"Nous partîmes
de Quito
,
dit La Condamine, le 14 août 1737,
pour travailler sérieusement à la mesure des triangles de
la méridienne
.
Nous montâmes d'abord sur le Pichincha, M.
Bouguer et moi, et nous allâmes nous établir près
du signal que j'y avais placé depuis près d'un an, 971 toises
au-dessus de Quito. Le sol de cette ville est déjà élevé
sur le niveau de la mer de 1460 toises, c'est-à-dire plus que le
Canigou et le Pic du midi, les plus hautes montagnes des Pyrénées.
La hauteur absolue de notre poste était donc 2430 toises, ou d'une
bonne lieue; c'est-à-dire, pour donner une idée sensible
de cette prodigieuse élévation, que, si la pente du terrain
était distribuée en marches d'un demi-pied chacune, il y
aurait 29160 marches à monter depuis la mer jusqu'au sommet du Pichincha.
Don Antoine d'Ulloa, en montant avec nous, tomba
en faiblesse, et fut obligé de se faire porter dans une grotte voisine
où il passa la nuit.
Notre habitation
était une hutte, dont le faîte, soutenu par deux fourchons,
avait un peu plus de six pieds de hauteur. Quelques perches inclinées
à droite et à gauche, et dont une des extrémités
portait à terre tandis que l'autre était appuyée,
sur le comble, composaient la charpente du toit, et servaient en même
temps de murailles. Le tout était couvert d'une espèce de
jonc délié, qui croît sur la plupart des montagnes
du pays. Tel fut notre premier observatoire et notre première habitation
sur le Pichincha. Comme je prévoyais les difficultés de la
construction, toute simple qu'elle devait être, je m'y étais
pris de longue main : mais je ne m'attendais pas que, cinq mois après
avoir payé les matériaux et la main-d'oeuvre, je ne trouverais
encore rien de commencé, et que je me verrais obligé de contraindre
judiciairement les gens avec qui j'avais fait le marché. Notre baraque
occupait toute la largeur de l'espace qu'on avait pu lui ménager,
en aplanissant une crête sablonneuse qui se terminait à mon
signal : le terrain était si escarpé de part et d'autre,
qu'à peine avait-on pu conserver un étroit sentier d'un seul
côté pour passser derrière notre case. Sans entrer
dans le détail des incommodités que nous éprouvâmes
dans ce poste, je me contenterai de faire les remarques suivantes. Notre
toit, presque toutes les nuits, était enseveli sous les neiges.
Nous y ressentîmes un froid extrême; nous le jugions même
plus grand par ses effets qu'il ne nous était indiqué par
un thermomètre de M. de Réaumur,
que j'avais porté, et que je ne manquais pas de consulter tous les
jours matin et soir. Je ne le vis jamais, au lever du soleil descendre
tout à fait jusqu'à cinq degrés au-dessous du terme
de la glace : il est vrai qu'il était à l'abri de la neige
et du vent, et adossé à notre cabane; que celle-ci était
continuellement échauffée par la présence de quatre,
quelquefois cinq où six personnes, et que nous avions des brasiers
allumés. Rarement cette partie du sommet du Pichincha, plus orientale
que la bouche, du volcan, est tout à fait dépouillée
de neige. Aussi sa hauteur est-elle à peu près celle où
la neige ne fond jamais dans les autres montagnes plus élevées,
ce qui rend leurs sommets inaccessibles. Personne, que je sache, n'avait
vu avant nous le mercure, dans le baromètre, au-dessous de seize
pouces, c'est-à-dire douze pouces plus bas qu'au niveau de la mer;
en sorte que l'air que nous respirions était dilaté près
de moitié plus que n'est celui de France quand le baromètre
y monte à vingt-neuf pouces. Cependant je ne ressentis en mon particulier
aucune difficulté de respiration. Quant aux affections scorbutiques
dont M. Bouguer fait mention, et qui désignent
apparemment la disposition prochaine à saigner des gencives, dont
je fus alors incommodé, je ne crois pas devoir l'attribuer au froid
du Pichincha, n'ayant rien éprouvé de pareil en d'autres
postes aussi élevés, et le même accident m'ayant repris
cinq ans après au Cochesqui dont le climat est tempéré.
