des institutions du royaume et était plus habile que ferme. Sur le moment, personne ne dit rien. On connaissait mal Mazarin. Bientôt la victoire de Rocroy affermirait son gouvernement. Mais en attendant, premier signe de faiblesse, le ministre ouvrit les portes à tous les exilés du règne précédent, qui rentrèrent un peu en tumulte et triomphants. Ils se crurent les maîtres. Parmi eux, le duc de Beaufort, fils du duc de Vendôme, jeune homme sans grand jugement; la duchesse de Chevreuse, intrigante achevée, et d'autres. On les appela les Importants. Anne d'Autriche, inexpérimentée, donnait de bonnes paroles. Mazarin, souple et poli, cherchait à plaire. Les Importants s'attaquèrent d'abord aux ministres qui restaient du temps de Richelieu et les firent chasser : Bouthillier, Chavigny. Les finances passèrent à Particelli d'Émeri. Mazarin put sauver le chancelier Séguier et Le Tellier. Puis les Importants s'en prirent à la politique extérieure et ils voulurent imposer à tout prix la paix. Sur ce point, Mazarin ne pouvait pas céder. Heureusement que les Importants se chamaillèrent entre eux. Il y eut une bataille à propos d'un mot calomnieux de Mme de Montbazon. Beaufort eut l'idée folle, à cette occasion, de vouloir enlever Mazarin, un soir, dans un carrosse. Il fut arrêté, enfermé à Vincennes, Mme de Montbazon exilée, le duc de Vendôme prié d'aller à Anet et Mme de Chevreuse envoyée en Touraine. Ce premier nuage était dissipé. Le gouvernement allait en voir naître d'autres.

L'Europe en guerre.
Au moment où le règne de Louis XIV, commence, on se bat partout en Europe. Emue par son échec en Roussillon, l'Espagne envoie, des Pays-Bas, une armée en France commandée par Don Francesco de Mellos. La bonne étoile de Louis XIV veut que son règne s'inaugure par la célèbre victoire de Rocroy (1643), remportée sur cette armée par le jeune duc d'Enghien, et cette même étoile voudra que se suivent, dans une glorieuse série, de mêmes brillants succès. Condé est un prince de vingt-deux ans, hardi, audacieux, chanceux. L'armée espagnole repassant la frontière après Rocroy, il court à Thionville et Sierck qu'il prend en août. Un autre général, celui-ci plus prudent et savant, Turenne, fait maréchal à trente-deux ans, va rivaliser avec lui de bonheur. Condé vient le rejoindre : ensemble, ils attaquent, l'année suivante (1644), les Bavarois à Fribourg et les contraignent à fuir. Ensemble encore, ils envahissent l'Allemagne, remontent le Rhin et, le 2 août 1645, à Nordlingen, attaquent et tuent Mercy dans une dure victoire, pendant qu'en Flandre, Gassion et Rantzau avancent, et qu'en Catalogne, d'Harcourt prend Roses. La fortune, maintenant, est pour nous. Ces succès aident aux négociations que Mazarin cherche à poursuivre afin d'arriver à la paix. Commencées en 1636, à Cologne, transportées en Westphalie, à Münster et Osnabrück en 1640, ces négociations rencontrent des difficultés inouïes. Les propositions arrivèrent à se préciser mieux en décembre 1644 et la France formulera les siennes en juin 1645, mais tout s'enlisera dans des disputes. Alors, les Français continuent leurs victoires. En 1646, ils prennent Courtrai. Enghien, le 10 octobre, entre à Dunkerque. Turenne va à Wesel. En 1647, le même duc d Enghien, devenu le prince de Condé, échoue peut-être dans l'attaque de Lérida en Catalogne, mais il se venge l'année suivante, 1648, en allant au devant de l'archiduc Léopold qui, au Nord, tente un effort sur notre frontière, et le défait à la bataille de Lens. Pendant ce temps, Turenne guerroie en Bavière, menace presque Vienne. Cette suite presque ininterrompue de victoires va, enfin, permettre à Mazarin d'avoir le dernier mot au congrès de Westphalie.

