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Godoy

Manuel Godoy y Alvarez de Faria, duc de l'Alcudia, prince de la Paix, est un célèbre homme d'Etat espagnol(L'Espagne au XVIIIe siècle), né à Badajoz le 12 mai 1767, et mort à Paris le 4 octobre 1851. Issu de parents plus riches d'ancêtres que d'écus, mais bien élevé, instruit, élégant, causeur charmant, d'un esprit très délié, avec cela beau garçon, pourvu, en un mot, de tous les dons de séduction mondaine, il alla de bonne heure chercher fortune à Madrid, où son frère aîné était dans les gardes du corps. Il y entra lui-même en 1787, et, exerçant une fascination incroyable sur l'élément féminin de la cour, il ne tarda pas à attirer sur lui l'attention de la reine Louise-Marie, âgée alors de trente-huit ans. 

Devenu favori intime de celle-ci, il sut aussi entièrement captiver Charles IV, et dès lors sa carrière fut vertigineuse. Adjudant général de sa compagnie en 1788, adjudant général des gardes du corps en 1791, lieutenant général en 1792, créé duc de l'Alcudia, major des gardes du corps, membre du conseil d'Etat, il succéda, à l'âge de vingt-cinq ans, au célèbre comte d'Aranda, comme premier ministre (15 novembre 1792). Il faut reconnaître que, dans les conseils du gouvernement, il avait fait preuve de beaucoup de tact et d'une maturité de jugement au-dessus de son âge. Mais il arriva aux affaires à l'heure des grandes difficultés.

Sous l'influence des sentiments profondément monarchiques de la nation, surexcités par l'exécution de Louis XVI, il crut devoir venger cette mort; mais ses velléités comminatoires furent prévenues par la Convention qui déclara la guerre à l'Espagne (7 mars 1793). Malgré quelques succès de début des armées espagnoles, la France resta victorieuse dans une seconde campagne, et la paix fut signée à Bâle le 22 juillet 1795, La conclusion de ce traité valut à Godoy le titre de prince de la Paix (principe de la Paz), la grandesse d'Espagne de première classe, l'ordre de la Toison d'or et une dotation territoriale de 50 000 piastres fortes de revenus. Méprisant les attaques d'une opposition déchaînée par ces hautes faveurs, il fit encore signer un traité d'alliance offensive et défensive avec la République française (19 août 1796), pour essayer de débarrasser son pays de la tutelle désastreuse de l'Angleterre. Après une courte guerre contre cette puissance, Godoy s'appliqua à panser les profondes blessures de l'Espagne, à la relever de le ruine économique, à abaisser l'influence de l'Inquision et les prétentions du clergé, à affranchir le gouvernement de l'ingérence de la papauté. 
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Godoy, par Goya.
Godoy, prince de la Paix, tableau de Goya.

L'accomplissement d'une aussi lourde tâche suscita contre lui toutes les haines et une coalition de tous les intérêts lésés. Il y prêta encore le flanc par sa vie fastueuse au milieu de la détresse générale et surtout par son double mariage, l'un secret avec Josefa Tudo, fille d'un officier; l'autre, avec Marie-Thérèse de Bourbon, fille naturelle de l'infant D. Louis, frère du roi, princesse que la reine lui avait fait épouser par jalousie (septembre 1797). L'Angleterre attisait encore cette animosité publique que dirigeait l'héritier du trône, le prince des Asturies. Le Directoire lui-même imposa à Charles IV la destitution de son premier ministre (28 mars 1798), qui revint au pouvoir, plus puissant que jamais, à l'avènement de Bonaparte comme premier consul. En 1801, il commanda en chef l'armée espagnole dans l'expédition commune contre le Portugal, dont il sut tirer un parti avantageux pour son pays. Poursuivant ensuite ses réformes administratives et financières, il fit conclure avec la France un traité (22 octobre 1803, stipulant la neutralité de l'Espagne dans l'éventualité d'une guerre contre l'Angleterre, moyennant un subside annuel de 48 millions de francs. 

L'attaque brutale par des Anglais de quatre frégates espagnoles en vue du port de Cadix (ler octobre 1804) l'amena à leur déclarer la guerre et à conclure un traité d'alliance avec la France. Nommé généralissime des armées de terre et de mer d'Espagne, il ne prit personnellement aucune part à cette campagne désastreuse. L'année suivante, il faillit se laisser entraîner dans une coalition contre Napoléon, qui, mis alors en défiance, désira l'écarter du pouvoir, et, dans le traité de Fontainebleau (27 octobre 1807), ayant pour objet le démembrement du Portugal, il promit au prince de la Paix la souveraineté des Algarves. Cependant la situation de celui-ci devenait de plus en plus difficile en face des intrigues du parti du prince des Asturies alors en lutte ouverte contre son père, et en présence de l'attitude indécise de Napoléon à l'égard de l'Espagne. Son histoire dès lors est celle de la dernière-année du règne malheureux de Charles IV

L'armée française, envoyée à la conquête du Portugal, ayant pris des allures inquiétantes pour l'indépendance de son alliée, Godoy conseilla au roi de partir pour Cadix et d'y attendre les événements. Le prince des Asturies en profita pour crier à la trahison et susciter une émeute. Assailli dans son palais par une foule furieuse, dans la nuit du 17 mars 1808, le premier ministre ne fut sauvé de la mort que par l'abnégation de son vieux souverain, qui abdiqua en faveur de son fils (Ferdinand VII). Jeté en prison, il fut délivré par ordre de Murat et envoyé à la fameuse entrevue de Bayonne, où il dut rédiger l'acte d'abdication de Charles IV en faveur de Napoléon. Il suivit à Rome le souverain déchu, qui ne cessa de lui témoigner la plus vive amitié, et après la mort de celui-ci et de l'ex-reine, à dix-huit jours d'intervalle, il vint se fixer à Paris, où, complètement ruiné, il ne vécut pendant longtemps que d'une pension de 5000 F que lui faisait Louis-Philippe.

Sa fille, issue du mariage avec la princesse de Bourbon, avait épousé en 1820 le prince romain Ruspoli. Pendant son exil, il mit au jour ses mémoires : Cuenta dada de la vida politica de D. Man. Godoy, principe de la Paz, o sean memorias criticas y apologeticas (Madrid, 1836-1838, 5 vol. in-8, et 1842, 6 vol. in-8; trad. en français, Paris, 1836-1838, 4 vol.), mémoires bien instructifs pour l'histoire. Le rôle politique de Godoy a souvent été apprécié avec trop de passion. Maître absolu de l'Espagne pendant nombre d'années, mais au milieu des conditions extérieures et intérieures exceptionnellement périlleuses, il a été rendu responsable de tous les événements malheureux qu'il n'était pas en son pouvoir de dominer. Dans le cours de sa longue administration, il fit preuve de largeur de vues politiques, de clairvoyance, de patriotisme. de courage, d'habileté gouvernementale, et après sa chute, Napoléon lui-même le qualifia « d'homme de génie-». (G. Pawlowski).

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Dictionnaire biographique
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