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Les départements français
Les Alpes-de-Haute-Provence
[Histoire des Alpes-de-Haute-Provence]
Le département des Alpes de Haute-Provence a été formé d'une partie de la Haute Provence et de la vallée de Barcelonnette. Sa superficie est de 695.418 hectares, et sa population de 159.599 habitants (2010).

Le département des Alpes de Haute-Provence est, comme celui des Hautes-Alpes, couvert de hautes montagnes déboisées, dénudées et livrées aux moutons transhumants et aux ravages des torrents. La moitié du sol se compose de rochers et de terres incultes (311,000 hectares) et de lits de torrents (22,000 hectares) ; il n'y a quel 14,000 hectares de bois. 

Principales communes

Rang Arr. Commune Population
1
4
Manosque 22 483
2
3
Digne-les-Bains 18 755
3
4
Sisteron 7 582
4
4
Château-Arnoux-Saint-Auban 5 270
5
3
Oraison 5 092
6
4
Forcalquier 4 724
7
4
Pierrevert 3 727
8
4
Villeneuve 3 495
9
3
Les Mées 3 451
10
4
Sainte-Tulle 3 304
Rang Arr. Commune Population
11
4
Volx 2 954
12
1
Barcelonnette 2 939
13
3
Valensole 2 738
14
4
Peyruis 2 523
15
3
Gréoux-les-Bains 2 500
16
3
Malijai 1 955
17
3
Riez 1 783
18
4
Volonne 1 691
19
2
Castellane 1 666
20
4
Reillanne 1 510
Codes des arrondissements : 1 = Barcelonnette, 2 = Castellane, 3 = Digne-les-Bains,
4 = Forcalquier. Cliquer sur les liens pour afficher la liste de toutes les communes.

Nom, formation, situation, limites, superficie

Le nom du département des Alpes-de-Hautes-Provence témoigne de sa double appartenance Il renferme des montagnes qui appartiennent aux Alpes, en même temps
qu'il se rattache à la Provence.

De nombreux sommets sont supérieurs à 2000, à 2500 et même à 3000 mètres; mais, malgré cela, elles sont inférieures en altitude aux chaînes qui ont valu au département voisin son nom de Hautes-Alpes, et c'était ce qui justifiait (à moitié) son ancien nom de Basses-Alpes.

Il a été formé, en 1790, d'une partie de la Haute-Provence, portion septentrionale de la Provence, l'une des provinces qui constituaient alors la France.

Il est situé dans la région sud-est de la France, sur la frontière du Piémont, pays appartenant à l'Italie. Un seul département, le Var (ou les Alpes-Maritimes) le sépare de la mer Méditerranée. En revanche, il est séparé, de la capitale par huit départements et son chef-lieu, est à 750 kilomètres au sud-sud-est de Paris par les routes, à 610 seulement en droite ligne. 

Les Alpes-de-Haute-Provence sont bornées : à l'est, par le Piémont (Italie) et par le département des Alpes-Maritimes; au sud, par les départements du Var et des Bouches-du-Rhône; à l'ouest, par le département de Vaucluse et celui de la Drôme; au nord-ouest et au nord, par le département des Hautes-Alpes. Ses limites sont tantôt naturelles, c'est-à-dire formées par des obstacles tels que montagnes et rivières, et tantôt conventionnelles. Pour principales frontières naturelles, elles ont : au nord-est, du côté des Hautes-Alpes ou de l'Italie, deux puissantes chaînes de montagnes qui atteignent plus de 3000 mètres d'altitude; au nord et au nord-ouest, la Durance, qui les sépare des Hautes-Alpes sur une longueur d'une soixantaine de kilomètres ; au sud, le Verdon, qui les sépare du Var sur une longueur de cinquante kilomètres environ. A l'est, à la hauteur de Colmars, d'Allos, de Barcelonnette, une chaîne de montagnes de 2000 à 3000 mètres forme sur un long parcours sa limite avec le département des Alpes-Maritimes et sert en même temps de ligne de faîte entre le bassin de la Durance et celui du Var. Partout ailleurs, les frontières du département sont tracées par des obstacles moins importants, par de petites montagnes, des collines, des torrents, comme le Buech, des ruisseaux, ou bien elles sont conventionnelles, c'est-à-dire tirées à travers champs sans souci de la ligne droite ou des accidents du terrain.