J'avais porté
une pendule, et fait faire les piliers qui soutenaient la case, surtout
celui du fond, assez solides pour y suspendre cette horloge. Nous parvînmes
à la régler, et par ce moyen à faire l'expérience
du pendule simple, à la plus grande hauteur où jamais elle
eût été faite. Nous passâmes en ce lieu trois
semaines, sans pouvoir achever d'y prendre nos angles, parce qu'un signal
qu'on avait voulu porter trop loin du côté du sud ne put être
aperçu, et qu'il arriva quelques accidents à d'autres.
La montagne
de Pichincha, comme la plupart de celles dont l'accès est fort difficile,
passe dans le pays pour être riche en mines d'or; et de plus, suivant
une tradition fort accréditée, les Américains, sujets
d'Atahualpa, roi
de Quito
,
au temps de la conquête, y enfouirent une grande partie des trésors
qu'ils apportaient de toutes parts pour la rançon de leur maître,
lorsqu'ils apprirent sa fin tragique. Pendant que nous étions campés
dans ce lieu, deux particuliers de Quito, de la connaissance de don Antoine
d'Ulloa, qui partageait notre travail, eurent la curiosité,
peut-être au nom de toute la ville, de savoir ce que nous faisions
si longtemps dans la moyenne région de l'air. Leurs mules les conduisirent
au pied du rocher où nous avions élu notre domicile; mais
il leur restait à franchir 200 toises de hauteur perpendiculaire,
que l'on ne pouvait monter qu'en s'aidant des pieds et des mains, et même,
en quelques endroits, qu'avec danger. Une partie du chemin était
un sable mouvant qui s'éboulait sous les pieds, et où l'on
reculait souvent au lieu d'avancer; heureusement pour eux, il ne faisait
ni pluie ni brouillard. Cependant nous les vîmes plusieurs fois abandonner
la partie. Enfin, à l'envi l'un de l'autre, aidés par nos
Péruviens, ils firent de nouveaux efforts et parvinrent à
notre poste après avoir mis plus de deux heures à l'escalader.
Nous les reçûmes agréablement; nous leur fîmes
part de toutes nos richesses. Ils nous trouvèrent mieux pourvus
de neige que d'eau. On fit grand feu pour les faire boire à la glace.
Ils passèrent avec nous une partie de la journée, et reprirent
au soir le chemin de Quito, où nous avons depuis conservé
la réputation d'hommes fort extraordinaires.
Tandis
que nous observions au Pichincha, M. Godin et don
Juan étaient à huit lieues de nous sur une montagne moins
haute nommée Pambamarca. Nous pouvions nous voir distinctement avec
de longues lunettes, et même avec celles de nos quarts de cercle;
mais il fallait deux jours au moins à un exprès pour porter
une lettre d'un poste à l'autre. M. Godin essaya vainement de faire
au Pambamarca l'expérience du son; il ne put entendre le bruit d'un
canon de neuf livres de balle qu'il avait fait placer sur une petite montagne
voisine de Quito
,
dont il était éloigné de 1000 toises.
La
santé de M. Bouguer était altérée
: il avait besoin de repos. Nous descendîmes le 6 septembre à
Quito, où M. Godin se rendit aussi. Nous
y observâmes tous ensemble l'éclipse du 8 du même mois.
Avant de retourner à notre première tâche du Pinchincha,
j'allai faire une course à quelques lieues au sud-est de Quito,
pour chercher un endroit propre à placer un signal qui devait être
aperçu de fort loin. Je réussis à le rendre visible
en le faisant blanchir de chaux. Le lieu se nomme Changailli, et ce signal
est le seul, hors ceux qui ont terminé nos bases, qui ait été
placé en rase campagne.
