La
Harpe
1820.
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Le voyage de La
Condamine à l'équateur ,
entrepris par les ordres et aux frais du roi Louis
XV, et sous les auspices de notre académie
des sciences est un des plus célèbres du XVIIIe
siècle, non seulement par l'importance de son objet, qui était
la solution d'un problème agité depuis longtemps parmi les
philosophes anciens et modernes, mais encore par le caractère singulier
de l'académicien voyageur, qui porta dans cette entreprise une activité
étonnante, une curiosité avide et insatiable, une intrépidité
à l'épreuve de tous les périls; enfin cette espèce
d'héroïsme qui n'est pas celui de l'imagination, que le préjugé
peut exalter un moment, mais qui tient à cette force d'âme,
de toutes les qualités humaines la plus rare et la plus difficile.
Avant d'entrer dans le détail
de ce voyage, il convient de dire un mot de la question physique qui en
était l'objet.
Le
but du voyage.
Jusqu'au règne des sciences, surtout
avant qu'on eût entrepris de longs voyages sur l'Océan ( Les
Grandes découvertes ),
l'opinion d'un fameux philosophe, qui croyait la Terre
absolument plate, fut la seule, reçue parmi les hommes ( La
cosmographie médiévale ).
Ce ne fut que par degrés qu'ils sortirent de cette erreur. Il y
a beaucoup d'apparence que les premiers pas vers la vérité
se firent en observant que, sur mer et sur terre, on ne pouvait s'éloigner
d'une montagne ou d'une tour sans les perdre bientôt de vue. On remarqua
sans doute aussi que la hauteur des étoiles
polaires variait suivant l'éloignement où l'on était
des pôles ( Le ciel de la Terre )
: ce qui n'arriverait point, si la surface de la Terre était plate.
Ensuite divers philosophes prétendirent, démontrer la sphéricité
de la superficie des eaux. Mais leur raison la plus simple pour attribuer
cette figure à la Terre (
L'histoire de la géodésie )
fut probablement son ombre, qui paraît ronde dans les éclipses
de Lune .
Enfin, sur quelque fondement que l'opinion de la rondeur de la Terre se
soit établie, il paraît certain que, depuis Aristote
jusqu'au dernier siècle [XVIIe s.],
elle n'a pas souffert le moindre doute.
On avait été beaucoup plus
longtemps sans aucune notion de l'étendue de la Terre
dans sa circonférence et dans son diamètre. Cette difficulté
avait paru d'abord insurmontable; comment traverser tant de mers, de montagnes
et de précipices impénétrables? Mais, quoique ces
obstacles fissent juger l'opération impossible dans sa totalité,
ils n'avaient point empêche qu'elle n'eût été
tentée. En supposant la terre sphérique, on peut entreprendre
de la mesurer par les observations des astres situés au zénith
d'un lieu, et éloignés du zénith d'un autre. Ératosthène
prit cette voie, et la forme de son opération paraît fort
extraordinaire ( La géodésie
dans l'Antiquité ).
Il savait que Syène ( Assouan ),
ville d'Égypte ,
vers les confins de l'Éthiopie ,
était parfaitement sous le tropique ,
et que, par conséquent, au temps du solstice
d'été, le Soleil
passait par son zénith. pour s'en assurer mieux, on y avait creusé
perpendiculairement un puits fort profond, où, le jour du solstice,
à midi, les rayons solaires pénétraient dans toute
son étendue. On savait d'ailleurs qu'à 150 stades autour
de Syène, les styles élevés à plomb sur une
surface horizontale ne faisaient point d'ombre. Eratosthène supposait
qu'Alexandrie
et Syène étaient sous le même méridien ,
et que la distance entre ces deux villes était de 500 stades. Le
jour du solstice, il observa, dans Alexandrie, la distance du Soleil au
point vertical, par l'ombre d'un style élevé à plomb
du fond d'un hémisphère concave; et trouvant que cette dernière
distance était la cinquantième partie de la circonférence
d'un grand cercle, il en conclut que la distance entre ces deux villes
était la cinquantième partie de la circonférence de
la Terre. Ensuite, cette distance, supputée de 5000 stades, lui
donne 250 000 stades pour toute la circonférence, qui, partagée
également en 360 degrés, fit 694 stades et presque demi au
degré. Mais, à la place de ce nombre, il prit ensuite le
nombre rond, apparemment parce qu'il ne crut pas pouvoir répondre
de 4 ou 5 stades dans un degré : en multipliant les 700 stades par
360 degrés il eut la circonférence totale de 252 000 stades.
