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Fra Mauro

Fra Mauro est le plus célèbre des cosmographes de son temps (Le géographie médiévale), était un religieux de l'ordre des Camaldules, au monastère de Saint-Michel de Murano, près Venise : on ne connaît pas la date de sa naissance. La réputation dont il jouissait dans les sciences mathématiques et physiques le fit choisir, en 1444, pour être de la députation des quinze patriciens nommés pour régler le cours de la Brenta et pour diriger les travaux des lagunes. Ce fut entre 1457 et 1459 qu'il exécuta cette belle mappemonde qu'on voit encore aujourd'hui conservée à la Bibliothèque Marciana de Venise. Vers cette même époque il exécuta, pour Alphonse V, roi du Portugal, une mappemonde qui était probablement le copie de cet dont nous venons de parler. Le mémoire des sommes qu'Alphonse paya pour cet objet existe encore dans les registres du couvent de Saint-Michel; et nous y voyons le nom d'Andrea Bianco, lui-même cosmographe assez célèbre, au nombre des dessinateur, et des scribes que Fra Mauro avait employés; ce qui prouve que ce savant religieux était comme le chef de tous les cosmographes de son temps et avait formé une sorte d'école. La date de sa mort n'est pas plus connue que celle de se naissance; on ne trouve aucune mention de lui comme vivant postérieurement au 20 octobre 1459. La république de Venise fit frapper en son honneur une médaille, où se trouve son portrait.

Fra Mauro.
Fra Mauro.

Ramusio a parlé de la mappemonde de Fra Mauro, mais il ne l'a connue que très imparfaitement; elle a été aussi mal appréciée par Formaleoni et quelques autres. Dom Alphonse Collina, Foscarini, Vicenzo, Ricci, Mittarelli, Costadoni, Tiraboschi, Andrès et Carli en ont fait l'éloge et en ont connu toute l'importance. Les Médicis, en 1494, envoyèrent des peintres et des dessinateurs à Venise pour en tirer une copie, qui fut placée dans leur palais, à Florence; ils firent aussi traduire en latin les traités de cosmographie, les légendes et les explications, qui sont en grand nombre sur cette mappemonde. On présume que la mappemonde qui se trouvait au monastère d'Alcobaça, au Portugal, et que l'infant dom Ferdinand montra en 1525 à Francesco Souza Tavarès, était aussi une copie de celle de Fra Mauro.

En 1804 le gouvernement anglais fit tirer une copie très exacte de la mappemonde de Fra Mauro. Cette copie a été exécutée, aux frais de la compagnie des Indes et d'un certain nombre de souscripteurs, par Guillaume Fraser; elle fut transportée à Londres et donnée au British Museum. Vincent a fait réduire et graver, d'après cette copie, la portion qui concerne l'Afrique, et l'a insérée dans la nouvelle édition de ses ouvrages sur la géographie ancienne. Enfin, un camaldule du même couvent que Fra Mauro a publié, en 1806, une description de cette mappemonde en 1 vol. in-folio, intitulé Il Mappamondoe di Fra Mauro camaldolese descritto ed illustrato da D. Placido Zurla dello stesso ordine. Ce volume présente sur le titre le portrait de Fra Mauro, d'après la médaille frappée en son honneur et une réduction en une petite feuille de la mappemonde du célèbre cosmographe vénitien. Cette même réduction a été insérée dans les Recherches sur Marco Polo, en 9 vol. in-4°, autre ouvrage de don Placido Zurla. 
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La mappemonde de Fra Mauro.
La Mappemonde de Fra Mauro (ca. 1459).

Le volume que cet estimable auteur a publié sur la mappemonde de Fra Mauro laisse beaucoup à désirer. Il eût fallu, pour faire bien connaître ce monument géographique, si utile pour l'histoire de la science, transcrire toutes les notes, légendes et explications qui s'y trouvent; il eût été surtout nécessaire de faire un relevé de tous les noms géographiques, d'en composer une liste méthodique, et d'indiquer, au moins par des renvois en chiffres, les places que toutes les positions ou les objets qu'ils désignent occupent sur la carte. Dom Zurla ne fait connaître qu'un petit nombre de notes et de noms, principalement ceux qui pouvaient être utiles aux discussions auxquelles il se livre.

Cependant, ce qu'il dit de cette mappemonde et la réduction qu'il en a donnée suffisent pour prouver que Fra Mauro connaissait tout ce que les anciens et les modernes, jusqu'à lui, avaient écrit sur la géographie : les découvertes de Marco Polo, en Asie, y sont tracées avec tant d'intelligence, que Ramusio a cru que cette carte n'était qu'une copie de celle du voyageur vénitien, qui probablement n'a jamais dressé de carte. Fra Mauro a dessiné le cap Vert, le cap Rouge et le golfe de Guinée, découvertes des Portugais toutes récentes lorsqu'il composa sa mappemonde; enfin, ainsi qu'il nous apprend lui-même, il avait obtenu des renseignements de plusieurs voyageurs qui n'ont jamais écrit de relations, ou dont les relations, si elles existent, n'ont pas été publiées : ainsi nous lisons, entre autres, dans l'intérieur de l'Afrique, le nom de Dafur ( = Darfour), qui ensuite a été inconnu à Delisle, à d'Anville et à tous les géographes d'Europe, jusqu'à Bruce, qui le premier entendit parler de ce pays, depuis découvert et visité par Browne

