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Les départements français
Les Hautes-Alpes
[Histoire des Hautes-Alpes]
Le département des Hautes-Alpes , qui fait aujourd'hui partie de la régions Provence-Alpes-Côte d'Azur, a été formé  en 1790 de la partie sud-est du Dauphiné, qui comprenait le Gapençais, le Briançonnais, l'Embrunois et le Champsaur, et de plus, d'une partie de la Provence. Sa superficie est de 558,960 hectares, et sa population de 135,451 habitants (2010).

Ce département est tout entier couvert par les Alpes du Dauphiné et ne présente qu'une grande vallée, celle de la Durance, rivière torrentielle, qui reçoit elle-même un grand nombre de torrents. Les montagnes, hautes de 2500 à 2800 m, sont presque toujours déboisées; leurs flancs sont nus et arides, mais leurs sommets, revêtus de prairies alpestres, servent de pâturage, pendant l'été, aux moutons de la Provence. Le déboisement exagéré, la transhumance et les ravages des torrents, résultats du déboisement, ont transformé la moitié de ce département en un désert; les vallées, dévastées et privées de leur terre végétale par les inondations fréquentes des torrents, sont ou stériles ou d'une culture incertaine et difficile.

Principales communes

Rang Arr. Commune Population
1
2
Gap 39 557
2
1
Briançon 11 961
3
2
Embrun 6 720
4
2
Laragne-Montéglin 3 607
5
2
Veynes 3 333
6
2
Chorges 2 475
7
1
L'Argentière-la-Bessée 2 377
8
1
Guillestre 2 362
9
2
La Bâtie-Neuve 2 095
10
2
Tallard 1 931
Rang Arr. Commune Population
11
1
Saint-Chaffrey 1 756
12
2
St-Bonnet-en-Champsaur 1 724
13
1
Villar-Saint-Pancrace 1 518
14
2
Serres 1 352
15
2
La Roche-des-Arnauds 1 334
16
2
La Saulce 1 275
17
2
Savines-le-Lac 1 176
18
1
St-Martin-de-Queyrières 1 143
19
2
Châteauroux-les-Alpes 1 129
20
1
Le Monêtier-les-Bains 1 097
Codes des arrondissements : 1 = Briançon, 2 = Gap.
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Nom, situation, limites, superficie

Le département des Hautes-Alpes doit son nom à ses nombreuses montagnes, qui font partie des Alpes, le plus beau et le plus grand massif de l'Europe.

Il est situé dans la région sud-est de la France, sur la frontière de l'ancien royaume du Piémont, aujourd'hui l'Italie. Gap, son chef-lieu, est à 672 kilomètres au sud-sud-est de la capitale de la France par les routes ordinaires, à 555 seulement en droite ligne. 

Les Hautes-Alpes sont bornées : à l'est, par l'Italie; au sud, par les départements des Alpes-de-Haute-Provence et de la Drôme; à l'ouest, par celui de la Drôme; au nord-ouest et au nord, par ceux de l'Isère et de la Savoie. Ses limites sont tantôt naturelles, c'est-à-dire formées par des montagnes et des rivières, et tantôt conventionnelles. Les principales frontières naturelles sont : au nord-est et à l'est du côté de l'Italie, et au sud-est du côté des Alpes-de-Haute-Provence, de puissantes chaînes de montagnes qui atteignent sur certains points plus de 3300 mètres d'altitude; au nord, du côté de la Savoie, des pics tout aussi élevés; au nord également, du côté de l'Isère, le massif énorme du Pelvoux et plus bas des chaînes de montagnes de 2000 à 3630 mètres; au sud-ouest, du côté de la Drôme, des crêtes qui s'abaissent au-dessous de 2000 mètres; et, enfin, au sud et au sud-ouest, la Durance qui sépare le département des Hautes-Alpes de celui des Alpes-de-Haute-Provence sur une longueur de cinquante kilomètres environ. Sur d'autres points, ce sont de petites montagnes, des collines, des torrents comme le Buech, l'Aygues, ou des ruisseaux, qui lui servent de limites; partout ailleurs, ses frontières sont conventionnelles, c'est-à-dire tirées à travers champs sans souci de la ligne droite ou des accidents du terrain.

La plus grande longueur du département, du nord-est au sud-ouest, du mont Pelvas à l'extrémité du territoire de Rosans, sur les bords de l'Aygues, est d'environ 137 kilomètres. Sa largeur varie beaucoup : sous le parallèle de Mont-Dauphin et de Saint-Bonnet, elle atteint 100 kilomètres; dans l'arrondissement de Gap, elle dépasse à peine 30 kilomètres, et 35 dans celui de Briançon. Enfin son pourtour a 530 kilomètres, en ne tenant pas compte des sinuosités secondaires, ou 550 kilomètres en nombre rond.

Physionomie générale

Le département des Hautes-Alpes est certainement un des plus montagneux de la France. On y chercherait vainement un plateau moins étendu même que l'unique plateau de Valensole et Riez dans les Alpes-de-Haute-Provence. Il n'y existe pas une plaine digne de ce nom. On n'y voit que des vallées plus ou moins larges, des vallons, des gorges, des abîmes, et les montagnes qui le couvrent, malheureusement presque entièrement déboisées, ne produisent que des pâturages. Le spectacle que présente ce chaos de crêtes déchiquetées, de sommets gigantesques dont l'ossature seule semble debout, est tout à la fois grandiose et triste : ces chaînes de montagnes sont, avec celles du département voisin, les Alpes-de-Haute-Provence, les plus arides, les plus de tout notre territoire.

