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L'oeuvre scientifique de Goethe

Aperçu De 1749 à 1788 De 1788 à 1832 Les travaux scientifiques
Goethe, avec son esprit d'observation et son besoin d'universalité, devait s'intéresser aux sciences de la nature. On le voit déjà par sa manière de décrire le monde extérieur, une manière à lui, où le mouvement poétique se mêle à une remarquable précision des détails. Mais il a contribué directement au progrès scientifique de son temps. Il s'est occupé tour à tour de botanique, de zoologie, de géologie, de minéralogie, de physique, et il a fait des découvertes dans l'anatomie comparée et dans la physiologie végétale. En 1786, avant de partir pour l'Italie, il publia un mémoire dont la conclusion est tout indiquée dans le titre : Dem Menschen wie den Thieren ist ein Zwischenknochen der oberen Kinnlade zuzuschreiben. On croyait, jusqu'au XVIIIe siècle, que l'os intermaxillaire n'existait que chez les animaux et constituait même un caractère distinctif entre l'humain et certains vertébrés. Goethe signala, dans la charpente osseuse de la tête humaine, une partie correspondante, quoique plus difficile à reconnaître, parce qu'elle est soudée par un côté avec la mâchoire supérieure. 

Dans une lettre à Knebel (novembre 1784), où il parle de son mémoire, il exprime l'idée qui le préoccupait dès lors et qui le dirigea désormais dans ses recherches : 

« Chaque créature n'est qu'un ton, une nuance dans une grande harmonie; c'est cette harmonie qu'il faut saisir; sans elle, chaque détail n'est qu'une lettre morte. » 
L'examen d'un crâne de mouton qu'il ramassa par hasard dans les dunes du Lido, pendant son voyage à Venise, en 1790, lui donna la première idée de la composition vertébrale de la tête des mammifères. Il fit part de sa trouvaille à Mme de Kalb (30 avril) et à Mme Herder (4 mai); mais il ne formula ses conclusions qu'en 1822, en publiant son quatrième cahier de morphologie. Oken, qui, dans l'intervalle, avait fait paraître son opuscule Ueber Bedeutung der Schodelknochen (léna, 1807), revendiqua plus tard, mais seulement après la mort de Goethe, la priorité de la découverte. Goethe avait précédé Oken; le rapport de la cavité crânienne aux vertèbres n'était, du reste, pour lui, qu'un de ces détails qui n'ont toute leur valeur que dans l'harmonie de l'ensemble, car, dès 1795, il avait publié son Esquisse d'une introduction générale à l'anatomie comparée, partant de l'ostéologie. Il y développe cette idée que toutes les différences de structure entre les espèces animales peuvent être ramenées à un seul type anatomique, et il recherche en même temps les causes qui peuvent modifier ce type.

L'unité qu'il avait remarquée dans tout le règne animal, il la retrouva dans le monde des plantes. Il se plaît à reconnaître ce que, dans ce nouvel ordre d'études, il doit à Rousseau et à Linné. Rousseau lui fit voir dans la fleur un organisme vivant, Linné lui apprit à classer ses observations. Ce fut pendant son voyage en Italie que ses idées commencèrent à se fixer. Au Jardin botanique de Padoue, un palmier en éventail attira son attention; il remarqua comme les feuilles, simples et lancéolées près du sol, s'élargissaient et se divisaient de plus en plus vers le sommet. Ce fut, pour lui, une indication précieuse : continuant de noter les divergences et les analogies entre les formes végétales, il trouva bientôt que les différentes parties de la plante, la feuille, le calice, la corolle, les étamines, les semences même, n'étaient que des développements successifs d'un même organe primordial, le cotylédon. Enfin, poursuivant ses généralisations, il se représenta les variétés, les espèces, les familles comme des modifications d'un seul type primitif. C'est le résultât auquel il avait abouti au terme de son voyage, en Sicile; il était même arrivé, dit-il, à figurer ce qu'il appelait la plante type. Le traité de la Métamorphose des plantes (1790) est écrit avec l'élégante simplicité d'un ouvrage classique; on lira également avec intérêt un appendice qui a pour titre : Histoire de mes études botaniques (1818 et 1831).

Les reconnaissances que le poète naturaliste avait poussées dans le champ de la botanique et de la zoologie lui avaient donné cette conviction, que la nature ne cachait rien à l'observateur attentif (Annales, 1790), qu'un regard clair pénétrait derrière tous ses voiles, et qu'il n'était pas besoin, pour lui arracher ses secrets, du secours des instruments. Mais son dédain de l'appareil scientifique, son ignorance volontaire des mathématiques, son habitude de regarder par-dessus les détails pour saisir aussitôt l'ensemble, devaient le trahir lorsqu'il s'aventura dans le domaine de la physique. Sa Théorie des couleurs (1808-1810) n'est, au fond, qu'une ingénieuse hypothèse, une explication poétique de certains phénomènes de la nature, tels qu'un coucher de soleil, une lointaine vue de montagnes, les teintes variées d'un glacier ou d'une eau profonde. Les couleurs sont formées, selon Goethe, d'une combinaison de lumière et d'ombre; ce sont des dégradations de la lumière opérées par des « milieux troubles » (trübe Mittel). Il explique les couleurs prismatiques au moyen de deux images superposées dont les bords tour à tour clairs et obscurs se nuanceraient réciproquement (Zur Farbenlehre, Didaktischer Theil, 239). Sa réfutation de l'expérience de Newton ressemble à une boutade d'artiste (V. Geschichte der Farbenlehre, au dernier chapitre : Confession des Verfassers). Mais le chapitre des Couleurs physiologiques contient des observations intéressantes et parfois poétiquement décrites sur les images consécutives, les ombres colorées, le contraste des couleurs; et tout le livre est écrit avec cette clarté de déduction qui était une qualité de l'esprit de Goethe, et qui permet de faire aisément la part des faits authentiques et des doctrines contestables.

Les sciences naturelles furent la dernière préoccupation de Goethe. Le 2 août 1830, le jour où la nouvelle de la révolution de Juillet arrivait à Weimar, Eckermann lui faisait sa visite habituelle. 

« Eh bien, lui cria Goethe en le voyant entrer, que pensez-vous de ce grand événement? Le volcan a fait explosion, tout est en flammes, ce n'est plus un débat à huis clos! - C'est une terrible aventure, répondit Eckermann. Mais pouvait-on s'attendre à une autre fin, dans les circonstances que l'on connaît, et avec un tel ministère? - Je crois que nous ne nous entendons pas, mon bon ami, répliqua Goethe. Il s'agit bien de cela! Je vous parle de la discussion. qui a éclaté en pleine académie entre Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire. » 
Et, continuant de développer une idée qui lui était chère, il se remit à parler de la méthode synthétique et de la méthode analytique, l'une vivante et compréhensive, et embrassant les ensembles, l'autre amassant péniblement des détails sans réussir à les animer; et il s'applaudissait d'avoir trouvé en France un esprit de la même famille que lui, et qui, ajoutait-il modestement, le dépassait. Aujourd'hui encore, quand plus d'un siècle et demi a passé sur ces discussions, ce n'est pas le moindre titre de gloire de l'auteur de Faust d'avoir été en même temps le précurseur de Geoffroy Saint-Hilaire. (A. Bossert).
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