Le
12 septembre, en revenant de reconnaître le terrain sur le volcan
nommé Sinchoulagoa, je fus surpris, en pleine campagne d'un violent
orage, mêlé de tonnerre et d'éclairs, accompagné
d'une grêle la plus grosse que j'aie vue de ma vie. On juge bien
que je n'eus pas la commodité d'en mesurer le diamètre; je
n'étais occupé qu'à trouver le moyen de garantir ma
tête; un grand chapeau à l'espagnol n'eût pas suffi,
sans un mouchoir que je mis dessous pour amortir l'impression des coups
que, je recevais. Les grains, dont plusieurs approchaient de la grosseur
d'une noix, me causaient de la douleur à travers des gants fort
épais. J'avais le vent en face, et la vitesse de ma mule augmentait
la force du choc. Je fus obligé plusieurs fois de tourner bride.
L'instinct de cet animal le portait à présenter le dos au
vent, et à suivre sa direction comme un vaisseau fuit vent arrière
en cédant à l'orage.
Nous
remontâmes quelques jours après sur le Pichincha, M.
Bouguer et moi, non à notre premier poste, mais à un
autre beaucoup moins élevé, d'où l'on voyait Quito
,
que nous liâmes à nos triangles. Le mauvais temps y rendit
inutile notre troisième tentative pour observer l'équinoxe
par la méthode de M. Bouguer. Rebutés des incommodités
de notre aucien signal de Pichincha, nous en plaçames un autre dans
un endroit plus commode, 110 toises plus bas que le premier. Ce fut là
que nous reçumes, le 13 septembre, la première nouvelle des
ordres du roi, par lesquels nous étions dispensés de la mesure
de l'équateur, qui jusqu'alors avait fait partie de notre projet,
ainsi que celle du méridien.
Le
changement du signal de Pichincha nous obligeait à reprendre de
nouveaux angles. Les difficultés que nous rencontrâmes à
placer sur la montagne de Cota-Catché, vers le nord, un signal qui
devint inutile, durèrent presque tout le mois d'octobre. Il en naquit
d'autres que le cours du temps multiplia. On ne peut les concevoir sans
connaître la nature du pays de Quito
.
Le terrain peuplé et cultivé dans son étendue est
un vallon situé entre deux chaînes parallèles de hautes
montagnes qui font partie de la cordillère. Leurs cimes se perdent
dans les nues, et presque toutes sont couvertes de masses énormes
d'une neige aussi ancienne que le monde. De plusieurs de ces sommets en
partie écroulés, on voit sortir encore des tourbillons de
fumée et de flamme du sein même de la neige. Tels sont les
sommets tronqués du Cotopaxi, de Tongouragua, et du Sangaï.
La plupart des autres ont été des volcans autrefois; ou vraisemblablement
le deviendront. L'histoire ne nous a conservé l'époque de
leurs éruptions que depuis la découverte de l'Amérique;
mais les pierres ponces; les matières calcinées qui les parsèment,
et les traces visibles de la flamme sont des témoignages authentiques
de leur embrasement. Quant à leur prodigieuse élévation,
ce n'est pas sans raison qu'un auteur espagnol avance que les montagnes
d'Amérique sont à l'égard de celles de l'Europe ce
que sont les clochers de nos villes comparés aux maisons ordinaires.