Avant l'annexion de la Savoie, la plus haute montagne de la France était dans le massif du Pelvoux, dont les crêtes séparent les Hautes-Alpes de l'Isère. C'est par conséquent dans ce massif que se dresse, à l'ouest de Briançon, la cime la plus élevée du département. 

« Les monts de l'Oisans, a écrit Elisée Reclus, sont plus fréquemment désignés sous le nom de massif du Pelvoux, à cause de la superbe cime que l'on aperçoit de la vallée de la Durance et qui paraît si belle avec ses deux cornes de rochers séparées par un long couloir de glace; mais ce haut sommet cache une pyramide plus élevée, la Pointe des Arsines ou Barre des Écrins (4103 mètres). Une autre cime à peine moins haute, l'Aiguille de la Meije (3987 mètres), se dresse immédiatement au sud de la vallée de la Romanche, au-dessus d'énormes éboulis et de champs de glace de plusieurs kilomètres de largeur [...]. Les glaciers du massif de l'Oisans présentent, relativement à la surface des rochers, une étendue considérable, soit d'un tiers au moins sur un espace de 500 kilomètres carrés, et peuvent rivaliser en magnificence avec ceux de la Suisse. Le plus vaste des champs de glace, celui du Mont-de-Lans, qui s'étale an nord-ouest du massif, et dont on aperçoit çà et là, du fond des gorges de la Romanche, les éblouissantes cataractes plongeant dans les ravins, occupe à lui seul une superficie que l'on ne peut évaluer à moins de 15 kilomètres carrés; en faisant le tour de la haute vallée du Vénéon par les glaciers et les neiges des hautes cimes, du massif de la Grave à l'Aiguille d'Olan, on pourrait parcourir un espace de 50 à 60 kilomètres en restant continuellement sur la glace. Les deux glaciers qui viennent se rencontrer dans le gouffre de la haute Vallouise, précisément entre les colosses du Pelvoux et des Écrins, sont peut-être à cause de leur contraste les plus remarquables de ces fleuves de glace. L'un, le glacier Noir, est tellement chargé à sa base de débris de rochers et de terre, qu'il semble une immense coulée de boue, pareille à celle que vomissent les volcans de Java : on ne reconnaît la nature de sa masse que par les fissures dans lesquelles les blocs de pierre s'engouffrent avec un bruit sourd. De la base des moraines s'échappent des ruisseaux troubles qui se traînent lentement à travers les débris de la plaine. De l'autre côté, le glacier Blanc, presque entièrement libre de rochers, se termine par de gigantesques degrés en appuyant sur le sol des contre-forts verticaux qui le font ressembler à une patte de lion. Ses assises sont d'un blanc pur, çà et là rayé de rouge et de jaune d'or; un torrent d'un bleu laiteux s'échappe de son arche médiane admirablement cintrée [...]. Autour de ce massif du Pelvoux, le plus fier des Alpes françaises, d'autres groupes secondaires emplissent de leurs pyramides, de leurs dômes et de leurs contre-forts presque toute la partie du territoire français comprise entre le Rhône , l'Isère et la Durance. A première vue, cet ensemble de pics et de crêtes, se dressant de tous côtés, paraît former un véritable chaos. Quand on se place au sommet d'une haute cime de l'Oisans, on aperçoit, sur le pourtour entier de l'horizon, des séries d'aiguilles, de pointes et de crêtes jetées au hasard et comme innombrables : on dirait les vagues figées d'un immense océan. »
Les principales cimes de ce massif, au nord de la Barre des Écrins, sont : la crête de la Grande-Sagne (3779 mètres), entre le glacier Blanc et le glacier Noir; la Roche-Faurio (3716 mètres); le Pic de Neige-Cordier (3615 mètres), resserré entre le glacier des Arsines ou d'Arsine et celui de la Plate des Agneaux; la Meije, entourée de beaux glaciers; les pics des Cavales et de l'Homme à l'est et au nord, et du côté ouest, dans l'Isère, celui des Étançons. Les Pics du Rateau (3754 mètres) et de la Grave (3673 mètres) dominent l'immense glacier du Mont-de-Lans, dont la majeure partie appartient au département des Hautes-Alpes. Au sud-est et au sud du point culminant du massif se dressent le mont Pelvoux (3938 mètres), le sommet de l'Aile-Froide (3854 mètres), sur les pentes sud duquel s'étendent les beaux glaciers du Selé et de la Pilatte; et plusieurs autres crêtes : les crêtes des Boeufs, Jocelme, Bonvoisin, etc., qui toutes dépassent 3000 mètres.

