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Lavedan

Hubert-Léon'Lavedan est un écrivain français, né près de Tours en juin 1826  le 18 juin 1826 et mort à Paris en janvier 1904.

Précepteur à Orléans, il y entra en relations avec le parti catholique et légitimiste, rédigea la France centrale (1848) de Blois, fonda à Orléans le Moniteur du Loiret (1850) que la hardiesse de ses critiques fit supprimer par l'Empire en 1858. II vint à Paris, écrivit dans l'Ami de la religion, la Gazette de France, le Correspondant; en 1870, il combattit violemment Gambetta dans le Français

Thiers le nomma préfet de la Vienne (mars 1871); son intransigeance légitimiste, hostile à l'union conservatrice, le fit déplacer; il fut envoyé en Loire-Inférieure (janvier 1874), puis nommé administrateur général adjoint de la Bibliothèque nationale (septembre 1874), poste que supprima la commission du budget (1875). Le gouvernement du Seize-Mai en fit un directeur de la presse au ministère de l'Intérieur; il rentra ensuite dans la vie privée.

Léon Lavedan devint (jusu'en 1902) rédacteur en chef du Correspondant et publia dans le Figaro des articles politiques sous le pseudonyme de Philippe de Grandlieu. (GE)

Henri-Léon-Émile Lavedan est un écrivain français  écrivain français né à Orléans en avril 1859, mort à Paris le 30 septembre 1940, fils du précédent. H. Lavedan, qui est entré à l'Académie française en 1899, s'est créé une langue spéciale, savoureuse et solide. Sous sa plume, la drôlerie du style boulevardier fait souvent place à l'éloquence.

Après de brillantes études, il débuta dans les journaux mondains (Gil Blas, Figaro, Vie parisienne, l'Echo de Paris, etc.) par des chroniques d'une observation pénétrante et gaiement satirique sur la société parisienne du boulevard et du highlife

Ces séries de chroniques parurent en volumes, de 1885 à 1892, ainsi intitulées : Mam'zelle Vertu (1885); Sire (1888); Nocturnes (1891). Puis vinrent le Nouveau Jeu (1892); Leur Coeur (1893); le Lit (1894); leur Beau Physique (1894); le Vieux Marcheur (1895); les Marionnettes (1895); la Haute (1896); Leurs Soeurs (1896); les jeunes (1897); la Vie courante, Bon an mal an, les Grandes Heures, etc. 

Henri Lavedan aborda le théâtre où son succès fut éclatant avec Une Famille (Comédie-Française, 17 mai 1890) et le Prince d'Aurec (Vaudeville, octobre 1892). On lui doit encore : les Petites visites (1896); les Deux Noblesses (1897); Catherine (1897); le Nouveau jeu (1898); le Vieux Marcheur (1899); les Médicis (1901), comédies où il met en scène le monde qui s'amuse; le Marquis de Priola (1902), portrait un peu romantique d'un Don Juan moderne; le Duel (1905) et Servir (1913), pièces d'idées, où des principes opposés sont les facteurs principaux de l'action; le Goût du vice (1911), comédie allègre et moralisatrice.

Il renonce au théâtre après la Première Guerre mondiale, mais il publiera encore un long roman en sept volumes, Le Chemin du Salut (1920-1924), d'autres romans, et des Mémoires (1933-1938). (G.-F.)
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Chez une amie commune

 « MADAME PRUNIER, cinquante ans. 
MADAME LOURDAIN, quarante-cinq ans.
MADEMOISELLE LOURDAIN, vingt-deux ans.
M. DUFLAC, cinquante-cinq ans. 
PAUL DUFLAC, trente ans.

Chez Mme Prunier, qui habite un bel appartement au premier étage, avec balcon, boulevard Magenta. Mme Prunier est au salon avec les Lourdais, quand la domestique introduit les Duflac, père et fils.

Mme PRUNIER, se levant. - Ah! quelle surprise! Permettez, cher monsieur, que je vous présente à mon 

M. DUFLAC. - Avec grand plaisir.

Mme PRUNIER, à Mme Lourdain. - Chère Madame, M. Duflac, une relation de trente ans...