La
hauteur moyenne du vallon où sont situées les villes de Quito,
Cuença, Riobamba, Latacunga, la ville d'Ibarra, et quantité
de bourgades et de villages, est de 1500 à 1600 toises au-dessus
de la mer; c'est-à-dire quelle excède celle des plus hautes
montagnes des Pyrénées; et ce sol sert de base à des
montagnes une fois aussi élevées. Le Cayamburo, situé
sous l'équateur même, l'Antisana, qui n'en est éloigné
que de cinq lieues vers le sud, ont plus de 3000 toises à compter
du niveau de la mer; et le Chimboraço, haut de 3 220 toises, surpasse
de plus d'un tiers le pic de Ténériffe, la plus haute montagne
de l'ancien hémisphère. La seule partie du Chimboraço,
toujours couverte de neige, a 800 toises de hauteur perpendiculaire. Le
Pichincha et le Coraçon, sur le sommet desquels nous avons porté
des baromètres, n'ont que 2430 et 2470 toises de hauteur absolue,
et c' est la plus grande où l'on ait jamais monté. La neige
permanente a rendu jusqu'ici les plus hauts sommets inaccessibles. Depuis
ce terme, qui est celui où la neige ne fond plus, même dans
la zone torride, on ne voit guère, en descendant jusqu'à
100 ou 150 toises, que des rochers nus ou des sables arides. Plus bas,
on commence à voir quelques mousses qui tapissent les rochers; diverses
espèces de bruyères, qui, bien que vertes et mouillées,
font un feu clair, et nous ont été souvent d'un grand secours;
des mottes arrondies de terre spongieuse, où sont plaquées
de petites plantes radiées et étoilées, dont les pétales
sont semblables aux feuilles de l'if; et quelques autres plantes. Dans
tout cet espace, la neige n'est que passagère; maïs elle s'y
conserve quelquefois des semaines et des mois entiers. Plus bas encore,
et dans une autre zone d'environ 300 toises de hauteur, le terrain est
communément couvert d'une sorte de gramen délié, qui
s'élève jusqu'à un pied et demi ou deux pieds, et
qui se nomme outchouc (uchuc) en langue péruvienne.
Cette espèce de foin ou de paille, comme on la nomme dans le pays,
est le caractère propre qui distingue les montagnes que les Espagnols
nomment paramos. Enfin, descendant encore plus bas, jusqu'à la hauteur
d'environ 2000 toises au-dessus du niveau de la mer, j'ai vu neiger quelquefois,
et d'autres fois pleuvoir. On sent bien que la diverse nature du sol, sa
différente exposition, les vents la saison, et plusieurs circonstances
physiques doivent faire varier plus ou moins les limites qu'on vient d'assigner
à ces différents étages.
Si
l'on continue de descendre, après le terme qu'on vient d'indiquer,
il se trouve des arbustes : et plus bas on ne rencontre plus que des bois
dans les terrains non défrichés, tels que les deux côtés
extérieurs de la double chaîne de montagnes entre lesquelles
serpente le vallon qui fait la partie habitée et cultivée
de la province de Quito
.
Au-dehors, de part et d'autre de la cordillère, tout est couvert
de vastes forêts qui s'étendent vers l'ouest jusqu'à
la mer du Sud, à quarante lieues de distance, et vers l'est, dans
tout l'intérieur d'un continent de sept à huit cents lieues,
le long de la rivière des Amazones jusqu'à la Guyane et au
Brésil.
La
hauteur du sol de Quito
est celle où la température de l'air est la plus agréable.
Le thermomètre y marque communément 14 à 15 degrés
au-dessus du terme de la glace, comme à Paris dans les beaux jours
du printemps, et ne varie que fort peu. En montant ou descendant, on est
sûr de faire descendre ou monter le thermomètre, et de rencontrer
successivement la température de tous les divers climats depuis
5 degrés au-dessous de la congélation, ou plus, jusqu'à
28 ou 29 au-dessus. Quant au baromètre, sa hauteur moyenne à
Quito est de vingt pouces une ligne, et ses plus grandes variations ne
vont point â une ligne et demie : elles sont ordinairement d'une
ligne un quart par jour, et se font assez régulièrement à
des heures réglées.
Les
deux chaînes de montagnes qui bordent le vallon de Quito
s'étendent à peu près du nord au sud : cette situation
était favorable pour la mesure de la méridienne : elle offrait
alternativement, sur l'une et l'autre chaîne, des points d'appui
pour terminer les triangles. La plus grande difficulté consistait
à choisir les lieux commodes pour y placer des signaux. Les pointes
les plus élevées étaient ensevelies, les unes sous
la neige, les autres souvent plongées dans les nuages qui en dérobaient
la vue. Plus bas, les signaux, vus de loin, se projetaient sur le terrain,
et devenaient très difficiles à reconnaître de loin.