La chaîne de montagnes brillantes de neiges et de glaciers qui sépare les Hautes-Alpes de la Savoie et de l'Italie, a pour cimes principales le Signal des Grandes-Rousses (3475 mètres), le Pic des Trois-Évêchés (3120 mètres), le GrandGalibier (3242 mètres), le Pas de la Tempête (3015 mètres); plus bas, des sommets de 2000 à 2500 mètres dominent le col du Mont-Genèvre. Au sud de ce col, la chaîne se relève la crête du Glaiza a 3221 mètres; le Grand Glaiza, 3286 mètres; Rochebrune, 3324 mètres. La chaîne du Queyras, aux vastes pâturages, aux belles forêts de mélèzes, qui s'étend plus au sud, conserve à peu près les mêmes altitudes : le Bric-Froid atteint 3310 mètres; la Tête de Frappier, 3000 mètres; le Grand-Queyron, 3067 mètres; le Bric-Bouchet, 3003 mètres; le mont Pelvas, remarquable par un cône de roches éruptives, 2936 mètres. Au sud du col de la Traversette, à l'extrémité orientale du département, les montagnes s'abaissent légèrement  cependant le Visoletto a 3030 mètres; au sud-est se dresse, sur le territoire italien, à deux kilomètres seulement de la frontière française, le mont Viso (3845 mètres). Les pics les plus élevés de cette région sont : l'Aiguillette (3297 mètres), le Pic Asti (3168 mètres), la Petite Aiguillette (3202 mètres), le Caramantran (3105 mètres), et la Tête des Toillies (3179 mètres), on la chaîne franco-italienne entre, par son versant ouest, dans le département des Alpes-de-Haute-Provence.

La chaîne qui sépare le bassin de la Durance de celui de l'Ubaye (Alpes-de-Haute-Provence) possède des sommets de première grandeur : la Farnareita (3134 mètres), le Péou (3231 mètres), Fontsancte (3370 mètres), les Heuvières (3273 mètres), le mont Panestrel (3253 mètres), le Signalé (3256 mètres), la Mortice (3168 mètres), le Pouzenc (2901 mètres), le Morgon (2326 mètres); plus au-dessous, les sommets n'ont plus la même altitude; mais ils atteignent cependant encore une hauteur imposante. Ils vont s'abaissant jusqu'à Savines, au-dessous d'Embrun.

Dans le Dévoluy, canton entièrement dépouillé de bois et ravagé par les orages, qui s'étend à l'ouest, sur la limite du département de la Drôme, il existe encore une ou deux montagnes importantes sur lesquelles, ainsi que sur les hauteurs qui les entourent, des moutons, venus chaque année de la Provence, broutent pendant l'été de bras pâîturages. Ces montagnes sont : l'Obiou (2793 mètres) et le mont Aurouse (2715 mètres). Au-dessous du point où le Buech entre dans le département, les hauteurs
s'abaissent insensiblement jusqu'à Ribiers, où elles n'atteignent plus que 1790 mètres (le Roc de l'Aigle).

Les Hautes-Alpes forment donc une espèce d'enceinte irrégulière dont le bassin supérieur de la Durance occupe la majeure partie. Au nord, à l'est, à l'ouest, une ligne sinueuse d'arêtes, couvertes pour la plupart de neiges et de glaciers, embrasse le département. Ces arêtes, s'abaissant et se rapprochant insensiblement, viennent s'appuyer, à l'est et au sud, sur la Durance.

Sur la rive droite et sur la rive gauche de la Durance, se dressent encore des montagnes d'une altitude considérable. Sur la rive droite, reliés au massif du Pelvoux, sont : le Combeynot (3153 mètres); la Condamine (2936 mètres); le Pic de Montbrison (2825 mètres); la Pointe de l'Eyglière (3325 mètres), qui domine, à l'ouest, la vallée de Vallouise; plus bas, la Tête de Vautisse (3162 mètres), la Tête de Couleau (3039 mètres), le Roc Blanc (2900 mètres), la Dublée (2910 mètres), le mont Saint-Guillaume (2626 mètres). Les autres sommets de cette région varient entre 2000 et 2500 mètres. Sur la rive gauche de la Durance on remarque : le Valon (2840 mètres), le Grand Aréa (2875 mètres) , le Saint-Chaffrey (2570 mètres), le Mont-Janus (2514 mètres), le pic de Pierre-Eyrautz (2906 mètres), le pic Guillestre (2607 mètres), à l'est de Mont-Dauphin, etc.

Les grandes vallées des Hautes-Alpes sont : la vallée de la Durance, qui, dans sa partie supérieure, est âpre, sauvage, et qui, au-dessous de Mont-Dauphin, tout en conservant encore ce même caractère, devient plus large et plus riche en alluvions; les vallées de la Clarée, de la Guisane; celle de la Gyronde, connue sous le nom de Vallouise, et qui renferme quelques-uns des paysages les plus grandioses des Alpes dauphinoises; les vallées du Guil, de la Luye, des deux Buech, du Drac et enfin de la Séveraisse, plus connue sous le nom de Valgodemar et qui offre quelques-uns des plus beaux sites des Alpes françaises; vers le nord, la partie supérieure de la vallée de la Romanche.

On pénètre dans le département, en suivant des vallées ou en gravissant des cols dont quelques-uns atteignent des altitudes très-élevées. Au nord du département, des routes s'engagent dans la vallée de la Romanche, gravissent le col du Mont-Genèvre, passage célèbre franchi par Bellovèse, Hannibal, Marius, César, etc., dans l'Antiquité, et, dans les Temps modernes, par Charles VIII, Victor-Amédée, les armées françaises de la république, du premier et du second Empire en 1814 et en 1859. A l'est, les issues sont rares; mais, dans la partie méridionale et dans la partie occidentale du département, elles sont beaucoup plus nombreuses : trois routes nationales pénètrent dans les vallées de la Durance et du Buech à Rousset, au Poët, à Laragne, où passe le chemin de fer de Gap à Marseille ; d'autres, suivant les vallées de la Méouge, de Céans, de la Blême, de l'Oule, gravissent le col de Cabre, que traversera le chemin de fer de Die; entrent dans la vallée du Buech, où passe le chemin de fer de Gap à Grenoble ou, enfin, longent la Souloise et le Drac.

