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Foucquet
(Jehan). - Peintre français,
né à Tours vers 1415, mort à Tours vers 1480. C'est
à Paulin Paris et au comte A. de Bastard
que revient le mérite d'avoir remis en lumière ce grand artiste,
dont les oeuvres et le nom même s'étaient perdus. Grâce
aux travaux qui lui ont été consacrés, sa biographie
est aujourd'hui connue, au moins d'une façon sommaire, et sa contribution
à l'art peut être étudié dans des pièces
capitales. Pour ses trente premières années, on ne connaît
aucun fait, mais à cette période on peut rattacher deux oeuvres.
L'une est la Bible moralisée, avec 150 miniatures,
qui, malgré leur extrême petitesse, ont une extraordinaire
puissance de vie et d'expression. La seconde est le portrait
de Charles VII, à mi-corps, certainement
antérieur à 1445, car le roi n'y accuse pas quarante ans
(musée du Louvre ).
Cette peinture
si énergique dans sa sobriété dut frapper les contemporains,
et Foucquet eut de bonne heure une renommée de portraitiste. Nous
en avons une preuve éclatante. Lors d'un voyage en Italie
que Foucquet entreprit vers 1445, le pape Eugène IV commanda au
peintre français son propre portrait à l'huile
et sur toile qui fut placé dans l'église
de la Minerve. Nous avons sur ce point les témoignages de Vasari
(1550), de Francesco Florio (De Commendatione Urbis Turonicae),
et de Filarète (Traité d'architecture). Quant à
la peinture elle-même, elle a disparu, et n'est plus connue que par
une gravure médiocre de 1568.
Autoportrait
de Jehan Foucquet.
De retour en France ,
Foucquet trouva un protecteur éclairé dans la personne d'Etienne
Chevalier, trésorier de France sous Charles
VII et Louis XI. Il peignit pour lui deux
manuscrits admirables que nous possédons encore, au moins en partie.
L'un est un in-folio traduit de Boccace par Laurent
de Premierfait, sous ce titre : les Cas des nobles hommes et femmes
malheureux, et daté de 1458 (bibliothèque de Munich).
Les quatre-vingts petites miniatures semées
dans le texte sont exécutées par des élèves,
mais la main de Foucquet se montre en toute certitude dans les grandes
miniatures qui se trouvent en tête de chacun des neuf livres, et
surtout dans l'étonnant frontispice, qui représente Charles
VII condamnant en lit de justice Jean, duc d'Alençon .
Le second manuscrit peint pour E. Chevalier était un Livre d'Heures,
que l'incurie des descendants du grand trésorier laissa ou fit couper
et vendre par feuilles, à la fin du XVIIe
siècle. Heureusement, quarante de ces pages inestimables ont été
retrouvées chez un brocanteur de Bâle
et achetées par Georges Brentano-Laroche, qui les exposa dans sa
collection, à Francfort-sur-le-Main. Son fils, Louis Brentano, après
avoir à plusieurs reprises refusé de s'en dessaisir, les
céda, en 1891, pour la somme de 300 000 F au duc d'Aumale, qui les
a placées au nombre des plus précieuses merveilles de Chantilly .
Trois autres feuillets se sont encore retrouvés : l'un appartient
à la famille du poète anglais Samuel Rogers; le second a
passé en 1889 de la collection Feuillet de Conches au musée
du Louvre ;
enfin un troisième, découvert à Asnières ,
entra au Cabinet des estampes.
Foucquet peignit encore pour Etienne Chevalier
un diptyque votif qui fut placé dans l'église
Notre-Dame de Melun, et qui disparut un peu avant la Révolution.
L'un de ces deux panneaux de bois, peints à
l'huile, qui représente le
Donateur à genoux, accompagné de son patron saint Etienne,
a été retrouvé à Munich par le frère
de Louis Brentano, et a pris place dans la collection de ce dernier. Le
second également a été découvert à Paris
par Van Ertborn, et se trouve aujourd'hui au musée d'Anvers
: on y voit la Vierge
et l'Enfant entourés d'anges ,
qui, le sein nu, baisse les yeux avec amour sur l'enfant qu'elle vient
d'allaiter. Ce petit tableau, en même temps qu'une oeuvre artistique
de premier intérêt, est une curiosité historique; en
effet la Vierge y est représentée sous les traits d'Agnès
Sorel, la protectrice du trésorier de France ,
et il en a été fait au XVIe
siècle un grand nombre de copies qui portent le nom de la pieuse
courtisane.
-
La
Vierge et l'Enfant entourés d'anges, par Jehan Foucquet.
Si Jehan Foucquet était le peintre
ordinaire du trésorier de France, il travaillait également
pour d'autres grands personnages, comme nous le prouve le portrait
de Guillaume Juvénal des Ursins,
baron de Traynel, chancelier de France ,
conservé au Louvre .
Le chancelier y apparaît dans la force de l'âge, et comme il
est né en 1400, ce portrait ne peut être postérieur
à la mort de Charles VII (1461). Le
ton brun rougeâtre des chairs trahit la même main que le portrait
du roi, et l'architecture savante du fond, où les oursons héraldiques
grimpent parmi les acanthes, suffirait à
prouver que le maître a vu l'Italie .
