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Lefebvre

Jean Lefebvre est un astronome  né à Lisieux (Calvados) vers 1650, mort à Paris en 1706. Jusqu'à l'âge de trente ans, il fut, comme son père, ouvrier tisserand. Mais il possédait d'assez grandes connaissances en mathématiques et en astronomie, acquises, du reste, sans maîtres et à ses heures de loisir. Il calcula avec beaucoup d'exactitude plusieurs éclipses, fit d'excellentes observations au moyen d'instruments qu'on lui avait procurés. Voici ce que dit Lalande (Bibliographie astronomique, p. 312) de ses débuts :
Varignon, racontait à Joseph de Lisle qu'il y avait un professeur de rhétorique au collège de Lisieux; à Paris, nommé Pierre, qui était un bon astronome, et qui, pour cette raison, avait des relations avec tous les astronomes de son temps, tels que Picard. La Hire le voyait fréquemment, et c'était probablement de lui qu'il avait tiré ses connaissances en astronomie.

Picard, qui faisait la Connaissance des temps depuis quelques années, se trouvant fatigué de ce travail, demanda un jour à Pierre s'il ne connaissait personne qui fût capable de continuer cet ouvrage. Pierre lui proposa Jean Lefebvre, alors tisserand à Lisieux, et qui, pendant certains intervalles de temps que lui laissait son travail de tisseranderie, s'était amusé, à lire quelques livres d'astronomie, et y avait assez réussi pour s'être fait connaître à Pierre, qui était de la même ville, et qui avait donné quelques calculs d'éclipses qui s'étaient assez bien accordés avec l'observation. 

Pierre en ayant parlé à Picard, ils convinrent de proposer à Lefebvre de calculer une table du passage de la Lune par le méridien; ce dont Picard fut content. L'on fit quitter à Lefebvre son métier de tisserand; on le fit venir de Lisieux à Paris, et on lui donna une pension pour continuer la Connaissance des temps qu'il fit jusqu'à la dispute qu'il eut avec La Hire. Lefebvre eut l'occasion de suivre son inclination pour l'étude de l'astronomie plus qu'il n'avait pu le faire jusqu'alors; il fit des tables astronomiques qui eurent la réputation de bien représenter les éclipses de Soleil et de Lune.

En 1680, Lefebvre vint s'établir à Paris, où Picard, lui confia donc la continuation de la Connaissance des temps, et le fit entrer  comme pensionnaire de l'Académie des sciences de Paris (1682). 

Sur les sollicitations pressantes de La Hire, il accompagna cet académicien en Provence; en 1681, il s'associa à ses opérations pour l'établissement de la méridienne; puis il l'aida dans les nivellements que l'on exécuta en 1684 et 1685, lorsqu'il fut question d'amener les eaux de l'Eure à Versailles. Enfin Lefebvre observa avec La Hire l'éclipse de Lune du 10 décembre 1685. Il semble qu'une collaboration si intime, prolongée pendant plusieurs années, ne pouvait comporter aucune mésintelligence. Mais Lefebvre prétendit hautement que La Hire lui avait volé les tables astronomiques publiées par ce dernier. 

Ce bruit augmenta tellement que La Hire fit des démarches pour tâcher de l'apaiser; et il aurait pu le faire quand même il eût été accusé injustement.
Cependant Lefebvre, muni de diverses tables astronomiques établies par Roemer, Picardet Cassini, parvint à calculer la Connaissance des temps plus exactement qu'on ne l'avait fait avant lui. Le volume de ce recueil publié en 1701 fut la cause d'un orage 
qui, dit Lalande, intéresse l'histoire de l'astronomie, puisqu'elle fit perdre un astronome utile pour un qui ne l'était point. 
L'avertissement qui se trouvait en tête du volume était une diatribe, violente contre les La Hire père et fils; qui avaient eu le tort de relever avec aigreur, en les exagérant, quelques faute de calcul commises par erreur dans une des éphémérides de Lefebvre. Celui-ci était alors, comme ses adversaires, membre de l'Académie des sciences. Il semble que ses travaux antérieurs, qui l'avaient élevé de la condition d'un pauvre tisserand à celle d'un astronome et d'un savant éminent, devaient le protéger. Mais il n'avait pas de protecteurs puissants pour faire valoir son mérite. Voici ce qu'on lit dans les registres de l'Académie du 7 décembre : 
M. le président a dit comme, dans la préface de la Connaissance des temps pour 1701, composée par M. Lefebvre, Il y avait des choses dures et offensantes pour MM. de La Hire père et fils, qui étaient suffisamment désignés, quoiqu'ils ne fussent pas nommés, M. le comte de Pont-Chartrain, qui avait trouvé cette conduite entièrement contraire aux règlements, avait voulu d'abord que M. Lefebvre fût exclu de l'Académie, et que cependant, à la prière de M. le président, il s'était relâché à permettre qu'il continuât de prendre séance à l'avenir, à condition qu'il retirerait aussitôt tous les exemplaires de son livre qui était chez l'imprimeur pour en changer la préface; qu'il en ferait une autre dans laquelle il se rétracterait de tout ce qu'il avait dit de MM. de La Hire père et fils, et que, de plus, il leur en demanderait pardon en pleine assemblée. M. le président ajouta que M. le chancelier retirerait le privilège qui avait été accordé à M. Lefebvre pour la Connaissance des temps, parce qu'il en avait abusé.

