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Le criticisme : Emmanuel Kant
La doctrine kantienne
Aperçu La science La morale Le goût et les fins La doctrine kantienne Les applications
La critique n'est pas l'abolition de la métaphysique, c'est l'introduction à la métaphysique comme science. Dans la réalisation du plan qu'elle trace, la méthode à suivre est celle qu'a inaugurée l'illustre Wolff. On sait que la logique transcendantale ne brise pas les cadres de la logique générale : elle les remplit. La raison humaine est législatrice de deux manières : par son entendement dans le domaine de la nature, par sa volonté dans le domaine de la liberté. D'où l'idée d'une double métaphysique : celle de la nature et celle des moeurs. Il n'y en a pas d'autre.

Métaphysique de la science de la nature.
(Sources: Principes métaphysiques de la science de la nature; Passage des principes métaphysiques de la science de la nature à la physique). 

Seule durable, la matière corporelle peut seule donner lieu à une métaphysique. Celle-ci cherche tout d'abord, parmi les données sensibles ou propriétés de la matière, un objet auquel soient applicables les lois synthétiques de l'entendement. Elle le trouve dans le mouvement. Cet unique emprunt une fois fait à l'expérience, la métaphysique poursuit sa marche en procédant a priori. Déterminé selon la seule notion de quantité, le mouvement n'est qu'une grandeur dans le temps et l'espace : il n'implique pas encore de cause de production ou de modification. Il donne lieu en ce sens à la phoronomie, que nous appelons aujourd'hui cinématique. Déterminé, en outre, suivant la notion de qualité, il enveloppe une grandeur intensive ou force, comme cause de son existence et de nos affections sensibles. La théorie de la force est la dynamique : c'est la pièce essentielle de cette partie de la métaphysique kantienne. Il faut admettre autant de forces simples qu'il est nécessaire pour distinguer les mouvements sur une ligne droite, par conséquent une force de répulsion et une force d'attraction. De la première résulte la divisibilité à l'infini, de la seconde une limitation de la première. Ces deux forces sont solidaires : la solidité, que les newtoniens se sont vus obligés d'ajouter à l'attraction, à moins d'être une qualité occulte, suppose une force répulsive. La matière résulte de leur équilibre. Déterminée par la notion de relation, la matière se revêt des propriétés qu'étudie la mécanique proprement dite. A ce point de vue, Kant établit la loi de la persistance de la substance matérielle, la loi de l'inertie, la loi de l'action et de la réaction. Enfin, en ce qui concerne la modalité, il s'agit de savoir quelles sont les règles que suit notre esprit quand il distingue le mouvement possible, réel ou nécessaire : c'est la phénoménologie. Le mouvement rectiligne n'est que possible, et appartient à la phoronomie; le mouvement curviligne est réel et appartient à la dynamique; le mouvement conçu comme communiqué par un moteur à un mobile est déterminé nécessairement quant à l'existence et à la vitesse, et appartient à la mécanique.

De ces principes métaphysiques Kant a tenté de passer à la physique elle-même. La physique serait constituée comme science, si l'on parvenait à déterminer a priori les forces qui produisent la sensation. Or, il résulte de la critique que ces forces, étant liées à la vie de l'esprit, doivent être, en définitive, de la nature de l'esprit. Elles ne peuvent être que l'action exercée sur notre moi empirique par notre spontanéité, c.-à-d. par notre entendement. Et c'est parce que cette action est transcendantale que, cherchant à nous représenter la cause de nos sensations, nous imaginons des choses situées dans l'espace. Dès lors, le principe de la déduction des espèces matérielles est entre nos mains: il n'est autre que le principe des fonctions du sujet. C'est en ce sens que Kant entreprend, à la lumière des catégories, la déduction des différentes espèces de forces, de la matière première ou éther, des bases ou matières spécifiques. Et vraisemblablement, il en serait venu à une déduction rationnelle du système du monde lui-même, tel que l'avait constitué Newton.

Métaphysique des moeurs.
(Sources : Principes métaphysiques de la théorie du droit; De la paix perpétuelle; Principes métaphysiques de la théorie de la vertu.) 

Dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique, la méthode a pour tâche de ranger les conditions empiriques données sous les lois de la raison, et de déduire par là le système complet des lois fondamentales. La législation morale a un double objet : l'action et son mobile. L'accord de l'action avec la loi est la légalité, l'accord du mobile la moralité. De cette distinction résulte la division de la métaphysique des moeurs en théorie du droit et théorie de la vertu.

