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La Grande Guerre
La Première Guerre mondiale
Campagne de 1918
Aperçu Les origines 1914 1915 1916 1917 1918 La paix
Dernière année de la guerre. 
Cette quatrième année de la guerre, qui en fut la dernière, en fut aussi la plus dramatique par la rapidité et la profondeur de la chute qui succéda à la plus haute fortune apparente où l'Allemagne fût encore montée.

Aux premiers jours de juillet 1918, elle était revenue à la Marne, après deux éclatantes victoires, et elle tenait Paris sous le feu de ses plus grands canons pendant qu'à l'autre extrémité de l'Europe, elle avait occupé sans coup férir la Russie méridionale, jusqu'à Sébastopol, et la Géorgie. Et le 8 août, selon la date qu'ils ont fixée eux-mêmes, ses plus fameux chefs de guerre, au spectacle de troupes prussiennes se rendant en masse ne mirent plus en doute l'inévitable et prochain écroulement.

L'Allemagne en était venue à ce degré d'épuisement physique et de dégoût moral de son entreprise où tout lui allait paraître préférable. à la continuation de la lutte.

L'Allemagne, quand elle crut au printemps toucher à la victoire, en était plus éloignée qu'au premier jour, parce que la volonté des peuples de l'Europe qui s'étaient successivement coalisés contre elle, restait irréductible et que leurs forces s'étaient accrues du secours immense de l'Amérique; et la roue, à l'été, n'eut pas plutôt recommencé à tourner qu'elle se sentit désormais incapable même de cette ostentation par laquelle on peut encore tromper les autres. Les défaites militaires et les défaillances populaires se répercutèrent.

Armée et nation s'effondrèrent dans le même temps. Voilà le sens des événements, à la fois surprenants et inéluctables, du dernier acte de la tragédie.

L'offensive pour la paix. 
Si brillantes que fussent les apparences au début de la quatrième année de guerre, la situation de l'Allemagne était, en réalité, précaire. Ni l'Ukraine ni la Roumanie n'avaient apporté autre chose qu'un soulagement d'une heure à la crise économique; dans l'amaigrissement général, le moral faiblissait.

Ludendorff vit très clairement le danger américain; il fallait en finir avec les alliés d'Occident avant que les troupes d'outre-Océan, qui commençaient à débarquer, fussent en nombre. Il fit revenir de Russie 64 divisions, environ 600 000 combattants, auxquels s'ajouteraient bientôt près d'un demi-million de recrues de la classe 1919.

Avec cette masse, il va lancer le suprême assaut, « l'offensive pour la paix » ; l'armée allemande accomplira « la plus grande tâche de son histoire ».

L'attaque sur Amiens. 
L'attaque allemande du 21 mars 1918, en direction d'Amiens, eut pour objectif principal de couper les communications entre les Anglais et les Français; elle se fit en conséquence au point de soudure, nécessairement le plus vulnérable, des deux armées, à l'ouest du massif de Saint-Gobain.

Du premier coup, qui fut formidable, 37 divisions contre 14, la faible charnière sauta. Si l'armée du général Byng résista, celle du général Gough, qui faisait la droite, face à Saint-Quentin, fut enfoncée. Débordée, ayant dû engager à la hâte toutes ses réserves, elle se retira précipitamment, abandonnant en trois jours toute la région dont Hindenburg, l'année d'avant, avait fait un désert.

Ludendorff put croire que la liaison entre Haig et Pétain était rompue; il rejettera les Anglais sur la mer, les Français sur la route de Paris. « Les cloches de Pâques sonneront la paix. »

Le «colmatage » de Pétain. 
Le péril, le plus grand que les alliés eussent couru, fut conjuré par le sang-froid de
Pétain et par la splendide vaillance des chefs (Pellé, Humbert, Debeney, Fayolle) et des régiments qu'il jeta au-devant des Allemands. 

« Soldats! dit Humbert, vous défendez le coeur de la France. »
Se cramponnant au terrain, se battant un contre trois, et, même, un contre six, ils firent digue, arrêtèrent ou ralentirent les progrès du flux allemand.

Ce « colmatage », entre Somme et Oise, dérangea les calculs de Ludendorff. Pétain put maintenir sa liaison avec les Anglais, qui semblaient déjà se retirer vers les ports du Pas-de-Calais.

