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Lassalle
(Ferdinand), socialiste né à
Breslau
le 11 avril 1825, mort le 31 août 1864. II était fils d'un
riche négociant en soie, Lassal (il ne donna à son nom la
forme Lassalle qu'après un séjour à Paris
en 1846). Son père le destinait au commerce et l'envoya à
l'école de commerce de Leipzig.
Mais Lassalle voulait se consacrer aux sciences. Au bout de deux ans, il
quitta secrètement Leipzig (été 1844), passa l'Abiturientenexamen
qui répond au baccalauréat français, et obtint de
son père l'autorisation d'étudier aux universités
de Breslau et de Berlin
la philosophie, la philologie et l'archéologie.
Sa brillante intelligence attira sur lui l'attention de ses maîtres
et il se lia de bonne heure avec des savants célèbres, comme
Bœckh et Alexandre de Humboldt. Heinrich
Heine, dont il fit en 1846 la connaissance à Paris, n'admira
pas moins son énergie. Lassalle devint un disciple enthousiaste
de la philosophie hégélienne ( Hegel).
Il était encore à l'université qu'il préparait
déjà un ouvrage sur le philosophe grec Héraclite.
Mais ses études furent interrompues pendant l'hiver de 1844-45.
Il fit alors à Berlin la connaissance
de la comtesse Sophie Hatzfeldt. La comtesse, âgée de quarante
ans, était encore belle. Elle se trouvait dans une situation pénible.
On l'avait mariée à seize ans, pour des raisons de convenance,
au comte Edmond de Hatzfeldt-Weisweiler. Le mariage ayant été
très malheureux, elle s'était décidée à
se séparer de celui-ci, et, quand Lassalle la rencontra, le comte
qui dépensait avec des maîtresses une fortune énorme,
lui avait refusé tout moyen d'existence et voulait lui enlever le
seul fils qu'elle avait gardé auprès d'elle, le jeune comte
Paul. Lassalle offrit à la comtesse sa fortune et ses services et
se rendit avec elle dans la Prusse
rhénane, pour engager la lutte contre le comte. Cette lutte dura
près de dix ans. Lassalle demeura vainqueur. En 1851, le divorce
fut prononcé contre le comte. Les tribunaux donnèrent à
la comtesse une partie de la fortune de son mari. La comtesse ne quitta
plus Lassalle. Elle vécut dans les mêmes villes que lui, et
les liens d'amitié qui les unissaient ensemble restèrent
toujours très étroits. Au cours de la lutte, Lassalle s'était
trouvé impliqué dans un procès criminel qui fit sensation.
Deux amis de Lassalle et de la comtesse, le Dr. Mendelssohn et l'assesseur
Oppenheim, s'étaient emparés à Cologne, au mois d'août
1846, d'une cassette appartenant à la baronne de Meyendorff, la
maîtresse du comte, et où ils pensaient trouver un contrat
par lequel le comte de Hatzfeldt s'engageait à servir à la
baronne une pension annuelle correspondant à 25 000 F de l'époque.
Après avoir soustrait la cassette dans les bagages de la comtesse,
ils avaient dû l'abandonner et s'enfuir. Ils furent poursuivis pour
vol. Oppenheim fut jugé et acquitté en 1846. Mendelssohn,
accusé en 1846, fut jugé en 1848. Lassalle, poursuivi comme
l'instigateur du vol, fut emprisonné en mai 1848, et acquitté
au mois d'août, à la suite d'un plaidoyer brillant.
Quand il fut sorti de prison, il se jeta
dans la politique. II prit place parmi les chefs de la démocratie
radicale, à côté de Freiligrath et de Marx;
il se lia particulièrement avec ce dernier et devint socialiste.
Un discours tenu à Neuss
le fit poursuivre pour avoir excité le peuple à la révolte
à main armée contre le pouvoir royal. Après six mois
passés en prison, il fut acquitté par les jurés de
Dusseldorf (3 mai 1849). Mais on le retint en prison pour avoir, dans le
même discours, excité la garde nationale à la résistance
contre les fonctionnaires, et le tribunal correctionnel le condamna le
5 juillet 1849 à six mois de prison. Après la fin des procès
Hatzfeldt (1854), Lassalle se consacra à des études scientifiques
et publia deux ouvrages qui fondèrent sa réputation dans
le monde savant: un ouvrage relatif à l'histoire de la philosophie
: Die Philosophie Herakleitos des Dunkeln von Ephesos (Berlin, 1858,
2 vol.), et un ouvrage relatif à la philosophie du droit : Das
System der erworbenen Rechte, eine Versœhnung der positiven Rechts und
der Rechtsphilosophie (Leipzig, 1860, 2 vol. ; 2e
éd., 1880). Il défendait dans ce second ouvrage ses théories
politiques.
