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Les
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| Gioberti
(Vincenzo), philosophe, publiciste et homme politique italien, né
à Turin En 1838, il y publia la Teorica del Sourannaturale, qui attira l'attention de quelques esprits, notamment de Rosmini. C'était le germe de tous ses autres écrits : il posait en principe la convenance parfaite entre la religion et le progrès civil des nations, et faisait l'application de ce principe à l'Italie. Dans son Introduzione allo studio della Filosofia (1840), attaquant les influences étrangères, particulièrement l'influence française, il s'en prit à l'école de Descartes, dressa l'ontologisme en face du psychologisme, que professait Rosmini, et soutint l'alliance du catholicisme avec la philosophie. Son étude Del Bello (1841), qui traitait de l'origine, du progrès et de la décadence des arts et concluait par un hymne à l'Italie, fut critiqué par Rosmini. Polémiste
ardent, Gioberti écrivit aussitôt son livre Degli errori
fllosofici di Antonio Rosmini. Puis, il donna son étude Del
Buono (1842). Le grand-duc de Toscane lui fit offrir une chaire de
philosophie morale à l'université de Pise, mais, sur les
représentations de Charles-Albert, il retira sa proposition. Jusque-là,
l'abbé Gioberti, plus théologien que philosophe, d'une orthodoxie
incontestable, n'avait trouvé d'écho que dans un public très
restreint. En 1843, il publia Il Primato morale e civile degli Italiani,
qui eut un immense retentissement. Cette oeuvre, dédiée à
Silvio Pellico, n'était au fond qu'une résurrection de la
vieille idée guelfe, l'affirmation de la suprématie de l'Italie
conservée en puissance par la papauté. Ouvrant aux Italiens
des perspectives de grandeur qui contrastaient singulièrement avec
leur condition du moment, présentant le pape, qu'il mettait à
la tête de la fédération italienne, comme le guide
de la nouvelle civilisation, n'exigeant des gouvernements que des améliorations
matérielles, et, s'il insultait la France, évitant toute
allusion à la domination autrichienne en Lombardie, l'auteur se
montrait audacieux, téméraire et timide tout ensemble. Il
ménageait et flattait même les jésuites Le Primato,
d'un style ample et coloré, séduisit les imaginations. Tout
utopique qu'il était, il eut l'avantage d'engager dans le mouvement
une grande partie du bas clergé. Mais le pape et les princes, qui
auraient dû le recommander, le poursuivirent. Dans les Prolegomeni
del Primato (1845), ému du supplice des Bandiera, et
influencé par les Speranze d'Italia que Cesare Balho venait
de publier, Gioberti gourmanda les princes, attaqua l'Autriche, et fit
retomber sur les jésuites Emporté dans
le tourbillon de la politique, l'abbé Gioberti rentra en Italie
aux premiers jours de la guerre de l'indépendance. Accueilli en
triomphateur à Turin, sa patrie, à Milan Le 16 décembre,
il fut appelé à former un ministère démocratique,
avec Rattazzi, Sineo, Tecchio et autres. Il prit la direction des affaires
étrangères. La Chambre fut dissoute (5 janvier 1849) : la
nouvelle réclama la reprise des hostilités. Le roi, de son
côté, avait hâte d'en finir. Gioberti, au contraire,
devenu plus pratique avec l'exercice du pouvoir, voulait attendre la réorganisation
de l'armée. De plus, bien qu'il fût revenu de ses illusions
sur la papauté, tenant toujours pour la confédération
des princes, il aurait voulu que le Piémont rétablit le pape
et le grand-duc de Toscane dans leurs États pour faire de leur restauration
et du maintien des constitutions une oeuvre italienne. Il entama de vaines
négociations dans ce sens.
En 1851, il publia son grand ouvrage Del Rinnovamento civile d'Italia (Paris, 2 vol. in-8), dans lequel, frappant indifféremment sur tous les partis, il pressent le triomphe de l'idée républicaine et prévoit la rénovation religieuse qui sera la conséquence de la chute du pouvoir temporel. La cour de Rome mit alors toutes ses oeuvres à l'index. Gioberti cessa de vivre dans la nuit du 26 au 27 octobre 1852 : on le trouva le matin en bas de son lit, ayant à son chevet l'Imitation de Jésus-Christ et les Fiancés de Manzoni. Cette mort a paru mystérieuse à beaucoup de ses amis. Le municipe de Turin fit revenir sa dépouille. En 1859, une statue lui a été élevée en face du palais Carignan, où siégeait la Chambre des députés. L'Italie, qui fut sa véritable passion, et à laquelle seule il resta fidèle à travers ses diverses évolutions, le reconnaît à juste titre comme un des pères de sa nouvelle renaissance. Violent dans ses écrits, Gioberti était simple et doux dans la vie privée. (F. Henneguy).
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.