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Goethe : de 1788 à 1832

Aperçu De 1749 à 1788 De 1788 à 1832 L'oeuvre scientifique
Retour à Weimar. Les Elégies romaines. La campagne de France. 
Goethe était rentré à Weimar le 18 juin 1788. Quelques semaines après, un jour qu'il se promenait au parc, une jeune fille vint lui présenter un placet. C'était Christiane Vulpius, la soeur d'un écrivain qui cherchait péniblement sa voie et qui acquit plus tard une célébrité momentanée par un mauvais roman, Rinaldo Rinaldini, imité des Brigands de Schiller. Goethe a gardé le souvenir de cette rencontre dans une poésie :
Je me promenais dans le bois,
Et je suivais mon chemin
Sans rien chercher, 
Sans penser à rien.

Je vis sous l'ombrage
Une fleur paraître, 
Brillante comme une étoile, 
Belle comme un regard.

Je voulus la cueillir;
Elle me dit gentiment :
« Est-ce pour me flétrir 
Que je dois être cueillie? »

Je l'enlevai
Avec toutes ses racines;
Je la portai au jardin 
Qui orne ma maison;

Et je la replantai 
Dans un lieu paisible. 
Maintenant elle verdoie,
Elle fleurit toujours. 

Cela veut dire, sans symbole, que Christiane devint la femme de Goethe; mais l'aversion qu'il avait rapportée d'Italie pour les cérémonies de l'Eglise lui fit différer son mariage avec elle jusqu'en 1806. Elle lui donna, le 25 décembre 1789, un fils qui fut nommé Auguste, en l'honneur du duc de Weimar. Lors de l'occupation de la ville par les troupes françaises, après la bataille d'Iéna, Goethe voulut assurer les jours de sa femme et de son enfant, et il fit consacrer son union. On a beaucoup disserté sur Christiane, que la société de Weimar fit d'abord mine de repousser à cause de son origine, mais qu'elle finit pourtant par accueillir, après que Charles-Auguste lui en eut donné l'exemple. On l'a trop souvent jugée par comparaison avec Mme de Stein ou avec Lili Schoenemann; elle était assurément moins distinguée que la première, moins brillante que la seconde. Mais, sans être très lettrée, elle ne manquait pas d'instruction. Au dire des contemporains, elle avait plutôt de la fraîcheur que de la beauté. 
« Je suis heureux, dit Goethe dans une lettre à Jacobi (du 1er février 1793); ma petite est soigneuse et active dans le ménage; mon garçon est gai et bien portant. » 
Enfin, il ne faut pas oublier, lorsqu'on parle de Christiane Vulpius, que la mère de Goethe approuva le choix que son fils avait fait. Christiane est l'héroïne des Elégies romaines, écrites par Goethe à son retour d'Italie, et publiées en 1792. C'est une peinture de l'amour tel qu'il le comprenait alors, de l'amour antique sans alliage romanesque, peinture faite avec une franchise de ton qui étonna les contemporains, mais qui éloigne en même temps toute idée de libertinage. Il est probable que la traduction de Properce dont Knebel s'occupait alors ne fut pas étrangère à la rédaction de cet ouvrage, qui est unique dans la littérature allemande, et qui ne peut se comparer qu'aux élégies d'André Chénier.

Les Epigrammes vénitiennes nous transportent encore en Italie. La forme est pareille : c'est l'ancien distique, Composé d'un hexamètre et d'un pentamètre; mais l'inspiration est différente. Les unes sont des épigrammes dans le sens grec, c.-à-d. de simples inscriptions; d'autres sont des traits satiriques dirigés contre toutes les classes de la société, le clergé, la noblesse, le peuple; d'autres encore, des boutades contre le caractère italien, l'exploitation de l'étranger, la malpropreté des rues. Goethe était allé à Venise, au mois de mars 1790, à la rencontre de la duchesse Amélie, qui revenait de Rome; la duchesse tarda jusqu'au commencement de mai, et le poète occupa ses loisirs à écrire au jour le jour et sans ordre ces petites pièces qui ne lui coûtaient guère. Il est possible qu'un peu de mauvaise humeur se soit mêlée aux ennuis de l'attente : on s'expliquerait ainsi le ton acerbe de certaines épigrammes. Le recueil s'augmenta dans les années suivantes, et parut, en 1795, dans l'Almanach des Muses de Schiller.