La Paix de Westphalie (1648).
Cette paix de Westphalie a été considérable. Tous les États de l'Europe, sauf l'Angleterre, alors en révolution, et les pays d'Orient, Russie, Pologne, Turquie, y ont été représentés. Avec les traités de Vienne de 1815 et ceux des Versailles de 1919, c'est un des plus grands instruments diplomatiques de l'histoire. Les négociations avaient duré sept ans. Mazarin a eu le grand mérite de réaliser, sinon exactement dans leur lettre, au moins dans leur esprit, les projets de Richelieu, au mieux des intérêts de la couronne de France et de savoir apporter aux négociations une patience qui a été finalement couronnée de succès. Il aurait voulu une paix tout à fait générale. L'Espagne refusa d'y prendre part, espérant récupérer la Catalogne et le Portugal. La Hollande avait abandonné la France en traitant, le 30 janvier 1648, avec Philippe IV, qui reconnaissait son indépendance. Malgré ces défections, la paix de Westphalie allait fixer le statut politique de l'Europe pour longtemps. Représenté au congrès par Servien, Mazarin dut renoncer à l'idée de Richelieu de garder la Lorraine. Il la remplaça par l'acquisition de l'Alsace, à laquelle Richelieu n'avait pas voulu ni pu songer. Au traité d'Osnabrück, signé le 24 octobre, l'empereur abandonnait donc à Louis XIV ses droits sur la haute et la basse Alsace et, en même temps, ceux qu'il avait sur Metz, Toul et Verdun, les Trois-Évêchés, lui laissant la tête de pont de Philipsbourg sur le Rhin. A la Suède, il cédait la moitié de la Poméranie, des seigneuries, deux évêchés. Les princes luthériens, alliés de la France, recevaient satisfaction : Brandebourg, Hesse-Cassel, obtenaient divers territoires; le fils du prince palatin rentrait dans la moitié de ses possessions et, son électorat restant à la Bavière, on créait pour lui un huitième électorat. Amnistie était proclamée, la paix de religion assurée. Ainsi, après trente ans d'une guerre qui avait ruiné l'Allemagne de façon inimaginable, la maison d'Autriche, épuisée, voyait échouer tous ses projets. Elle était contrainte d'accepter la liberté religieuse, qu'elle avait voulu contester; l'empereur n'avait rien changé à l'état de morcellement politique de l'Allemagne, et ses menaces d'encerclement de la France étaient écartées. On mesure la grandeur des services rendus par Richelieu.

Les difficultés financières. Les édits bursaux.
A l'intérieur du pays, les embarras d'argent, mal perpétuel de l'ancienne monarchie, étaient inextricables. Anne d'Autriche et Mazarin avaient donné sans compter pour se faire des amis, comme du temps de Marie de Médicis. Afin de plaire au peuple, on eut l'imprudence de baisser les tailles de dix millions. Il fallut, au bout de peu de temps, créer de nouveaux impôts. D'Émeri était un homme maladroit, dépourvu de sens politique et Mazarin était trop ignorant des affaires intérieures de la France pour le contrôler. En mars 1644, Émeri imposa une certaine taxe du toisé à payer par ceux qui, hors des murs de Paris, avaient construit dans les faubourgs, malgré la défense d'anciens édits. Les intéressés protestèrent, s'adressèrent au Parlement de Paris qui accepta de s'occuper de l'affaire, étrange, car ce n'était pas l'office du Parlement. Louis XIII eût vite réprimé l'entreprise. Le Parlement présenta des remontrances que la régente refusa de recevoir. Il y eut de l'agitation dans les rues, au Palais de justice, surtout aux chambres des enquêtes où étaient les jeunes magistrats. Finalement, l'édit fut maintenu et le bruit se calma. Alors Émeri promulgua une nouvelle taxe, celle sur les aisés, que devaient payer les riches, et la reine voulut faire enregistrer l'édit d'autorité dans un lit de justice. Le Parlement protesta, demanda au moins que l'impôt ne portât que sur les traitants et les gens d'affaires. La reine accepta. Tout se calma encore. Mais le Parlement ainsi s'essayait à jouer un rôle politique. La régence eut quelques années de répit jusqu'en 1648, où des troubles profonds allaient accuser la faiblesse foncière de ce gouvernement d'étrangers sans énergie. 

Les débuts de la Fronde.
Émeri, toujours à la recherche de ressources fiscales nouvelles, publia, le 15 septembre 1646, un édit créant un tarif sur les marchandises apportées à Paris. C'était une maladresse. Des protestations s'élevèrent. On en appela encore au Parlement, qui réclama parce qu'on ne lui avait pas donné le nouvel édit à enregistrer. Émeri fit enregistrer l'édit à la Cour des aides; puis il multiplia, comme par plaisir, les édits bursaux, sans tenir compte des résistances violentes que ces mesures provoquaient. Le Parlement fut assailli de protestations. Le 15 janvier 1648, Émeri amena Louis XIV au Parlement afin de faire enregistrer d'autorité, sans débat, six édits nouveaux, parmi lesquels il y en avait un qui portait le chiffre des maîtres des requêtes de 48 à 60; c'étaient des offices à vendre. Cette fois, la mesure atteignait directement les gens de justice dont les charges, ainsi multipliées, diminuaient de valeur. Les maîtres des requêtes ripostèrent, en obtenant des remontrances, contre la décision prise, ce qui était une impertinence, puisque les édits étaient enregistrés. La régente refusa de recevoir les remontrances. De plus en plus maladroit, Émeri, qui avait à renouveler un impôt, dit la Paulette, autorisant les officiers du Parlement à assurer la survivance de leurs charges moyennant un droit annuel, édicta des mesures spéciales favorables à celui-ci. 

Les autres cours se soulevèrent : Grand Conseil, Chambre des comptes, Cour des aides; par solidarité, le Parlement se joignit à elles. Un arrêt d'union entre toutes ces cours fut rendu; décision révolutionnaire! Alors, Émeri supprima la Paulette et, par lettre de cachet, la reine interdit l'union des cours décidée. Au Palais, le lendemain, toutes les cours discutèrent sur les décisions à prendre. La reine fit arrêter ou exiler des membres du Grand Conseil, des conseillers des Aides et de la Chambre des comptes. Le jour suivant, au Palais, on déclara que les cours devaient se réunir, malgré la défense faite. La régente, cette fois, fut embarrassée. Mazarin proposa d'essayer la conciliation. Anne d'Autriche préférait la rigueur. Le Parlement, sondé par le duc d'Orléans, maintint ses exigences. La reine alors céda et la conférence des cours s'assembla à la chambre Saint-Louis. On n'y parla de rien moins que « du bien public et de la réformation du royaume ». La conférence décida de réclamer une série de réformes, dont quelques-unes étaient bonnes, et les autres inspirées par une démagogie pure. Une entrevue eut lieu, le 8 juillet, avec le gouvernement, où Mazarin usa d'atermoiements. Émeri fut enfin renvoyé et des déclarations royales donnèrent, en partie, satisfaction aux cours en capitulant piteusement, mais en décidant que la chambre Saint-Louis ne se réunirait plus sans autorisation.