Il fit paraître en même temps
une tragédie historique, Franz von Sickingen (Berlin, 1859),
qui témoigne de son enthousiasme passionné pour la cause
de l'unité allemande. Cette passion est plus visible encore dans
une brochure qu'il écrivit pendant la guerre d'Italie: Der italienische
Krieg und die Aufgabe Preussens (Berlin, 1859), et où il conseillait
à la Prusse
d'utiliser la guerre pour mettre la main sur le Slesvig-Holstein et pour
faire l'unité allemande aux dépens de l'Autriche. Même
tendance dans son article sur Fichtes politisches Vermœchtniss und die
neueste Gegenwart (dans les Demokratische Studien de Valesrode;
Hambourg, 1860) et dans son discours sur Die Philosophie Fichtes und
die Bedeutung des deutschen Volksgeistes (Berlin, 1862). En 1862, Lassalle
essaya de pousser les membres du parti progressiste (Fortschrittspartei)
à la résistance passive et à une déposition
en masse de leur mandat. Il échoua et crut le moment venu de fonder
lui-même un nouveau parti démocratique pour tenter de résoudre
la question sociale.
Il exposa son programme dans une réunion
publique (12 avril 1862), à la suite de laquelle il fut arrêté
pour avoir compromis la paix publique en excitant les membres de l'État
à la haine des uns contre les autres. Il fut condamné à
quatre mois de prison le 16 janvier 1863, mais acquitté en seconde
instance. Le 10 février 1863, un comité d'ouvriers, réuni
à Leipzig et qui voulait convoquer un congrès général
des ouvriers allemands, s'adressa à Lassalle pour lui demander son
opinion sur ce congrès et sur la question sociale. Lassalle répondit
au bout de deux semaines par une brochure où il exposait son programme
socialiste : Offenes Antwortschreiben an das Zentralkomitee, etc.
(Zurich, 1863; 5e éd., Leipzig,
1871). Il préconisait dans cette brochure la fondation de sociétés
coopératives de production avec l'aide de l'État. Il engagea
le comité qui s'adressait à lui à ne pas convoquer
de congrès, mais à créer une «association
générale des ouvriers allemands» (Allgemeiner
deutscher Arbeiterverein), dont le but immédiat serait d'obtenir
le suffrage universel direct au scrutin secret, pour conquérir ainsi
la puissance légale nécessaire à la réalisation
du programme socialiste.
Le comité suivit son conseil; il
chargea Lassalle de développer ses idées dans des discours
tenus à Leipzig, à Francfort et ailleurs, et le 23 mai 1863
l'Allgemeiner deutscher Arbeiterverein était fondé
à Leipzig. Il comptait environ 600 membres venus de toutes les régions
de l'Allemagne. Lassalle fut nommé président. Il gagna au
Verein plusieurs milliers d'adhérents. Ses attaques violentes contre
la bourgeoisie libérale le firent impliquer dans une série
de procès criminels. Il fut même accusé de haute trahison
pour avoir publié une brochure (An die Arbeiter Berlins,
1863), où il engageait les ouvriers à entrer dans le Verein,
afin de travailler à détruire la constitution prussienne.
Il fut acquitté dans ce procès le 12 mars 1864, mais condamné
dans d'autres procès. II publia la même année un volume
où il critiquait la thèse des économistes classiques
de l'école de Manchester
et où il exposait les théories scientifiques qui servaient
de base à son socialisme (deux traductions françaises
Capital et travail ou M. Bastiat-Schulze [de Delitzsch],
par B. Malon,
Paris, 1880, 2e éd. 1881;
Monsieur
Bas tiat-Schulze de Delitzsch ou Capital et Travail, par E. Monti,
avec une bibliographie par Cesar de Paepe, Bruxelles, 1884).
L'activité qu'il déployait
dans son rôle d'agitateur avait ébranlé sa santé
et, après un voyage triomphal dans les districts ouvriers de la
région rhénane (mai 1864), il se rendit en Suisse pour se
soigner (juin 1864). Il y trouva Hélène de Doenniges, la
fille d'un diplomate bavarois, qu'il avait connue antérieurement
et qui était alors fiancée à un Valaque, Janko de
Rakowitz. Lassalle, qui avait demandé sans l'obtenir la main d'Hélène
de Doenniges, provoqua son fiancé à un duel au pistolet,
qui eut lieu à Genève (28 août 1864). Lassalle fut
blessé mortellement. (R. Berthelot). |
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