M. DUFLAC. - Eh ou ! C'est en 1865...

Mme PRUNIER, désignant Paul. - Et son fils, un charmant jeune homme. (Désignant la jeune fille) Mlle Lourdain.

Mme LOURDAIN, sensible. - Une grande fillette! Ah! mon Dieu, oui!

Mme PRUNIER. - Et qui embellit de jour en jour. (Tout le monde sourit d'un air entendu et on s'assoit.)

M. DUFLAC, à Mme Lourdain.- Elle marche sur vos traces.

Mme LOURDAIN. - Oh! Monsieur!

Mme PRUNIER. - Mme Lourdain, au moment où vous êtes arrivé, était en train de me conter qu'elle avait passé une ravissante après-midi, dimanche dernier, au jardin d'acclimatation.

 M. DUFLAC. - Ah! Moi, voilà bien longtemps que je n'y ai mis les pieds.

Mme LOURDAIN. - D'abord, la musique est excellente. J'adore la musique militaire.

PAUL DUFLAC, à Mlle Lourdain. - Et vous, Mademoiselle?

Mlle LOURDAIN. - Beaucoup. Mais j'aime bien l'autre aussi. 

PAUL DUFLAC. - Sans doute.

Mme LORDAIN. - Elle a été l'autre jour à l'Opéra.

Mlle LOURDAIN. - Pour la première fois.

M. DUFLAC. - Oh! c'est charmant!

Mme LOURDAIN. - Son père lui a offert ça pour ses vingt ans. 

M. DUFLAC. - Et qu'a-t-elle vu jouer, cette chère enfant?

Mlle LOURDAIN. - Faust.

Mme LOURDAIN. - Je ne sais pas si vous êtes comme moi, j'adore Gounod.

M. DUFLAC. - Pas dans tout.

Mme PRUNIER. - Non. Mais c'est égal... 

M. DUFLAC. - Ah! je suis de votre avis.

Mme LOURDAIN. - Quand on voit aujourd'hui ceux qui essaient de le remplacer...

PAUL DUFLAC. - Et qui ne peuvent pas.

Mme LOURDAIN. - N'est-ce pas, Monsieur? Je vois que vous aussi, vous êtes un peu artiste.

M. DUFLAC. - Lui? S'il l'est? Trop, hélas!

Mme LOURDAIN. - Jamais trop! Ne dites pas cela. Ne retirons pas à la jeunesse sa flamme, son idéal!

Mme PRUNIER. - M. Paul Duflac est l'associé de son père, et il dirige avec lui la maison.

Mme LOURDAIN. - Bravo! Tout alors? Le commerce et les arts... Votre père doit être bien fier de vous, Monsieur.

PAUL DUFLAC. - Madame...

M. DUFLAC. - Il est gentil. C'est un bon petit homme. Et pas bête. Excessivement fort en chimie. Il m'a trouvé, il y a deux ans, un procédé pour la coloration de mes sirops, absolument sans danger, et dont j'ai eu déjà des résultats merveilleux.

Mme PRUNIER, à Mme Lourdain. - Vous savez que la maison de M. Duflac est des plus vieilles et des plus solides...

Mme LOURDAIN. - Je sais. Qu'est-ce qui ne connaît pas? (A Duflac.) Monsieur, je ne voudrais pas du tout que vous pensiez que je le dis par politesse. Mais pour toutes mes conserves, gelées, cerises à l'eau-de-vie, etc., voilà des années que je ne me fournis que chez vous.

M. DUFLAC. - Vraiment, Madame, vous me comblez. Je tâche de satisfaire...

Mme LOURDAIN. - Et vous y réussissez bien!

M. DUFLAC. - Tant mieux. C'est si lourd, une maison, aussi  grosse que celle-là!

Mme LOURDAIN. - Mais si prospère, en revanche!

M. DUFLAC. - Ah! dame oui! je n'ai pas lieu de me plaindre. Et si ça continue ainsi, les enfants de mon Paul, plus tard, ne mourront pas sur la paille.

Mme LOURDAIN. - Monsieur n'est pas marié?

