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Leopardi (Giacomo, comte). - Poète né à Recanati (Marche d'Ancône) le 29 juin 1798, mort à Naples la 14 juin 1837. Fils aîné du comte Monaldo Leopardi et de la marquise Adelaide Antici, il fut élevé chez lui par des précepteurs ecclésiastiques. Très précoce, il acquit une vaste connaissance des littératures latine et grecque, apprit le français, l'anglais, l'allemand, l'espagnol, l'hébreu. En 1814, il travaillait à une édition de la Vie de Plotin de Porphyre, dont Creuzer utilisa quelques parties. En 1845, il rédigeait l'Essai sur les erreurs populaires des anciens. Il collabora au Spectatore de Milan, fit des traductions en vers de Moschus, du premier livre de l'Odyssée, du deuxième de l'Enéide, composait (en 1817) des pastiches de la poésie grecque (deux odes anacréontiques et un hymne à Neptune. En 1818 parurent ses canzonesSur l'Italie et Sur le Monument de Dante, celle-ci eut un grand retentissement. En 1820 suivit celle sur la République de Cicéron adressée à A. Mai. Leopardi vint alors de Recanati à Rome (septembre 1822) où il catalogua les manuscrits grecs de la bibliothèque Barberine, publia dans les Effemeridi litterarre romane des articles de critique philologique; celui qu'il, consacrait à la Chronique d'Eusèbe fut remarqué de Niebuhr qui tint à connaître l'auteur, lui faisant offrir une chaire à Berlin ou un emploi ecclésiastique. La santé de Leopardi lui fit décliner la première offre; ses convictions, la seconde. Il était parvenu par la réflexion au déisme d'abord, puis à l'athéisme absolu.

Epuisé, il revint à Recanati en mai 1823 et exprima sa hautaine mélancolie et son stoïcisme désespéré dans sa canzone à Brutus le Jeune. Elle fut publiée en 1824 à Bologne avec une préface où l'auteur comparait les dernières pa-roles de Théophraste sur le néant de la gloire aux der-nières paroles de Brutus sur le néant de la vertu. Désormais célèbre, Leopardi vécut à Milan et Bologne (1825-26), Florence (1827-33), sauf un séjour à Recanati (hiver de 1829-30), et un autre à Rome (1831). Ses amis toscans le soutenaient, s'efforçant de lui épargner les privations; durant cette période, il publia une édition des poésies de Pétrarque avec excellent commentaire, deux chrestomathies italiennes (vers et prose), traduisant en vieil italien des Actes des martyrs. En 1826, il publia un volume de Versi, idylles, élégies, traductions en vers de la Batrachomyomachieet des iambes de Simonide , en 1827, des Operette morali, dialogues d'une prose admirable et d'une fine ironie.

La santé du poète empirait toujours, lui interdisant le travail et ne lui laissant guère de repos. La déformation des os du thorax avait précipité les progrès d'une tuberculose à laquelle il succomba. Il passa ses dernières années (octobre 1833 - juin 1837) à Naples où les soins de son ami Ranieri et de sa soeur adoucirent sa fin. Il y écrivit un poème satirique en huit chants, sous forme d'une continuation à la Batrachomyomachie, d'une sarcastique amertume, et sa magnifique canzone sur l'Amour et la Mort, le plus populaire de ses chefs-d'oeuvre. La pureté du style, la perfection littéraire des vers et de la prose de Leopardi lui assurent une place au premier rang. Sa valeur intellectuelle n'est pas moindre; il est le plus illustre et le plus sincère poète du pessimisme. 

«Il est impossible, dit Joubert, de lire ses ouvrages sans éprouver pour lui quelque chose du tendre intérêt qu'il inspira à tous ceux qui l'approchèrent, sans désirer de connaître jusqu'auxmoindres détails de sa courte et douloureuse existence.»
Sa Correspondance justifie cette universelle sympathie. Il mourut fidèle à ses convictions et fut, enseveli dans l'église San Vitale, près de la grotte du Pausilippe. (A.-M. B.). 
« Juste, humain, généreux, d'une rare loyauté, d'une fierté singulière, Leopardi méprisait les hommes pour les avoir trop estimés. Il aima deux fois et mourut vierge. Ce coeur ému des plus délicates émotions, cette imagination vraiment grecque, amoureuse de toute grâce et de toute beauté, cet esprit ivre d'amour étaient logés dans un corps misérable. Ce grand poète ne présentait aux yeux qu'une pauvre, malingre et souffreteuse créature, atteinte, à la fois d'hydropisie et de phtisie, et déformé par des gibbosités trop visibles qui lui faisaient honte et mal. Tout cela, relevé par un beau front bien saillant et attristé par deux yeux presque éteints, d'une langueur infinie ». (M. Monnier.).
Ses travaux philologiques furent publiés partiellement par son ami de Sinner. Excerpta ex schedis criticis J. Leopardi (Bonn, 1834). Ranieri édita ses oeuvres complètes (Florence, 1846-80, 4 vol.) auxquelles il faut ajouter les Opere inedite publiés par Cugnoni (1878-80, 2 vol.)
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