La superficie des Alpes-de-Haute-Provence est de 695,418 hectares. Sa plus grande longueur, - du nord-est au sud-ouest, de la montagne appelée Tête-de-la-Nière à la cime du Lubéron qui domine le lieu où le Coulon sort du département près de Céreste, est d'environ 144 kilomètres. Sa largeur varie beaucoup : sous le parallèle de Forcalquier, elle dépasse un peu 50 kilomètres; sous celui de Digne, elle est de 75 kilomètres, et un peu plus à l'est de près de 90, tandis que dans l'arrondissement de Barcelonnette, elle se réduit à 20, à 10 kilomètres. Enfin son pourtour a 480 kilomètres en ne tenant pas compte de sinuosités secondaires, ou, si l'on aime mieux, 500 kilomètres en nombre rond.

Curiosités naturelles

Si les Alpes-de-Haute-Provence sont un pays de montagnes ruinées, si les sites gracieux y manquent, les sites grandioses et les curiosités naturelles n'y sont pas rares. Il y en a même trop pour qu'on puisse seulement les énumérer : pics élevés, vastes panoramas, montagnes pastorales, roches extraordinaires, gorges, à l'instar de celles du Verdon, telles qu'il en est peu d'aussi encaissées et d'aussi profondes, cascades, grandes sources, lacs, grottes, abîmes, etc. 

Physionomie générale

Le département des Alpes-de-Haute-Provence est certainement un des plus montagneux de la France; sauf le plateau de Valensole et Riez (672 kilomètres carrés), on n'y trouve pas de plaine de notable étendue, mais seulement des vallées plus ou moins larges, des vallons, des gorges et des abîmes; et ces montagnes qui le couvrent presque en entier sont les plus déchiquetées, les plus ruinées, de tout le territoire français avec celles du département voisin, les Hautes-Alpes.

La plus élevée des cimes du département se dresse tout près de la frontière italienne, au nord-est de Saint-Paul. C'est l'Aiguille de Chambeyron qui domine, au sud, un plateau comptant cinq petits lacs, au nord, les grands glaciers de Marinet, dont les eaux courent d'une part à l'Ubaye, rivière française du bassin de la Durance, d'autre part à la Maira, rivière italienne du bassin du . Son altitude est de 3400 mètres; cette « aiguille » est donc 87 fois plus haute que la flèche de la tour de l'horloge à Barcelonnette, le monument le plus élevé du département; elle n'est inférieure que de 4 mètres au pic culminant des Pyrénées, le Pic d'Aneto (3404 mètres) , mais il lui manque encore 1410 mètres pour atteindre à la hauteur du Mont-Blanc en Savoie : le Mont-Blanc (4810 mètres) est, d'ailleurs, la première montagne non -seulement de la France, mais encore de l'Europe jusqu'au Caucase (mont Elbrouz : 5660 mètres), qui est, du reste, une chaîne asiatique autant qu'européenne.

Beaucoup d'autres cimes de la chaîne qui sépare les Alpes-de-Haute-Provence  du territoire italien ont également plus de 3000 mètres, et quelques-unes sont tout à fait des rivales de l'Aiguille de Chambeyron. Ainsi le Brec de Chambeyron, peu éloigné de l'Aiguille dans la direction du sud, et commandant le même plateau, parsemé de cinq lacs, n'a pas moins de 3388 mètres d'altitude, soit 12 seulement de moins que le « géant du département ». Une montagne plus éloignée, au nord-est, le Grand-Rubren, centre d'un admirable panorama, se dresse à 3341 mètres, à l'ouest d'un sommet de 3396 mètres, qui, par conséquent, ne le cède à l'Aiguille de Chambeyron que de quatre mètres.