A l'avènement de Louis
XI, Jehan Foucquet conserva sa situation officielle, et ce n'est même
qu'après 1461 que son nom apparaît dans les comptes avec le
titre curieux de « bon peintre et enlumineur du roy ». Vers
1465, Jacques d'Armagnac ,
duc de Nemours, celui-là même qui devait périr d'une
façon si tragique, eut recours à Foucquet pour achever la
décoration d'un manuscrit commencé par les enlumineurs
du duc Jean de Berry
(Adrien Beauneveu, Jacquemart de Hesdin et Pierre de Limbourg). C'était
un exemplaire des Antiquités des Juifs de Josèphe
qui, après avoir passé par les mains de plusieurs princes
français, se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque
nationale (BNF). Des neuf miniatures qu'y
a peintes Foucquet, les plus belles représentent David
recevant la nouvelle de la mort de Saül, le Temple de Salomon ,
la Clémence de Cyrus. Cette série,
comme celle des Heures d'Etienne Chevalier, forme une véritable
collection de tableaux d'un maître. Mais le Josèphe
est particulièrement précieux à cause de la note écrite
à la fin par J. Robertet, secrétaire du duc Pierre de Bourbon
et où Jehan Foucquet, « natif de Tours», est formellement
désigné comme l'auteur des neuf dernières «
ystoires ». Sans ce texte unique, tant d'oeuvres précieuses,
dont aucune n'est signée, seraient demeurées anonymes. Foucquet
reçut encore, sous le règne de Louis Xl, d'autres commandes
princières, telles que les Heures de la duchesse d'Orléans
(1472), aujourd'hui perdues. Le roi lui-même fit exécuter
à son peintre officiel, entre autres oeuvres, les tableaux et décorations
nécessaires pour les cérémonies qui accompagnèrent
la création de l'ordre de Saint-Michel. De ces travaux il ne reste
qu'une miniature sur le frontispice des statuts de l'ordre (Bibliothèque
nationale).
-
La
Prise de Jérusalem
par Hérode le Grand,
par Jehan Foucquet.
Enfin on peut rattacher à cette
dernière période de la vie de Foucquet un important manuscrit
des Grandes Chroniques de France (Bibliothèque nationale),
avec cinquante-trois grandes peintures ;
sur la plus curieuse, qui représente le Couronnement de Charlemagne,
on voit une vue très précise de l'ancienne basilique
de Saint-Pierre, à Rome. On peut encore signaler les tableaux de
sainteté vus à Tours, dans l'église
Notre-Dame la Riche, par F. Florio (1477), et le « petit tableau
de Nostre-Dame, bien vieulx, de la main de Foucquet », que possédait
en 1516 la tante de Charles-Quint, Marguerite
d'Autriche .
Toutes les oeuvres authentiques alors connues de cet artiste ont été
reproduites en couleur par l'éditeur Curmer dans la publication
intitulée Heures de maistre Estienne Chevalier (Paris, 1866,
2 vol. in-4).
Jean Foucquet mourut entre 1477 et 1481.
Ses traits nous ont été conservés dans un médaillon
peint sur cuivre, en camaïeu d'or
(voir plus haut), qui a passé de la collection Hippolyte de Janzé
au musée du Louvre
(galerie d'Apollon). Son nom et son école lui survécurent
peu. Après Jean Lemaire de Belges, qui deux fois le nomme avec honneur,
le XVIe siècle, envahi par l'Antiquité
et l'Italie ,
oublie le grand artiste français.
Quant à ses élèves, dont le meilleur fut Jean Poyet,
on peut leur attribuer : des Heures latines, écrites en 1465
pour Michel Prestesaille, de Tours; trois Tite
Live (Bibl. nat. et bibl. de Tours); les Heures de Charles de
Normandie, frère de Louis XI (bibl.
Mazarine).
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Etienne
Chevalier et saint Etienne, par Jehan Foucquet.
Il importe de rendre à Jean Foucquet
la grande place qu'il mérite dans l'histoire de l'art français.
Faut-il, avec Jean Lemaire de Belges, mettre son nom à côté
des plus illustres de l'Italie ,
Toy,
Léonard, qui as graces supernes,
Gentil
Bellin, dont les los sont eternes,
Et
Pérusin, qui si bien couleur miesle.
(Plainte
du Désiré.)
Ce serait commettre un paradoxe, si on le
proclamait égal, ou une injustice, si on le déclarait inférieur;
car il ne faut pas oublier qu'il leur est bien antérieur. Quant
à ses contemporains italiens, Masaccio,
Filippo Lippi, Fra Angelico, il n'y a vraiment
rien de commun entre eux et lui, entre ces peintres de fresques
et de grands sujets et ce peintre de miniatures
et de portraits. A peine pourrait-on le rapprocher
de Pisanello, si leur seule ressemblance ne venait pas de ce qu'ils ont,
avec la même conscience, regardé et serré de près
la nature. En réalité, Foucquet, bien qu'il ait rapporté
d'Italie
beaucoup de souvenirs et de dessins, n'est
pas un homme de la Renaissance
antique. A l'art classique, il n'a pris que des fonds d'architecture et
des détails d'ornement; au contraire, pour le dessin minutieux et
précis, la couleur chaude et profonde,
l'énergie du caractère, il est bien dans la tradition flamande
et bourguignonne, celle des réalistes exquis comme le peintre des
Heures
du duc de Berry. Mais il ne doit qu'à son imagination vigoureuse
ses compositions d'une grandeur et d'une variété admirables,
souvent sans modèle connu, qu'à sa vision personnelle des
choses les types vivants, les expressions profondes, les paysages
lumineux qu'il a prodigués dans ses chefs-d'oeuvre ignorés.
Il y a eu des artistes plus nobles et plus savants; il n'y en a pas eu
de plus sincère et de plus original. S'il n'eût pas enfoui
les preuves de son génie dans des volumes cachés au public,
il serait sans doute nommé à côté des Van
Eyck. Et, sans le comparer aux étrangers, on peut dire qu'il
est sans conteste le plus grand peintre
français antérieur au XVIe
siècle, comme Michel Colombe est
le plus grand sculpteur. (E. Bertaux). |
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