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| Nicolas Halma, 1821 | ||
Halma |
Si l'on pouvait
estimer une science par la seule considération
de la qualité des personnes qui l'ont cultivée, quelle haute
idée ne devrait-on pas, pour cette seule raison, concevoir de l'astronomie,
en voyant un roi puissant et un prince adoré des Romains, en faire
l'objet de leur étude? Et ce motif même, indépendamment
de tout autre, ne serait pas sans fondement, car ce sont les services immenses
qu'elle rend au commerce maritime, qui ont de tout temps fixé sur
elle les regards favorables des princes attentifs à seconder de
tout leur pouvoir les efforts qui tendent au bien public. Mais mettant
à part la raison d'utilité, quel puissant attrait n'exerce
pas sur notre esprit le désir si naturel de connaître les
lois de ce bel ordre qui éclate dans les mouvements des corps célestes!
Les plus beaux génies de l'Antiquité en ont été
frappés. Homère, Cicéron,
Virgile,
nous charment encore par les descriptions qu'ils font du grand spectacle,
tout à la fois si constant et si varié, que le ciel offre
à nos yeux, et par leur intime conviction de l'action physique des
astres sur la terre et sur les mers. Et leurs regrets de ne pouvoir pénétrer
les causes cachées des changements périodiques de scènes
que le ciel ramène si régulièrement au retour de chaque
saison, sont l'expression de nos sentiments à la vue des mêmes
phénomènes.
Les anciens philosophes de la Grèce ne s'en tinrent pas à des regrets. On sait les longs voyages que le désir de s'instruire fit entreprendre aux Thalès, aux Pythagore, aux Platon. Ce n'était ni la vanité des conquêtes, ni l'avidité des richesses, qui les conduisait. L'étude de la nature était le seul objet de leurs recherches. La science des astres surtout les attirait aux lieux où elle était le plus anciennement cultivée. Et les connaissances qu'ils en rapportaient dans leur patrie, servaient de base à leurs leçons et à leurs écrits, et de moyens à leurs concitoyens pour s'étendre au loin par des colonies destinées à soulager la métropole et à l'enrichir. |
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| Peut-on après cela
s'étonner qu'un roi qui voulait attirer dans les ports de son royaume,
le commerce qui avait enrichi Rhodes |
[1] Aratus de Soles était auprès d'Antigone roi de Macédoine. (Pausanias, Attic, II). |
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Sur la perpétuité
des mêmes noms aux mêmes étoiles fixes, se fonde en
effet la certitude des périodes des astres mobiles, de la longueur
et de la différence des années« le signe du BélierEt néanmoins, suivant cet astronome : « On voit qu'en général les constellations sont, dans Aratus, celles que nous avons encore aujourd'hui, sauf quelques modifications assez peu importantes [3]. »Nous y retrouvons en effet les mêmes noms d'étoiles que dans les poèmes d'Homère et d'Hésiode, les plus anciens que nous ayons des Grecs. Il est donc naturel de chercher s'ils sont toujours donnés aux mêmes astres, et de suivre Aratus dans cette recherche, comme l'a fait assez brièvement en prose Eratosthène son contemporain, puisqu'il est le plus ancien auteur que nous puissions suivre pour toute la nomenclature céleste. |
[2]
Encyclopédie
méthodique. Math et astron.
