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Hypatie

Hypatie, Hypatia, est la plus célèbre des néo-platoniciennes. Elle était d'Alexandrie, et avait pour père Théon. On ignore la date, même approximative, de sa naissance, que l'on place généralement vers 370. Elle périt, sinon à la fleur, du moins dans la force de l'âge. Son éducation comprit le cercle entier des études connues. Fille du premier mathématicien et astronome de l'époque, elle ne recula pas devant les théories abstraites, devant les calculs des deux sciences cultivées par son père; elle y joignit la culture de la philosophie. On peut en croire ceux qui veulent que Théon lui-même l'ait initiée au péripatétisme; mais, pour le platonisme, il faut reconnaître qu'elle eut d'autres maîtres. Comme on ne les désigne pas, et qu'il reste douteux que leur élève soit née en 370, on ne peut que conjecturer leurs noms. Au cas pourtant où l'on adopterait cette date, il deviendrait présumable qu'à Prohérèse et a Plutarque reviendrait l'honneur d'avoir instruit Hypatie dans les principes néo-platoniciens. Prohérèse plus sophiste que philosophe, habita Alexandrie; Plutarque était le chef de l'école d'Athènes, et il est de fait qu'Hypatie séjourna dans cette ville assez longtemps pour y avoir de l'influence. D'autres femmes, au reste, s'y occupaient de philosophie, ainsi qu'elle, entre autres Asclépigénie, la fille du maître. 

De retour dans sa ville natale, Hypatie ne tarda pas à y devenir l'objet d'une vive admiration. Sa beauté, l'étendue de ses connaissances, son talent d'élocution firent de sa maison un centre à la mode. Il semble qu'en réalité il n'y avait pas alors dans Alexandrie d'enseignement philosophique, ou que du moins cet enseignement ne jetait aucun éclat. Hypatie s'empara de la place qui restait ainsi à prendre. Quant à ses doctrines, quoique née d'un père voué au culte d'Aristote et nourrie dans l'étude des sciences positives, elle était néo-platonicienne. 

Synésius, dont le néo-platonisme déborde jusque dans ses hymnes, se reconnaît son élève; et son accent, toutes les fois qu'il parle d'elle, est celui d'un homme qui partage ses doctrines philosophiques. Si tel était le langage d'un évêque, on comprend combien, parmi des laïques, et surtout parmi les païens, la parole et la personne d'Hypatie devaient éveiller d'enthousiasme. On l'appelait La Philosophe, et, du nom de Théon, son père, on avait fait celui de Théotecne (père d'un enfant divin). Bien qu'elle portât souvent le manteau des philosophes, sa beauté fit naître plus d'une passion dans son auditoire, et sa haute réputation de vertu y ajoutait encore sans doute. On assure que l'évêque d'Alexandrie, saint Cyrille, passant un jour devant la maison d'Hypatie au moment du cours, fut étonné de l'affluence qui s'y dirigeait ou en sortait et ressentit un mouvement de jalousie; mais si le fait est vrai, ce ne fut pas jalousie de bel esprit, ce fut dépit d'apôtre chrétien et d'homme politique. 

Le paganisme au commencement du Ve siècle était encore vivace; et la philosophie, le néo-platonisme surtout, en le rajeunissant, en l'interprétant, lui venait en aide de toutes ses forces, et gardait une attitude hostile en face de l'Église. D'autre part, l'énorme puissance des évêques d'Alexandrie dans la capitale de leur diocèse les mettait à tout instant en conflit de pouvoir avec les préfets, et ceux-ci, même lorsqu'ils étaient chrétiens, cherchaient partout, pour contre-balancer leurs rivaux, des auxiliaires. A ce titre, le judaïsme, le paganisme le néo-platonisme trouvaient près d'eux accueil ou ménagement. Ce fut surtout ce qui arriva à partir de l'avènement de saint Cyrille à l'épiscopat (en 412). 
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La mort d'Hypatie.
La mort d'Hypatie.

Saint Cyrille, dès l'abord, se montra bien autrement exigeant que son oncle, l'impérieux Théophile. Représentant à la fois la philosophie et le paganisme, Hypatie lui pesait donc comme ennemie de la foi; amie d'Oreste, le préfet, et ne manquant pas d'influence sur lui, c'était de plus une ennemie personnelle, puisqu'elle voulait des bornes à la toute-puissance de l'évêque. Les années 413 et 414 avaient été signalées par des collisions déplorables.