En 1792, Goethe accompagna le duc de Weimar dans la campagne de Valmy. Le soir de la bataille, comme on commençait à s'inquiéter dans le camp prussien, ses compagnons, réunis autour d'un feu, lui demandèrent ce qu'il pensait de la tournure que prenaient les événements. Il leur répondit : 

« De ce lieu et de ce jour date une nouvelle époque dans l'histoire du monde, et vous pourrez dire: J'y étais. » 
Ce mot solennel, que reprennent volontiers les livres d'histoire, a-t-il été réellement prononcé? Ou, comme d'autres mots historiques, a-t-il été imaginé ou du moins arrangé après coup? Il faut se souvenir que le récit de la Campagne de France n'a été publié que trente ans plus tard. Dans une lettre à Knebel, du 27 septembre 1792, Goethe dit simplement ceci : 
« Je suis très content d'avoir vu tout cela de mes yeux, et de pouvoir dire, quand il sera question de cette importante époque : quorum pars magna fui. Après avoir méprisé l'ennemi, on commence à le prendre pour quelque chose, et, comme il arrive en pareil cas, on exagère dans l'autre sens et on le met plus haut qu'il ne conviendrait. » 
Goethe suivit la retraite de l'armée prussienne jusqu'à Trèves, et, avant de retourner à Weimar, il alla voir son ami Jacobi à Pempelfort, près de Dusseldorf. Mais déjà on annonçait que les Français prenaient l'offensive, et Custine marchait sur Mayence, qui se rendit le 24 octobre. La ville fut reprise par les confédérés allemands, le 23 juillet 1793; Goethe assista au siège et à la capitulation, et il a fait un tableau intéressant de la sortie des troupes françaises. Dans l'intervalle des deux campagnes, il avait commencé à mettre en vers hexamètres l'ancien Poème du Renard, cette « bible profane », qui lui semblait « le miroir d'une époque où le genre humain se montrait dans sa franche bestialité ». C'était en même temps, pour lui, un exercice de versification, qui le préparait à Hermann et Dorothée. Wieland et Herder se chargèrent de revoir le poème au point de vue de la forme, qui, au jugement de Goethe lui-même, manquait encore d'aisance et de grâce, et le Reineke Fuchs, en douze chants, parut en 1794, sans que l'auteur en fût entièrement satisfait. La même année, il reprit ses études sur l'art, et il visita la galerie de Dresde avec le peintre Meyer. Il avait l'intention de retourner en Italie, mais la guerre l'en empêcha. Il dut se borner à un troisième voyage en Suisse, en 1797. Il retrouva Meyer à Zurich; ils visitèrent ensemble le lac des Quatre-Cantons, et Goethe se renseigna sur la légende de Guillaume Tell, dont il voulait faire le sujet d'un poème. A son retour, comme d'autres travaux l'occupèrent, il abandonna le projet à Schiller, qui en profita pour son drame.