[3] Histoire de l'astronomie ancienne, tom. 1, p. 3. |
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Aratus commence sa description
du ciel par les deux constellations que nous désignons encore comme
lui et comme Homère, par les noms d'Ourses« Quand le Bélier se lèveLe roi Antigone, en Macédoine, pour qui Aratus écrivit son poème, pouvait donc très bien apercevoir le Bélier à l'horizon « Toute cette disposition s'accorde encore à fort peu de chose près avec nos cartes modernes; et les derniers mots (que la tête du DragonEn effet, cette latitude était plus forte, car Hipparque discutant le rapport d'Aratus, de cinq parties visibles à trois invisibles de la circonférence de ce cercle, divisée en huit parties égales, dit positivement que c'est le climat de l'Hellespont, où le plus long jour est de 15 heures, ce qui établit la hauteur du pôle, d'environ 41 degrés, comme Delambre l'a trouvé par un calcul que je rapporte ici. Hipparque, dans le second livre du commentaire
qui lui est attribué sur les Phénomènes d'Aratus,
dit que cet auteur suppose le climat d'Eudoxe;
or celui-ci dans son livre intitulé le Miroir, partage le tropique,
de manière que la partie au-dessus de l'horizon, est à celle
qui est au-dessous, comme 5 est à 3. Ce qui convient à la
Macédoine (3), et se trouve assez bien confirmé par un autre
témoignage, celui d'Achille Tatius qui,
dans son commentaire sur Aratus, dit que ce poète, étant
à la cour d'Antigone roi de Macédoine, a supposé la
sphère dressée pour la latitude de ce pays, qui est celle
de l'Hellespont, et que la circonférence étant de 60 parties,
si on élève le pôle de 6, le plus long jour sera de
15 heures. Si l'on prend un terme moyen entre 38 et 42 de latitude nord,
nous en aurons 40 pour la hauteur du pôle. C'est à peu près
le climat de Pydna |
[4]
Voyez la démonstration de cette formule dans le premier volume de
l'Astronomie de Delambre, p. 448, art. 93.
[5]
Cette obliquité que Ptolémée et Théon, faisaient
de 23° 51', était = 23° 28' 49" en 1744, sur le cuivre couché
dans la direction de la méridienne |
|
| Achille Tatius, évêque
d'Alexandrie,
selon Suidas, a encore écrit un autre commentaire
sur les Phénomènes. Le premier a été
traduit en latin par le P. Petau; l'autre qui
se trouve aussi dans l'Uranologium, n'y est qu'en grec. J'avais
traduit en français le commencement de celui-ci, pour en faire une
introduction aux phénomènes. J'ai renoncé ensuite,
parce qu'il y a si peu d'astronomie, et celle qui s'y trouve est si commune,
pour ne pas dire puérile, qu'on voit bientôt que c'est l'ouvrage
d'un écrivain plus littérateur qu'astronome. En effet, il
est l'auteur du roman grec intitulé Leucippe et Clitophon,
mais non de celui de Théagène et Chariclée,
que
Montucla lui attribue avec aussi peu de
raison, qu'on [6]
l'a donné à Longus, auteur de Daphnis et Chloé Mais revenons à l'astronomie, et
prenant un globe céleste, élevons le pôle à
40 degrés au-dessus de l'horizon, après avoir discerné
la constellation |
[6]
Voyage
en Égypte.
[7]
Empedocle. in Fabricius, Bibli. gr.
[8]
Trad.. franc, de l'Almageste, L. 11 vol. I, p. 83.
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| En effet, la constellation
du Bélier commençant à l'étoile Bêta
de la corne occidentale du Bélier, marquée à 30 degrés
à l'orient de l'équinoxe, dans l'atlas Pour s'en assurer encore plus, qu'on prenne
les 27° 37' que Tycho Brahé cette étoile.
Ils font environ 22 degrés de différence, qui évalués
à raison clé 72 ans chacun, donnent 14 siècles de
Ptolémée
à Tycho Brahé, qui vivait dans le XVIe,
Ptolémée ayant vécu élans le deuxième
IIe, quelque soit le nom que Ulugh
Beg ou Albatani donnent à la première
du Bélier, l'étoile qui se trouve être dans le XVIe
siècle en 27° 37', à l'orient du point équinoxial,
est la première du Bélier. De plus, en 1750 [9],
la longitude de cette étoile était 1 signe 0° 28' 2/3,
c'est-à-dire, de 23 1/3 degrés plus avancée vers l'orient,
que les 6° 2/3 degrés d'Aries (Bélier) au temps de Ptolémée.