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D'autres Anciens prirent différentes
voies pour trouver les mêmes mesures; mais elles portent sur des
suppositions qui les rendent peu comparables, pour l'exactitude et la justesse,
à celles qui sont en usage aujourd'hui. Ce n'est pas même
tout d'un coup que les modernes sont parvenus au point de lumière
et de précision dont ils peuvent se glorifier pendant plus de deux
siècles, il s'est trouvé tant de différence dans leurs
calculs, qu'il n'est pas aisé d'expliquer comment ils pouvaient
s'éloigner tant l'un de l'autre, en partant du même point.
Cette incertitude et l'importance dont il était pour la géographie
et la navigation qu'elle fût enfin levée, furent deux puissants
motifs qui firent souhaiter à Louis XIV
que l'académie royale des sciences rendît ce service à
l'univers. Picard, membre de cette compagnie,
fut chargé de mesurer les degrés terrestres. Il mesura géométriquement
les distances entre le plateau de Malvoisine (près de Paris ),
Sourdon (près d'Amiens );
et ayant déterminé par des observations astronomiques la
distance d'une même étoile
au zénith
des deux points extrêmes, il trouva dans le degré terrestre,
57 060 toises parisiennes. II fut le premier qui appliqua les lunettes
aux instruments dont il se servit pour ces opérations.
-
On avait cru jusqu'alors que le globe
terrestre était parfaitement sphérique, sans autre exception
que les inégalités des montagnes, qui ne sont d'aucune considération
dans une si grande étendue. Personne n'avait douté que la
Terre
ne fût une boule parfaitement arrondie; et comme on supposait que
la mesure trouvée par Picard convenait
à chaque degré, on ne doutait pas que les 360 degrés
par lesquels on divise la circonférence de la sphère ne fassent
égaux entre eux, et qu'ils n'eussent tous la longueur qu'il avait
déterminée de 57 060 toises. Mais on ne fut pas longtemps
à reconnaître que cette supposition était gratuite.
Deux raisons fort différentes, et dont on tira des conséquences
opposées, firent également révoquer en doute la sphéricité
de la Terre : l'une, c'est la diversité reconnue dans la longueur
d'un pendule à secondes, à différentes latitudes;
l'autre, la mesure de tous les degrés du méridien qui traverse
la France .
Cette mesure fut faite par Cassini père
et fils La Hire, Maraldi,
Couplet,
Chazelles et leurs collègues. L'histoire en est curieuse.
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Le célèbre Huygens
publia, au commencement de l'année 1673, un traité dans lequel
il prétendait que la pendule à secondes pouvait servir de
mesure certaine, invariable et universelle, dans toutes les parties du
monde, parce qu'en supposant la terre une sphère parfaite, le pendule
d'une longueur égale devait avoir partout les mêmes vibrations.
Dès l'an 1663,
Picard avait fait la même
proposition dans son livre de la mesure de la Terre .
D'un autre côté, Richer, se trouvant,
en 1672, à l'île de Cayenne ,
qui n'est qu'à 4° 66' Nord, remarqua, au mois d'août de
cette année, que le pendule de l'horloge qu'il avait apportée
de Paris ,
sans aucun changement de longueur, mettait plus de temps à faire
ses oscillations, ou qu'il ne faisait point à Cayenne les mêmes
oscillations dans le même temps qu'à Paris. L'horloge retardait
chaque jour de deux minutes vingt-huit secondes. Pendant dix mois, Richer
ne cessa point de renouveler la même expérience avec une extrême
attention. Enfin il trouva que, pour battre les mêmes secondes, ce
même pendule devait être plus court d'une ligne un quart. Une
découverte si singulière excita beaucoup de mouvements parmi
les mathématiciens. Les lumières et l'exactitude reconnues
de Richer ne permettaient pas de douter du fait; quelques-uns l'attribuèrent
à l'allongement de la verge du balancier, causé par la chaleur
du climat : mais cet effet n'était pas nouveau, et l'on était
sûr que la différence ne pouvait aller à la proportion
que Richer avait observée. Il fallut chercher d'autres raisons,
et conclure nécessairement que la différence ne pouvait venir
que d'une moindre pesanteur à Cayenne. On conçut alors que
tous les corps pesaient moins vers l'équateur
que vers les pôles ;
car, dans les principes de la statique, la durée des, vibrations
dépend de la longueur et de la pesanteur du corps qui les fait.