La journée des barricades (26 août 1648).
Là-dessus, on annonça la brillante victoire remportée à Lens par Condé. A ce moment, sur la proposition du conseiller Broussel, le Parlement se disposait à discuter les déclarations royales récentes. Anne d'Autriche, outrée de tant d'insolence, profita du Te Deum célébré, le 26 août, à Notre-Dame de Paris, à l'occasion de la victoire, puis de ce que les troupes occupaient les rues, pour faire arrêter Broussel, de Blancmesnil, et exiler trois autres conseillers. Une émotion subite saisit le peuple. On tendit les chaînes des rues. On éleva des barricades. La reine ne crut pas sérieusement à un danger. Le coadjuteur de l'archevêque de Paris, Paul de Gondi, et le maréchal de La Meilleraye, qu'on avait fait surintendant des finances, vinrent l'avertir que la situation était grave. Elle les pria d'aller calmer la foule. Ils n'y parvinrent pas. Le lendemain, le Parlement s'assemblait. Le centre de la ville continuait à être barricadé.

Le Parlement décida d'aller trouver la reine en corps, au Palais-Royal. La reine lui reprocha amèrement d'être cause de tout ce qui se passait. On discuta. Finalement, Anne d'Autriche accepta de relâcher les prisonniers, à condition que le Parlement promettrait de ne plus s'occuper des affaires publiques. Lorsque les magistrats voulurent s'en retourner, la foule les reçut mal et exigea d'eux qu'ils allassent réclamer la liberté immédiate des prisonniers. Le premier président, Molé, dut revenir avec un certain nombre de magistrats. Mazarin, effrayé, décida la reine à se résigner; les prisonniers seraient rendus. Le soir, en effet, Blancmesnil était libéré; le lendemain, Broussel. Les barricades furent défaites.

Ainsi, la cour avait eu le dessous. Anne d'Autriche était humiliée et ulcérée. Le13 septembre, de dépit, elle emmena le roi à Rueil. Paris fut inquiet de ce départ. Le 21, au Parlement, le président Viole proposa de confirmer un arrêt de 1617, qui excluait les étrangers du ministère. C'était un coup droit à Mazarin. La proposition fut écartée, mais le Parlement supplia la reine de rentrer à Paris. Il envoya, le 25 septembre, une délégation à Saint-Germain discuter avec la cour et Mazarin. Il y fut décidé que la reine signerait une déclaration accordant au Parlement ce qu'il demandait, c'est-à-dire des concession pitoyables, La capitulation était complète. Le 30, le roi rentrait à Paris.

Rien ne tenait plus. Des deux cotés, c'étaient irritations, défiances, colères. Mazarin était universellement méprisé, la reine impopulaire, De nombreux et violents pamphlets les attaquaient. Le prince de Condé, outré à l'égard des robins, conseillait au gouvernement une bonne répression sanglante. Anne d'Autriche ne voulait pas; mais excédée, dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, elle quittait Paris emmenait le roi, les princes et la cour, à Saint-Germain. C'était la guerre civile.

Louis XIV.
Louis XIV en tenue de ballet
d'après un médaillon.

La Guerre civile. Le siège de Paris. La Paix de Rueil.
Les Parisiens le comprenant fermèrent les portes de leur ville. Beaucoup de grands étaient restés avec eux. Des mesures furent prises : le Parlement rendit des arrêts pour approvisionner Paris, interdire aux troupes armées d'approcher des murs de plus de vingt lieues. II envoya une délégation à Saint-Germain demander à la reine d'éloigner Mazarin, cause, disait-il, de tout le mal. Cette délégation ne fut pas reçue. Il fit une déclaration publique dénonçant Mazarin comme ennemi de l'État, lui ordonnant de sortir du territoire, prescrivant de lui courir sus. Il fit saisir ses biens, vendre ses meubles. Les ponts étaient coupés. Une sorte de gouvernement provisoire s'organisa à Paris. Des soldats furent levés, des milices bourgeoises armées. Alors, de Saint-Germain, des personnages, croyant au succès de l'insurrection parisienne, arrivèrent pour s'y faire une place : le duc d'Elbeuf, le frère de Condé, prince de Conti; celui-ci demanda d'être nommé généralissime des insurgés; on accepta; c'était un prince du sang. Le 13, arriva le duc de Beaufort, évadé de Vincennes : il était populaire par ses manières. Mais c'étaient bien des grands dans l'aventure. On avait mis sur pied 14,000 fantassins et 1500 cavaliers. On fit faire des tranchées dans les faubourgs. Le Parlement de Paris écrivit aux autres Parlements du royaume pour qu'ils se joignissent à lui, mais il y eut peu d'écho. De son côté, la cour avait rassemblé des troupes, occupé Saint-Cloud, Saint-Denis, Corbeil, Poissy, Pontoise, toutes les clefs des rivières allant sur la ville, afin d'arrêter le trafic et les vivres. Les Parisiens tenaient Charenton. Le 8 février, le prince de Condé, qui était resté avec la reine, les attaqua, les délogea. Cet échec émut la ville. Il y avait du flottement, d'ailleurs. 

