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La Taille

Jean de La Taille est un poète français, né à Bondaroy, près de Pithiviers, vers 1540, mort après 1607. Son père l'envoya à Paris où il fit ses humanités sous la direction du savant Muret. Il alla ensuite étudier la jurisprudence à Orléans. Mais la lecture de Ronsard et de Du Bartas lui fit abandonner le droit pour la poésie. Sa vie se partagea dès lors entre les lettres et le métier des armes.

Il servit sous Henri IV dans les Guerres de religion et même s'y distingua, quoiqu'il eût peu de goût pour les armes. Il eut de son temps une réputation que la postérité n'a pas ratifiée; pourtant, imitateur des anciens, il a laissé des poésies et des tragédies qui ne manquent pas de valeur.

Citons : Remonstrance pour le roy (Paris, 1563, in-8); Saül le furieux, tragédie (1572, in-8); la Faminé ou les Gabeonites, tragédie (1574, in-8); les Corivaux, comédie (1574, in-8); le Négromant, comédie (1574, in-8); Elégies, chansons, sonnets (1574, in-8); la Géomance (1574, in-4); Discours notable des duels (1607, in-12). On lui attribue : Histoire abrégée des singeries de la Ligue (1595, in-8). (GE). 
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Rezefe et Joabe

Dieu avait affligé Israël d'une famine pour le punir du crime de Saül qui avait frappé les Gabaonites, au mépris d'anciennes alliances. David, sur la réponse de l'oracle, s'offrit à satisfaire les Gabaonites qui réclamèrent les fils de Saül afin de les livrer au supplice. (Cf. le livre des Rois, II, XXI).

Joab, le général de David, vient demander à Rezefe, la veuve de Saül, de lui livrer ses enfants Armon et Mifiboseth. Rezefe qui les a cachés dans la tombe de Saül lui répond qu'ils sont morts.

« JOABE.
                                       On console, ô chetive,
Les meres quand la mort de leurs enfans les prive.
Mais en la mort des tiens selon ce que je voy 
Tu te dois resjouir; car iceux je devoy 
Mener en Gabaon, non pour sacrifier, 
Mais, las! à celle fin de les crucifier.

REZEFE.
Crucifier, bon Dieu! ah, je sen un glaçon 
Qui penetre mes os d'une estrange frisson.

JOABE.
Puisque tes fils sont morts, pourquoy es-tu craintive? 
(A part.)
Mais elle tremble encor. Il faut que je poursuyve [ = que je continue] 
A la sonder par tout. Sa race encores vit;
Je lui veux augmenter la peur qui la trahit.
(A ses soldats.)
Allez, allez, soudars, et que tous se despechent 
De fureter [ = rechercher partout] ceux-la qui nostre bien empeschent.

REZEFE.
Allez, fouillez, cherchez ; que mourir on me face 
Si vous les trouvez vifs, cachez en quelque place....

JOABE.
Si sçauray-je par force où c'est qu'ils sont mussez [ = cachés], 
Et deusse-je troubler le lieu des trespassez [ = violer les sépultures], 
Ores [ = tout à l'heure] je cognoitray si vous estes parjure 
Ou s'avec [ = si avec] vos ayeux vos fils ont sepulture...

REZEFE.
  ... Hé, que voulez-vous faire!

JOABE.
Je veux aller ouvrir la tombe mortuaire Ou gizent vos ayeux.

REZEFE.
            O la chose cruelle!

JOABE.
Je fouilleray par tout.

REZEFE.
                     Dieu, ton aide j'appelle.
Helas! ozeries-vous importuner la pais
Et le repos des morts? et quant ores [quand même aujourd'hui] leurs fais
Requerroient chatiment, Dieu ne leur peut-il pas, 
Sans qu'on touche au corps mort, punir l'aine là-bas?

JOABE.
Sus, sus, depechez vous [ il s'adresse à ses soldats].

REZEFE.
                   Helas! de vostre fer 
Terrassez moi plutost : ou plutost sors d'Enfer, 
O SAUL, et t'en vien garder ton corps  d'encombre [ = dérangement],
Vien ; pour donter Joabe il ne faut que ton ombre.

JOABE.
Faites ce que je dy. Donc estes vous retifs, Pour sa vaine fureur et ses. propos plaintifs?

REZEFE.
Ah! je ne souffriray que ta main sacrilege
Touche à ces lieux sacrez : plutost, plutost mourray je. 
Mais, las! que veus je faire? ilz s'en vont demolir 
La tombe, et mes enfants ilz vont dessevelir [ = faire sortir des tombeaux], 
D'une seule ruine [ = en ruinant une seule tombe]! ô le malheur! je pers 
Mes filz et mon espous, si les courages fiers [ = cruels] 
Des hayneux [ = ennemis] je n'ebranle avec douce priere...»
 

(Jean de La Taille, La Famine ou les Gabaonites
acte III; - fol. 19, verso de l'édition de 1573).
Jacques de La Taille, frère du précédent, est né en 1542, et est mort en 1562. Il a laissé : Alexandre (1573, in-8); Daire (1574, in-8), tragédies, et la Manière de faire des vers en français comme en grec (1573. in-8).. (A. Jeanroy).
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