La découverte de Richer
fut confirmée par. une expérience toute semblable de Halley,
dans l'île de Sainte-Hélène ;
par celle de Varin, des Haies et Glos, aux îles de Gorée,
de la Guadeloupe
et de la Martinique ;
de Couplet à Lisbonne
et au Para; du P. Feuillée à Porto-Bello
et à la Martinique, et par quantité d'autres dont le résultat
ne pouvait être attribué à la seule différence
des climats. Comme il ne pouvait rester aucun doute que les corps ne pesassent
plus vers les pôles
que sous l'équateur ,
Huygens
et Newton commencèrent par nier que la
Terre
fût parfaitement sphérique; ensuite ils expliquèrent
ce phénomène par la force centrifuge des corps mus en rond.
Tout corps, disaient-ils, dont le mouvement est circulaire, fait un effort
continuel pour fuir et s'éloigner du centre autour duquel il se
meut. Ce principe, en faveur duquel la raison
s'accorde avec l'expérience, se découvre
visiblement dans une fronde : à mesure qu'on la tourne, la pierre
qu'elle porte fait d'autant plus d'effort pour, sortir et s'éloigner
du centre autour duquel on la fait tourner, que la vitesse du mouvement
est plus grande; et, dès qu'on la lâche, elle continue de
se mouvoir, sans être poussée par une nouvelle force. Les
lois naturelles du mouvement confirment cette force centrifuge : c'est
le nom qu'on lui a donné, parce qu'elle tend à éloigner
un corps du centre de son mouvement.
De la les mêmes philosophes ont conclu
que la Terre
est aplatie, et leur raisonnement peut être
réduit en peu de mots. La Terre se meut, et tourne chaque jour sur
son axe. Par ce mouvement, chaque particule de son globe fait effort pour
s'éloigner de l'axe ,
et cet effort est proportionné à la vitesse ou à la
grandeur du cercle que chacun décrit. Or ce cercle et la vitesse
étant plus grands vers l'équateur
que vers les pôles ,
il faut que l'effort soit plus grand près de l'équateur pour
s'éloigner de l'axe. D'un autre côté, tout corps, par
sa gravité primitive, qui se nommé force centripète,
tend vers le centre de la Terre, ou, pour mieux dire, perpendiculairement
à l'horizon .
On trouve donc deux forces dans un même corps : l'une qui le pousse
et l'entraîne vers le centre de la Terre; l'autre qui naît
du mouvement de la Terre, et qui imprime à tous les corps l'effort
qu'ils font pour s'éloigner de l'axe, ou du centre autour duquel
ils se meuvent; et comme ces deux forces sont toujours plus contraires
l'une à l'autre à mesure que les corps sont plus proches
de l'équateur, il arrive qu'avec une égale quantité
de matières; les pendules, comme tous les autres corps, ont plus
de pesanteur à Paris
qu'à l'île de Cayenne .
-
On a poussé le raisonnement jusqu'à
calculer la quantité de force centrifuge que chaque degré
terrestre doit avoir, suivant le plus ou le moins de latitude ,
et la diminution que la même force
doit causer dans la gravité des corps à chacun de ces degrés.
Huygens
et Newton allèrent jusqu'à marquer,
quoique avec quelque différence, le rapport entre l'axe de la Terre
et le diamètre de l'équateur. Huygens le concluait de la
seule force centrifuge comparée à la gravité. Newton
y joignait sa théorie sur la gravitation
universelle .
Ils étaient persuadés que d'exactes expériences sur
la pesanteur
pouvaient vérifier seules non seulement la figure de la Terre, mais
encore la grandeur de chaque degré dans toutes les latitudes .