Saint Cyrille en personne; avec des bandes à lui, avait occupé les synagogues, chassé les juifs et permis le pillage de leurs biens; saint Cyrille encore, après le supplice d'Ammonius (mis à mort pour avoir participé à l'émeute suscitée par les cinq cents moines de Nitria au nom de l'évêque, et pour avoir failli crever l'oeil au gouverneur), avait fait faire des obsèques solennelles au séditieux, et l'avait qualifié de martyr. Il est vrai qu'entre ces deux actes, il avait été trouver Oreste, les Évangiles à la main, et lui avait offert de vivre désormais en paix avec lui, et qu'Oreste avait refusé cette satisfaction, que n'accompagnait ni punition des coupables, ni réparation des dommages.

Probablement c'est à l'influence d'Hypatie que Cyrille attribua la froideur d'Oreste. C'est aussi en vertu de ses conseils qu'on supposait avoir eu lieu la mort d'Hiérax, ce misérable maître d'école, espion de l'évêque, qu'Oreste fit un jour arrêter au théâtre et appliquer à la torture (413) ce qui avait été le point de départ des désordres. Quoi qu'il en puisse être, Cyrille avait tout fait pour passionner démesurément ses amis et la foule et c'est lui plus qu'Oreste qui dominait dans Alexandrie lorsque, au commencement de 415, un jour de carême, Hypatie en voiture voit accourir à elle une foule furieuse. On arrête son char, on l'en arrache, on l'entraîne; elle arrive ainsi en face de la grande église, dite l'Impériale; là bientôt on lui enlève ses vêtements; les tuiles, les débris de poterie pleuvent sur elle : elle est lapidée. Sa mort même n'assouvit pas ses meurtriers; on se précipite sur son cadavre; on l'insulte, on le déchire, on promène par les rues d'Alexandrie ces restes sanglants comme des trophées du christianisme. Un peu plus tard, on les réunit, et on les brûle au Cinaron (L'Égypte chrétienne).

Hypatie avait écrit deux Commentaires : l'un sur le Canon astronomique de Ptolémée, l'autre sur les Sections coniques d'Apollonius de Perga. Les deux ouvrages sont perdus, et il ne nous reste de leur auteur qu'un Canon, ou table astronomique, inséré dans les Tables manuelles attribuées à Théon. On lui a mais faussement, attribué une Lettre à saint Cyrille, qui nous la montrerait assez disposée à embrasser le christianisme, si elle n'était arrêtée par ce dogme que Dieu est mort pour les humains, et les malheurs de Nestorius, condamné, banni pour avoir soutenu des idées plus conformes à la raison. Nestorius n'ayant éte condamné qu'en 431, il est trop clair que la pièce est apocryphe; mais elle est curieuse en montrant que la mémoire de l'illustre néo-platonicienne survivait même parmi les chrétiens. 

Pendant longtemps en effet on donna le nom de seconde Hypatie aux femmes qui se distinguaient par l'étendue et la profondeur de leurs connaissances, et on lit dans l'Anthologie une épigramme en son honneur, probablement de Paul le Silentiaire. Synésius nomme Hypatie en plusieurs passages, lorsqu'il écrit à son frère, et de plus ses lettres 10, 11, 15, 33, 80, 124, 153 (édit. Petau) lui sont adressées. Le ton qui y règne est celui d'une respectueuse amitié. Avec la dernière de ces lettres, il lui envoie deux ouvrages (son Dion et son Traité des Songes), les soumettant à son examen, et déclarant qu'il ne les publiera que s'ils ont son approbation. Les sept lettres et le fragment authentique ont été publiés par Wolf dans son Mulierum graecarum. Fragmenta, etc. Socrate, Somozène, Philostorge, dans leurs histoires ecclésiastiques, Saxius, Brucker, Montucla, Fabricius et une foule d'autres, dans leurs grands Recueils, ont parlé d'Hypatie. Il faut surtout y joindre Tillemont (Hist. ecclésiast., t. XIV, Vie de saint Cyrille, art. 3).  (A.F.).

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