Géologie des Hautes-Alpes

Une petite partie seulement des Alpes, dans le département des Hautes-Alpes, est formée de roches primitives : c'est la crête de l'Oisans qui sépare le département de celui de l'Isère. Le val Godemar ou vallée de la Séveraisse est compris dans cette région de gneiss et de micaschistes qui, du côté du Nord, s'étend au-delà la Romanche. Le groupe des formations mésozoïques est représenté par le Trias des Alpes Cottiennes qui forme les épaisses masses schisteuses du Queyras (vallée du Guil). Les schistes jurassiques occupent aussi de grandes surfaces dans la partie méridionale du département, et à la base des coteaux et des montagnes. Les terrains jurassiques tiennent la plus grande place dans le département; ainsi les calcaires jurassiques à gryphés bordent toute la rive droite de la Durance, du Buech à l'Ubaye, et forment au delà la vallée jusqu'à Briançon. Ils se distinguent par d'assez nombreux dépôts d'anthracite. La vallée du Drac est également taillée dans les roches jurassiques, Les calcaires à nummulites de la formation tertiaire éocène constituent presque entièrement le Dévoluy. 

Les roches éruptives sont représentées par des filons de granit au milieu des gneiss du Pelvoux, et par les serpentines, les euphotides, les variolites qui forment tantôt des nappes assez étendues, tantôt des dykes, au milieu des schistes triasiques des Alpes Cottiennes. Les éboulements anciens et récents ont déposé sur les flancs et au fond des vallées des masses terreuses où l'on retrouve, depuis l'état de parcelles fines jusqu'à celui de galets roulés, toutes les roches constitutives du département. Presque toutes les alluvions qui recouvrait les montagnes ont été entraînées par les torrents dans les vallées. L'accumulation des débris est devenue plus considérable à mesure que le déboisement exposait davantage le sol des montagnes à l'action des agents atmosphériques. Les grands torrents ont ainsi formé des cônes de déjection énormes qui menaçaient de combler les vallées; les principaux sont ceux des deux Buech au Nord de Serres, et de la Durance et du Buech au Nord de Sisteron. Le travail de reboisement, de gazonnement, commencé dès la fin du XIXe siècle, et complété par la construction de barrages, de digues, d'enrochements, de clayonnages et de canaux a arrêté la marche du fléau.

Les cours d'eau et les lacs

Le département des Hautes-Alpes appartient en entier au bassin du Rhône. Toutes ses eaux s'écoulent dans ce fleuve de l'est au nord-ouest, par la Romanche, tributaire du Drac, et par le Drac, qui se jette dans l'Isère, affluent important du Rhône; de l'est à l'ouest, par l'Aygues, qui les porte directement dans le fleuve; et enfin, du nord au sud, par la Durance et son tributaire le Buech, dont le domaine hydrographiqueoccupe les trois quarts du département. La Durance est ainsi la grande rivière du département; il en a toute la vallée jusqu'au confluent de l'Ubaye, et, à partir de ce confluent, jusqu'à celui de la Sasse, il en possède tout le cours, toute la rive droite et d'importants fragments de la rive gauche.

La Durance.
La Durance naît au Sud du mont Genèvre d'un grand nombre de petits ruisseaux qui se réunissent dans une sorte de cirque, à environ 2000 m d'altitude. De là la Durance coule au Nord pendant 2 km jusqu'à la vallée qui forme le col du mont Genèvre (1854 m); elle tourne au Sud-Ouest, rejoint la Clarée, puis la Guisane et la Cerveyrette, après avoir franchi la gorge étroite resserrée entre la montagne qui porte Briançon (1321 m) et le Fort des Trois-Têtes (1467 m). Elle est là à 1200 m d'altitude, dans une espèce de petit bassin large au maximum de 3 km, long d'à peine 8, qui fait place bientôt à une gorge nouvelle, au sortir de laquelle la Durance, au point où elle reçoit les torrents de la Gyronde et de Fournel, est descendue à la cote 964. 

La réunion de ces torrents a formé autour de l'Argentière, comme celle des torrents supérieurs autour de Briançon, un second petit bassin qui a environ 4 km de long sur 4 de large au maximum. En en sortant, la rivière, continuant à couler vers le Sud, descend dans une vallée dont le fond a environ 500 m entre les deux versants, et où la route et le chemin de fer trouvent place à côté d'elle. Ce fond est couvert de prairies entretenues par un grand nombre de canaux d'irrigation. Bientôt le couloir s'élargit encore, la Durance devient un torrent puissant large de 500 m, elle forme pour la première fois des îles entre ses bras, et elle entre pour rejoindre le Guil dans son troisième bassin, celui que commande l'ancienne forteresse de Mont-Dauphin; elle est là à 890 m d'altitude. Elle tourne alors au Sud-Ouest, et, après un nouveau passage étroit long d'une quinzaine de kilomètres, elle entre, à l'altitude de 806 m, dans un quatrième bassin, bien plus développé que les précédents, celui d'Embrun. Sa plus grande largeur est de 3 km, et il se prolonge jusqu'au-dessous de Savine pendant presque 20 km; la Durance s'y étale à son aise, et ses bras, ses îles de galets y occupe parfois une largeur d'un kilomètre. 