Un nouveau phénomène,
découvert dans le même temps, leur parut confirmer cette théorie.
On reconnut dans le disque de Jupiter
certaines taches à l'aide desquelles les astronomes observèrent
qu'il faisait en dix heures une révolution sur son axe. Comme elle
était plus rapide que celle qu'on attribuait à la Terre ,
elle devait imprimer à toutes les parties de cette planète
une force centrifuge correspondante à sa vélocité,
et par conséquent plus grande que celle de la Terre. Cette force,
par l'analogie d'un corps à l'autre, devait presque aplatir le globe
de Jupiter vers ses pôles. En effet, avec d'excellents micromètres,
qui servirent à mesurer ses diamètres, on trouva que l'axe
de révolution de cette planète était plus court que
son diamètre,
Tous
ces raisonnements, fondés sur la seule différence de pesanteur
dans le pendule, parurent ingénieux aux mathématiciens français;
mais ils voulaient des expériences et des faits décisifs.
Ils reconnaissaient que la mesure de Picard ne
pouvait être une règle fixe pour tous les degrés; car,
devant être inégaux, si la Terre
n'était pas sphérique, cette mesure, quoique exacte, pour
la partie qui avait été mesurée, ne pouvait être
appliquée à ceux dont on ne connaissait pas la mesure. C'est
ce qui fit naître la proposition de mesurer la ligne méridienne
qui traverse la France ;
et ce projet fut entrepris, en 1683, par l'ordre exprès de Louis-le-Grand,
sous la protection d'un ministre que toute l'Europe honore du même
surnom. Cassini fut chargé de l'exécution
( La
géodésie aux XVIIe et XVIIIe
siècles ).
On choisit pour premier point de cette mesure l'Observatoire de Paris .
Malgré quantité d'obstacles, elle fut continuée depuis
Dunkerque jusqu'à Collioure; et le méridien
de toute la France fut divisé en deux arcs, l'un de Dunkerque à
Paris, et l'autre de Paris à Collioure. Tout l'ouvrage fut terminé
en 1718. Les mêmes mesures, observe Maupertuis,
furent répétées par les Cassini en différents
temps, et par différentes méthodes.
Le gouvernement y prodigua toute la dépense et toute la protection
imaginables Pendant l'espace de trente-six ans; et le résultat de
six opérations, faites en 1701, 1713, 1718, 1734, et 1735, fut toujours
que la Terre était allongée vers les pôles. Ainsi,
deux choses résultaient de ces opérations : l'une que la
Terre n'était pas entièrement sphérique; en quoi les
Français, convenaient avec Huygens et
Newton
: l'autre, qu'elle était un sphéroïde long ou étendu
vers les deux pôles; ce qui ne s'accordait pas avec l'opinion
de ces deux mathématiciens, qui la croyaient un sphéroïde
large ou aplati vers les pôles.
Cependant
les mesures des Cassini semblaient valoir une
démonstration.
Ils avaient trouvé les degrés septentrionaux de la France
moindres que les méridionaux; d'où ils concluaient avec raison
que la Terre ,
étant plus courbe vers les parties septentrionales que vers les
parties méridionales, devait avoir la figure d'un sphéroïde
allongé : la plupart des savants ne doutaient point de la justesse
de ces mesures. On prit parti en Espagne
pour l'opinion des Cassini; et comme ils ne parlaient point du phénomène
des pendules, deux de nos plus savants académiciens entreprirent
de l'ajuster avec la figure allongée de la Terre. Les partisans
de l'opinion opposée ne niaient pas que la mesure du méridien
de France n'eût été faite avec beaucoup de précision;
mais ils prétendaient que, dans les deux arcs qui la partageaient,
la différence de quelques degrés par rapport aux autres était
si peu considérable , et par conséquent si peu sensible,
qu'il était aisé de la confondre avec l'erreur à laquelle
toute observation est sujette. D'ailleurs, quelque exactitude que Cassini
père eût apportée à la sienne, il ne laissait
pas d'y avoir un excédant de 37 toises entre sa mesure vers Collioure
et celle de Picard, et une de 137 entre sa mesure
vers Dunkerque et celle de son fils.