L'unité de commandement.
Cette unité de commandement, que les clairvovants, depuis si longtemps, réclamaient en vain, apparaissait maintenant comme la condition primordiale du salut. La dure défaite était due surtout au manque de coordination des armées, simplement alignées l'une à la suite de l'autre.

Appelés par Haig, lord Milner et le général Wilson accoururent de Londres et se rencontrèrent à Doullens avec le président Poincaré, Clemenceau, Pétain et Foch (25 mars). De l'accord de tous, la direction de la bataille fut donnée à Foch qui reçut, quelques jours plus tard, le titre de général en chef.

Bombardement de Paris.
Depuis le 31 janvier 1918 les raids d'avions de plus en plus fréquents sur Paris et les villes de l'Est de la France, presque quotidiens sur Londres et les ports anglais de la mer du Nord, furent le prélude et le complément régulier des grandes offensives allemandes. Malgré le « colmatage » de Pétain, la situation restait grave. La prise de Montdidier mettait les Allemands à 80 kilomètres de Paris. Quand, le samedi 23 mars, les « grosses Berthas » (du prénom de la fille de Krupp, le directeur des usines d'Essen) commencèrent à bombarder Paris, les journaux pangermanistes reprirent leur campagne de 1914 pour la « destruction méthodique » de la capitale de la France. 

« Si Paris disparaissait, que perdrait l'humanité? - Peu de chose : le Louvre, qui n'a rien de très remarquable, et la Sainte-Chapelle, qui n'est pas d'un style très pur. » 
On reparla du plan attribué avant la Marne au grand état-major prussien : il divisait Paris en six secteurs qui seraient successivement attaqués. Après chacune des attaques, l'empereur offrirait la « paix allemande ». Si elle était repoussée, un nouveau secteur serait détruit. Six semaines devaient suffire pour cette infernale besogne. Avec les berthas on irait plus vite, puisqu'elles tiraient sur Paris de Crépy ou de Ham, à 120 km de distance, et que Paris ne pouvait pas riposter.

Les Allemands n'avaient en réalité qu'un très petit nombre de ces gros canons, 6 au plus, que l'usure, les accidents et les coups heureux de l'artillerie lourde des Français mirent souvent hors d'usage. Les berthas se taisaient pendant plusieurs semaines; le tir recommençait quand elles étaient réparées ou remplacées. De la fin de mars aux premiers jours d'août, on signale 44 journées de bombardement, environ 200 « points de chute », sans compter les obus tombés dans la banlieue, 900 morts ou blessés.
 Le Vendredi Saint, l'un de ces projectiles tomba, pendant l'office des ténèbres, sur l'église Saint-Gervais et fit près de cent victimes.
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Première guerre mondiale : Paris Bombardé.
Paris bombardé. De gauche à droite : la protection des bas-reliefs de l'arc de triomphe du Carrousel, un immeuble détruit  par une bombedans le XIXe arrondissement, une maison abri contre les avions.

Les victimes des gothas (bombardiers bimoteurs apparus dans le ciel en 1917) ne furent guère moins nombreuses (catastrophe du quartier Saint-Paul). Les incendies répétés des magasins de la Villette, les explosions inexpliquées de La Courneuve et de Saint-Denis servaient trop bien les Allemands pourqu'on ne soupçonnât pas leurs agents secrets, les « indésirables », d'en être les auteurs. Les dègâts matériels furent considérables et l'auraient été bien davantage sans les précautions prises pour préserver les monuments (barricades en planches ou en maçonnerie, sacs de terre, etc.) et mettre en sûreté les trésors artistiques. 

« L'effet moral » ne répondit pas à l'espérance des Allemands qui croyaient terrifier la population parisienne, provoquer des troubles, peut-être une révolution qui abrégerait la guerre. Sans doute y eut-il dans les gares plus de départs que d'habitude, mais on ne revit pas l'exode de septembre 1914. Le gouvernement voulut et obtint que la vie normale ne fût pas interrompue. Les Chambres siégeaient, les tribunaux jugeaient, les cours se faisaient régulièrement dans les écoles, on travaillait jour et nuit dans les usines. Le public vaquait à ses affaires ou même à ses plaisirs; les thèâtres ne furent pas fermés. Au signal donné par les sirènes, on descendait dans les caves, où l'on causait, on discutait, on plaisantait en attendant les cloches qui sonnaient la fin de l'alerte et la berloque des pompiers. Dans les faubourgs, les enfants, inconscients, jouaient au « tir de barrage » et chantaient la Marseillaise quand Bertha recommençait à tirer.