On peut encore citer, par ordre d'altitude, le Brec-de-l'Homme (3220 mètres), voisin de l'Aiguille de Chambeyron; le Pelvat (3218 mètres); Roche-Blanche (3193 mètres), au sud-est du col de Stropia; la Tête-de-Malacosta (3188 mètres); les Dents-de-la-Louve (3167 mètres), et tout près d'elles la Pointe du Fond-de-Roure (3162 mètres), au-dessus d'un plateau où se voient sept petits lacs précisément nommés lacs de Roure; la Tête-de-la-Frema (3143 mètres) dans le même massif que l'Aiguille-de-Chambeyron, le Brec-de-l'Homme et le Brec-de-Chambeyron; la Tête-de-Moyse (3110 mètres); la Tête-de-Sautron (3088 mètres); le mont Pelat (3053 mètres); la Tête-de-Lautaret (3015 mètres), et beaucoup d'autres.

Du nord au sud, voici quels sont les principaux cols qui échancrent cette chaîne internationale : le col de Longet, ouvert à 2672 mètres, près du lac de Longet, et le col de Lautaret ou de Chabrière, à 2873 mètres, qui conduisent dans la vallée de la Varaïta : le col de Mary, à 2500 mètres, et le col de Santron, à 2400 mètres environ, qui conduisent dans la vallée de la Maïra; le col de Larche, plus connu sous le nom de col de l'Argentière ou de la Madeleine, à 1995 mètres; il est comparativement peu élevé, facile, suivi par une bonne route, et il débouche sur la vallée de la Stura, qui mène à Coni et dans les plaines de la haute Italie; aussi est-ce un passage stratégique important; c'est par là que François-Ier pénétra en Italie, en 1515, pour aller gagner la bataille de Melegnano, ou Marignan. Plus au sud, les cols ne sont plus « internationaux »; ils ne conduisent plus que du département des Alpes-de-Haute-Provence dans celui des Alpes-Maritimes.

Ce n'est pas seulement sur la chaîne séparant la France de l'Italie qu'on trouve des pics supérieurs à 3000 mètres; on en rencontre aussi plus d'un dans les montagnes séparant le département du territoire des Hautes-Alpes au nord-est, au nord, au nord-ouest de Barcelonnette; dans cette chaîne tout à fait alpestre qui se dresse entre le bassin de la Durance et celui de son affluent, l'Ubaye, on remarque, par ordre d'altitude : Font-Sancte, haute de 3370 mètres, 30 seulement de moins que l'Aiguille de Chambeyron; le Panestrel (3253 mètres); le pic Signalé (3236 mètres); le Péou (3231 mètres); la Mortice (3168 mètres); la Farnareita (3134 m); la Tête-de-Longet (3059 mètres); le Grand-Bérard (3047 mètres); le mont du col Albert (3016 mètres). Au nord même, et près de Barcelonnette, deux belles montagnes approchent de 3000 mètres, sans les atteindre : le Parpaillon, ou Grand-Lombard, 2996 mètres, la Sonaille, ou Grande-Épervière, 2889 mètres.
Entre l'Ubaye et son tributaire le Bachelard, il y a des monts de 2500 à 3000 mètres d'altitude, comme le Chevalier (2889 mètres), Ventebrun dont les deux pics ont 2883 et 2873 mètres, les Terres-Pleines (2778, 2753, 2714 mètres), le Chapeau-du-Gendarme (2687 mètres) et le Pain-de-Sucre (2563 mètres). Toutes ces hautes cimes, pressées autour de Barcelonnette, font de cette ville un centre d'excursion des plus remarquables.

