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Les Fables de La Fontaine
1668
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La tête et la queue du Serpent

La Fontaine
Le serpent a deux parties
Du genre humain ennemies,
Tête et queue! et toutes deux
Ont acquis un nom fameux
Auprès des Parques cruelles :
Si bien qu'autrefois entre elles
Il survint de grands débats
Pour le pas.
La tête avait toujours marché devant la queue.
La queue au Ciel se plaignit
Et lui dit :
" Je fais mainte et mainte lieue
Comme il plaît à celle-ci :
Croit-elle que toujours j'en veuille user ainsi?
Je suis son humble servante.
On m'a faite, Dieu merci,
Sa soeur et non sa suivante.
Toutes deux de même sang,
Traitez-nous de même sorte :
Aussi bien qu'elle je porte
Un poison prompt et puissant.
Enfin voilà ma requête :
C'est à vous de commander
Qu'on me laisse précéder
A mon tour ma soeur la tête.
Je la conduirai si bien
Qu'on ne se plaindra de rien. "
Le Ciel eut pour ces voeux une bonté cruelle.
Souvent sa complaisance a de méchants effets.
Il devrait être sourd aux aveugles souhaits.
Il ne le fut pas lors; et la guide nouvelle,
Qui ne voyait, au grand jour,
Pas plus clair que dans un four,
Donnait tantôt contre un marbre,
Contre un passant, contre un arbre :
Droit aux ondes du Styx elle mena sa soeur.

Malheureux les États tombés dans son erreur!

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© Serge Jodra, 2006. - Reproduction interdite.