Bataille devant Amiens. 
Foch, professeur à l'Ecole de guerre, y avait enseigné la doctrine napoléonienne de l'offensive. Il l'avait appliquée, depuis le premier jour de la guerre, en Lorraine, aux marais de Saint-Gond, sur l'Yser et sur la Somme. Il était déjà bien résolu à l'appliquer de nouveau dès qu'il aurait arrêté les Allemands devant Amiens. Quelques-uns parlaient d'évacuer Amiens; réplique de Foch : 

« Je me bats devant Amiens; je me bats dans Amiens ; je me bats derrière Amiens. »
La bataille pour Amiens dura près d'une semaine.

Hindenburg raconte qu'il aurait volontiers crié à chacun de ses soldats « Prenez au moins Villers-Bretonneux pour que, de ses hauteurs, je puisse bombarder Amiens. » Mais « l'armée de Picardie » était à bout de souffle; Amiens resta aux Anglo-Français. Commentaire de Hindenburg : 

« La grande bataille de France est finie. »
Foch dit qu'à bien regarder ses cartes, il les préférait à celles des Allemands et commença aussitôt à préparer une contre-offensive au sud de la Somme.

Bataille des Flandres.
Comme s'il en avait eu le soupçon, Ludendorff, rude jouteur, prit les devants et jeta une ruée ordonnée sur le front anglo-portugais des Flandres. Haig, malgré une tenace résistance, fut défoncé sur la Lys, entre Ypres et Arras qui tinrent bon, et menacé, une fois de plus, d'être rejeté sur la mer.

Il fallut aller, c'était le plus pressé, à sa rescousse (avril 1918). Pétain, sans trop dégarnir la route de Paris, donna dix divisions. Après d'effroyables combats, le flux allemand vint mourir au massif des Monts qui surgit de la basse plaine flamande devant Cassel.
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Lanciers anglais à Mons.
Bombardement d'Arras.
Charge des lanciers anglais à Mons. Le bombardement d'Arras
Ci-dessous : la route d'Ypres à Poelcapelle (octobre 1918). (Cl. Chusseau-Flaviens).

La rupture de l'Aisne. 
De nouveau Foch prépara une offensive (en avant d'Amiens, sur le terrain, qu'il connaissait bien, de la Somme) quand Ludendorff, encore une fois, le devança, mais dans une troisième direction, entre Soissons et Reims, sur ce Chemin des Dames si péniblement conquis l'année précédente, où il savait que la défense française était la plus faible.

Le général Duchêne, soldat solide et attentif, avait vu se former l'orage. Ce front de bataille, qui allait de la mer du Nord à la Suisse, ce n'était pas une barre rigide; c'était une chaîne articulée. Avec les effectifs du printemps de 1918, il était impossible de garnir également tous les secteurs (à raison de 2 divisions pour 7 kilomètres). Pershing, du premier jour, s'était mis aux ordres de Foch, mais il n'avait encore qu'un petit nombre de troupes instruites.
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Fraipont : Reims en flammes.
Reims en flammes, par G. Fraipont.

Il parut à Foch qu'il devait garder le gros de sa masse de manoeuvre sur les fronts de Picardie et des Flandres. L'offensive, que signalait Duchêne, ne fut à aucun moment dans la pensée de Ludendorff une diversion, mais on pouvait supposer qu'elle le fût. Un revers momentané sur l'Aisne serait de moindre conséquence qu'en Artois. Ce sont les risques de la guerre.

Assailli sur un front de 90 kilomètres, par 25, puis par 34 divisions allemandes qu'accompagnaient les gaz et les feux de 4000 canons, Duchêne, avec 8 divisions de la 6e armée et 3 divisions britanniques, était vaincu d'avance (27 mai).

Les Allemands sur la Marne. 
La rapidité de la pression de l'ennemi fut telle qu'il arriva aux passages de l'Aisne par dessus les nôtres et pendant que de furieux combats continuaient encore à l'arrière, à un contre quatre, cinq, et sept, à une batterie contre quatre.