Le bassin d'Embrun n'est d'ailleurs que le point de départ d'une vallée, où la Durance, grossie bientôt de l'Ubaye, et par suite maîtresse de la plus grande partie de ses eaux, s'est frayée un chemin presque toujours large, où les bras et les îles se multiplient sans cesse; ces îles, et le fond même de la vallée sont constitués surtout par des cailloux roulés, partout où les irrigations et le colmatage ne les ont pas transformés en saulaies ou en prairies. Cette nouvelle vallée, orientée dans sa direction générale du Nord-Est au Sud-Ouest, décrit une courbe, dont la concavité échancre le département des Hautes-Alpes au profit des Alpes-de-Haute-Provence. Au confluent de l'Ubaye, la Durance, descendue à 680 m d'altitude, se dirige vers l'Ouest, puis vers le Sud-Ouest, dans une vallée qui s'élargit de plus en plus, mais où elle a accumulé une quantité si énorme de débris apportés de la haute montagne, qu'elle a dù s'y creuser, en y formant nombre d'îles et de bras, un chenal d'une largeur moyenne de 700 m bordé de chaque côté par des falaises, au-dessus desquelles se développe la véritable vallée, large en moyenne de 2 km.

Elle tourne ensuite insensiblement au Sud, en se rapprochant du Buech; la longue presqu'île qui les sépare jusqu'à leur confluent n'est autre chose que leur cône de déjections commun, formé par les débris accumulés contre la barrière transversale de la montagne de Sisteron. La Durance, pour s'y frayer son chemin, y réunit ses eaux dans un seul chenal extrêmement sinueux, profond d'une trentaine de mètres, et au-dessus duquel le bassin de jonction avec le Buech a une longueur de quinze kilomètres sur une largeur d'environ trois lieues. Il est nettement délimité au Sud par le massif où les deux rivières réunies passent dans l'étroit goulet commandé par Sisteron. La Durance n'est plus là qu'à 450 m d'altitude. Ainsi, elle a descendu, dans la partie de son cours qui appartient aux Hautes-Alpes, une chute de 1550 m sur un parcours à vol d'oiseau de 150 km; la vallée s'est élargie progressivement; elle forme une série de bassins de plus en plus vastes, à Briançon, l'Argentière, Mont-Dauphin, Embrun et au-dessus de Sisteron.

Dans le département des Hautes-Alpes, la Durance ne reçoit d'affluents de gauche qu'au-dessus du confluent de l'Ubaye. Les deux principaux sont la Cerveyrette qui la rejoint dans le bassin de Briançon et le Guil qui a son confluent dans le bassin de Mont-Dauphin. 

Aucun des affluents de droite de la Durance dans les Hautes-Alpes n'a de dimensions comparables à celles du Guil; mais comme ils s'alimentent pour la plupart dans la haute région couverte de glaciers qui enveloppe les Grandes-Rousses, le Pelvoux et le Champsaur, ou dans le massif du Dévoluy, ils lui apportent, même les plus petits, une masse d'eau énorme qui augmente à chaque pas son volume; elle en reçoit également la plus grande partie, des galets et des roches détritiques de toute dimension qu'elle emporte avec elle.

La Cerveyrette.
La Cerveyrette ou Cervières coule du Sud-Est au Nord-Ouest. Elle se forme à 2060-m d'altitude, et descend sur une longueur de 17 km, avec une pente moyenne de près de 5%.

Le Guil.
Le Guil est beaucoup plus puissant. Il sort du Visoulet à une altitude de 2795-m et coule vers le Nord-Ouest pendant 10 km jusqu'à Abriès, où il n'est plus qu'à 1552-m. Malgré la rapidité de la pente, la haute vallée du Guil est relativement large; à Ristolas, les prairies du fond s'étalent sur 200 ou 300 m, traversées en tous sens par des rigoles d'irrigation. A partir d'Abriès, le Guil coule dans un grand sillon orienté du Nord-Est au Sud-Est et que la Durance adopte à partir de Mont-Dauphin. C'est la vallée du Queyras. Elle a environ 40 km de longueur, avec une pente relativement faible; à Aiguilles et au confluent du torrent d'Algue, elle forme deux pnetits bassins inégaux de 400 à 500 m d'ouverture, mais, à partir de Queyras, le torrent s'engage et reste jusqu'à Mont-Dauphin dans une gorge longue et étroite. De la crête du Parpaillon, une série de torrents descendent vers la rive gauche du Guil et de la Durance; ce sont : les Aigues, le torrent de Cristillan, la Chagne, le torrent de Crévoux, celui des Vachères et celui de l'Infernet. Quelques-uns sourdent de petits glaciers que l'exposition au Nord conserve sur les flancs des hautes crêtes du Parpaillon. C'est sur une des Aigues que se trouve à plus de 2000 m d'altitude le village le plus élevé de France, Saint-Véran.

L'Ubaye.
L'Ubaye, torrent considérable, d'une longueur de 80 kilomètres et d'un débit de 7 mètres cûbes d'eau à l'étiage, a son confluent sur la rive gauche; au-dessous du Sauze. Il n'appartient aux Hautes-Alpes que par une portion de sa rive droite (3 kms) ; tout le reste de son cours est dans les Alpes-de-Haute-Provence.