Et puisque de 140 à 1750, la différence est 1610 ans pour
lesquels on trouve 22 1/2 degrés, notre calcul est juste pour cette
étoile à 50' près, de plus sur l'écliptique « Ainsi, la première étoile d'Aries est à présent dans la portion de l'écliptique, appelée le signe du Taureau |
[9]Encyclopédie
méthodique.
[10]Uranol.
p. 116.
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| Les Modernes sont donc d'accord
avec les Anciens pour cette étoile, qu'il est impossible de méconnaître
d'après ces données, et par elle toutes les autres, avec
la même facilité, en suivant la série des constellations,
comme elles se suivent dans le poème d'Aratus. Je suppose dans tout
ce raisonnement, qu'au temps d'Eudoxe le colure |
[11]
Petavius. Uranolog.
[12] Geschichte der griech. astr. |
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« On pourrait entendre que le tropique du CapricorneConcluons avec Delambre, que, ni Aratus, ni les autres poètes de ces temps anciens, n'avaient de notions précises sur le lieu variable des solstices et des équinoxes. Eh! Comment en auraient-ils eu quelqu'une, eux qui étaient en erreur sur la quantité annuelle de la précession? Ce n'est donc pas dans le poème des Phénomènes qu'on en trouvera une juste et précise, puisque Hipparque, Ptolémée et Théon s'y sont trompés eux-mêmes, tout astronomes qu'ils étaient. |
[13] Delambre, Hist. de l'astr. anc. | |
| Le mot phénomène
signifie proprement tout ce qui paraît aux yeux. Or rien n'est plus
visible que les astres qui brillent au ciel. C'est en ce sens, que Simplicius
approuve le titre de Phénomènes, qu'Aratus
a donné à son poème, parce que cet auteur y décrit
les étoiles comme elles nous paraissent se lever, parcourir l'hémisphère
visible du ciel, et se coucher. Il est vrai que leur retour toutes les
nuits [ |
[14]
M
T. Cicer. Offic.
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| Mais lorsqu'en l'absence des
grands luminaires, qui par leur révolution perpétuelle se
dérobent et nous rendent tour à tour la clarté du
jour, les étoiles dans leur marche sans cesse renouvelée,
traversent, brillantes de tout leur éclat, en s'avançant
comme une armée en ordre de bataille [ Les premiers humains, dans la simplicité
de leurs moeurs, lui rendaient un culte dicté par la reconnaissance.
Les plus anciens poètes lui ont consacré leurs vers. Nous
avons encore les poèmes où Hésiode
chante les travaux agraires [ Aratus laissant la Terre à Hésiode,
a choisi le ciel pour sujet de ses chants. Mais il les a remplis de fictions
pour donner à sa composition une couleur de poésie. Il attache
aux noms des étoiles et des constellations, les histoires fabuleuses
[ « Il n'y a, dit-il, ni caractères ni discours; on n'y trouve aucune variété, et aucune passion ne réveille la langueur de ce poème froid et monotone. »Cependant, ce fameux rhéteur avoue ensuite qu'Aratus a fait en ce genre tout ce qu'il était possible de faire, parce que le sujet ne comportait pas de pathétique. Sous le rapport de l'astronomie, Delambre a lumineusement réfuté, comme je viens de le faire voir, quelques-unes des nombreuses erreurs d'Aratus. Il en conclut que « ce poète astronome n'était ni astronome, ni même véritablement poète; il ne peut guère, ajoute Delambre, passer que pour versificateur, mais quelques-uns de ses vers sont assez bien tournés. Ses Phénomènes manquent bien plus encore d'observations et de faits vraiment astronomiques, qu'ils ne manquent d'invention épique et de verve poétique. Ce poème ne peut donc servir en astronomie, qu'à constater l'identité des noms donnés aux mêmes astres par l'astronomie moderne comme par l'ancienne; et c'est dans cette vue seule, qu il mérite une place parmi les écrits des astronomes anciens que je fais revivre. Sous un autre point de vue, il inspire moins d'intérêt qu'Hésiode, parce que les travaux de la terre touchent de trop près à la vie, pour qu'on n'en préfère pas