Etonnés eux-mêmes de l'ampleur de leur succès, les Allemands poussèrent à la Marne, au chemin de fer de Paris à Châlons; ils occupèrent Château-Thierry et Soissons.

Cependant, des renforts ayant été amenés en toute hâte, l'équilibre fut rétabli par Duchêne, le neuvième jour après l'attaque. Ce formidable cyclone, qui s'était déclenché sous les yeux de l'empereur et du kronprinz, s'arrêta à la lisière des grandes forêts du Valois et devant la route de Meaux.
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Retour de blessés à Chalons sur Marne en 1918.
Retour de blessés à Châlons-en-Champagne.

Le secours américain.
Ce fut la dernière épreuve. Armée et nation, et tous les alliés de la France, la supportèrent sans fléchir, alors que Ludendorff avait escompté le désarroi et la panique.

Le président Wilson, à l'appel qu'il reçut, gagea toutes les ressources de l'Amérique sur la victoire. Au 4 juillet, jour de la fête de l'Indépendance, plus d'un million d'Américains avaient débarqué; à peine dégrossis, ils coururent au front. Chacun des mois suivants en amènera 300 000, sans que les sous-marins osent se risquer contre les immenses convois.

Clemenceau, devant une Chambre houleuse, couvrit le commandement, glorifia les soldats, annonça, du fond de la défaite, la victoire :

«Les Américains arrivent pour la bataille décisive où il reste aux vivants à parachever l'oeuvre magnifique des morts. »
Le roi Albert, Lloyd George, Orlando ne furent pas moins fermes.
« Ils maintinrent avec des griffes de fer les volontés et les forces des peuples alliés.»
C'est Hindenburg qui parle.

La bataille pour Paris. 
Manifestement, Paris était l'objectif du cornmandemeat allemand. Le gouvernement déménagea les administrations publiques, la Banque, et prépara la défense de la capitale.

Si éclatante qu'eût été leur victoire sur l'Aisne, tout de même elle n'avait encore conduit les Allemands que dans une impasse : arrêtés devant la Marne, leurs flancs étaient pressés à l'Ouest par Compiègne et la forêt de Villers-Cotterets, à l'Est par la montagne de Reims.

Dès lors le plan de Ludendorff, comme celui de Foch, étaient écrits sur la carte pour l'un, faire tomber ces deux obstacles; - alors les routes de Paris et de Châlons s'ouvraient et le gros des armées françaises était coupé des armées de Lorraine; - pour l'autre, se cramponner à ces deux piliers, et la résistance victorieuse devenait comme le principe d'une victoire stratégique.

Tout le mois de juin, les Allemands se battirent avec acharnement pour Compiègne, mais ne gagnèrent que peu de terrain. Fayolle, avec Humbert et Mangin, toujours prêts à contre-attaquer, arrêta l'offensive de von Hutier (combats du Mont-Renaud, de Plémont, de Courcelles).

La bataille pour Reims.
Ludendorff, après avoir, dit-il, « beaucoup cherché », décida d'attaquer la montagne de Reims, en même temps qu'il passerait la Marne.

Il se flattait de prendre par le front de Champagne tenu par les Français, comme il avait fait en Picardie; Foch, prévenu par son aviation et par des déserteurs, était sur ses gardes, de Château-Thierry à l'Argonne, et Pétain avait dressé à l'est de Reims, où était Gouraud, un piège formidable.
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Gouraud.
Foch.
Guillaumat.
Gouraud. Foch. Guillaumat.

Sacrifice des Monts. 
Ce fut là, au massif de Moronvillers, qu'échoua la fortune allemande, après un immense duel d'artillerie qui avait éclaté dans la nuit du 14 au 15 juillet et qu'on entendit de Paris.

Le sacrifice prémédité des monts de Reims (Cornillet, Casque, Mont-Haut), où la résistance se fit assez héroïque pour donner à croire aux Allemands qu'en prenant d'assaut les premières positions françaises, ils avaient gagné la victoire, les amena jusqu'à la chaussée romaine où l'artillerie de Gouraud les attendait et en fit un terrible massacre.

Décimée et épouvantée, l'armée allemande reflua en désordre vers ses batteries, mais pour les trouver écrasées; Gouraud, dès le lendemain, rentra en possession des monts.