Relations avec Schiller. Hermann et Dorothée. Wilhelm Meister. Les ballades.
Les relations entre Goethe et Schiller dataient de l'année 1794. Il est remarquable que les deux poètes, qui devaient bientôt s'unir d'une étroite amitié, n'éprouvèrent d'abord l'un pour l'autre que de l'antipathie. Lorsqu'ils se rencontrèrent pour la première fois, en 1788, dans le salon de Mme de Lengefeld, Schiller n'était encore que l'auteur de Don Carlos; il sortait à peine de cette période orageuse dont Goethe était complètement dégagé et dont il ne voyait plus maintenant que les excès. Un rapprochement eut lieu à la fin de l'année 1794, lorsque Schiller fonda la revue intitulée les Heures, à laquelle il voulait associer tous les écrivains importants de l'Allemagne plusieurs lui refusèrent leur concours, Goethe lui promit aussitôt le sien. Les Xénies, un recueil d'épigrammes, dont Goethe eut la première idée, mais qu'ils rédigèrent en commun, et qui parurent dans l'Almanach des Muses pour l'année 1797, sous la signature G. et S., scellèrent leur union. Ils y passaient en revue toutes les formules surannées et toutes les étroitesses de goût qui gênaient l'essor de la littérature; c'était comme le manifeste, de l'école nouvelle qui se fondait sous leurs auspices. L'année. 1797 s'appelle, pour Goethe comme pour Schiller, l'année des ballades; ils trouvaient ensemble les sujets, et se les partageaient. Goethe écrivit le Chercheur de trésors, l'Apprenti sorcier, la Fiancée de Corinthe, le Dieu et la Bayadère; il abandonna à Schiller les Grues d'Ibycus et Héro et Léandre. Enfin, les deux amis se communiquaient tous leurs projets, exerçaient un contrôle incessant l'un sur l'autre. Goethe assistait à tous les remaniements de Wallenslein; Schiller suivait la rédaction d'Hermann et Dorothée; il révisa les trois dernières parties de Wilhelm Meister. Cette collaboration dura jusqu'à la mort de Schiller, en 1803.

Hermann et Dorothée est, avec Iphigénie en Tauride, la plus belle création de Goethe dans le genre classique, la plus étonnante même si l'on considère l'art qu'il y déploya et les difficultés qu'il eut à vaincre. Le sujet contenait la matière d'une idylle; il en tira un poème en neuf chants, chaque chant étant placé sous l'invocation d'une muse. Le fils d'un aubergiste épousant une jeune émigrante que la guerre avait chassée de son pays, telle était la donnée; le poète l'éleva, l'amplifia, en faisant voir comme fond de tableau la Révolution française. On s'apercevrait, lors même qu'il ne nous le dirait pas, que l'Iliade et l'Odyssée étaient présentes à sa mémoire. Il porte l'imitation du style antique jusqu'aux dernières limites où elle peut se concilier avec le naturel. Ses personnages, un pasteur, un pharmacien, parlent comme Nestor et Ulysse; des objets de la vie ordinaire se présentent accompagnés d'une épithète homérique. Mais ce qui sauve toutes les hardiesses, c'est la parfaite harmonie de l'ensemble; il n'y a pas, dans tout le poème, une seule phrase qui détonne. Au reste, Hermann et Dorothée fut composé tout d'une haleine, comme l'avait été autrefois Werther, et le succès fut pareil; commencé au mois d'août 1796, le poème fut terminé en juin 1797.

Il n'en est pas de même des Années d'apprentissage de Wilhelm Meister, dont la rédaction, souvent interrompue, n'embrasse pas moins d'une vingtaine d'années, de 1777 à 1796. Ce roman a été diversement jugé : George Sand, dans Tévérino, l'appelle un adorable conte; Edmond Scherer y voit le comble de l'ennui. La vérité est sans doute entre ces opinions extrêmes; ce qui est certain, c'est que l'ouvrage est très inégal. Les premiers livres sont d'une composition plus serrée que les derniers. Goethe veut nous faire assister à l'éducation d'un artiste, nous montrer le rôle qu'il doit jouer dans le monde. Quel beau sujet pour un écrivain qui avait réfléchi sur tous les arts et qui en avait pratiqué quelques-uns! Mais aussi, quoi de plus élastique qu'un tel cadre! et quelle tentation perpétuelle d'ouvrir des portes de côté, des échappées et des perspectives en tous sens! Dans un entretien entre deux personnages, au cinquième livre, la différence du drame et du roman est marquée de la manière suivante : 