De vieux magistrats se lamentaient de cette rébellion, aspiraient à la paix. Puis, le 9 février, le roi Charles Ier d'Angleterre était décapité à Londres et cette  nouvelle horrifiait les bourgeois, fidèles tout de même au roi. L'avocat général Talon prit alors sur lui de proposer l'envoi d'une délégation à la reine pour discuter. La proposition ne fut pas mal accueillie. Les princes, généraux de la Fronde, sentant le terrain vaciller sous leurs pieds, décidèrent de s'adresser à l'Espagne et de lui demander de les aider. Les souvenirs de la Ligue étaient encore vivaces. Un héraut d'armes vint de Bruxelles. Les princes voulurent le présenter au Parlement, qui refusa de discuter avec lui et le pria d'aller voir la reine. Furieux, les généraux décidèrent d'envoyer leurs troupes hors de Paris, de se séparer du Parlement et d'attendre. Pendant ce temps, la proposition de Talon ayant été acceptée, une délégation des cours souveraines allait à Rueil, causer avec la cour. La cour se montra dure et hautaine. Les pourparlers durèrent du 4 au 11 mars et, le 11, la paix de Rueil était signée : les hostilités cesseraient; il n'y aurait plus d'assemblée commune des cours souveraines; la ville démobiliserait ses troupes; le roi écarterait les siennes et rentrerait à Paris. A son retour à la capitale, la délégation fut mal accueillie. Des gens, apostés par les princes, crièrent à la trahison. Puis, sous main, les généraux, à leur tour, parlementèrent avec la cour, réclamant des dignités, des honneurs, des gouvernements. La reine, prudente, accepta, proclama le 1er avril une amnistie générale, rétablit chacun dans ses biens et ses charges, et le Parlement licencia les troupes. Ainsi finit la Fronde qu'on a appelée parlementaire; celle des princes allait commencer.

La rentrée du roi à Paris. L'arrestation des princes.
Le 18 août, le roi, qui avait onze ans, rentra à Paris avec grand apparat. Il fut acclamé. Mais les esprits des meneurs étaient mal apaisés. Un nouveau personnage provoquait maintenant des difficultés : Condé, jusque-là si fidèle. Il était arrogant. Il avait pris Mazarin en grippe. Il parlait de lui avec aigreur. Il prit en main les intérêts des autres princes, très mal satisfaits d'avoir été abandonnés par le Parlement. Il voulut faire obtenir à ceux-ci les nouvelles réclamations qu'ils formulaient. Mazarin résistait. Le 18 septembre, Condé eut un éclat avec le cardinal et sortit en claquant les portes. Il y eut d'autres incidents. Condé, maintenant, parlait d'États généraux, de réformes. On avait rappelé Émeri aux finances; avec lui, les troubles, conséquences de ses mesures, recommencèrent. Le paiement des rentes ayant été suspendu pendant la guerre de Paris, on assigna ce paiement sur les fermiers des gabelles, qui dirent n'avoir pas un sol. Voyant qu'ils n'allaient pas être payés, les rentiers s'assemblèrent en tumulte à l'Hôtel de Ville, nommèrent un syndicat, provoquèrent une manifestation de plus de 3000 personnes, appuyés par Beaufort et le coadjuteur Gondi. L'agitation devenait dangereuse. Un des syndics reçut un coup de pistolet le 11 décembre et, le soir, un autre coup fut tiré sur le carrosse de Condé. On déclara que Mazarin avait provoqué ces attentats; Condé dit que c'étaient les anciens frondeurs : Beaufort, le coadjuteur, Broussel. Le Parlement voulut examiner l'affaire, le Palais fut envahi. Condé, suivi de 1000 gentilshommes, princes, nobles, bourgeois, manqua de transformer la salle des pas perdus en champ clos.
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Les misères au temps de la Fronde

Le tableau des misères souffertes par le peuple au temps de la Fronde est tragique. Les gens se cachent dans les bois et les souterrains, ce qui arrive alors dans les pays qui voient venir des troupes armées, emmènent leurs bestiaux et leurs récoltes dans les monastères pour les mettre à l'abri, geste courant en France depuis tant d'années que règne la guerre civile ou étrangère. Mais que les hommes en aient été réduits, comme on l'a prétendu, à "manger de la terre, des écorces et des haillons, à se manger même les bras et les mains et à mourir dans ce désespoir", c'est ce qui, évidemment, est peu croyable.