L'offensive de Foch.
Les succès partiels que les Allemands avaient remportés le même jour, malgré des résistances épiques (Vandières, Châtillon), à l'ouest de la montagne de Reims et sur la rive gauche de la Marne, ne faisaient dès lors qu'aggraver la situation d'où Ludendorff avait pensé s'évader par sa suprême offensive.

Ils s'étaient enfoncés dans la poche où ils allaient maintenant être attaqués sur leur flanc droit par Mangin et par Degoutte, tandis que Berthelot presserait sur leur flanc gauche et que Mitry, arrivant par le Sud, les rejetterait dans la Marne.

Deuxième bataille de la Marne. 
Comme la première, la deuxième bataille de la Marne (18-21 juillet) fut un redressement.

Avec la 10e armée, jaillissant de la forêt de Villers-Cotterets, et avec la 6e, s'élançant du sud de l'Ourcq, Foch, comme autrefois Joffre, a repris l'initiative; mais c'est, cette fois, pour la garder jusqu'à la victoire finale, grâce à la supériorité de son artillerie, de ses chars d'assaut et de ses avions, à l'abondance de ses réserves, maintenant que les Américains arrivent en masse, et, bientôt, à la démoralisation des Allemands.

Du premier jour de l'offensive française, Ludendorff vit la partie perdue, et, reconnaissant le danger d'un enveloppement, n'attendit pas pour ordonner la retraite générale, de la Marne sur la Vesle et sur l'Aisne.

L'armée allemande se replia en combattant, avec ses meilleures troupes sur ses flancs, mais abandonnant un immense matériel et des tas de prisonniers. Degoutte rentra à Château-Thierry, Mangin à Soissons, après un beau combat sur le plateau d'Ambrief.

Les Américains reçurent courageusement le baptême du feu, aux combats du Bois-Belleau,entre l'Ourcq et la Marne. Deux belles divisions italiennes prirent part à la défense de la montagne de Reims.
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Desverreux : Artillerie traversant une village de la Somme.
L'artillerie française traversant un village de la Somme (août 1918), par R. Desverreux.

Le plan incliné de la victoire.
Désormais, selon la formule de Foch, les armées alliées se sentent portées en avant comme si elles glissaient sur un plan incliné. Et, sur la pente où il poursuit les Allemands, le vainqueur de la seconde Marne, qui a reçu le bâton de maréchal, ne va leur laisser aucun répit. C'est la consigne qu'il donne et que reçoivent avec allégresse les soldats, les Français, les Belges, les Britanniques, les Américains qui voient la victoire devant eux.

Arrêtés devant Amiens, arrêtés devant Calais, les Allemands avaient placé leur dernière espérance dans l'offensive, par la vallée de la Marne, vers Paris. Maintenant, ils n'aperçoivent plus aucune chance de gagner la guerre Les sous-marins devaient réduire l'Angleterre à merci; loin de fléchir, l'Angleterre s'est redressée dans un des plus splendides efforts de son histoire. Devancer les Américains était une question de vie ou de mort, et les voici, soldats improvisés, mais jaloux d'égaler les Européens, tous les jours plus nombreux, avec, derrière eux, un réservoir inépuisable d'hommes et de richesses.

L'Allemagne est à bout de forces. L'implacable blocus anglais l'a réduite à un état voisin de la famine. Le ressort moral se rompt. Un peu de vérité est entré dans les ténèbres de mensonge où elle a vécu pendant quatre ans. L'empereur, Ludendorff, la caste militaire ont perdu leur prestige. Les Allemands ne sont pas hommes à accepter la lutte pour l'honneur, jusqu'au dernier carré de territoire libre. Le cri vers la paix s'élève de toutes parts. La révolution gronde.

Ludendorff reste dans la défaite un grand chef de guerre, mais ses réserves ont fondu; ses troupes d'élite, ses sous-officiers, ses mitrailleurs se battent encore très bien, mais nombre d'unités se laissent complaisamment encercler. Ainsi « le 8 août (sur la Somme), le jour sombre de l'armée allemande  », des milliers de Feldgrauen n'ont pensé qu'à se rendre : pour le prisonnier, la guerre est déjà finie. Tous les mois, les alliés firent 100 000 prisonniers.