La Clarée.
Le premier des affluents de droite est la Clarée. Elle vient du Nord-Ouest et sort d'un lac situé à plus de 2500 m d'altitude. 

eLa Guisane.
Le deuxième des affluents de droite est la Guisane dont les sources sont au-dessus de l'hospice du Lautaret. Elle a à peu près la même longueur que la Clarée (25 km), mais sa vallée est bien plus large et profonde; c'est la grande faille qui limite à l'Est et au Nord le massif du Pelvoux. Elle reçoit les eaux des glaciers d'Arsine, du Casset, des Prés-les-Fonds et de Monestier. 

La Gyronde.
Moins longue que la Guisane, la Gyronde est peut-être de tous les affluents de la Durance celui qui lui apporte les eaux les plus abondantes. C'est qu'elle est formée de tous les torrents qui descendent des immenses glaciers situés à l'Est des grandes crêtes du Pelvoux celui de Seguret-Foran; les glaciers Blanc et Noir; celui du Selé; les névés qui couvrent les crêtes de Bonvoisin et des Bouchiers; elle rejoint la Durance à travers la jolie vallée du Vallouise. En même temps que la Gyronde, le torrent de Fournel aboutit au bassin de l'Argentière. 

Les autres torrents qui viennent du massif du Champsaur sont moins importants que ceux qui descendent du Pelvoux. Ils rayonnent d'un centre commun marqué par les cimes du Roc-Blanc et de la Diablée et d'où sort le Drac, du côté septentrional. 

La Vance.
La Vance, dont les sources sont dans la dépression de Chorges, occupe une vallée large, profonde, à fond marécageux, qui forme un flot séparé de l'extrémité orientale des montagnes du Gapençais. La Luye, au contraire, et là Rossine dont les sources sont encore dans la même région, traversent par des gorges extrêmement étroites les montagnes qui les séparent de la Durance. 

Le Buech et ses affluents.
Le Buech forme un réseau hydrographique important, partagé nettement en deux parties par la montagne transversale qu'il traverse à Serres par une percée exactement semblable à celle de la Durance, à Sisteron. Au Nord de cette montagne quatre cours d'eau se réunissent dans un bassin où se sont entassés leurs débris, le bassin d'Aspremont. Ces quatre cours d'eau sont le Grand-Buech et son affluent de droite, le torrent de Chaurane, le Petit-Buech et son affluent de gauche, le torrent de Maraise. Le Grand-Buech, venu du Nord, n'entre dans les Hautes-Alpes qu'après 8 km de cours, et à l'altitude de 980 m. Sa vallée, qui ne mérite plus guère aujourd'hui son nom de vallée de Beauchêne, est partout extrêmement étroite et, à de nombreuses reprises, coupée par des montagnes transversales qui ne laissent à la rivière que des passages extrêmement resserrés. La différence de niveau entre l'entrée dans le département et le confluent avec le Petit-Buech est de 300 m pour une longueur à vol d'oiseau d'environ 30 km.

Le Petit-Buech vient de l'Est et sa vallée très large sépare les montagnes du Dévoluy de celles du Gapençais; elle forme une annexe naturelle de la dépression qui partage en deux le département des Hautes-Alpes, et elle a été adoptée de préférence à la vallée moyenne de la Durance pour le tracé du chemin de fer qui, par Gap, relie Embrun à Sisteron. Avant d'y entrer, le Petit-Buech a une partie de son cours engagée dans le Dévoluy; il y est formé à environ 1850 m d'altitude et en sort par des gorges sauvages. Il entre dans sa large vallée, qui prend le nom expressif de la Plaine, à l'altitude de 932 m. Il ne lui reste donc plus que 264 m à descendre four rejoindre le Grand-Buech; il le fait en décrivant un circuit analogue à celui de la Durance entre le confluent de l'Ubaye et Sisteron. 

Chemin faisant, il reçoit le torrent de la Béoux, venu du coeur même du Dévoluy et plus puissant que lui-même, dans un bassin de 3 km de largeur. Sur une longueur d'environ 25 km, il coule à son aise, avec, une pente d'un peu plus de 1%, longeant la plupart du temps les flancs de gauche de sa vallée et laissant sur la rive droite, particulièrement devant Veynes, une large place aux prairies créées par le colmatage de ses dépôts d'alluvions rocheuses, et entretenues par ses dérivations. Une fois formé par la réunion de ses deux cours supérieurs, le Buech franchit l'obstacle de Serres. Dès lors, sa vallée prend une largeur d'an moins 2 km, son cours y est encombré de dépôts de galets qui l'obligent à multiplier ses bras  la pente générale est relativement faible. A Saléon, dernier passage à travers une chaîne transversale, dernier resserrement, après quoi le Buech contourne l'extrémité orientale de la montagne de Chabre et entre dans le vaste bassin détritique que la Durance a formé de concert avec lui. A ce moment, d'ailleurs, il cesse d'appartenir entièrement aux Hautes-Alpes. 

Les principaux affluents que reçoit le Buech entre Serres et Sisteron lui arrivent sur sa rive droite; ils coulent tous de l'Ouest à l'Est entre les chaînes parallèles aux montagnes de Chabre et de Lure ce sont la Blême, le torrent de Blaisance, le Céans et la Méauge. Ces deux derniers ont leur source dans le département de la Drôme; les deux premiers au contraire ont leur source dans les Hautes-Alpes, et leur vallée prolongée au-delà de cette source, dans la direction de l'Ouest, renferme les vallées supérieures de l'Aygues, affluent du Rhône, et de son premier tributaire, le torrent de l'Esclade,

La Romanche et le Drac.
En dehors des torrents de dimensions diverses qui se rattachent au gigantesque torrent de la Durance, les Hautes-Alpes renferment en partie les hautes vallées de la Romanche et du Drac qui concourrent vers l'Isère. Ces vallées sont comprises dans les massifs du Champsaur et du Dévoluy.