Il est vraisemblable que ce que l'on appelait la peste, c'est-à-dire les maladies contagieuses, ait été occasionné par les cadavres abandonnés après les combats; cette peste a pu provoquer une mortalité anormale. Mais, depuis des siècles, on se battait en France; on s'est autrement battu au XVIe siècle, de façon plus générale, plus continue; le phénomène était constant. En fait, la Fronde a fait des ruines et des malheurs dans la population, mais ces ruines ne sont pas comparables avec celles qui ont été provoquées par les invasions subies sous Louis XIII, notamment celle de 1636. La misère du temps de la Fronde a été assurément sérieuse, mais moins qu'on ne l'a dit, les luttes ayant été relativement localisées, de durée intermittente et assez brèves.

Il s'était, à ce moment, aliéné tout le monde par ses manières tyranniques. La reine, irritée au possible, conçut alors l'idée de le faire arrêter, lui et les principaux princes qui l'entouraient : Conti, Longueville, Bouillon et, pour cela, de s'entendre avec le coadjuteur et les frondeurs qui tenaient le Parlement. Gondi accepta. Le 18 janvier 1650, Condé, étant venu au Conseil, fut arrêté avec Conti et Longueville et conduit à Vincennes. Paris ne bougea pas. Le Parlement acquiesça. Anne d'Autriche et Mazarin se voyaient maîtres de la situation. Ils allèrent s'assurer des provinces, à Rouen, en Bourgogne. Les populations demeuraient fidèles au roi. La femme du prince de Condé se rendit alors à Bordeaux, où elle souleva le peuple de la ville, malgré le Parlement et son entourage, traita avec l'Espagne. Mazarin, décidé à réduire Bordeaux, partit de Paris le 4 juillet. En août, les Espagnols appelés en France entraient par le Nord, ayant au milieu d'eux Turenne, partisan des princes ; ils prenaient Rethel, avançaient. On eut peur qu'ils enlevassent à Vincennes les princes, et le duc d'Orléans les envoya à Marcoussis. Pendant ce temps, devant Bordeaux, la reine faisait attaquer le faubourg Saint-Surin ; le peuple étourdi cédait au Parlement qui voulait se soumettre et la paix était signée, comportant une amnistie générale et la permission pour la princesse de Condé de rentrer dans ses maisons. La reine revint à Paris. Les trois princes, prisonniers à Marcoussis, furent transférés au Havre. Turenne et ses Espagnols, qui avaient reculé, étaient battus à Rethel, le 15 décembre. Tout allait donc bien pour Mazarin.

L'exil de Mazarin.
Mais le coadjuteur Paul de Gondi, auquel on avait fait espérer le chapeau de cardinal, et qui ne l'avait pas eu, se retournait maintenant irrité contre la cour, combinait de s'unir avec les princes, de les délivrer et de les lancer sur Mazarin pour se venger. L'opinion s'excitait. On demandait maintenant des États généraux. On se prononçait avec vivacité contre Mazarin. Celui-ci était fort embarrassé. La Rochefoucauld lui conseilla d'aller délivrer les princes et de les lâcher dans la mêlée. Le 1er février, il y eut une scène violente entre Mazarin et le duc d'Orléans qui déclara ne vouloir plus avoir de rapports avec le cardinal. Mazarin envoya Gramont au Havre proposer aux princes de conclure un traité. A haute voix, l'opinion montée contre Mazarin réclamait maintenant son départ. Il prit peur et le 6 février, à onze heures du soir, il s enfuyait, déguisé. Le 9, le Parlement rendait un arrêt expulsant le cardinal du royaume. Le bruit ayant couru qu'Anne d'Autriche voulait le suivre, Gondi fit signer au duc d'Orléans, comme lieutenant général du royaume, l'ordre de mobiliser les milices bourgeoises de Paris qui environnèrent le Palais-Royal. La reine était prisonnière. Elle dut montrer aux miliciens Louis XIV endormi, pour leur prouver qu'elle ne l'avait pas enlevé. Elle envoya l'ordre de libérer les princes au Havre. Mazarin, informé de cet ordre, se hâta de courir l'exécuter, lui-même, le 13 février. Les princes le traitèrent avec mépris. Il avait manqué son but. Alors, devant les faits accumulés qui l'accablaient, il quitta la France, se retira à Brühl, près de Cologne, découragé, navré, pendant que les princes, retournés à Paris, triomphaient.

A Paris, Gondi se crut le maître. Mais il était aux prises avec un amas d'intrigues singulièrement compliquées. La cour allait à la dérive. Ne sachant que faire, la reine s'allia avec le coadjuteur, lui promettant le chapeau de cardinal s'il l'aidait contre Condé. Celui-ci, se sentant menacé, quitta Paris, bravant la reine. Anne d'Autriche finit par faire un éclat : dans un manifeste, elle énuméra tous les griefs qu'elle avait contre Condé : c'était la rupture. Condé accusa le coadjuteur d'être l'auteur de tout ce qui se passait. Il y eut un grand tumulte au Parlement, où les amis de Condé manquèrent étouffer Gondi.