D'ailleurs, non seulement il n'y avait point de chemin tracé qui
conduisît d'un signal à l'autre, mais il fallait souvent traverser
par de longs détours des ravines formées par les torrents
de pluies et de neige fondue, creusées quelquefois de 60 ou 80 toises
de profondeur. On conçoit les difficultés et la lenteur de
la marche quand il fallait transporter d'une station à l'autre des
quarts de cercle de deux ou trois pieds de rayon, avec tout ce qui était
nécessaire pour s'établir dans, des lieux d'un accès
difficile, et quelquefois y séjourner des mois entiers. Souvent
les guides américains prenaient la fuite en chemin, ou sur le sommet
de la montagne où l'on était campé, et plusieurs jours
se passaient avant qu'ils pussent être remplacés. L'autorité
des gouverneurs espagnols, celle des curés et des caciques, enfin
un salaire double, triple, quadruple, ne suffisaient pas pour faire trouver
des guides, des muletiers et des porte faix, ni même pour retenir
ceux qui s'étaient offerts volontairement.
Un
des obstacles les plus rebutants était la chute fréquente
et l'enlèvement des signaux qui terminaient les triangles. En France
,
les clochers, les moulins, les tours, les châteaux, les arbres isolés
et placés dans un lieu remarquable offrent aux observateurs une
infinité de points dont ils ont le choix; mais, dans un pays si
différent de l'Europe, et sans aucun point précis, on était
obligé de créer en quelque sorte des objets distincts pour
former les triangles. D'abord on posa des pyramides de trois ou quatre
longues tiges d'une espèce d'aloës, dont le bois était
fort léger, et cependant d'une assez grande résistance. On
faisait garnir de paille ou de nattes la partie supérieure de ces
pyramides, quelquefois d'une toile de coton fort claire, qui se fabrique
dans le pays, et d'autres fois d'une couche de chaux au-dessous de cette
espèce de pavillon, on laissait assez d'espace pour placer et manier
un quart de cercle; mais, après plusieurs jours, et quelquefois
plusieurs semaines de pluie et de brouillard, lorsque l'horizon s'éclaircissait,
et que les sommets des montagnes, se montrant à découvert,
semblaient inviter à prendre les angles, souvent, à l'instant
même où l'on était près de recueillir le fruit
d'une longue attente, on avait le déplaisir de voir disparaître
les signaux, tantôt enlevés par les ouragans, et plus souvent
volés : des pâtres indiens s'emparaient furtivement des perches,
des cordes, des piquets, dont le transport avait coûté beaucoup
de temps et de peine. II se passait. quelquefois huit ou quinze jours avant
que le dommage pût être réparé; ensuite il fallait
attendre des semaines entières, dans la neige et dans les frimas,
un autre moment favorable pour les opérations. Le seul signal de
Pambamarca fut réparé jusqu'à sept fois.
Vers
le commencement de cette année 1738, M. Godin
imagina le premier un expédient simple et commode pour rendre tout
à la fois les signaux faciles à construire, et très
aisés à distinguer dans l'éloignement: ce fut de prendre
pour signaux les tentes mêmes, ou d'autres pareilles à celles
sous lesquelles nous campions. Chaque académicien avait une grande
tente, et les mathématiciens espagnols avaient aussi les leurs :
on
avait d'ailleurs trois canonnières. MM. Verguin et des Odonnais
précédaient, et faisaient placer celles-ci alternativement
sur les deux chaînes de la cordillère aux points désignés,
conformément au projet des triangles : ils laissaient un Américain
pour les garder.
On
était dans la saison des pluies : ce temps avait été
employé, l'année précédente, à reconnaître
le terrain de la méridienne, et, suivant le conseil des gens mêmes
du pays, on ne pouvait penser alors à monter sur les montagnes;
mais on avait appris par l'expérience que, dans la province de Quito,
les beaux jours étaient seulement plus rares pendant la saison qu'on
y nomme l'hiver; depuis novembre jusqu'en mai, et que, dans le reste de
l'année,, qu'on appelle l'été, il ne laissait pas
de pleuvoir quelquefois plusieurs jours de suite. Lorsqu'on s'en fut aperçu,
toutes les saisons furent égales, et la diversité des temps
n'interrompit plus le cours des opérations.