Bataille générale. 
Pendant les trois derniers mois de la guerre, Foch n'arrêta pas de « frapper à coups redoublés et répétés », méthodiquement, tantôt sur un front, tantôt sur un autre, et, bientôt, sur tous à la fois. L'amalgame a été réalisé avec l'unité de commandement. Ici des divisions françaises aux côtés des Américains, là aux côtés des Britanniques et des Belges.
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Première Guerre mondiale : tranchée allemande dans l'Argonne.
Une tranchée allemande, dans l'Argonne.

Le Sancerre fut reconquis après le Tardenois; le Noyonnais tomba ensuite; puis ce furent les plateaux au nord de Soissons et de Compiègne, les villes de la Somme, le saillant de Saint-Mihiel, jusqu'aux avancées de Metz, le Cambrésis, le massif de Saint-Gobain, la forêt d'Houthulst, l'Argonne, les Monts de Champagne, le Laonnois, et, l'une après l'autre, toutes les lignes que Hindenburg avait décorées des noms fameux de l'épopée nationale : Siegfried, Wotan, Alberich, Brunehilde.

Ces victoires libérèrent des villes occupées depuis la première année de guerre Saint-Quentin, Lens, Cambrai, Douai, Lille. Les Allemands, en quittant Cambrai, y mirent le feu, Lens n'était plus qu'un monceau de ruines; les charbonnages du Nord avaient été systématiquement ruinés; partout, les usines et les fabriques avaient été pillées par ordre, étaient réduites à l'état de murs nus.

Chute de l'Orient. 
La plus formidable puissance militaire que le monde eût connue craquait de toutes parts; l'événement qui précipita la chute se produisit en Orient.

C'était, surtout, pour la maîtrise de l'Orient que l'Allemagne avait entrepris la guerre; l'Autriche, du premier jour, puis la Turquie et la Bulgarie s'étaient rangées sous ses ordres. L'automne de 1918 les vit crouler toutes les trois.

La Bulgarie s'effondra la première, abattue en quelques jours (15-28 septembre) par l'offensive des armées alliées de Macédoine, sous Franchet d'Espérey. Cette solidarité des fronts, dont l'idée avait rencontré tant de résistances, ne pouvait être démontrée au dernier acte du drame, par un plus saisissant exemple; on put dire du Vardar qu'il était un affluent de la Marne.

Le roi Ferdinand ayant abdiqué, son fils Boris capitula. Les Serbes, rentrés à Nich, puis à Belgrade, sur les talons des Autrichiens, coupèrent la voie ferrée de Berlin à Constantinople et la voie fluviale du Danube. La Roumanie déchira le traité de Bucarest.

Le mois d'après, ce fut le tour de la Turquie. Ne pouvant plus rien attendre de l'Allemagne, depuis l'effondrement de la Bulgarie, et ayant perdu, en quelques jours, la Syrie après la Palestine, elle offrit sa soumission. Les flottes alliées occupèrent les forts des Dardanelles et le Bosphore.

Enfin l'Autriche tomba en morceaux. Depuis son avènement, l'empereur Charles aspirait à la paix et voyait monter l'orage de tous les Etats slaves de la double monarchie, mais il fut sans force pour rompre les liens avec l'Allemagne.
En octobre, la Bohème se proclama indépendante, une révolution socialiste éclata à Pesth, les Croates se soulevèrent; le manifeste de l'empereur, annonçant la transformation de l'Autriche en un Etat fédératif, était en retard d'une année.

Quand les Italiens reprirent l'offensive à Vittorio-Veneto (29 octobre), ils n'eurent plus rien devant eux; l'armée autrichienne se débanda, près de 500 000 officiers et soldats (Slaves, Roumains, Polonais, Slovènes) se rendirent. Udine, Trente, Trieste furent occupées sans coup férir; la flotte passa aux Tchécoslovaques.
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Affiche de recrutement : soldats américains pendant la Grande Guerre.
Les Américains à la guerre. Rien ne les arrête (affiche de recrutement).

Les quatorze articles.
Dès le 3 octobre, Hindenburg avait conseillé à l'empereur de cesser une guerre perdue-:

«Chaque jour coûte la vie à des milliers de braves soldats. »
Et rien à espérer de l'avenir :
 « Au lieu d'une fraîche Amérique, des alliés tombés sur les genoux [...]. Impossible de construire un nouveau front. »
Le chancelier (le prince Max de Bade) s'adressa au président Wilson, demandant un armistice immédiat avec ouverture de négociations pour la paix.