Enfin de nombreux sommets compris entre 2500 et 3000 mètres, de plus nombreux encore, de 2000 à 2500, s'élèvent dans les diverses chaînes qui séparent le bassin de l'Ubaye des bassins du Verdon, de la Bléonne et de la Blanche, comme aussi entre le Verdon, la Bléonne et l'Asse, et entre le Verdon et le Var. Sans parler du mont Pelat (3053 mètres) et du Cimet (3022 mètres), entre Ubaye et Verdon, il y a lieu de noter : la montagne de Siolane (2910 mètres), le Grand-Cheval-de-Bois (2841 mètres), au nord d'Allos; les pics des Trois-Évêchés (2823, 2828 et 2927 mètres), à peu près sur la ligne droite tirée de la Javie à Barcelonnette; le puy de la Sèche (2823 mètres); les montagnes de la Blanche à l'est de Seyne (pic culminant, Roche-Close : 2763 et 2715 mètres); la montagne du Cheval-Blanc (2323 mètres), au nord-est de Digne; le Grand-Coyer (2700 mètres), au sud-est de Colmars, etc.

Dans la partie du département située à l'ouest de la Durance, sur la ligne de séparation des arrondissements de Forcalquier et de Sisteron, s'allonge une chaîne de montagnes qui se raccordé aux chaînes calcaires du département de la Drôme et à celles du département de Vaucluse, notamment au Ventoux, qui en est purement et simplement la continuation. C'est la montagne de Lure, qui n'a pase sommet atteignant 2000 mètres; son pic culminant, le pic de Lure, haut de 1827 mètres, se dresse au nord-nord-est de Saint-Étienne-les-Orgues.

Quant à la partie méridionale du département, elle n'a pas non plus de sommet de 2000 mètres : dans le chaos de monts extraordinairement déchirés qui se dressent entre l'Asse et le Verdon nombre de cimes varient entre 1500 et un peu plus de 1900 mètres; les plus élevées se trouvent entre Castellane, Senez et Moustiers-Sainte-Marie (Mourre-de-Chanier, 1931 mètres; Chiran, 1908 mètres).

Ainsi, les grands sommets du département s'élèvent dans l'angle du nord-est, dans l'arrondissement de Barcelonnette, et, à mesure qu'on marche vers le sud ou le sud-ouest, les montagnes s'abaissent, et même elles ne sont plus guère que des collines dans l'angle sud-ouest du territoire, à l'endroit où la Durance et le Verdon quittent les Alpes-de-Haute-Provence, celui-ci par environ 275 mètres au-dessus des mers, celle-là par un peu plus de 250 mètres. C'est là le point le plus bas de tout le département.

A mesure aussi qu'on se dirige du nord-est au sud et au sud-ouest, l'aspect des montagnes change comme leur hauteur. Au nord-est on trouve des chaînes de calcaire, de grès ou de schiste que leur très grande altitude couvre de neiges éternelles et même de quelques glaciers; et ces chaînes, sans être boisées, conservent encore, çà et là, quelques débris de leurs antiques forêts. Au sud et au sud-ouest, il n'y a plus de glaciers, les neiges ne persistent que pendant une partie de l'année, les bois sont extraordinairement rares, la terre végétale profonde l'est également. C'est dans le département (auquel il faut ajouter sous ce rapport le Dévoluy, dans l'arrondissement de Gap, et l'arrondissement d'Embrun, dans les Hautes-Alpes) que la déforestation a fait les ravages les plus anciens et les plus terribles en France. Faute de racines et de gazons pour les retenir, les sols en pente ont glissé dans les bas-fonds, la montagne a perdu toute terre nourricière, et ses roches elles-mêmes, exposées aux intempéries, s'usent, se délitent et s'écroulent dans les vallées. Quant aux sources, la plupart ont disparu; aussi les innombrables torrents qui sillonnent le pays ont-ils peu d'eau ou n'ont-ils pas d'eau pendant la plus grande partie de l'année : en revanche, les moindres orages y versent de véritables fleuves dont les crues enlèvent aux ravins leurs misérables lambeaux de prairie ou de terre arable. 

