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Omar Khayyâm
(ou Kheyyâm), mathématicien, astronome, poète
et libre penseur né à Nichapour (Perse) vers 408 de l'hégire
(1017 J.-C.), mort à Nichapour en 517 (1123 J.-C.). Son vrai nom
était Ghivat-ed-din Abou l'Fath Omar ibn Ibrahim, surnommé
al-Kheyyâmî parce que son père exerçait le métier
de dresseur de tentes (Kheyyâm). Une grande obscurité
règne sur sa vie. D'après certains auteurs arabes et persans,
Omar aurait étudié d'abord au collège de Nichapour,
sous la direction de l'Imâm al-Mouwaffak, en compagnie du jeune Abou
Ali Hasan Thousi, plus tard vizir sous le nom de Nizam-oul-moulk, et de
Hasan Sabbâh, qui devait fonder la secte des Assassins
(« Ma tombe sera dans un lieu où le vent du Nord pourra l'ensevelir sous les roses effeuillées. »Travaux, algébriques et astronomiques d'Omar Khayyâm. Les travaux algébriques d'Omar Khayyâm ne furent connus en Europe qu'au XVIIIe siècle. En 1742, Gérard Meerman, publiant à Leyde son Specimen calculi fluxionalis, crut que le manuscrit d'Omar Khayyâm, qui se trouvait à Leyde (fonds Warner), contenait la résolution algébrique des équations cubiques. Cette erreur se retrouva chez Montucla et Gartz et ne fut signalée qu'au commencement du XIXe siècle par L.-Am. Sédillot et Chasles. Woepcke mit fin à toute discussion en publiant, en 1851, une traduction du traité d'algèbre d'Omar. Ce traité se divise en cinq parties : 1° préface, définition des notions fondamentales de l'algèbre et tableau des équations que l'auteur se propose de discuter;Dans tout le cours de son ouvrage, l'auteur joint la résolution numérique ou arithmétique à la construction géométrique et vice versa, la résolution numérique étant d'après lui une résolution qui suppose que l'inconnue est un nombre; le coefficient de l'inconnue reste indéterminé. La construction géométrique sert de complément à la résolution numérique. « Pour trouver la source de cette séparation de la quantité rationnelle d'avec la quantité irrationnelle, dit Woepcke, il faut remonter jusqu'à Aristote. »Les équations du deuxième degré sont construites au moyen des propositions d'Euclide, mais Omar Khayyâm n'est pas le premier, pensait Cossali, qui ait aperçu les relations de ces propositions avec la résolution des équations; Abou l'Wefa avait déjà fait ce travail en commentant le traité d'Hipparque sur ce sujet. La construction des équations du troisième degré est entièrement l'oeuvre d'Omar. Après avoir exposé l'histoire des tâtonnements des Arabes pour y arriver, il pose une théorie systématique et donne un grand nombre de solutions pratiques. C'est le premier mathématicien qui ait traité systématiquement des équations cubiques, en employant d'ailleurs des tracés de coniques pour déterminer le nombre des racines réelles et les évaluer approximativement. Il est probable que ce procédé avait déjà été pratiqué par Archimède et Apollonius, mais il n'y a pas de preuves qu'Omar ait pu utiliser des ouvrages grecs perdus pour nous. Malgré les erreurs que renferme son Algèbre sur certains points, elle n'en mérite pas moins la grande réputation dont elle a joui en Orient, tant que les mathématiques y furent cultivées. Outre son traité d'algèbre, Omar Khayyâm écrivit plusieurs opuscules sur l'extraction des racines cubiques et sur certaines définitions d'Euclide, et construisit des tables astronomiques Omar
Khayyâm poète.
« Le quatrain, dit J. Darmesteter, est tout un poème qui a son unité de forme et d'idée; manié par un vrai poète, c'est le genre le plus puissant de la poésie persane. »Dans ses quatrains, Khayyâm fait l'éloge du vin et de l'amour, raille l'austérité des ministres de la religion ( Un matin j'entendis venir de notre taverne une voix qui disait : A moi, joyeux buveurs, ,jeunes fous, levez-vous et venez remplir encore une coupe de vin avant que le destin vienne remplir celle de votre existence!Et à chaque page nous retrouvons la même chanson d'ivrogne : Ô mes compagnons libres penseurs! Quand je serai mort, lavez mon corps avec un vin des plus rouges. A l'ombre d'un vignoble, creusez-moi une tombe!Il n'oppose aucune résistance à ses passions, et, dans l'état de désarroi où il est tombé, il n'espère plus en la vie future : Je suis hérétique comme un derviche, laid comme une femme perdue; je n'ai ni religionD'ailleurs sa tolérance est si large qu'il est impossible de reconnaître en lui un vrai musulman Le temple des idoles et la, KaabaRépandue, publiée de bouche en bouche à travers toute la Perse, cette oeuvre de libertinage, où court d'un bout à l'autre un souffle de gaieté délirante, devait soulever une tempête d'imprécations et d'anathèmes contre son auteur. On avait voulu refuser les honneurs de la sépulture à Hâfiz de Chirâz. Omar Khayyâm échappa miraculeusement à la haine des religieux fanatiques « Les chansons à boire de l'Europe, disait J. Darmesteter, ne sont que des chansons d'ivrogne; celles de la Perse sont un chant de révolte contre le CoranEt Barbier de Meynard écrivait au sujet des quatrains : « Que ce livre soit, comme on l'a prétendu, une protestation contre le dogmatisme musulmanOmar Khayyâm en Occident. Cette évocation des deux grands poètes germanophones n'est pas la seule qu'ait suscitée l'oeuvre d'Omar. Dès son apparition en Occident, le poète persan fut surnommé le Voltaire de l'Orient. Il a, en effet, la même ironie mordante, la même sympathie pour l'humanité souffrante, mais là doit s'arrêter la comparaison. Voltaire ne parla jamais avec tant de violence le langage de la passion; jamais il n'attaqua avec une telle ardeur l'inexorable destin qui s'acharne à détruire tout ce qui fut grand, bon et beau. En Angleterre, on retrouva chez Omar des traces de ce pessimisme amer et désespérant qu'on aime dans Byron et Swinburne; mais plus intéressant encore, et peut-être plus exact, est le parallèle établi aux États-Unis Et cependant « la différence entre lui et Khayyâm, a dit Keene, est la même qu'entre un groupe d'épigrammes et une longue satire ».Fitz-Gerald se substitua à Khayyâm; son oeuvre éclipsa celle du poète persan. Parmi les autres traductions anglaises des quatrains, nous citerons celle de Whinfeld (1882) et l'édition avec traduction de Héron-Allen (1898). En 1896, les admirateurs d'Omar et, bien plus, de Fitz-Gerald, se réunirent en un club, qui fut fondé à Londres |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.