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Laprade

Pierre-Martin-Victor' Richard de Laprade est un écrivain français, né à Montbrison (Loire) le 13 janvier 1842, mort à Lyon le 13 décembre 1883. Fils d'un médecin de sa ville natale, il s'inscrivit au barreau de Lyon, mais n'exerça pas et publia (1844), sous le titre d'Odes et Poèmes (in-18), des poésies empruntées aux traditions antiques et à la Bible, très remarquées des lettrés. 

Chargé par M. de Salvandy d'une mission littéraire en Italie (1845) il occupa, à son retour, de 1847 à 1861, la chaire de littérature française à la faculté des lettres de Lyon. Une satire politique intitulée les Muses d'Etat, inspirée par les colères que soulevaient les Effrontés d'Émile Augier, provoqua sa destitution et valut au Correspondant un avertissement comminatoire.

Victor de Laprade ne rentra dans la vie publique que dix ans plus tard comme représentant du département du Rhône à l'Assemblée nationale de 1871, mais sa santé le força à renoncer à son mandat en mars 1873.
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A la jeunesse

« On dit qu'impatients d'abdiquer la jeunesse,
Aux sordides calculs vous livrez vos vingt ans;
Qu'à moins d'un sang nouveau qui du vieux sol renaisse,
La France et l'avenir ont perdu leur printemps.

A l'âge où nous errions, livre en main, sous la haie, 
Tout prêts à dépenser notre coeur et nos jours, 
On dit que vous savez ce que vaut en monnaie
L'heureux temps des chansons, des songes, des amours.

On dit que le franc rire est absent de vos fêtes; 
Que l'ironie à flots y coule par moments;
Que chez vous le plaisir, pour parer ses conquêtes, 
Rêve, au mépris des fleurs, l'or et les diamants;

Que vous refuseriez l'amour et le génie,
Si Dieu vous les offrait avec la pauvreté;
Que vous n'auriez jamais pour la muse bannie 
Un seul regret, pas plus que pour la liberté!

On dit vos coeurs tout pleins d'ambitions mort-nées; 
On dit que vos yeux secs se refusent aux pleurs; 
Qu'avec vous le rameau des nouvelles années 
Porte un fruit corrompu, sans avoir eu des fleurs.

Mais je vous connais mieux, malgré votre silence;
Le poète a chez vous bien des secrets amis.
D'autres vous ont crus morts et vous pleurent d'avance 
Frères de Roméo, vous n'êtes qu'endormis!

Qu'importe un jour d'attente, une heure inoccupée! 
Tous vos lauriers d'hier peuvent encor fleurir; 
Vous qui portiez si bien et la lyre et l'épée, 
Vous qui saviez aimer, vous qui saviez mourir!

Hier, une étincelle éveillait tant de flamme!
Hier, c'était l'espoir et non le doute amer;
Un seul mot généreux, tombé d'une grande âme, 
Vous soulevait au loin comme une vaste mer.

Aux buissons printaniers tout en cueillant des roses, 
Vous saviez des hauts lieux gravir l'âpre chemin,
Et pour vous y conduire, amants des saintes choses,
Elvire ou Béatrix vous prenait par la main.

Vous les suivrez encor sur la route choisie!
Vous gardez pour flambeaux leurs regards fiers et doux; 
Celui qui cherchera la fleur de poésie
Ne la pourra cueillir, s'il n'est pareil à vous. 

Aimez votre jeunesse, aimez, gardez-la toute! 
Elle est de vos aînés l'espoir et le trésor; 
Portez-la fièrement, sans en perdre une goutte; 
Portez-la devant vous comme un calice d'or.

Peut-être on vous dira d'y boire avec largesse, 
D'y verser hardiment le vin des passions;
D'autres vous prêcheront l'égoïste sagesse 
Qui rampe et se réserve à ses ambitions.

Mais aux vils tentateurs vous serez indociles! 
La muse vous conseille, et vous saurez choisir 
Restez dans le sentier des vertus difficiles; 
Votre âge a des devoirs plus doux que le plaisir. »
 

(V. de Laprade).

Par une dérogation aux règlements de l'Académie française qui exigent la résidence à Paris de tous ses membres, Laprade avait succédé le 11 février 1858 à Alfred de Musset. Cette haute distinction lui avait été conférée après la publication de deux autres recueils sortis des mêmes inspirations, les Poèmes évangéliques (1852, in-18) et les Symphonies (1855, in-18).

Il avait donné ensuite : les Idylles historiques (1858, in-18); Pernette, poème (1868, in-8); Harmodius, tragédie (1870, in-18); Poèmes civiques (1873, in-48), ainsi que diverses études en prose : Questions d'art et de morale (1867, in-8); le Sentiment de la nature avant le christianisme (1866 in-8); l'Educaliom homicide (1867, in-8), réquisitoire contre l'enseignement moderne; l'Education libérale (1873, in-18); le Livre d'un père (1878, in-48). (GE).

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