La guerre civile de Condé. La fin de la Fronde des provinces.
Mais, le 7 septembre, dans un lit de justice, Louis XIV était déclaré majeur. Bien que le jeune roi n'eût que treize ans révolus, cet événement formaliste allait, tout de même, fortifier un peu l'autorité d'Anne d'Autriche. Condé armait. Il constituait deux armées, l'une à Stenay, au Nord, l'autre à Bordeaux. Conseillée de loin par Mazarin, Anne d'Autriche, enfin, agit avec quelque décision. Elle marcha au milieu d'une petite armée vers Poitiers, en novembre 1651. Condé recula derrière la Charente. Alors, Mazarin jugea le moment venu de s'approcher. Il quitta Cologne, leva 6000 à 7000 hommes en Allemagne, vint à Dinant; le 24 décembre, il parvenait à Sedan : on lui amenait des troupes de France. Le Parlement, indigné, protesta, rendit des arrêts contre lui, mit sa tête à prix. Mazarin avançait toujours. Il était, le 30 janvier, à Poitiers, où se trouvait Louis XIV, qui alla au-devant de lui. La cour s'achemina vers Paris. Condé revint vivement sur la Loire et, avec des troupes étrangères amenées par Nemours, des soldats envoyés de Paris, il attaqua à Bléneau l'armée royale que commandaient Hocquincourt et Turenne, revenu au roi : il fut battu. Il courut à Paris, où on ne voulut d'abord pas le recevoir. Pendant ce temps, la cour arrivait à Saint-Germain. Le 19 février 1652, elle avait accordé, pour ses services, le cardinalat à Gondi, qu'on allait appeler maintenant le cardinal de Retz. Turenne, avec son armée, approchait. Condé l'attaqua du côté de Charenton, fut refoulé sur Paris, en face la porte Saint-Antoine; acculé aux murs, il était presque perdu, lorsque la Bastille se mit à canonner l'armée royale. C'était la fille du duc d'Orléans, Mademoiselle, qui en avait donné l'ordre. Condé, sauvé, rentra à Paris avec 5000 à 6000 hommes. 

Les Parisiens continuaient à ne pas vouloir de lui et, le 4 juillet, une assemblée, à l'Hôtel de Ville, réclamant à tout prix la paix avec le roi, manifestation qui était contre l'Hôtel de Condé, auquel on mit le feu. Les Parisiens furent révoltés. Mais cependant ils ne voulaient pas non plus de Mazarin. Alors, Mazarin, comprenant qu'il était de trop, repartit le 19 août, disant qu'il quittait la France : il alla à Bouillon. Le Parlement apaisé fut d'avis de traiter. On demanda à Condé et à ses amis leurs conditions, qui étaient excessives. Les bourgeois s'impatientaient. Ils organisèrent un complot pour faire rentrer le roi, malgré les princes. Le 24 septembre 1652, eut lieu une grande manifestation au Palais-Royal, en faveur du retour du roi, et on décida d'envoyer une députation à Louis XIV, qui se trouvait à Pontoise. Elle fut bien accueillie. Retz, qu'on avait laissé de côté, paya d'audace et y alla aussi à la tête du clergé. On le reçut froidement. Le roi promit aux bourgeois de rentrer. Ainsi, Condé était débordé. De fureur, il quitta Paris. Le 21 octobre, le roi revenait dans sa bonne ville, acclamé par la foule enthousiaste. Le duc d'Orléans fut prié de s'en aller à Blois; nombre de ses complices furent exilés: Beaufort, La Rochefoucauld, douze magistrats. C'était la fin de la Fronde. Celle des princes avait échoué comme celle des gens de robe.

Triomphe de Mazarin.
En fait, Mazarin avait la victoire. Restait Retz qui cabalait toujours. On lui offrit d'aller à Rome, en mission, afin de se débarrasser de lui : il refusa. Le 19 décembre 1652, comme il venait au Louvre voir le roi, le capitaine des gardes, Villequier, l'arrêta et l'écroua au château de Vincennes. Alors, Mazarin rentra à Paris, le 3 février 1653. De fatigue, on l'accueillit sans hostilité : ses ennemis lui cédaient. Peu à peu, étouffées en province, les dernières lueurs de la guerre s'éteignaient. Le 27 mars, le Parlement condamnait à mort Condé pour lèse-majesté et félonie. Le 17 juin, Louis XIV fut sacré à Reims au milieu d'un calme profond. Il fallait régler la question de Retz. On lui offrit, en 1654, sa liberté s'il donnait sa démission de l'archevêché de Paris, que venait de lui procurer la mort de son oncle, l'archevêque dont il était le coadjuteur, plus sept abbayes, à condition qu'il s'en allât en mission à Rome. Au fond de son cachot, Retz, déprimé par de longs mois de détention, accepta, fut transféré provisoirement au château de Nantes, en attendant la réalisation de certaines conditions fixées, mais de là, le 8 août 1654, il s'évada, et s'enfuit à Saint-Sébastien, puis à Rome, d'où il nargua longtemps la cour de France. On l'y laissa. Des temps nouveaux apparaissaient, temps d'autorité et de volonté, mais aussi de violences nouvelles et de vanité. Louis XIV, jeune prince de dix-sept ans, ayant fait lui-même enregistrer des édits bursaux au Parlement, le 20 mars 1655, et, apprenant qu'après son départ la cour s'avisait d'examiner ses édits, accourait de Vincennes, botté - il n'est pas sûr qu'il eût un fouet, comme on l'a prétendu (encadré ci-dessous) - et défendait au Parlement de poursuivre. Les magistrats furent surpris.
 

L'Etat , c'est moi!