Cours d'eau

Sauf les cantons d'Annot et d'Entrevaux (dans l'arrondissement, de Castellane), qui envoient leurs eaux au Var, fleuve côtier, tous les torrents des Alpes-de-Haute-Provence se déversent dans le Rhône par la Durance, la Nesque et le Caulon.

Le Rhône ne touche pas au département; il en passe même fort loin. Au point où il s'en rapproche le plus, il en est encore sépare par toute la largeur du département de Vaucluse, c'est-à-dire par environ 55 kilomètres; mais c'est lui qui en reçoit presque toutes les eaux, par l'intermédiaire de la Durance. Il naît en Suisse, où il a pour origine, à 1800 mètres au-dessus de la mer, dans des montagnes de 5000 à 3500 mètres d'altitude, le fameux glacier du Rhône, un des plus beaux qu'on connaisse. En France, le fleuve traverse Lyon, où il reçoit la Saône; Vienne, Valence, Avignon, et il absorbe l'Isère, la Drôme et la Durance. Devant Arles, il se divise en deux branches, le Grand-Rhône et le Petit-Rhône, qui se perdent dans la Méditerrannée après avoir embrassé les 75,000 hectares de la marécageuse Camargue.

La Durance est un torrent des plus considérables, d'un bassin de 1,340,000 hectares, d'un cours de 380 kilomètres, d'un débit minimum de 30 à 40 mètres cubes d'eau par seconde; elle roule 90 mètres cubes à l'étiage ordinaire, 550 aux eaux moyennes, bien près de 40,000 dans les crues les plus terribles.

Elle naît dans le département des Hautes-Alpes. Sa véritable origine n'est pas la Durance propre, petit torrent descendu des hauteurs du col du mont Genèvre, mais la Clarée ou Clairée, qui est un cours d'eau beaucoup plus abondant. Elle passe au pied du rocher de Briançon, ville située à 1321 mètres au-dessus du niveau de la mer. C'est là qu'elle est définitivement constituée par la jonction de la Guisane, égale à la Clarée en volume et d'un cours plus étendu. A 12 kilomètres au-dessous d'Embrun, à 3 kilomètres en aval de Savines, elle commence à toucher le département des Alpes-de-Hautes-Provence, par la rive gauche seulement, la rive droite ne lui appartenant aussi qu'à partir du confluent de la Jasse, à une petite distance en amont de Sisteron.

A son premier contact avec les Alpes-de-Haute-Provence, la Durance est à près de 700 mètres au-dessus du niveau de la mer; elle court d'abord au sud-ouest, rarement par un lit unique, sans passer par aucune ville : il n'y a près de ses rives que de petits villages dans cette partie de son cours, ou plutôt des villages qui même ne sont pas baignés par le torrent; car, par crainte de ses terribles débordements, on a généralement juché les habitations sur des collines décharnées à une grande hauteur au-dessus de son large lit, trop étroit après les pluies ou la fonte des neiges, trop vaste quand les eaux sont basses.

Au pied du massif de petits monts où se trouve la Motte-du-Caire, le torrent tourne au sud; il passe dans le défilé de Sisteron où il est fort resserré par la montagne (jadis, il formait évidemment au-dessus de cette percée un assez vaste lac). Devant cette ville, il n'est déjà plus qu'à 450 mètres d'altitude. Plus bas il baigne la vallée de Volonne, puis celle des Mées, bourg à partir duquel il prend une largeur de 500 à plus de 1000 mètres en un seul bras; c'est là le lit d'un grand fleuve, mais il ne le remplit pas toujours.