« Le drame doit se hâter, et le caractère principal tendre au dénouement, tout en étant retenu par des obstacles. Le roman, au contraire, doit aller lentement, et les sentiments du personnage principal doivent suspendre, par un moyen quelconque, l'acheminement du tout vers la conclusion. » 
Goethe semble avoir voulu appliquer cette définition dans son Wilhelm Meister. A mesure qu'on avance, la scène s'étend et l'action se ralentit; le récit s'émiette et se disperse. L'analyse d'Hamlet prend une longue suite de chapitres; tout le sixième livre est un épisode. Ce fut bien pis quand Goethe voulut plus tard donner une suite à son roman et qu'il écrivit les Années de voyage de Wilhelm Meister ou les Renonçants. Le premier volume parut en 1821. Pendant que les deux derniers s'imprimaient, en 1829, le manuscrit, raconte Eckermann, se trouva insuffisant. Alors Gœthe posa devant son secrétaire deux liasses de papiers inédits dont le contenu n'avait aucun rapport avec Wilhelm Meister, pour qu'il en tirât des séries de maximes et de réflexions; on combla ainsi les lacunes. 
« Cela nous tire d'embarras, ajoutait Goethe, et cela nous donne l'occasion de lancer dans le monde bien des choses importantes. »
Il en était arrivé à une sorte d'indifférence sur la manière dont il ferait ses communications au public.

L'une des nouvelles destinées aux Années de voyage se développa sous la plume de l'auteur et devint un roman; ce sont les Affinités électives (1809). L'idée en était ingénieuse et neuve. N'y a-t-il pas dans le monde moral des attractions mystérieuses et impératives, comme dans le monde physique? Deux époux, Edouard et Charlotte, voient leur bonheur troublé par l'arrivée de deux personnes qu'ils admettent dans leur intimité, un capitaine, ami d'Edouard, et une nièce de Charlotte, nommée Ottilie. Le capitaine et Charlotte triomphent de leur penchant mutuel, ils renoncent; mais Edouard et Ottilie meurent victimes de la passion aveugle qui les entraîne.

La vieillesse de Goethe. La Fille naturelle. Le second Faust. 
Les Années de voyage appartiennent déjà à la troisième manière de Goethe, la manière allégorique. Il demeure fidèle au grand style que lui a enseigné l'Antiquité, et il y ajoute l'intention didactique. A force d'idéaliser la poésie, de la subtiliser, pour ainsi dire, il ne voit plus en elle que le vêtement d'une idée. Ses héros deviennent des types, des symboles. Dans Eugénie ou la Fille naturelle, nous voyons paraître le Roi; le Duc, l'Abbé, le Secrétaire; ils ne sont pas autrement désignés. Eugénie, une princesse du sang, exilée de la cour, est la personnification de la patrie. Trahie par l'Abbé et par le Secrétaire, c.-à-d. par le clergé et par le peuple, elle accepte la main que lui offre le Conseiller. Cela veut dire, sans doute, que la Justice est le dernier refuge d'une société démembrée. La Fille naturelle était la première pièce d'une trilogie où Goethe voulait peindre tout le développement de la Révolution française. Représentée au théâtre de Weimar en 1803, elle fut froidement accueillie, malgré la perfection du style, et elle n'eut jamais de suite.