Comme tant d'autres mots historiques, celui-ci est d'une authenticité fort douteuse. Le 20 mars 1655, le cardinal Mazarin avait fait enregistrer par le parlement plusieurs édits bursaux, dont l'un, soit dit en passant, relatif à la marque du papier et du parchemin pour actes notariés, a donné naissance a l'impôt du timbre. Le parlement ayant manifesté l'intention d'annuler ces édits, Louis XIV, alors âgé de dix-sept ans, décidé à les maintenir, se présenta lui-même devant cette assemblée, dans un lit de justice tenu le 13 avril suivant, pour lui signifier sa volonté, très certainement inspirée par Mazarin.

« C'est ici, écrit Chéruel dans son Histoire de l'administration monarchique en France (1855, t. II, p. 32), que l'on place, d'après une tradition suspecte, le récit de l'apparition de Louis XIV dans le parlement. un fouet à la main, et qu'on lui prête la réponse fameuse au premier président (Pomponne de Bellièvre) qui parlait de l'intérêt de l'Etat : « L'Etat, c'est moi. »

D'après les Mémoires de Montglat (21e campagne), qui place cette anecdote au 10 avril, le roi serait venu « le matin au parlement, en justaucorps rouge et chapeau gris, accompagne de toute sa cour en même équipage : ce qui était inusité jusqu'à ce jour. »

Comme le roi arrivait de Vincennes, où il allait souvent chasser, on a pu supposer qu'il était alors dans sa tenue de chasseur. Mais cela est d'autant moins probable qu'avant de se rendre au parlement, il était entré à la Sainte-Chapelle. Louis Vian, dans un intéressant article de la Revue des questions historiques du 1er octobre 1882 Louis XIV au parlement, estime que le roi devait être en costume convenable, et que la légende du fouet a été imaginée par Voltaire, dans l'intérêt de la mise en scène. (Voy. le Siècle de Louis XIV, chap. XXIV). Quant aux paroles du roi, les voici telles que nous les avons relevées sur  les registres manuscrits du parlement à la date du mardi 13 avril 1655 :

« Ledict seigneur Roy a dict, Messieurs, chacun sçait les malheurs qu'ont produit les assemblées du parlement. Je veux les prévenir et que l'on cesse celles qui sont commencées sur lois et édictz que j'ay aportés, lesquels je veux être exécutés. Monsieur le premier président, je vous deffend de souffrir aucunes assemblées et à pas un de vous de la demander. Et aussy tost s'est retiré. » (Conseil secret, archives nat.).

Il paraît donc bien certain que, si Louis XIV a jamais prononce le mot brutal qu'on lui prête, ce ne fut pas en cette circonstance. Ce ne dut pas être non plus pendant toute la période de son règne qui précéda la mort de Maxarin (9 mars 1661). On sait qu'alors il était plus occupé de ses plaisirs que du gouvernement de son royaume, laissant au cardinal la haute direction des affaires de l'Etat.

Ce n'est que lorsqu'il perdit son premier ministre qu'il prit personnellement possession du pouvoir. L'abbé de Choisy rapporte, au chapitre II de ses Mémoires, que le lendemain de la mort de Mazarin, l'archevêque de Rouen dit au roi :

« Sire, j'ai l'honneur de présider à l'assemblée du clergé de votre royaume. Votre Majesté m'avoit ordonné de m'adresser à M. le cardinal pour toutes les affaires : le voilà mort; à qui veut-elle que je m'adresse à l'avenir? – A moi, M. l'archevêque », aurait répondu le roi.

Si le fameux mot n'a pas été dit, il faut reconnaître qu'il résume fort exactement la pensée intime de Louis XIV dans toute la suite de son règne, et les idées qu'on se plaisait à entretenir autour de lui.

Bossuet, dans sa Politique tirée des propres paroles de l'Ecriture Sainte, ouvrage composé pour le dauphin, disait :

« La majesté est l'image de la grandeur de Dieu dans le prince. Dieu est infini, Dieu est tout. Le prince, en tant que prince, n'est pas regardé comme un homme particulier: c'est un personnage public, Tout l'Etat est en lui; la volonté de tout le peuple est renfermée dans la sienne. » (Livre V, art. 4, 1re proposition.)

Lémontey,  dans son Essai sur la monarchie de Louis XIV, cite ce passage d'un cours de droit public rédigé, par ordre du roi, pour l'instruction du duc de Bourgogne

« La France est un état monarchique dans toute l'étendue de l'expression. Le roi y représente la nation entière, et chaque particulier ne représente qu'un seul individu envers le roi... La nation ne fait pas corps en France. Elle réside tout entière dans la personne du roi. »

Lémontey est de ceux qui acceptent pour authentique le mot de Louis XIV : « Le Coran de la France, dit-il, fut contenu dans quatre syllabes, et Louis XIV les  prononça un jour : « L'État c'est moi. » (1re édit., 1818, p, 327).

Il est vrai, ce qui atténue singulièrement la valeur de, son opinion, qu'il accueille et réédite bien légèrement, un peu plus loin, la version de Voltaire.

Pendant ce temps, Mazarin faisait partout la paix, tâchait d'en finir avec l'Espagne et de marier Louis XIV à l'infante Marie-Thérèse. A l'intérieur, tout se calmait de plus en plus. 