Des Mées à la sortie du département, la Durance ne rencontre plus de centre un peu important de population; elle laisse Manosque à près de 4 kilomètres sur la droite; au-dessous du confluent de l'Asse, elle recommence à se partager en nombreux bras séparés par des bancs de sable, des langues de graviers, de véritables îles. A 4 kilomètres en amont du confluent du Verdon, sa rive gauche abandonne les Alpes-de-Haute-Provence et, à peu de distance, la rive droite n'appartient plus au département. L'altitude de ses eaux, en ce point, est d'un peu plus de 250 mètres. La pente du torrent est donc de près de 450 mètres dans le département, pour une longueur qu'on peut estimer de 140 à 150 kilomètres.

Quand la Durance a définitivement quitté le département, elle ne tarde pas à changer de direction pour couler vers l'ouest-nord-ouest : elle se répand en plusieurs bras dans un lit désormais toujours excessivement large, au sein d'une plaine féconde; elle prête de nombreux milliers de litres d'eau par seconde à divers canaux d'irrigation qui vont répandre la fertilité dans la Provence à gauche, dans le Comtat-Venaissin à droite, et alimente Marseille par le canal que porte, sur l'Arc, le magnifique aqueduc de Roquefavour; elle passe devant Cavaillon et va se verser enfin dans le Rhône, rive gauche, à une petite distance au-dessous de la célèbre ville d'Avignon. Il est  inutile de dire qu'une rivière aussi irrégulière et aussi rapide ne peut être navigable; mais elle est flottable au-dessous de sa jonction avec l'Ubaye.

La Durance reçoit dans le département l'Ubaye, la Blanche, la Sasse, le Buech, le Jabron, le Vanson, la Bléonne, la Rancure, le Lauzon, l'Asse, le Largue, et, hors du département, le Verdon qui, d'ailleurs, appartient pour la plus grande part au territoire des Alpes-de-Haute-Provence.

L'Ubaye, fort torrent d'une longueur de 80 kilomètres, d'un débit de 7 mètres cubes d'eau par seconde à l'étiage, a presque exactement pour bassin l'arrondissement de Barcelonnette, sauf le canton d'Allos. Elle a pour origine le lac de Longet, jolie nappe d'eau voisine de la frontière d'Italie et située près du col de Longet, au nord du Grand-Rubren, à l'altitude de 2655 mètres. Elle coule en arc de cercle d'abord vers le sud-ouest, puis vers l'ouest, puis vers le nord-ouest, forme le lac étroit, mais profond, de Praroiard, à 2046 mètres d'altitude, passe à Saint-Paul (1443 mètres), au pied du fort de Tournoux, à Barcelonnette (1138 mètres), au Lauzet et tombe dans la Durance, rive gauche, par un peu moins de 680 mètres. Elle a pour affluents principaux, l'Ubayette ou Petite Ubaye, formée par le Lauzannier et l'Oronaye (elle passe à Larche); le Parpaillon, qu'elle absorbe à la Condamine; le Versan, qui s'y jette près de Jausiers; le Bachelard (30 kilomètres), qui a son embouchure à 2 kilomètres au-dessous de Barcelonnette.

La Blanche, affluent de gauche, qui prend dans son court inférieur le nom de Rabious (le fougueux, l'enragé), descend de la montagne de la Blanche et passe au pied de la montagne qui porte la petite ville de Seyne. Son cours est de 30 kilomètres.

La Jasse, affluent de gauche, commence à 6 ou 7 kilomètres en ligne droite à l'ouest de Seyne, dans des montagnes de 1500 à 2000 mètres d'altitude; elle reçoit le torrent de la Motte-du-Caire et gagne la Durance à 6 kilomètres en amont de Sisteron, après un cours de 40 kilomètres dans une étroite vallée que généralement ses larges grèves occupent toute entière.

Le Buech, grand tributaire de droite qui débouche à Sisteron même, est un torrent dévastateur de bien près de 100 kilomètres de cours, une petite Durance souvent partagée en un grand nombre de bras. Né dans la Drôme et ayant la plus grande partie de son cours dans les Hautes-Alpes, il n'appartient aux Alpes-de-Haute-Provence que sur une longueur d'une vingtaine de kilomètres (et encore comme limite avec les Hautes-Alpes), et il n'a ses deux rives dans le département que sur une longueur de 3 kilomètres, au-dessus de Sisteron.