Le droit est l'ensemble des conditions universellement requises pour que le libre arbitre de chacun se concilie avec celui des autres. Le libre arbitre extérieur est respectable, parce qu'il est la forme de la libertémorale, celle- ci ne se réalisant que par l'action et l'action impliquant un rapport à quelque chose d'extérieur. Ainsi, le droit est distinct, mais dépendant de la morale. Au développement de la théorie du droit président deux principes essentiels :

1° le droit repose exclusivement sur la nature suprasensible de l'humain en tant qu'elle est manifestée dans le temps, c.-à-d. sur la dignité personnelle;

2° la contrainte légale est légitime, en tant qu'elle est nécessaire pour supprimer les obstacles qu'une volonté peut opposer arbitrairement au développement des autres. Les conséquences de ces principes sont les suivantes.

En ce qui concerne le droit privé, il appartient nécessairement à tout homme de disposer de la part de liberté compatible avec la liberté des autres humains. Mais il ne peut s'agir ici que de la liberté considérée dans son existence extérieure. Cette existence est ce qu'on appelle la possession. Il y a donc autant d'espèces de droits qu'il y a d'espèces de possessions. La première porte sur les choses, et donne lieu au droit réel. Ce droit n'est pas un rapport entre le propriétaire et la chose, mais un rapport entre des personnes. Comment la réalisation en peut-elle être légitime? D'une part, la possession en commun est le droit primitif; d'autre part, le fait donné est la propriété individuelle. Il y aurait là une antinomie insoluble, si l'on tenait la possession en commun pour un fait qui a existé historiquement. Mais ce n'est pas un fait, c'est le commandement de la raison. Le fait actuel ne va donc pas contre une réalisation préalable de la justice. Il est, jusqu'à nouvel ordre, la seule réalisation effective du principe qui attribue les choses aux personnes. Il n'en doit pas moins être sanctionné par un contrat entre les volontés, pour devenir juridique : toute appropriation, dans l'état de nature, n'est que provisoire. La seconde espèce de possession porte sur les actions des personnes, et donne lieu au droit personnel Ce droit se réalise par le contrat, dont la valeur réside dans la stabilité et la simultanéité des volontés suprasensibles. La troisième espèce de possession porte sur les personnes elles-mêmes, et donne lieu au droit personnel réel. Le domaine en est la famille. Comment une personne peut-elle devenir une chose? Il y aurait là une contradiction intolérable, si le possesseur de la personne ne restituait à celle-ci sa dignité en se donnant de son côté, en rétablissant par un acte de liberté l'ordre moral menacé par la nature. C'est ainsi que le mariage est le seul rapport légitime des sexes, parce que, seul, il sauve la dignité de la femme.

En ce qui concerne le droit public ou civil, Kant pose en principe que, l'état de nature des humains étant la guerre, il est nécessaire de constituer une société civile pour rendre possible un régime de droit. Les lois qui créent un tel régime se divisent en droit politique, droit des gens et droit cosmopolitique. Le droit politique repose exclusivement sur l'idée de justice. La souveraineté appartient primitivement
au peuple, et l'Etat ne peut résulter que d'un contrat par lequel les humains abandonnent leur liberté naturelle pour la retrouver intacte dans un régime légal. Mais ce contrat n'est pas un fait historique, c'est une idée de la raison : c'est le point de vue auquel doivent se placer, pour l'accomplissement de leurs lâches respectives, le législateur et les citoyens. Par suite, on doit obéir au pouvoir sans en scruter l'origine. Si vicieuse que soit une forme sociale, elle n'est pas une déchéance d'un primordial état de justice : elle est le degré de réalité qu'a pu atteindre dans le temps l'idée du droit. Il est légitime de l'améliorer par voie de réforme, non de la bouleverser par voie de révolution. Si tel est son principe, l'État a pour mission de garantir les droits naturels des humains. Il ne s'occupera des moeurs qu'en tant qu'elles intéressent l'ordre public. Il respectera les croyances religieuses, mais s'opposera à une influence politique des églises. Il a le droit d'abolir les privilèges qui ne sont que des faits sans fondement rationnel. La réalisation de l'idée de l'Etat exige la division du pouvoir en législatif, exécutif et judiciaire. Le législatif est le principal. Il doit être la pleine et entière expression de la volonté collective. Le gouvernement est plus ou moins despotique, selon la mesure où il s'écarte du système repré sentatif. La république, forme rationnelle idéale, est un gouvernement représentatif dans ses trois pouvoirs, Dans la pratique, Kant, en dévoué sujet de Frédéric Il, admet une autocratie se conformant, grâce à la générosité du prince, aux principes philosophiques du droit. Toujours appuyé sur l'idée de justice, Kant fonde le droit pénal, non sur l'utilité, mais sur la rémunération; et il défend la peine de mort contre la sensiblerie de Beccaria

Le droit des gens étend aux Etats, sauf certaines modifications, les relations que le droit public établit entre les individus. Leur condition primitive n'est pas un régime de droit, c'est la guerre. Pour qu'il se crée entre eux des rapports juridiques, il faut qu'ils forment et entretiennent, d'après l'idée d'un contrat originaire, une alliance ou fédération, par laquelle ils s'engagent à ne pas s'immiscer dans les discordes intérieures les uns des autres, et à se protéger mutuellement contre les attaques extérieures. 