les leçons de pratique, à une description fabuleuse du ciel, auquel on ne peut donner que de l'admiration, quand on ne peut lui donner une étude profonde. Aratus ne fut donc qu'un auteur plus soigneux de plaire que d'instruire. C'est aussi le sentiment de Cicéron : Il passe pour constant parmi les savants, dit ce grand orateur, qu'Aratus, cet homme absolument étranger à l'astronomie, a pourtant écrit sur le ciel et les étoiles, en vers pleins d'agréments. »Selon Delambre, encore, « Aratus nous a transmis à peu près tout ce qu'on savait d'astronomie en Grèce de son temps, ou du moins, ce qu'il pouvait mettre en vers. La lecture d'Autolycus ou d'Euclide en apprendrait davantage à celui qui voudrait devenir astronome. Leurs notions sont plus précises et plus géométriques. »Mais Hipparque le disculpe, quand il dit dans son premier livre sur Aratus, que ce poète a décrit le ciel, non d'après ses propres observations, mais en suivant l'ouvrage d'Eudoxe, et que pour cette raison, c'est moins Aratus qu'il faut reprendre des fautes qui s'y trouvent, que ceux qui faisant profession en qualité de mathématiciens, de traiter des choses célestes, y tombent pourtant dans de grandes erreurs. Je ne déciderai pas la question de savoir si le commentaire sur les Phénomènes d'Aratus, attribué à un Hipparque, est du grand astronome de Rhodes, ou d'un autre Hipparque de Bithynie Eudoxe était
de Cnide « Eudoxe enseigne la même chose, d'où il paraît qu'Aratus n'a fait que changer les expressions d'Eudoxe. Ils s'accordent bien avec les apparences dans tout le reste, mais non quant au mât du navire. […] Non seulement Aratus, ajoute-t-il plus bas, mais Eudoxe n'est pas d'accord avec les apparences pour le Baudrier de PerséeEt ailleurs : « Aratus se trompe quand il dit que l'HydreHipparque met ainsi Eudoxe bien au-dessus d'Aratus, en faisant voir que celui-ci, aux fautes d'Eudoxe, a encore ajouté les siennes propres. Malgré tous ces reproches, qui ne sont que trop fondés, le poème d'Aratus, aussitôt qu'il parut, fut reçu avec une admiration universelle. Grecs et Romains, rois, princes et savants, tous l'apprirent par coeur, tous en firent le fond de leurs études astronomiques. On se crut astronome, quand on put réciter ces vers qui décrivaient les astres. Cicéron et Germanicus César en enrichirent leur langue. Manilius, Festus Avienus les imitèrent. Pline parle d'Aratus avec éloge dans son Histoire naturelle, et Buffon le cite dans la sienne, au sujet des cris de la foulque. Mais pourquoi toutes ces autorités,
quand nous en avons une bien plus respectable dans S. Paul? Les Actes
des Apôtres Il n'est pas étonnant qu'un applaudissement aussi général ait fait naître tant d'interprétations, d'imitations et de traductions de ce poème chez les Anciens. Elles en ont encore fait éclore de pareilles chez les modernes. Le célèbre Buchanan a composé un poème latin sur la Sphère, où il ne dit guère rien de plus qu'Aratus. Avant lui, un poète grec, auquel on donne faussement le nom d'Empédocle, comme je le prouverai plus bas, avait déjà répété en moins de vers, sous le titre de Sphère, ce qu'on lit avec plus d'intérêt dans Aratus. Le même sujet a échauffé tant d'imaginations, il est si propre à exciter l'enthousiasme, qu'il a dû produire les mêmes élans d'admiration, les mêmes éclairs de feu poétique dans tous les temps. Aussi, le savant Grotius a rempli les lacunes de ce qui nous reste du poème latin de Cicéron. De nos jours, Luce, et d'autres poètes, ont fait du ciel, dans notre langue, le sujet de leurs descriptions, et le P. Pingré, astronome de l'Académie des Sciences, a publié une traduction française, non d'Aratus, mais de Manilius, et de Cicéron avec ses suppléments. |
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| Pingré s'excuse sur
son ignorance de la langue grecque, de ne pouvoir faire au poème
d'Aratus, le même honneur qu'il faisait à celui de Manilius.
