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Holbein (Hans)
le Vieux. - Peintre, un des chefs de l'école souabe ,
né à Augsbourg
entre 1450 et 1460, mort à Augsbourg en 1524. Fils d'un tanneur,
et non d'un peintre, comme on l'a longtemps cru, il étudia les ouvrages
des maîtres flamands, ainsi que ceux de Martin Schongauer, le chef
de l'école de Colmar ,
et de Zeitblom. Son existence se partagea entre
sa ville natale, Ulm, Francfort-sur-le-Main et Issenheim, célèbre
couvent situé à peu de distance de Colmar. Malgré
son talent, il eut à lutter constamment avec la misère; à
plusieurs reprises, il fut traduit en justice pour des dettes de quelques
kreutzers qu'il était hors d'état de payer.
Le plus ancien ouvrage connu de Holbein
le Vieux, la Mort de la Vierge (ci-dessous),
au musée de Bâle ,
peinte, affirme-t-on, en 1490 (?), révèle de curieuses qualités
de coloriste, mais pèche par le manque de liberté et d'ampleur.
A ce tableau firent suite la Basilique de Sainte-Marie Majeure (1499,
musée d'Augsbourg); une Madone avec l'Enfant (1499, musée
de Nuremberg );
des Scènes de la Passion (1501, musée de Francfort);
la Vie de la Vierge et la Passion (1502, Pinacothèque
de Munich); la Transfiguration, la Multiplication des pains, la Guérison
du possédé (1502, musée d'Augsbourg), enfin la
Basilique
de Saint-Paul (1504, musée d'Augsbourg). Dans cette dernière
composition, à la fois pleine d'allure et de tendresse, Holbein
s'est représenté en compagnie de ses deux fils, Ambroise
et Hans. De 1512 date un retable, également
conservé au musée d'Augsbourg, attribué naguère
à Holbein le Jeune, mais qui est incontestablement l'oeuvre de son
père. On y trouve réunis : la Vierge et sainte Anne tenant
l'enfant Jésus, le Martyre de sainte Catherine, le Martyre de saint
Pierre, un Miracle des SS. Ulrich et Wolfgang. Ces ouvrages proclament
les différences fondamentales entre l'école de Souabe, telle
qu'elle s'incarne dans Holbein, et l'école de Nuremberg, personnifiée
par Wolgemut et Dürer. Autant il y a de dureté
chez ceux-ci, autant leurs formes sont anguleuses, autant il y a de suavité
chez Holbein : son coloris, aux tons habilement fondus, charme par son
harmonie; ses expressions par leur douceur, quelquefois par leur grâce
et leur fraîcheur.
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Holbein
le Vieux, La Mort de la Vierge.
Musée de Bâle.
L'oeuvre maîtresse de Holbein le
Vieux est le retable de Saint Sébastien,
à
la Pinacothèque de Munich (1515). Dans cet ouvrage capital, pendant
un temps attribué à Hans Holbein le Jeune (qui y a probablement
collaboré), l'artiste augsbourgeois a tour à tour sacrifié
au réalisme et à l'idéalisme. Si le saint nu, aux
formes juvéniles, respire la candeur et la noblesse, de même
que sainte Elisabeth et quelques autres figures, un autre personnage -
un lépreux - est représenté avec une telle vérité,
une telle précision que les physiologistes modernes ont pu étudier
sur ses plaies les caractères de la lèpre au XVIe
siècle.
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Les portraits
peints de Holbein le Vieux sont rares, mais une longue suite de croquis
à la mine d'argent permet d'étudier sous ses faces les plus
variées le talent de portraitiste du premier des Holbein : ils sont
d'une variété et d'une liberté indicibles, d'une vérité
qui n'exclut toutefois pas la poésie. Aucun artiste de son temps,
on est en droit de le proclamer, n'a pénétré plus
avant dans le caractère moral aussi bien que dans la physionomie
extérieure de ses héros. Ces dessins
frappent par leur extrême sincérité, non moins que
par je ne sais quoi d'ému dans l'expression et de doux dans la facture,
qualités inconnues à la rude école de Nuremberg .
On dirait un Siennois en regard de Florentins, un peintre en regard de
dessinateurs.
Holbein
le Vieux, par lui-même.
La France
possède plusieurs de ces croquis étourdissants, où
Holbein le Vieux se montre le digne précurseur de son fils. Le plus
beau d'entre eux, le chef-d'oeuvre du maître, est le portrait
qu'il nous a laissé de lui-même (ci-desssus), avec l'inscription
: 1515, Hans Holbein der alt Maler. La facture, large et souple,
la chaleur du coloris - si l'on peut appliquer ce terme à un simple
dessin à la mine d'argent, - l'exubérance de vie jointe à
une certaine expression de mélancolie, tout révèle,
d'une part, l'influence de l'école flamande, si profondément
coloriste, de l'autre, le voisinage de l'Italie ,
à laquelle Holbein a beaucoup dû, tout comme son compatriote
Burgmair. D'autres dessins, conservés au musée du Louvre
et dans la collection Bonnat (portrait du bourgmestre Schwarz d'Augsbourg ,
mort en 1478, portrait de Femme à la mine d'argent, avec
quelques touches de sanguine, etc.), témoignent également
de cette aptitude à fixer en quelques lignes, d'une extrême
sobriété, les physionomies les plus variées.