Enfin, le droit cosmopolitique assuré à chaque humain la faculté d'entrer en communication avec tous. Les nations doivent laisser accès aux étrangers. La colonisation est un droit; toutefois, elle ne doit violer aucun droit acquis : il n'est pas permis il d'être injuste, fût-ce pour étendre le domaine de la justice.

Le droit s'approche indéfiniment de la morale, il n'y peut atteindre. Il exige que la règle de nos actions extérieures puisse être érigée en loi universelle : la morale professe la même exigence en ce qui concerne la maxime même, le principe interne de nos actions. Les devoirs de vertu diffèrent ainsi des devoirs de droit, et par l'objet, en ce qu'ils déterminent l'intention et non l'acte, tandis que les devoirs de droit déterminent l'acte et non l'intention, ce qu'on exprime en disant que ceux-ci sont stricts et les autres larges; et par le motif, en ce que le sujet se les impose lui-même, tandis que les devoirs de droit sont imposés par une contrainte extérieure. Quelles sont les fins qui sont en même temps des devoirs? Il n'en peut exister que deux : la perfection propre et le bonheur des autres. Vis-à-vis de moi, je dois avoir en vus la perfection, non le bonheur; vis-à-vis d'autrui, je dois me proposer le bonheur, non la per fection. En effet, ni je ne puis me rendre heureux, ni je ne puis faire l'oeuvre de la volonté des autres, En revanche, la détermination de ma volonté me concerne, et, de même, la condition des autres humains. Le détail des devoirs ne comprendra rien qui se rapporte à la famille ou à l'État. Kant ne voit dans ces communautés que des relations juridiques il a donc épuisé ce qui les concerne, dans la théorie du droit. 

La morale sera essentiellement individuelle et sociale. Nous n'avons de devoirs qu'envers nous-mêmes et envers les autres humains. Car nous ne pouvons être obligés qu'envers des personnes qui soient pour nous objets d'expérience; et l'une ou l'autre de ces deux conditions fait défaut chez les êtres supérieurs ou inférieurs à nous. Le respect de la dignité humaine, en soi et dans les autres, tel est le devoir par excellence. Ce devoir n'admet ni conditions ni tempérament : il est absolu et immuable. Quant à l'amour du prochain et aux sentiments bienveillants en général, ils ne peuvent être l'objet d'un devoir qu'en tant qu'il s'agit de la bienveillance active et non de la sympathie de complaisance ou amour pathologique. De ces principes découlent des maximes telles que les suivantes :  Ne laissez personne fouler aux pieds votre droit impunément. Ne faites point de dette sans fournir caution. Le mensonge, soit extérieur, soit surtout intérieur, est un suicide moral. La bassesse est indigne de l'humain; celui qui rampe comme un ver ne peut se plaindre si on l'écrase. La violation du devoir d'amour n'est qu'un péché, celle des devoirs de respect est un vice, car ici l'humain est offensé, là il ne l'est pas. La gymnastique morale n'est pas une mortification, c'est la volonté s'exerçant à maîtriser les penchants, de manière à n'en être pas gênée, et goûtant, joyeuse, sa liberté reconquise.
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 La dignité humaine

« Dans le règne des fins tout a soit un prix, soit une dignité. Ce qui n'a que du prix peut être remplacé par quelque équivalent; mais ce qui est au-dessus de tout prix et ce qui, par conséquent, n'a pas d'équivalent, voilà ce qui a de la dignité.

Ce qui se rapporte aux penchants et aux besoins généraux de l'homme a un prix vénal; ce qui, même sans supposer un besoin, est conforme à un certain goût, c'est-à-dire à cette satisfaction qui s'attache au jeu tout à fait libre des facultés de notre esprit [Pour bien entendre ce passage, il faut se rappeler la théorie de Kart sur le goût, le beau, le sublime et les beaux-arts], a un prix d'affection; mais ce qui constitue la condition même qui seule peut élever une chose au rang de fin en soi, n'a pas une simple valeur relative, c'est-à-dire un prix, mais une valeur intrinsèque, c'est-à-dire une dignité.