Mais pourquoi a-t-il refusé à Germanicus
ce qu'il accordait à Cicéron?
Germanicus le méritait bien davantage,
et par la richesse de sa poésie, et parce que son poème,
au moins pour les Phénomènes, nous a été
conservé dans toute son intégrité. On a mis en question
si Germanicus en fut réellement l'auteur. Eh? Qui pourrait douter,
après le témoignage d'Ovide dans
ses Fastes Vossius, Rutgersius, Colomesius et Heinsius ont voulu attribuer ce poème à Domitius, parce que celui-ci reçut aussi le surnom de Germanicus, à cause de ses victoires sur les Germains. Mais Barthius, Burmannus et Mullerus ont si bien défendu le droit de propriété de Germanicus César sur ce poème, d'après les témoignages de S. Jérôme et de Lactance, qu'il est impossible de ne pas le reconnaître pour l'auteur de cet ouvrage, quand on considère toutes les preuves que la tradition nous a conservées de son talent pour la poésie. Les savants auteurs de l'Histoire littéraire de la France, en lui attribuant ce poème, rapportent en effet de lui une belle épigramme qui confirme le jugement qu'Ovide a porté de ce prince comme poète. On retrouve dans le poème de Germanicus, toutes les fautes d'Aratus, et cela doit être, car il n'était pas plus astronome que lui; mais il aimait l'astronomie plus qu'Aratus, qui n'avait composé son poème qu'à l'instigation d'un grand roi. Germanicus écrivit le sien, inspiré par son goût pour la connaissance du ciel; mais il a suivi le plan d'Aratus et nous pouvons également dire de l'un et de l'autre, avec le P. Pingré : « Son poème peut se diviser en trois parties; la première a pour objet l'énumération des constellations célestes, leur position respective, l'éclat plus ou moins grand dont elles brillent; dans la seconde, Aratus traite des principaux cercles de la sphère; dans la troisième, il détaille les constellations qui montent sur l'horizon ou qui descendent au-dessous, lorsque chacun des douze signes célestes commence à paraître. Aratus a suivi Eudoxe, et n'a suivi qu'Eudoxe. En conséquence il ne se contredit point, mais il s'en faut de beaucoup qu'il ne soit exempt d'erreurs; il copie presque toutes celles d'Eudoxe, comme Hipparque l'a démontré. Les configurations des astérismes, leur ordre, leur étendue, leur position respective n'ont point changé, depuis Eudoxe, mais leur distance au pôle, à l'équateur, aux tropiques, ne sont plus les mêmes. Le temps que chaque constellation reste sur l'horizon, et le rapport de leur lever et de leur coucher avec les signes du zodiaque, ont non seulement varié dans cet intervalle de temps écoulé; mais de plus, ces durées, ces rapports n'ont jamais pu être partout les mêmes. Ce que nous en trouvons dans Aratus, n'a jamais pu convenir qu'à une latitude et à un temps déterminé, comme par exemple, à la latitude de CnideAratus n'a pas plus manqué d'éditeurs que d'incitateurs; je laisse aux bibliographes le soin de les compter. Je ne veux parler que des manuscrits qui m'ont servi pour cette édition. Je les ai comparés à celle que Buhle a publiée en deux volumes, à Leipzig, en 1793. Ils sont sous les numéros 2726 et 2403; ils contiennent, l'un et l'autre le poème d'Aratus avec les scholies, et le premier a de plus les Thériaques Aucun manuscrit grec ni latin ne présente
le ciel étoilé d'Eudoxe, projeté
sur un plan, mais on savait depuis longtemps en Grèce, représenter
la concavité du ciel sur la convexité d'une sphère.
Hipparque
est le premier auteur certain à qui cette invention soit attribuée.