La plus grande partie du second Faust est écrite dans la même manière allégorique que la Fille naturelle, mais on aurait tort de considérer le second Faust seulement comme une oeuvre de la vieillesse de Goethe, bien qu'il ne fût publié qu'après sa mort, en 1833. Plusieurs scènes étaient déjà ébauchées, quelques-unes même tout à fait terminées, à l'époque où parut la première partie de la tragédie, en 1808. Dès l'année 1795, Goethe avait eu l'idée de faire reparaître l'Ecolier devant Méphistophélès, non plus avec sa naïve crédulité d'autrefois, mais avec l'outrecuidance d'un savoir fraîchement éclos. L'épisode d'Hélène, publié séparément en 1827, l'occupait déjà en 1800. Faust était devenu le compagnon idéal de sa vie et comme sa doublure intellectuelle; au milieu de ses autres travaux, il revenait sans cesse à lui, incarnait en lui toutes ses idées, personnifiait en lui toutes ses métamorphoses. On comprend que, dans un tel sujet et dans une oeuvre de ce genre, se complétant scène par scène à de longs intervalles, le symbole, cette dernière forme de la poésie de Goethe, dut prendre une place de plus en plus prépondérante. Après avoir montré Faust en lutte avec ses passions, il fallait parcourir avec lui le monde ancien et moderne, le faire assister à la décadence du vieil Empire, ressusciter devant lui le monde d'Homère avec tout son cortège mythologique. Le poète, qui n'avait plus souci de la réalité vulgaire, n'était-il pas libre de supprimer, pour le héros de ses rêves, les temps et les distances? Le Faust, pris dans son ensemble, contient donc tous les styles de Goethe, comme il contient toute sa vie. Si ses poésies n'étaient, comme il le dit, que des fragments d'une grande confession, Faust est sa confession générale.

La vie de Goethe, après l'année 1805 qui lui enleva Schiller, offre peu d'incidents à noter. Le principal intérêt de sa biographie, à partir de ce moment, est dans l'attitude qu'il prit vis-à-vis des événements qui agitaient l'Europe. Il s'était promptement détaché de la Révolution française; il désapprouvait surtout les parodies maladroites et intempestives qu'on en faisait en Allemagne

« Je hais les bouleversements violents, disait-il plus tard à Eckermann (27 avril 1825), parce qu'on détruit par là autant que l'on gagne; je hais ceux qui les accomplissent, aussi bien que ceux qui les rendent inévitables. » 
Et, insistant sur son idée :
« Je le répète, disait-il, tout ce qui est violent et précipité me répugne dans l'âme, car cela n'est pas conforme à la nature. » 
Puis, expliquant. encore sa pensée par une image, il continuait : 
« Je suis l'ami des plantes, et j'aime la rose comme la fleur la plus parfaite, que produise notre ciel allemand. Mais, je ne suis pas assez fou pour vouloir que mon jardin me la donne maintenant, à la fin d'avril. Je suis content de trouver aujourd'hui les premières feuilles vertes, et je le serai encore lorsque je verrai, de semaine en semaine, les feuilles continuer à former la tige; je le serai davantage quand le bouton se dégagera au mois de mai, et je serai heureux enfin si juin me présente la rose avec sa magnificence et ses parfums. Mais celui qui ne sait pas attendre, qu'il aille dans une serre chaude! »
Il s'attendait à une restauration bourbonienne à bref délai. L'Empire lui donna un démenti. Il admira Napoléon plutôt en artiste qu'en homme politique; il vit surtout en lui un grand déploiement de force individuelle. Il assista aux fêtes d'Erfurt, comme ministre du duc de Weimar, en 1808, et il eut avec l'empereur un entretien dont il confia plus tard quelques détails au chancelier de Muller (V. les Conversations d'Eckermann traduites par Délerot, au 1er  vol., p. 81, en note). Lors du mouvement national de 1843, Goethe se tint à l'écart, laissant à des poètes plus jeunes le soin de composer des chants de guerre ou d'exciter les multitudes. 
« Au reste, disait-il encore à Eckermann (14 mars 1830), je ne haïssais pas les Français, car comment pouvais-je haïr une nation qui compte parmi les plus civilisées de la terre? » 
On lui demanda d'écrire une pièce de circonstance pour le retour des troupes prussiennes en 1815, et il donna au théâtre de Berlin le Réveil d'Epiménide, une froide allégorie ou se détachent cependant quelques belles strophes.