Or, la moralité est précisément cette condition qui seule peut faire d'un être raisonnable une fin en soi, car c'est par elle seule qu'il peut devenir membre législateur dans le règne, des fins. La moralité, et l'humanité, en tant qu'elle est capable de moralité, voilà donc ce qui seul a de la dignité. La nature et l'art ne contiennent rien qui puisse remplacer ces choses, car leur valeur, ne consiste pas dans les effets qui en résultent, dans les avantages ou dans l'utilité qu'elles procurent, mais dans les intentions, c'est-à-dire dans les maximes de la volonté, toujours prêtes à se traduire en actions, alors même que l'issue ne leur serait pas favorable. Ces actions n'ont pas besoin d'être recommandées par quelque disposition subjective ou quelque goût, qui nous les ferait immédiatement accueillir avec faveur et satisfaction, par quelque penchant ou quelque sentiment immédiat pour elles, mais elles font de la volonté qui les accomplit un objet immédiatement digne de notre respect, et c'est la raison seule qui nous impose ce respect, sans nous flatter pour l'obtenir, ce qui serait d'ailleurs en contradiction avec l'idée du devoir.

Telle est doue l'estimation par laquelle nous reconnaissons dans notre façon de penser cette valeur que nous désignons sous le nom de dignité, et qui est tellement élevée au-dessus de toute autre, que toute comparaison serait une atteinte portée à sa sainteté. »
 

(Kant, extrait des Fondements de la métaphysique des moeurs).

Religion.
(Source : La religion dans les limites de la pure raison.) 

A la suite de la métaphysique des moeurs vient naturellement la religion, non comme supposée, mais comme appelée par la morale. La religion consiste à envisager les lois morales comme si elles étaient des commandements divins. Elle ne peut augmenter notre connaissance, soit de Dieu, soit de la nature; elle n'y doit pas viser : son seul objet est d'accroître l'ascendant de la loi morale sur la volonté.

Ainsi entendue, elle est sanctionnée par la raison. Mais les religions positives ajoutent à la loi et aux postulats moraux des éléments traditionnels et statutaires : il nous importe de savoir dans quelle mesure cette partie additionnelle peut être légitimée parla raison. Si nous considérons la religion chrétienne, forme excellente de la religion, nous y rencontrons quatre idées essentielles : celle du péché originel, celle du Christ, celle de l'Eglise et celle du culte. Quelle est la valeur de ces idées? 

1° Le dogme du péché originel recèle une vérité philosophique. Il y a en nous deux caractères : le caractère empirique et le caractère intelligible. Les vices de l'un, en attestant une pente innée vers le mal, dénotent une faute radicale de l'autre. Cette faute consiste à renverser l'ordre qui doit régler les rapports de la sensibilité et de la raison, et à mettre celle-ci au service de celle-là. La moralité, pour la personne qui a commis cette faute, ne peut plus être qu'une conversion, une nouvelle naissance, ainsi que l'indique la théologie chrétienne. En ce sens, le dogme est justifié. 

2° L'idée du Christ, elle aussi, est reçue par la critique, si par le Christ nous entendons l'idéal de la personne humaine. Cet idéal descend du ciel sur la terre, non sans doute historiquement, mais en ce sens qu'appartenant au inonde intelligible, il se manifeste dans le monde sensible. Cet idéal nous rachète, car, tandis que le châtiment concernait l'humain coupable, c'est l'humain converti par la conception de l'idéal, le nouvel humain, qui lutte et souffre pour détacher l'ancien du mal. Le bon se charge des péchés du méchant et le représente devant le juge. 

3° L'Eglise, elle aussi, est reconnue par la raison, en tant qu'elle est une association dont les membres se fortifient mutuellement dans la pratique du devoir, et par l'exemple, et par la déclaration d'une commune conviction morale. En elle-même, elle est une, comme la foi rationnelle; mais la faiblesse humaine veut qu'à la foi rationnelle s'ajoutent, pour la rendre sensible, des dogmes historiques, prétendant à une origine divine. De là une multiplicité d'églises et l'antagonisme des orthodoxes et des hérétiques. L'histoire de l'Eglise n'a d'autre matière que la lutte de la foi rationnelle et de la foi positive; et le terme où elle marche est l'effacement de celle-ci devant celle-là. 

4° Enfin, le culte lui-même est chose rationnelle, pourvu qu'on le place dans l'intention morale et dans la réalisation de cette intention. Tout ce que l'humain croit pouvoir ajouter à la vertu pour honorer Dieu n'est que faux culte et pratique vaine. La valeur illusoire attribuée à ce faux culte a pour conséquence la dépendance du laïque à l'égard de I'Eglise et tous les maux qui naissent de cette dépendance, tels que l'hypocrisie et le fanatisme. La foi que commande l'Eglise a pour objet véritable de se rendre elle-même superflue. Cette foi a été nécessaire comme véhicule et demeure utile tant que l'humanité est mineure. Mais, quand sonne pour les humains l'heure de la majorité, la lisière des traditions n'est plus qu'une chaîne. L'ecclésiastique lui-même qui, comme ministre de la religion, est lié aux symboles, a, comme savant, le droit d'examiner les dogmes : décréter l'immutabilité de la foi statutaire serait un attentat contre la nature humaine. (Emile Boutroux).

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