Anaximandre,
Cléostrate, Calippe,
Autolycus et d'autres
ont bien en différents temps invaginé de représenter
par les cercles divers de la sphère armillaire, les mouvements des
corps célestes; et l'évêque Synesius témoigne
dans son Astrolabe, qu'Hipparque a même enseigné à
projeter sur un plan la surface sphérique. Cicéron,
dans son deuxième livre de Natura Deorum, a fait mention
d'une sphère céleste construite par Posidonius
son ami, et d'une autre plus ancienne d'Archimède;
elles étaient composées de plusieurs cercles les uns fixes,
et les autres mobiles, tous à jour, et dont les limbes évidés
jouaient les uns dans les autres, comme était celle que Varron
dans Aulu-Gelle [ Nous avons sur la sphère céleste Léontius vivait au septième siècle, à Constantinople, sous le règne de Justinien; il décrivit cette Sphère pour Elpidius son ami, et il en envoya la description à Théodore, autre ingénieur que Cosroës avait demandé à Justinien pour diriger le siège de Dara. Buhle l'a publiée à la suite d'Aratus. On y lit que la Sphère était bien différente de celle d'Aratus et de Ptolémée pour les lieux des astres. Cette pièce n'ayant jamais été traduite, je la donne ici en français. Nous ne l'avons cependant pas entière, mais outre qu'elle nous certifie la hauteur à laquelle la sphère doit être dressée pour répondre aux descriptions d'Aratus, je n'ai pu résister à la pensée de traduire ce fragment, pour prouver à mes détracteurs, que la langue latine n'est pas pour moi une clé qui me soit nécessaire pour m'ouvrir le ciel des astronomes grecs. Il ne faut pas confondre ce Léontius avec un autre Léontius, père de l'impératrice Eudoxie, femme de Théodore II, empereur de Constantinople, différente de l'impératrice Eudocie, dont nous avons une notice historique abrégée de la vie d'Aratus dans l'Ionia, recueil d'anecdotes sur les héros du paganisme et les grands personnages de l'Antiquité. Ce qu'elle dit d'Aratus nous tiendra lieu de toutes les biographies si nombreuses et si variées qu'on trouve sur cet auteur dans toutes les éditions de son poème. Eudocie, fille du patrice Constantin Dalassène,
devint l'épouse de Constantin Ducas, successeur d'Isaac Commène
au trône de Constantinople; elle gouverna l'empire en qualité
d'impératrice, après la mort de Ducas, en 1007. Elle épousa
ensuite Romain Diogène, qu'elle associa à l'empire, quoiqu'elle
eut de son premier mari, trois fils, déclarés empereurs avec
elle par leur père. L'un d'eux, Michel Ducas, profita de la captivité
de Romain chez les Turcs, pour monter sur le trône, et en chasser
sa mère Eudocie, qu'il exila dans un monastère L'Ionica est manuscrit à
la Bibliothèque du Roi, en un volume in-4°, sous le n° 3057.