La Romanche.
La Romanche coule à l'Ouest du Lautaret dans le sillon que la Guisane occupe à l'Est de ce col. Elle n'a pas plus d'une douzaine de kilomères de vallée dans le département, mais elle y reçoit une assez grande quantité d'eau par les torrents et les ruisseaux nés des glaciers de la Plate des Agneaux, du Clos des Cavales, de l'Homme, de la Meije, et surtout de l'immense surface glacée qui s'appelle le Mont de Lans. 

Le Drac.
Le Drac est par excellence la rivière du massif du Champsaur : ses sources en enveloppent la partie culminante, et son affluent la Séveraisse lui apporte les eaux du Val Godemar qui sépare le Champsaur du Pelvoux. 

Deux torrents portent dans les gorges les plus sauvages de la montagne le nom de Drac : l'un descend vers le Sud; l'autre; le Drac d'Orcières, se dirige vers l'Ouest; ils se réunissent à 1138 m d'altitude, au moment de sortir des masses montagneuses qui leur ont donné naissance, et, aux environs de Chabottes, arrivent dans la dépression médiane du département dont il a déjà été plusieurs fois question. 

Le Drac tourne alors au Nord-Ouest coulant dans un sillon profond, aux pentes escarpées, au-dessus duquel la vallée du Champsaur forme une région largement ouverte, une des plus peuplées du département. Le Drac sort des Hautes-Alpes à une altitude de 773 m, après 30 km de cours. Il vient de recevoir la rivière de la Séveraisse, qui arrive de l'Est, à travers une vallée assez large, et où ses eaux, détournées dans le canal d'irrigation qui porte le nom expressif de canal des Herbages, ont fertilisé de vastes prairies.

L'Aygues.
Près de la lisière Sud-Ouest du département, l'Aygues, Aigues ou Eygues, et son affluent l'Oule occupent sur une longueur restreinte deux des vallées parallèles situées à l'Ouest du Buech. Leur  bassin dans les Hautes-Alpes est d'environ 14,000 hectares, et  porte directement au Rhône les eaux  reçues dans le département.

L'Aygues a sa source dans les bois de Montaux (Drôme), d'où il entre immédiatement dans les Hautes-Alpes. Là il reçoit l'Esclate, qui vient de Ribeyret, l'Armalande, dont tout le cours est en entier dans la Drôme mais dont le lit seulement sépare les deux départements pendant 1500 mètres avant de tomber dans l'Aygues; la Lidane, qui descend de Moydans ; enfin les torrents de Pigerole et de Baudon, qui ont leur confluent peu avant le point où l'Aygues entre définitivement dans la Drôme, où il arrose Remuzat et Nyons.

L'Aygues sépare ensuite la Drôme de Vaucluse, et entre définitivement dans ce dernier département pour se jetter dans le Rhône un peu au-dessus d'Orange. Le cours de cette rivière torrentueuse, qui roule parfois une masse d'eau énorme, est de 100 kilomètres dont 47 seulement dans le département.

Les lacs.
Dans les montagnes les plus élevées des Hautes-Alpes on trouve un grand nombre de lacs d'une étendue qui dépasse rarement un hectare. Nous citerons seulement : le lac du Pontet, à Villard-d'Arène; le lac du Puy-Vacher, à la Grave; le lac de l'Échauda, d'origine glaciaire, au Monêtier; de Christol, le lac Noir, le Cristallin, le lac Rouge, le lac des Bérardes, etc., à Névache; les lacs des Cordes, de Malrif, des Availly, etc., à Cervières, et enfin les lacs de l'Ascension, du Lauzet-de-Hal, d'Escus, à la Roche-de-Briançon, etc. Comme nous l'avons dit, ces nappes d'eau, situées à une haute altitude, sont alimentées par les neiges; néanmoins les truites y prospèrent, et, dans le lac la Roche-de-Briançon (2 hectares), on trouve même des carpes.

Climat des Hautes-Alpes

Les Hautes-Alpes sont un pays essentiellement montagneux, offrant des différences excessives de température selon l'altitude des divers lieux habités, dont l'altitude au-dessus de la mer varie entre 470 mètres (rive du Buech, au-dessous de Ribiers) et 4103 (la Pointe des Arsines). Dans les glaciers du Pelvoux règne un hiver éternel, tandis qu'au point ou la Durance et le Buech se rapprochent l'olivier est déjà cultivé.

Ce département, par la situation qu'il occupe, devrait appartenir au climat méditerranéen, car il n'est séparé de la mer que par les Alpes-de-Haute-Provence et le Var; mais ce climat, essentiellement tempéré, ne présente jamais les froids longs et rigoureux auxquels ce département est exposé. Il appartient donc de fait, comme l'Isère, au climat rhodanien, l'un des sept entre lesquels on a l'habitude de partager la France; ce climat est moins égal que les climats séquanien, breton, girondin et méditerranéen, mais il a des variations moins brusques et il est moins dur que le climat vosgien et que l'auvergnat.