L'heure de la séparation ayant sonné avant que M. le président eût entièrement achevé de parler, M. Lefebvre n'a rien répondu, et l'on s'est retiré.

Lefebvre n'était pas de force à résister à l'orage; il se soumit. L'avertissement, cause de tout le mal, fut supprimé avec tant de soin qu'on ne le trouve sur aucun exemplaire. La Connaissance des temps de 1701, telle qu'elle fut publiée, contient, au contraire, l'éloge des Éphémérides de M. de La Hire le fils, et des Tables du père. Les registres de l'Académie du 15 décembre 1700 nous font connaître ce qui suit : 
M. le président a donné à lire à M. le secrétaire une lettre qui lui a été écrite par M. Lefebvre; il lui mande que sa santé ne lui a pas permis de se trouver à l'assemblée précédente ni à la présente, mais qu'il se soumet à tout plutôt que de renoncer à l'Académie, et qu'il viendra au premier jour faire telle réparation qu'on ordonnera. Comme l'assemblée se séparait, M. de La Hire et tous les autres académiciens ont été, de leur propre mouvement, prier M. le président de vouloir bien dispenser M. Lefebvre de demander pardon en pleine assemblée. M. le président s'est laissé fléchir.

Cette complaisance, ajoute Lalande, ne fut qu'apparente, puisqu'on voit dans les registres que Lefebvre s'étant absenté de l'Académie, en fut rayé sous prétexte du règlement qui exige l'assiduité. Ce fut une perte pour l'astronomie; il calculait mieux les éclipses que La Hire... 

Depuis cette époque, il n'est plus fait mention de l'ancien tisserand de Lisieux. Il semble cependant qu'il ouvrit alors sur le quai de L'Horloge, à l'enseigne des Deux Globes, une maison d'instruments de précision, jusqu'à sa disparition en 1706. Il avait excellé surtout dans le calcul des éclipses. Il avait été aussi un habile constructeur et avait inventé, en 1702, un planisphère; en 1705, un ingénieux micromètre. Quant à ses écrits, ils se bornent à la rédaction de la Connaissance des temps, dont il avait été chargé de 1681 à 1701, et à des Éphémérides pour les années 1684 et 1685. La Connaissance des temps fut, à partir de 1702 , confiée à Lieutaud, qui la rédigea jusqu'en 1729 inclusivement.(A19 / L. S.).

En bibliothèque - Delambre, Histoire de l'Astronomie moderne, t. II. - A. Tissot, Étude biographique sur Jean Lefèvre, ouvrier tisserand, astronome, etc; Paris 1873, in 16.
Lefebvre (Nicolas), chimiste, l'un des premiers membres de l'Académie des sciences, fondée en 1666, enseignait la chimie au jardin des Plantes de Paris, lorsque Charles II l'appela en Angleterre, et lui confia le laboratoire de St-James, établi lors de la création de la Société royale de Londres. On lui doit un Traité de chimie (1660), qui résume la science de l'époque et qui a été souvent réimprimé. Il admettait 5 éléments (l'eau, l'esprit, l'huile, le sel et la terre), et croyait à un esprit universel, auquel il faisait jouer à peu près le rôle de notre oxygène. Il mourut en 1674.
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Dictionnaire biographique
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