Villoison a donné son édition d'après ce manuscrit,
à la première page duquel se trouve une vignette que l'on
voit gravée en tête de ce discours préliminaire. Cette
princesse y est représentée assise sur un trône, au
milieu d'une cour entourée de trois côtés des bâtiments
de son palais à Constantinople. On la voit en face, vêtue
d'une robe ou tunique d'or à manches, avec un manteau de pourpre
jeté sur une épaule en forme d'écharpe, et descendant
par devant jusque sur ses jambes garnies de brodequins rouges, marques
insignes de l'empire. Sa tête est ornée d'une couronne d'or
rayonnée; elle tient de sa main gauche un livre appuyé sur
le genou du même côté, et elle élève le
bras et l'index de la main droite vers le ciel, pour montrer les astres « Aratus de Soles, ville de Cilicie |
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| Cet Aratus ne fut pas un homme
ordinaire, à en juger par le scholiaste de Théocrite, qui
témoigne sur la sixième idylle, que ce poète fut l'ami
de notre Aratus dont il chanta effectivement les amours dans sa septième
idylle Tout ce qu'on pourrait dire pour la défense de Théon, c'est que ces scholies sur Aratus se lisent sans nom d'auteur, dans le manuscrit grec 2403 de la bibliothèque du Roi. C'est celui que Buhle dans se préface cite sous le n° 287, car il contient comme cet éditeur le dit, les phénomènes d'Aratus avec les scholies et les ouvrages d'un anonyme sur la géométrie de Tretzès, de Proclus, de Lycophron, Pindare, Nicandre, Homère, en très petits caractères noirs, mal formés et remplis d'abréviations et de ligatures, du douzième siècle, sur papier de chiffres, relié en bois recouvert d'une peau verdâtre. Le texte y est entouré de scholies qui remplissent les quatre marges de chaque page. En comparant l'édition de Buhle à ce manuscrit, je l'ai jugée généralement très correcte. Il n'en est pas tout à fait de même de son édition du poème latin de Germanicus. Je n'ai trouvé de celui-ci qu'un seul manuscrit dans la bibliothèque du Roi. Il est sous le n° 7886, in-4°, relié en parchemin, et lui-même en papier, et en caractères demi-gothiques, du Moyen âge. Il appartenait à Claude Dupuy, bibliothécaire du Roi. C'est celui dont Fabricius fit mention dans sa bibliothèque latine. Les notes ou scholies qui sont à la fin, et qu'il dit être d'Aratus, n'ont rien de commun avec celles qu'on lit dans le grec, ni même avec celles du scholiaste latin de Germanicus. Elles sont précédées de quelques autres sur les mois, et d'une prétendue conversation par lettres, d'Alexandre roi de Macédoine, avec Dindyme, sur la philosophie, et de la réponse de celui-ci. Elles sont terminées par des vers sur les mois encore. Le poème est sous le titre Claudii Caesaris arati phaenomena. Le surnom Germanici ne s'y voit pas; mais on ne peut pas douter que ces mots Claudii Caesaris ne désignent Germanicus Caesar; car ce prince était de la famille Claudia. Tacite le dit clairement au commencement de ses Annales. La stupidité de Claude, qui régna après Caligula, fils de Germanicus, est plus que suffisante pour ne pas attribuer ce beau poème à tout autre qu'à Germanicus César. Quelques-uns veulent que le scholiaste de Germanicus fut Germanicus lui-même. Mais Barthius réfute cette opinion par les vers que cite ce scholiaste, et qui sont de Prudence, bien postérieur à Germanicus. Ce n'est pas que Germanicus n'écrivit aussi bien en prose qu'en vers, puisque Tacite loue son éloquence, comme Ovide fait l'éloge de ses poésies, et Suétone de ses comédies grecques. Ce prince peut donc bien avoir donné en prose un commentaire de son poème, à l'imitation des scholies réputées de Théon sur le poème d'Aratus. Les Pronostics d'Aratus n'ont à la vérité aucun trait à l'astronomie. Delambre l'a dit, et rien n'est plus vrai. J'aurais donc dû plutôt les supprimer que les traduire et en publier la traduction, mais les jeunes étudiants trouvent dans les poèmes latins des passages inexplicables à qui ne connaît pas la sphère. Virgile et Ovide ont pris d'Aratus ce qu'ils disent des annonces de température dans les diverses saisons, et du retour des météores; et la lecture d'Aratus contribuera à faire comprendre le mécanisme du ciel, suivant les idées que s'en formaient les anciens. Les scholies de Théon extraites