Holbein forma peu d'élèves
directs : le principal d'entre eux est son fils Hans Holbein le Jeune,
dont on trouvera ci-dessous la biographie. (E. Müntz). |
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Holbein (Hans),
le Jeune. - Peintre du XVIe siècle,
né à Augsbourg
en 1497 ou 1498, mort à Londres
en 1543. Fils de Hans Holbein le Vieux ( ci-dessus),
il se distingua par son extrême précocité. Il ne comptait
que seize ou dix-sept ans quand il s'expatria pour se fixer à Bâle
: de son long séjour dans cette ville vient qu'on l'a parfois considéré
comme de nationalité suisse. Les premiers ouvrages exécutés
par le jeune artiste dans sa nouvelle patrie nous sont pour la plupart
conservés. Ce sont à la bibliothèque de Zurich ,
une table peinte (1514-1515), représentant un Tournoi, des
Scènes
de chasse, de pêche, une troupe de singes occupés à
piller les bagages d'un colporteur qui s'est endormi, etc.; puis
l'Enseigne du maître d'école, au musée de Bâle,
et le portrait du peintre Hans Herbster (1516, ancienne collection Th.
Baring, à Londres).
A ces peintures
dans lesquelles le tempérament de l'artiste ne s'accuse guère
encore, font suite les fresques de la maison
Hertenstein à Lucerne (1519, détruites en 1824), brillant
essai de décoration murale où Holbein a mis en scène
Mucius
Scaevola, Lucrèce, Curtius,
la Fontaine de Jouvence, etc. Dans le Christ mort (1521; musée
de Bâle ),
le réalisme se fait jour avec une énergie que l'on n'aurait
pas soupçonnée chez l'élégant décorateur
de la maison Hertenstein; tandis que l'Adoration des Mages
et l'Adoration des Bergers (vers 1521; cathédrale
de Fribourg) nous le montrent s'attaquant aux problèmes les plus
compliqués du clair-obscur. La
Madone
de Soleure (1522, à Soleure), les volets des orgues de la cathédrale
(musée de Bâle), les fresques (détruites) de l'hôtel
de ville de la même cité (1521-1529), représentant
entre autres la Rencontre de Saül et de Samuel et Roboam
chassant les députés de son peuple, affirment les qualités
d'imagination et d'exécution, le mélange d'idéalisme
et de réalisme qui caractérisaient dès lors le jeune
peintre d'Augsbourg .
Holbein peignit en outre, pendant cette première période,
les portraits du Bourgmestre Jacques Meyer
et de sa femme, de l'imprimeur Froben, de l'humaniste Amerbach,
d'une Dame d'Offenbourg, connue sous le nom de Lais corinthiaca
(1526), et surtout d'Erasme, tous au musée
de Bâle (un autre portrait d'Erasme se trouve au Louvre ),
sans parler de nombreux cartons pour vitraux, de l'illustration de l'Eloge
de la Folie ,
d'Erasme, etc.
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Holbein
le Jeune. - Laïs Corinthiaca,
1526.
Il est certain, malgré les dénégations
des biographes, que Holbein visita, pendant cette période, l'Italie
du Nord : les réminiscences de l'école de Milan
et de l'école de Padoue
percent dans une série de peintures
ou de dessins, notamment dans la Sainte
Cène ,
et dans la Passion
du musée de Bâle .
La page capitale de ce premier séjour à Bâle est la
Madone
du bourgmestre Meyer. Longtemps on a cru reconnaître l'original dans
le célèbre tableau du musée de Dresde, mais les critiques
sont d'accord aujourd'hui pour donner ce titre à l'exemplaire conservé
à Darmstadt et pour considérer l'exemplaire de Dresde comme
une copie ancienne.
C'est à Bâle
également, pour les imprimeurs de cette ville ou pour ceux de Lyon ,
que Holbein exécuta la plupart de ses gravures sur bois, ou plus
exactement de ses dessins destinés à être gravés
sur bois par des artistes spéciaux; il déploya dans ce domaine
une activité prodigieuse; on ne lui doit pas moins de 315 gravures
sur bois environ, non compris une vingtaine d'alphabets. Les plus célèbres
de ces suite sont les Simulacres de la Mort, terminés avant
1527, mais publiés en 1538 seulement, à Lyon, et les Images
de l'Ancien Testament ,
dont la première édition parut également à
Lyon en 1538; puis le Catéchisme de Cranmer, publié
à Londres en 1548.
-
Hans
Holbein, le Jeune. - Portrait de Kratzer,
1528.
En 1526, poussé par la misère,
Holbein entreprit un premier voyage en Angleterre .