Mais les résultats les plus importants des travaux des cosmographes du commencement du XVe siècle, et particulièrement de Fra Mauro, furent l'influence immense qu'ils exercèrent sur les entreprises maritimes des peuples de l'Europe, dans ce siècle et dans le suivant (les Grandes découvertes maritimes). On peut affirmer qu'ils ont été la cause principale des deux plus grandes découvertes géographiques , celle du cap de Bonne-Espérance et celle de l'Amérique. L'ouvrage arabe d'Edrisi avait, à la vérité, fait abandonner la méthode exacte et précise de Ptolémée, de détenniner les positions des lieux par leur distance à l'équateur et à un premier méridien  on avait pris la méthode plus vague des Arabes, qui se prêtait mieux à l'ignorance de ces temps, de diviser le globe par bandes ou climats, et d'y placer les lieux d'après les distances respectives, par le moyen des itinéraires. Mais en même temps, en recevant les systèmes et les méthodes géographiques des Arabes, on avait acquis par eux des notions touchant un grand nombre de contrées ignorées des Européens, et sur l'existence ou les noms et l'état moderne desquelles Ptolémée ne pouvait fournir aucune lumière, A leur exemple, on s'était affranchi de quelques erreurs des géographes grecs, qui mettaient un grand obstacle au progrès de la géographie. On était revenu au système d'Eratosthène, de Pomponius Méla et d'autres anciens qui faisaient rejoindre au sud les côtes orientales et occidentales d'Afrique, et les terminaient par un cap. 

Les Arabes avaient alors poussé leurs découvertes jusqu'à Sofala, sur la côte orientale, et avaient eu quelque connaissance de Madagascar, Fra Mauro, sur sa mappemonde, traça ces nouvelles découvertes; et portant Sofala sur la grande île dont il avait entendu parler, il plaça cette île au sud de l'extrémité de l'Afrique, qui lui était inconnue, et la sépara du reste du continent par un étroit canal ou un long détroit.  Le mot de Diab se trouve écrit deux fois dans cette île; c'est peut -être le mot malais dib ou div, qui signifie île. Zurla croit que c'est le mot arabe'diab, qui signifie loups. Nous ignorons par quelle raison on aurait donné à cette île cette singulière dénomination : mais un coup d'oeil jeté sur la mappemonde de Fra Mauro nous montre que l'Afrique, telle qu'il la dessinait, en y comprenant l'île Diab au midi, ne s'éloignait pas beaucoup, par sa forme générale, de celle qu'elle a réellement; qu'elle était de même très allongée vers le sud ainsi donc, les Portugais qui s'étaient procuré une copie de cette mappemonde, semblèrent plutôt reconnaître les contrées qu'ils croyaient y être tracées, qu'en découvrir de nouvelles. De mêmes, les découvertes de Marco Polo, ajoutées à l'est de l'Asie, que les systèmes géographiques prolongeaient loin vers l'orient, diminuaient, d'une part, de beaucoup les distances qui séparaient les côtes orientales d'Asie des côtes occidentales d'Europe, et laissaient, d'un autre côté, l'espoir d'arriver au Catay (Chine) et en Inde en naviguent vers l'occident sans avoir un très grand espace de mer à traverser. 

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L'Europe sur la carte de Fra Mauro.
L'Europe sur la carte de Fra Mauro.

Mais, à l'occident même des côtes d'Europe, on avait découvert les îles Açores; et les cosmographes plaçaient encore, au delà du terme des navigations et des îles connues, d'autres îles non encore visitées. Ces îles, que quelques navigateurs, trompés par l'apparition des nuages ou d'autres illusions d'optique, croyaient avoir aperçues, les cosmographes les nommaient îles de Saint-Brandan, Antilia, Berzil ou Brésil (Les îles fantastiques). Ils plaçaient ces îles à peu de distance des îles Açores ou de l'Irlande qu'on connaissait; de sorte que Christophe Colomb et les premiers navigateurs se trouvèrent enhardis à cingler droit vers l'occident par la vue de ces mappemondes, dont la découverte du cap de Bonne-Espérance venait déjà de justifier l'exactitude. 

Ce que nous venons de dire suffira pour montrer l'influence de Fra Mauro, et des cosmographes dont il était le chef, sur son siècle et sur le suivant. Nous nous abstiendrons de tout autre détail sur sa mappemonde. Nous dirons seulement qu'une des légendes qui s'y trouvent, nous indique que dès lors on attribuait les marées à l'attraction de la Lune et à la chaleur du Soleil. Dans une autre légende, il est dit que ceux qui naviguent dans la mer de l'Inde (l'océan Indien) ne se servent pas de boussole, et font usage de l'astrolabe. Cette carte est sur parchemin; elle est ornée de figures et de miniatures d'une couleur très vive; enfin les titres, les notes, les légendes et les descriptions sont écrits d'une manière très nette, et en italien mêlé d'orthographe et de dialecte vénitien. (W-s.).

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