M. DUFLAC. - Eh! non. Pas encore. Mais nous cherchons. Nous voudrions bien caser ça. (Un petit silence gêné.) Pas facile.

Mme LOURDAIN. - Pourtant...

M. DUFLAC. - Pas facile. Moi, oh! dans le temps, ça a été tout seul, avec sa mère. Je ne la connaissais pas. Je ne l'avais jamais vue ni d'Eve ni d'Adam. On nous a fait rencontrer chez une amie, comme par hasard. Une petite visite de dix minutes... on a parlé de n'importe quoi... elle et moi nous n'avons pas échangé cinq mots. Et crac, ça y a été... Elle me plaisait beaucoup; je l'ai demandée, on me l'a donnée. Et me voilà! Il y a de cela un bocal de trente-deux ans! Je ne l'ai jamais brusquée; elle a des diamants magnifiques, une maison de campagne à Gennevilliers; je crois qu'il n'y a pas eu de femme plus heureuse au monde.

Mme LOURDAIN. - C'est égal... Ces mariages, bâclés en cinq minutes, peuvent réussir, une fois par hasard, avec des natures exceptionnelles comme la vôtre...

M. DUFLAC. - C'est vrai. Je ne dis pas non.

Mme PRUNIER. - Il ne faudrait pas trop s'y fier. (A Duflac.)
Et madame?

M. DUFLAC. - Elle va, elle va bien.

Mme PRUNIER. - Je regrette qu'aujourd'hui nous n'ayons pas eu le plaisir...

M. DUFLAC. - Elle avait à aller à la Ménagère... des petits achats...

Mme PRUNIER. - Elle est si entendue.

M. DUFLAC. - Dame, ça oui! Pour tout ce qui est de sa maison, elle y tient l'oeil et le doigt. (A Mlle Lourdain.) Mademoiselle aussi, j'en suis sûr, est une femme d'intérieur?

Mme LOURDAIN. - Guère. Nous sommes un peu rêveuse... la poésie. Ça lui passera.

M. DUFLAC. - C'est charmant! Mais l'heure nous presse un peu..

Mme PRUNIER. - Vous partez déjà?

M. DUFLAC. - Il le faut. Ça n'était qu'une petite visite...

Mme PRUNIER. - Ça ne compte pas; j'espère qu'un autre jour vous reviendrez, avec monsieur votre fils...

PAUL DUFLAC. - Madame...

Mme PRUNIER. - Et que vous resterez plus longtemps. Vous me devez un dédommagement. Vous aurez peut-être le plaisir de rencontrer de nouveau ces dames Lourdain?

M. DUFLAC, galant. - Mais... ça n'est pas de refus.

Mme LOURDAIN. - Oh! vraiment, monsieur. (Les Duflac se lèvent. Cérémonies mutuelles, saluts, sourires. Mme Prunier les accompagne dans l'antichambre.)

Mme PRUNIER, une fois sur le palier, bas. - Eh bien? 

M. DUFLAC. - Moi, ça m'est égal. (A son fils.) Mais toi?

PAUL DUFLAC. - Elle me déplaît plutôt. Elle est mal bâtie, et elle a l'air bête comme un pot à eau.

M. DUFLAC. - Oui. Calme-toi. Ça ne prouve rien. Et ne nous pressons pas. Ta mère m'a fait le même effet la première fois.

Mme PRUNIER. - Enfin, voyez! Réfléchissez! Quatre cent mille francs tout de suite. Et autant à la mort.

M. DUFLAC. - Merci, chère amie. Nous allons y penser.
(Pendant ce temps-là, au salon.)

Mme LOURDAIN, à sa fille. - Comment le trouves-tu? Te plaît-il?

Mlle LOURDAIN. - Il me plaît. Je crois qu'il a du coeur. Il n'a pas l'air de tenir à l'argent.

Mme LOURDAIN. - Enfin, nous allons y penser. Ne nous pressons pas. Il s'agit de ton bonheur. Ça vaut la peine de réfléchir jusqu'à demain.

Mme PRUNIER, qui rentre au salon. A part. - Ça se fera. ».
 

(H. Lavedan, extrait des Petites visites ).
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Dictionnaire biographique
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