La recommandation d'Erasme lui ouvrit la maison
du célèbre chancelier et philosophe Thomas
More, dont il éternisa plus tard les traits dans un admirable
dessin
conservé au musée de Bâle (1529). Il fit également
à cette époque les portraits
de l'Archevêque Durham (1527) et de l'Astronome Kratzer
(ci-dessus), tous deux au Louvre .
Après être retourné en Suisse ,
où il passa plusieurs années, il reprit en 1532 le chemin
de l'Angleterre, et, à partir de ce moment, ne quitta plus ce pays
que pour de courtes absences. A côté de l'aristocratie anglaise,
il compta bientôt pour cliente la corporation des marchands allemands
de Londres, établie dans l'entrepôt de Steel Yard il peignit
les portraits de ses membres, organisa leurs fêtes, décora
la salle qui servait à leurs réunions. Sa réputation
était depuis longtemps solidement établie lorsque le roi
Henri
VIII l'attacha enfin à son service, vers 1536 ou 1537; de ce
jour sa fortune fut faite. Le roi, non content de lui commander son portrait
et ceux de son entourage, par exemple de Jane
Seymour (au musée de Vienne ),
l'envoya à diverses reprises sur le continent afin de pourtraire
l'une ou l'autre des princesses dont il convoitait la main; en 1538, Holbein
dut aller remplir une mission de ce genre à Bruxelles ,
auprès de Christine de Milan, en 1539 auprès d'Anne
de Clèves ,
dont le portrait figure aujourd'hui au musée du Louvre. L'artiste
profita de son voyage à Bruxelles pour visiter Bâle ,
ou il parut, non plus misérable comme autrefois, mais vêtu
de velours et de satin.
Les créations les plus importantes
de la période anglaise sont, outre d'innombrables portraits : le
Triomphe de la Richesse et le Triomphe de la Pauvreté, peints
pour la corporation des marchands allemands, la Reine de Saba
devant Salomon ,
la décoration d'une salle de White Hall, avec les portraits en pied
de Henri VII et de Henri
VIII, page véritablement monumentale, et surtout une masse prodigieuse
de dessins d'ornement, modèles inimitables
de fantaisie et d'élégance.
-
Holbein
le Jeune. - Les Ambassadeurs [de France en Angleterre].
On a longtemps ignoré la date de
la mort d'Holbein, ou plutôt on la plaçait en 1554. On sait
maintenant que le grand artiste mourut en 1543, de la peste ,
à l'âge de quarante-cinq ou quarante-six ans seulement. Sa
situation de fortune n'était pas des plus brillantes; il laissait
à sa famille de Bâle
(il avait un double ménage) quelques immeubles, et à sa famille
anglaise, représentée par deux enfants en nourrice, une pension
des plus modestes.
De même que Dürer,
de même que les Flamands, Hans Holbein prend pour point de départ
le réalisme; rien dans ses prodigieux portraits
n'est livré au hasard; le coup d'oeil impeccable de l'artiste saisit,
avec la même sûreté, le caractère moral du personnage
qui pose devant lui et les moindres particularités de sa constitution
physique; examinez dans l'Erasme du Louvre
ou le Gisze du musée de Berlin
(1532), non seulement la physionomie, mais les mains, les vêtements,
les accessoires, partout vous découvrez le souci de reproduire la
réalité sous ses formes les plus variées et de faire
passer dans la peinture l'essence intime des choses aussi bien que celle
des êtres animés. Aucun portraitiste n'a moins cherché
à flatter que Holbein; il a fixé avec la même franchise
la riche enluminure de quelque gentilhomme anglais adonné au culte
de la dive bouteille et les traits lymphatiques d'Anne de Clèves
ou les teintes livides du Christ
mort.
Holbein est un des artistes qui ont su
le mieux combiner les principes réalistes des Flamands
avec les tendances idéales remises en honneur par les Italiens sous
l'influence de l'Antiquité .
Portraitiste effrayant, implacable, il recouvre la noblesse, la souplesse
de l'ordonnance, toutes les fois qu'il s'agit de composer un ensemble,
de marier les figures avec l'architecture.
Hans Holbein fut un artiste véritablement
international. Né en Allemagne ,
il a passé la majeure partie de sa vie en Suisse ;
naturalisé Bâlois, il a travaillé pour la France ,
car c'est à Lyon
qu'ont paru la première fois ces suites célèbres qui
s'appellent : les Simulacres de la Mort
et les Images de l'Ancien Testament ;
puis il s'est fixé en Angleterre ,
où il est mort. Plusieurs grandes nations se partagent donc la gloire
de l'avoir possédé ou encouragé; il y a plus : appartenant
par son éducation à l'école de la Souabe ,
il a servi d'interprète à l'Italie
et a assuré de ce côté-ci des monts le triomphe des
principes de la Renaissance .
Nul artiste ne s'était, avant lui, plus complètement dégagé
des préjugés nationaux, nul n'avait plus librement accepté
le progrès sous toutes ses formes. (Eugène
Müntz). |