Pendant que l'Allemagne se remettait avec peine des secousses violentes qu'elle venait de recevoir, Goethe cherchait une nouvelle source d'inspiration dans l'Orient, et il composa, à l'imitation du Divan de Hafiz, le Divan oriental-occidental (1819). C'était un recueil de poésies lyriques, très allemandes au fond, auxquelles certaines particularités de rythme, certaines substitutions de noms donnaient une teinte orientale. Ce qui étonne, c'est la fraîcheur d'imagination et la chaleur de sentiment qu'elles dénotent chez un poète de soixante-dix ans. Il resta, jusqu'à la fin de sa vie, au courant de tout ce qui se publiait en Allemagne et à l'étranger. Les débuts de l'école romantique en France l'intéressèrent surtout et d'autant plus vivement qu'il y voyait une preuve de son influence au dehors. Ses amis, le bibliothécaire Riemer, le peintre Meyer, le musicien Zelter le renseignaient chacun dans sa spécialité. Eckermann était, depuis 1821, son principal secrétaire. Sa belle-fille, Ottilie de Pogwisch, lui servait de lectrice. Ses dernières années, comme il arrive dans toute carrière prolongée, furent attristées par des deuils. Il avait encore vu sa mère à Francfort, en 1807, et, l'année d'après, il avait reçu la nouvelle de sa mort. Il perdit sa femme en 1816 (le 6 juin), le duc Charles-Auguste, son meilleur ami après Schiller, en 1828 (le 14 juin). Son fils, Auguste de Goethe, conseiller à la chambre des comptes, mourut subitement pendant un voyage à Rome, le 30 octobre 1830. Lui-même s'affaiblit au mois de mars 1832. Dans la nuit du 19 au 20, il eut une crise, dont il parut se remettre les jours suivants. Le 22, vers midi, il s'endormit dans son fauteuil. Sa dernière parole avait été, paraît-il : 
« Qu'on laisse entrer plus de lumière! »
Goethe a beaucoup écrit et dans tous les genres; il a semé, en outre, beaucoup d'idées dans sa correspondance, et dans ses conversations, dont une partie a été recueillie par ses amis. Nous avons surtout insisté, dans la notice précédente, sur ceux de ses ouvrages qui montrent le mieux le développement et les transformations de son esprit. Mais il faut citer encore, dans le genre dramatique : les Complices, comédie en trois actes (1769); Prométhée, un beau fragment, deux actes et un monologue, écrits en 1774, publiés en 1830; Jéry et Boetely, un petit opéra, qui a été porté sur la scène française sous le titre du Chalet, et qui fut écrit en 1779, lors du second voyage de Goethe en Suisse (publié en 1787); le Grand Copiste, une comédie en cinq actes sur l'affaire du Collier (1792); Pandore, un pendant de Prométhée, et qui resta, comme lui, à l'état de fragment; enfin, deux pièces politiques, une comédie en un acte intitulée le Citoyen Général (1793), et le drame inachevé des Révoltés, écrit en 1794, imprimé en 1816. Il faut ajouter les traductions du Mahomet (1800) et du Tancrède (1801) de Voltaire, faites pour le théâtre de Weimar. En 1798, Goethe entreprit un poème qui devait former le lien entre l'Iliade et l'Odyssée, l'Achilléide, dont il écrivit le premier chant (publié en 1808). En 1810, il commença la rédaction de ce livre qu'on appelle communément ses Mémoires, et qu'il intitula : Aus meinem Leben, Wahrheit und Dichtung (quatre parties, 1811, 1812, 1813 et 1831); c'est un tableau idéal de sa jeunesse, qu'on peut consulter pour sa biographie, à condition de le confronter sans cesse avec sa correspondance et avec les autres renseignements contemporains. Goethe publia lui-même sa correspondance avec Schiller (Stuttgart, 1828-1829, 6 vol.). Au moment ou il méditait un troisième voyage en Italie, il fit, pour les Heures, une traduction des Mémoires de Benvenuto Cellini (imprimée à part en 1803, deux parties). Il traduisit aussi l'Essai sur la peinture de Diderot (1798, publié en 1816), et le Neveu de Rameau, encore inédit, qu'il avait pu lire en manuscrit (1803). Enfin, Goethe a dirigé successivement et rédigé en grande partie deux revues archéologiques, les Propylées (1798-1800) et l'Art et l'Antiquité (1816-1828). (A. Bossert).
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