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Lachelier
(Jules Esprit Nicolas), philosophe né à Fontainebleau
le 27 mai 1832, mort en 1918. Il acheva au lycée Louis-le-Grand
(Sainte-Barbe), à partir de 1847, ses études commencées
à Versailles, et eut, en 1850, le prix d'honneur de rhétorique
au Concours. Élève de l'École normale (1851-54), il
fut deux ans chargé de cours de rhétorique à Sens,
se fit recevoir agrégé des lettres, puis, sous le patronage
de Ravaisson, revint faire une quatrième
année d'école (1856-57). II professa ensuite la « logique
» à Toulouse (1857-58), puis à Caen
(1858-64), après quoi il prit un congé. En mars 1862, il
supplée Alb. Lemoine au lycée Bonaparte; il est agrégé
de philosophie l'année suivante; en
1864, il est maître de conférences à l'École
normale, où, pendant onze ans, il enseigna la philosophie avec une
autorité sans pareille. Nommé inspecteur de l'académie
de Paris en septembre 1875, il sera à partir du 16 mars 1879 inspecteur
général de L'instruction publique. Lachelier avait
été reçu docteur le 1er
décembre
1871.
Outre ses thèses
: Du Fondement de l'induction (Paris, 1871, in-8) et De Natura
syllogismi (id.), puis l'Observation de Platner (1907), il n'a guère
donné qu'une Etude sur la théorie du syllogisme, dans
la Revue philosophique (mai 1876) et un article, très important
il est vrai, intitulé Psychologie et Métaphysique
(même revue, mai 1885).
La simplicité
de cette carrière et cette sobriété de production
ne donnent aucune idée du rôle de ce philosophe et de l'étendue
de son action. Lui-même, avec une modestie rare, semblait se regarder
simplement comme un disciple de Kant ayant contribué
à répandre en France l'esprit, sinon la lettre, de l'idéalisme
transcendantal. Il est certain, en effet, que Kant surtout l'a inspiré
et lui a fourni en partie la méthode critique
par laquelle il a été un si grand éveilleur d'esprits.
Mais, à cette critique même, il a donné une forme entièrement
personnelle, et l'instrument de précision qu'il en a fait, il l'a
appliqué à tout, à Kant lui-même avec une originalité
profonde.
Il
« aurait assez fait pour la philosophie, dit Séailles, en
établissant contre Kant la nécessité
de la loi des causes finales
pour l'existence de la pensée
».
En tout cas, tout est
bien à lui dans ses trop courts écrits, d'une forme parfaite,
si sévère, où il n'est pas une page qui ne porte la
marque d'un penseur. Il en est de même pour ses célèbres
leçons de l'École normale, où il a touché tour
à tour et renouvelé toutes les questions philosophiques,
leçons incomplètement recueillies, mais qui, après
avoir rempli d'enthousiasme des générations d'élèves
réveillés par elles du dogmatisme cousinien ( Victor
Cousin), n'ont pas cessé depuis de circuler manuscrites parmi
les étudiants.
Elles alimentaient
encore au début du XXe siècle,
dans une large mesure, l'enseignement philosophique après l'avoir
régénéré; on le voyait aux épreuves
de l'agrégation de philosophie, dans le jury de laquelle naturellement
Lachelier exerça une grande influence. Il a été un
maître dans la pleine acception du terme; son oeuvre, c'était
ses élèves. Pour tous ceux qui l'ont vu dans ses conférences
de l'École normale, il est resté, par sa manière unique
d'allier la simplicité à la profondeur et la familiarité
à l'élévation, le modèle des professeurs de
l'enseignement supérieur. Aux esprits qu'il a formés, il
n'a pas donné une philosophie toute faite, mais il a donné
quelque chose de mieux : le besoin de penser par eux-mêmes avec une
sincérité absolue, le respect et le goût de la pensée
chez les autres. De là vient que, dans les voies si diverses où
ils se sont engagés, ils restèrent tous également
attachés à ce maître, en, qui ils furent unanimes à
saluer un des plus grands esprits et une des plus nobles figures de leur
temps. (H. Marion). |
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