Wilson, dans un message du 8 janvier, avait formulé en quatorze articles (quatorze points) les principes et les garanties de la paix future : droit des peuples de disposer d'eux-mêmes; reconstitution de la Pologne, de la Bohème; restauration de la Belgique, de la Serbie, de la Roumanie ; restitution de l'Alsace-Lorraine à la France, des terre irredente à l'Italie; réparation des dommages causés par l'agresseur; désarmement ; arbitrage.
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Les quatorze articles de Wilson

Oue voulons-nous ?

1° Des traités de paix sans rien de secret conclus à la suite d'une discussion publique.

2° Liberté absolue de la navigation en dehors des eaux territoriales en temps de guerre comme en temps de paix.

3° Suppression aussi complète que possible des barrières économiques, égalité de traitement accordé en matière de commerce à toutes les nations consentant à la paix.

4° Garanties prises et données quant à la limitation des armements.

5° Règlement impartial de toutes les questions d'ordre international.

6° Évacuation du territoire russe, répartition conforme au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes des territoires ayant appartenu à l'empire russe.

7° Évacuation complète de la Belgique, reconnaissance de sa pleine et entière indépendance. 

8° Évacuation du territoire français. Réparation du tort fait à la France en 1871 (Alsace-Lorraine).

9° Rajustement des frontières italiennes conforme au voeu des habitants et au principe des nationalités.

10° Aux peuples d'Autriche-Hongrie dont nous désirons que la place parmi les nations soit assurée, doit être accordée une possibilité de développement autonome.

11° Evacuation de la Roumanie, de la Serbie et du Monténégro, libre accès à la mer assuré aux Serbes.

12° La partie turque de l'empire ottoman doit demeurer indépendante et souveraine sur son territoire, mais les autres nationalités jusqu'ici soumises à la domination turque doivent, elles aussi, avoir leur liberté entièrement garantie. Le détroit des Dardanelles doit être ouvert en tout temps aux navires de toutes les nations sous des garanties internationales.

13° Constitution d'un État polonais auquel appartiendront les populations indiscutablement polonaises, qui aura libre accès à la mer et dont l'indépendance politique devra être garantie par un traité international.

14° Création d'une Société des Nations dont les membres se garantiront les uns aux autres l'indépendance politique et l'intégrité territoriale.

Le secrétaire d'Etat Lansing répondit par trois interrogations précises. L'Allemagne accepte-t-elle les 14 articles autrement que « comme bases de négociations »? Est-elle prête à retirer ses troupes des territoires envahis? Le chancelier parle-t-il au nom des autorités qui ont conduit la guerre? C'était poser la question de l'abdication de Guillaume II.

Comme les gouvernants allemands hésitaient encore, des troubles éclatèrent dans plusieurs grandes villes; à Kiel, les marins se soulevèrent. L'empereur parut le seul obstacle à la paix.
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Albert I et Foch sur le front.
Le roi Albert Ier et le général Foch passent en revue les troupes.

La débâcle allemande.
Cependant Foch poussait et développait son offensive sur un immense arc de cercle, des portes de Gand, vers où s'avançait le roi Albert, aux confins de la Lorraine mosellane, où Castelnau s'apprêtait à marcher sur Metz. Au centre, Debeney, d'une ruée impétueuse, forçait la trouée de Chimay, pendant que Horne courait à Mons, Humbert à Rocroy, Guillaumat à Mézières, Gouraud avec Liggett à Sedan.

Encore quelques jours de bataille, et la défaite allemande tournait au désastre. Ludendorff avait démissionné; Hindenburg télégraphia à Berlin de conclure
à tout prix l'armistice, sinon il ne répondait plus de rien. Déjà des régiments se
révoltaient, les soldats arrachaient aux officiers leurs insignes.

L'empereur, depuis un mois, errait entre Potsdam et son quartier général de Spa, comme absent des choses. Il s'enfuit en Hollande, où il fut suivi par son fils.

A Berlin, les socialistes (Ebert, Scheidemann), installés au pouvoir, annoncèrent qu'il avait abdiqué. Ils avaient déjà fait partir en toute hâte des parlementaires pour le front allié. (J. Reinach).
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Les vainqueurs de 1918.
Les vainqueurs de 1918.
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