du manuscrit grec, que Buhle nomme Codex mosquensis à la
fin de son premier volume d'Aratus, offrent des variantes, comparées
à celles qu'il a ajoutées au bas des pages qui contiennent
les vers de ce poète uranographe; car dans celles-ci, on lit que
le Petit Chien Les scholies qui accompagnent le poème
de Germanicus, n'étant qu'une répétition plus étendue
de celles de Théon, je n'ai pas jugé qu'elles valussent la
peine d'être mises en notre langue. J'ai même supprimé
avec Grotius, dans le poème de Germanicus, les vers 558... 562 et
le 685e que Buhle juge également indignes de l'auteur, qui certainement
n'a pas fait cette répétition inutile des constellations
qu'il a décrites dans les vers précédents. J'ai aussi
renfermé dans le second fragment de ses pronostics, Saturne Dans ses scholies sur le 450e
vers d'Aratus et les suivants, il dit que le Petit Chien « Ceux des Grecs qu'on honorait du nom de sages, dit Pausanias, enveloppaient leurs discours sous des énigmes; et ne les énonçaient jamais ouvertement, et nous devons penser de même au sujet de ce qu'on débite sur les dieuxPausanias se rend ainsi raison de l'absurdité des fables de la mythologie, après avoir dit : « En commençant cet ouvrage, je trouvais que ces contes grecs annonçaient une crédulité bien stupide, mais parvenu à l'ArcadieEratosthène a rapporté aussi toutes ces fables dans ses Catastérismes; mais il a suppléé au silence d'Aratus sur le nombre des étoiles de chaque constellation. J'ai donc compté avec lui ces étoiles, mais j'en ai rejeté les fables, parce qu'elles ne sont d'aucun intérêt pour l'astronomie, et qu'elles ne feraient que répéter celles d'Aratus. Elle n'a besoin que de comparer le dénombrement des étoiles d'Eratosthène avec celui du catalogue de Ptolémée, pour connaître sur ce point les progrès de la science. Les Catastérismes d'Eratosthène ne nous sont pas parvenus en entier, ce qui nous en reste a été publié en 1705 à Göttingen, en grec et en latin, par C. Schaubach, avec des notes de Heyne; et Bode en a donné toute la fable dans son atlas céleste imprimé en allemand et en français, à Berlin en 1805. Delambre conjecture que l'Eratosthène, auteur des Catastérismes, n'était pas le même que le contemporain d'Aratus, qui vivait dans le IIIe siècle avant Jésus-Christ, puisqu'il cite Hipparque qui écrivait dans le siècle suivant; ou bien l'Hipparque qu'il cite, n'est pas celui de Rhodes, mais celui de Bithynie, auteur du commentaire sur les phénomènes d'Aratus, et antérieur à cet Hipparque de Rhodes, dont Ptolémée a rapporté des phrases entières qui ne sont pas dans ce commentaire, et des observations qu'on n'y trouve pas davantage. Ces Catastérismes étant
mutilés, j'avais pensé à les compléter par
le petit poème de la sphère attribué faussement à
Empédocle.
Mais c'est un abrégé trop court, quoique assez élégant,
du poème d'Aratus; tel qu'il est, il pourrait
suppléer à ce qui manque dans la Sphère construite
et décrite par Léontius pour les Phénomènes
d'Aratus. Mais ce poème que l'on met sous ce nom, n'est ni du philosophe
disciple de Pythagore, il est indigne de lui;
ni de Démétrius-Triclinius, Grec érudit du quinzième
siècle, auquel Frédéric Morell l'attribue dans sa
première édition donnée à Paris
en 1584. Florent Chrétien, dans sa version latine publiée
à Paris en 1687, donne ce petit poème à Pisidas. Mais
ils se trompent l'un et l'autre, car ces Grecs modernes n'auraient pas
manqué d'y parler de la Balance Le philosophe de ce nom était d'Agrigente Eratosthène
nous suffit donc pour remplir le passage d'Aratus à Germanicus.
Eratosthène naquit dans la CXXVle
olympiade, vers l'an 276 avant l'ère chrétienne, à
Cyrène Aratus la trouva
également à la cour d'Antigone; ce roi lui avait donné
le traité en prose des phénomènes d'Eudoxe
à mettre en vers, l'an 236 avant notre ère. Cet Antigone
était surnommé Gonatas, parce qu'il était né
à Gones en Asie, de Démétrius- Poliorcète fils
d'Antigone I, l'un des généraux macédoniens qui se
partagèrent les conquêtes d'Alexandre, pendant le règne
de Philippe Aridée, frère de ce conquérant. Antigone
I régna en Asie et fut tué à la bataille d'Ipsus |
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