Le Traité des Pyrénées (1659).
Avec l'Espagne la lutte avait duré péniblement onze ans, au milieu des complications inextricables de la Fronde, les Espagnols tâchant de profiter des troubles intérieurs, se prêtant à aider les rebelles, accueillant les chefs de ceux-ci, comme Condé. Grâce à ces facilités, ils reprirent Barcelone, Dunkerque, Casal, parvinrent à atteindre Sainte-Menehould; mais ils étaient affaiblis. Ce fut ce qui sauva la France. Mazarin leur opposa Turenne. Il y eut de petites campagnes, de petits sièges. En 1653, Turenne reprenait Rethel, Sainte-Menehould. En 1654, il chassa l'ennemi qui avait entrepris le siège d'Arras. Condé, passé avec les Espagnols, ne retrouvait pas chez eux son bonheur. En 1655, Mazarin eut l'idée de traiter avec Cromwell, mesure qui provoqua de vives protestations. Grâce à l'appui de l'Angleterre, on eut quelques succès. En 1658, Turenne put assiéger Dunkerque, et les Espagnols, accourus au secours de la place, étaient complètement battus aux Dunes. Poursuivant son plan, qui était d'isoler diplomatiquement l'Espagne, afin de l'amener à céder, Mazarin eut même l'audacieuse idée, en 1657, l'empereur Ferdinand III étant mort, d'essayer de faire monter Louis XIV sur le trône de l'Empire. Le projet était irréalisable. Léopold fut élu en 1658. Au moins, Mazarin arriva-t-il à grouper un certain nombre de princes allemands dans une ligue dont le roi de France serait le protecteur. 

Ce fut la ligue du Rhin, à laquelle accédèrent : les électeurs de Mayence, de Cologne, de Trèves, le roi de Suède, les ducs de Brunswick-Lunebourg, de Wurtemberg, de Hesse-Cassel. Le but avoué était de garantir les décisions de la paix de Westphalie. En fait, Louis XIV étendait son contrôle sur la politique allemande. L'Espagne, isolée, comprit qu'il fallait avouer son impuissance. Mazarin, pour décider le roi d'Espagne Philippe IV, lui offrit de faire épouser sa fille Marie-Thérèse par Louis XIV. Il joua une comédie, mena la cour à Lyon, sous prétexte d'une entrevue au sujet d'un mariage de Louis XIV avec la fille de la duchesse de Savoie et, le coup ayant réussi, un envoyé de Philippe IV, alarmé, accourut annoncer à Mazarin que son maître consentait à l'union de sa fille. Cette acceptation entraîna les négociations de paix. Elles eurent lieu entre les deux premiers ministres, Mazarin et Don Luis de Haro, à la frontière, dans une île de la Bidassoa, et les bases du Traité des Pyrénées de 1659 furent arrêtées. La France gardait le Roussillon, la Cerdagne, l'Artois, des places lui assurant une bonne frontière militaire du côté du nord, Gravelines, Landrecies, Le Quesnoy, Avesnes. L'allié des Espagnols, le duc Charles de Lorraine, recouvrait ses États, sauf quelques points laissés à la France et Louis XIV abandonnait le Portugal, la Catalogne. Nous avons dit comment le mariage de Marie-Thérèse suivit.

L'oeuvre de Mazarin.
Cette paix, en somme, était extrêmement profitable pour la France. Dans les stipulations du contrat de mariage, il avait été dit que Marie-Thérèse renoncerait à ses droits sur la couronne d'Espagne, si on lui donnait une dot de 500 000 écus d'or. Mazarin, devinant que cette somme ne serait jamais payée, réservait l'avenir. Au traité de Westphalie, il avait accepté des rédactions un peu troubles sur le fait que le roi de France était substitué en Alsace à la maison d'Autriche dans ses droits sur le pays, ce qui pouvait donner lieu à Louis XIV de réclamer une place dans la constitution de l'Empire et l'autoriser à exploiter juridiquement ces droits. Par là, Mazarin réservait encore des extensions possibles d'occupation. Puis, ayant fait décider que les princes allemands seraient libres de conclure des traités particuliers, il avait rendu possible la formation de ligues telles que celle du Rhin, qu'il réalisa ensuite. Ainsi, son esprit un peu retors et madré d'Italien avait donné à sa politique des sous-entendus qui dépassaient ce qu'eût été la pensée de Richelieu. Les habiletés de Mazarin ont permis plus tard à Louis XIV d'effrayer le monde par ses envahissements inattendus. Telle quelle, cependant, on ne saurait contester que l'oeuvre de Mazarin, à l'extérieur, ait été, dans son ensemble, excellente. Il a achevé et complété Richelieu; comme lui il a écarté les dangers qui menaçaient le royaume, et il a acquis à la France quatre pays nouveaux, dont il a voulu que le collège des Quatre-Nations, fondé par lui, sur les bords de la Seine, en face le Louvre, rappelât et immortalisât le souvenir.

Ainsi, Mazarin était arrivé au terme de sa vie au milieu de circonstances bien différentes de celles qu'il avait vécues naguère. Il était heureux, tout-puissant. Il avait amassé des richesses considérables, et allait laisser à sa mort plus de cinquante millions. Il tomba malade à Vincennes, fit don de tous ses biens à Louis XIV, qui les lui rendit, les partagea entre ses neveux et ses nièces et, le 9 mars 1661, s'éteignit. (HGP).

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