Dans les Hautes-Alpes, l'hiver dure sept mois dans les hautes vallées; dans les vallées moins élevées, il est plus court et moins rude. Le printemps est pluvieux et froid; en été, la chaleur est excessive, l'automne, la belle saison du pays, est frais et agréable. Les vents dominants sont : celui du nord-ouest, qui est très froid et d'une violence extrême, et ceux du sud et du sud-ouest, qui amènent la pluie. Les orages n'y sont pas rares, le mont Aurouse, ou mont des Orages, paraît avoir la spécialité de les attirer sur son sommet.

L'homme n'a pas craint de se bâtir des maisons sur les flancs de ces hautes montagnes et souvent à une altitude extrême. Parmi les lieux habités les plus élevés du département on citera : le refuge du col Agnel (2600 mètres); le fort de l'Infernet, à 2400 mètres; le village de Mont-Genèvre, à 2074; Saint-Véran, à 2049; Molines-en-Queyras, à1765; Névache, à 1591; Ristolas, à 1671; Vars, à 1632; le Puy-Saint-André, à 1523; la Grave, à 1526; le Monêtier, à 1515; Orcières, à 1350; Briançon, à 1321; etc. Enfin les autres chefs-lieux d'arrondissement, Embrun et Gap, sont l'un à 880 mètres et l'autre à 760. Quant aux chefs-lieux de canton dont nous n'avons pas parlé, leur altitude varie entre 600 et 1100 mètres; mais Serres et Ribiers atteignent seulement 480 et 517 mètres.

La température moyenne de l'année est de 10,2°C qui est à peu de chose près la moyenne de la température à Paris. Le nombre de jours de neige et de pluie est de 88 à Embrun et de 90 à Mont-Dauphin. La nappe d'eau formée par ces pluies ou neiges, si elle n'était pas absorbée par le sol ou vaporisée par le soleil, aurait 845 millimètres de profondeur, tandis que la moyenne des pluies en France ne donne que 770 millimètres. La hauteur moyenne de la colonne barométrique est de 697 millimètres 5 à une altitude de 743 mètres.

Flore et faune naturelles

Sur les pentes des Hautes-Alpes s'étagent toutes les végétations de l'Europe, depuis celles des rives méditerranéennes, jusqu'à celles des terres circumpolaires. Les dernières cultures, celles du seigle, de l'avoine, de l'orge, ne dépassent pas 2500 m; encore à cette altitude est-ce la forêt qui domine, là où le déboisement n'a pas exercé ses ravages, ou bien où le reboisement a d'opérer son oeuvre. Les forêts changent d'aspect à mesure qu'on s'élève, 250 m d'altitude équivalant à peu près à 1° de latitude. Ainsi le chêne disparaît à 900 m; le hêtre à 1500 m et le sapin subsiste seul jusqu'à 2000 et 2500 m selon l'exposition. Ces essences réussissent surtout sur les pentes exposées au Nord; les pentes exposées au Sud portent surtout des arbres fruitiers qui s'étagent de la même manière que les arbres forestiers; plus de vigne au-dessus de 600 m, plus de noyer au-dessus de 1000, de prunier au-dessus de 1300, de pommier au-dessus de 1400. Au-dessus de la région forestière s'étale la région des pâturages, la plus importante du département; elle se termine par les petits gazons alpestres à végétation rapide, dont les fleurs et les feuilles sont enveloppées d'une espèce de duvet, comme celles qui végètent sur les plateaux de la Scandinavie. Au-dessus il n'y a plus que la mousse et le lichen, parfois assez abondants pour colorer les montagnes et leur valoir des qualificatifs comme celui des Grandes-Rousses.

Les principaux représentants de la faune naturelle sont le loup, l'ours, le chamois, l'aigle, la bartavelle, le lièvre blanc. Les torrents sont peuplés de truites.

Curiosités naturelles des Hautes-Alpes

Si les Hautes-Alpes ne renferment pas un grand nombre de curiosités naturelles comme les régions essentiellement volcaniques, elles abondent cependant en sites grandioses et pittoresques. Dans le massif du Pelvoux ce ne sont que glaciers, rochers abrupts, éboulis de pierres, cascades mugissantes; et, sur tous les points du département, gorges étroites et profondes au fond desquelles roulent d'impétueux torrents.

On se contentera ici de mentionner : la cascade du Saut-de-la-Pucelle (80 mètres), formée par le torrent de Gua; celle de la Beaumette (60 mètres); celle du Casset, formée par le torrent qui descend du mont Olan ; la fontaine intermittente de la Motte ou fontaine de la Famine qui ne reparaît qu'à plusieurs années d'intervalle; la fontaine Vineuse, source ferrugineuse rangée bien à tort autrefois parmi les merveilles du Dauphiné; le puits des Bancs, à Saint-Étienne-en-Dévoluy, dont les éruptions aqueuses intermittentes, qui jaillissent parfois à 4 ou 5 mètres de hauteur et font déborder la Souloise. Il existe aussi quelques grottes remarquables celle de Mueou à Éourres; celles de Laub-Jubeo, de l'AileFroide, sur le Pelvoux; la Baume-Noire à la Faurie, etc. 

Mentionnons aussi les gorges si remarquables de la Combe du Queyras, des Oules du Diable dans le Valgodemar, et d'Ailefroide à la base du Pelvoux, signalons en terminant un phénomène tout particulier aux forêts de mélèzes des environs de Briançon sur les branches desquelles se cueille une espèce de substance gommeuse purgative assez agréable au goût , appelée la manne de Briançon. (A. Joanne / P. Dupuy).

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