Dans
cette dispute, la figure de la Terre
demeurait indécise pour les personnes neutres; et tout le monde
néanmoins sentait la nécessité d'une décision
( La
géodésie aux XVIIe et XVIIIe
siècles ).
Les navigateurs y étaient les plus intéressés, puisque
les distances des lieux différant dans les deux systèmes,
cette incertitude les exposait à diverses sortes d'erreurs. Les
géographes tombaient dans un extrême embarras pour leurs cartes
: s'ils choisissaient mal entre deux opinions contestées, l'erreur
ne pouvait être de moins de deux degrés dans une distance
de cent degrés. les astronomes avaient besoin aussi d'une décision
fixe; de là dépendait pour eux la connaissance de la véritable
parallaxe
de la Lune ,
qui sert à mesurer ses distances, à déterminer sa
position
et ses mouvements; et c'est là-dessus qu'ils fondent l'espérance
de trouver un jour la longitude
sur mer. La question n'était pas moins importante pour les physiciens,
puisqu'ils regardent la gravité des corps comme l'agent universel
qui sert au gouvernement de toute la nature. Enfin
de là dépend encore la perfection du niveau pour amener les
eaux de loin, pour ouvrir des canaux, pour donner passage aux mers, pour
faire changer de cours aux rivières, sans compter mille autres connaissances
qui peuvent résulter de la véritable détermination
de la figure de la Terre, par l'enchaînement que toutes les sciences
ont entre elles.
Tel
était l'état d'une difficulté qui occupait depuis
quarante ans, l'académie des sciences
lorsque Louis XV fit communiquer à cette
académie, par le comte de Maurepas, ministre
et secrétaire d'état de la marine, la résolution où
il était de ne rien épargner pour faire décider cette
fameuse question. On ne trouva point de voie plus sûre que d'envoyer,
aux frais de sa majesté, deux compagnies d'académiciens,
l'une au Nord, pour mesurer un degré du méridien près
du pôle; l'autre en Amérique ,
pour en mesurer un autre près de l'équateur. C'était
en effet le seul moyen de lever tous les doutes sur la figure de la Terre ;
car, si elle était aplatie, les degrés devaient aller en
augmentant depuis l'équateur jusqu'au pôle; au contraire,
si elle était allongée, et si, dans la comparaison des degrés
les plus proches, la différence était si petite, qu'elle
pût être confondue avec les erreurs presque inévitables
dans les observations, on était sûr qu'en comparant les degrés
les plus éloignés, elle ne pourrait échapper aux observateurs.
Enfin, si la Terre était parfaitement sphérique, les degrés,
à quelque distance qu'ils fussent entre eux, devaient être
égaux, sans autre différence que celle qui. peut résulter
des observations.
Le
roi nomma, pour exécuter au nord une entreprise si digne de lui,
Maupertuis,
Clairaut,
Camus
et Le Monnier, académiciens, et l'abbé
Outhier,
correspondant de l'Académie; de Sommereux pour secrétaire,
et Herbelot pour dessinateur. Le roi de Suède y joignit Celsius,
son astronome. Leur voyage et leurs observations ont été
publiés par Maupertuis ( Maupertuis,
Le
voyage en Laponie, texte en ligne). Vers l'équateur, sa
majesté chargea de ses ordres
Godin, Bouguer
et La Condamine, académiciens, auxquels
Joseph
de Jussieu, docteur en médecine, fut associé pour les
observations botaniques .
On leur donna pour aides, dans les opérations géométriques,
Verguin, ingénieur de la marine; Godin des Odonais, et Couplet;
de Morainville, pour dessinateur; Seniergues, pour chirurgien, et Hugo
pour horloger. Le pays de Quito ,
dans l'Amérique méridionale, parut le plus propre à
des observations dont la, plupart devaient se faire sous l'équateur.
L'agrément du roi d'Espagne
fut demandé pour un travail dont les terres de son domaine allaient
recevoir un nouveau lustre; et non seulement ce monarque entra volontiers
dans des vues si glorieuses à son sang, mais il souhaita d'en partager
immédiatement l'honneur en nommant deux mathématiciens espagnols,
don George [Jorge] Juan, et don Antoine
[Antonio] de Ulloa, pour accompagner les académiciens français,
et pour assister à leurs observations. |
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