Le Jabron, long de 40 kilomètres, a son embouchure sur la rive droite à 4 kilomètres en aval de Sisteron. C'est un torrent très faible en été, exactement orienté de l'ouest à l'est; il coule à la base septentrionale de la montagne de Lure et laisse à 2 ou 3 kilomètres à gauche, sur la montagne, le bourg de Noyers-sur-Jabron.

Le Vançon, qui a son embouchure sur la rive gauche, à 3 kilomètres en amont de Volonne, ne traverse aucun bourg, mais seulement de pauvres villages. Il naît dans des montagnes de 1500 à 2116 mètres d'altitude. Son cours est de 50 kilomètres.

La Bléonne, ou Bléone, rivière centrale du département, est un tributaire de gauche. Elle commence sur le flanc méridional de la montagne des Trois-Évêchés (2927 mètres). Coulant constamment vers le sud-ouest, elle baigne la Javie où déjà elle n'est qu'à 800 mètres d'altitude, Digne, où elle n'est qu'à 590 mètres, et a son embouchure à 3 kilomètres au-dessus de Mées, par 400 mètres. Son lit est large, mais sans beaucoup d'eau, son cours, capricieux et rapide, les montagnes qui pressent sa vallée sont presque toujours décharnées. Dans son cours de 75 kilomètres, elle reçoit l'Arigeol, à la Javie; le Bès, à 4 kilomètres en amont de Digne : ce large torrent, de 45 kilomètres de cours, descend de la montagne de la Blanche; le torrent des Duyes (50 kilomètres), entre Digne et l'embouchure. Ces trois affluents lui arrivent par la droite.

La Rancure, affluent de gauche, se forme de la réunion de plusieurs petits torrents nés dans des montagnes qui n'ont pas mille mètres; elle passe à Oraison et entre dans la Durance près de cette bourgade, presque en face du confluent de l'Auzon, à 3 ou 4 kilomètres en amont de l'embouchure de l'Asse.

Le Lauzon, tributaire de droite, long de 32 kilomètres, descend des plus hauts sommets des monts de Lure (1827 mètres).

L'Asse, grand torrent dont le cours est jusqu'à un certain point parallèle à celui de la Bléonne, ressemble également à la rivière de Digne par ses larges grèves couvertes d'eaux furieuses à la suite des orages, mais sèches, sauf un filet d'eau rapide en temps ordinaire, et, comme la Bléonne, elle serpente entre, des montagnes décharnées. « L'Asse, bien fou qui la passe! » dit le proverbe. C'est un tributaire de gauche, dont le cours est de 80 kilomètres au moins, par conséquent un peu plus long que celui de la Bléonne. Elle a ses sources à 12 ou 15 kilomètres à vol d'oiseau, à l'est-nord-est de Digne, dans des monts de près de 2000 mètres qui relient la montagne de Coupe au Cheval-Blanc (2323 mètres); elle baigne Barrême où, par 685 mètres d'altitude, elle reçoit l'Asse de Blieux, venue de Senez, puis, après avoir tenté de se diriger vers la Bléonne au-dessous de Digne, tourne brusquement au sud-ouest, un peu en avant de Mezel, où son altitude n'est plus que de 555 mètres. Son confluent est à 325 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Le Largue, affluent de droite, gagne la Durance à 4 kilomètres en aval de l'Asse. «Il naît, dans les montagnes rocheuses de la Roche-Giron, qui se redressent au nord vers les monts de Lure, d'une source considérable donnant plusieurs centaines de litres d'eau par seconde en été. » Il coule d'abord droit au sud, mais, à 3 kilomètres et demi à l'est de Reillanne, il tourne à angle droit vers l'orient, va se doubler par la jonction de la Laye, puis reprend sa course vers le sud jusqu'à la Durance, où il entre après plus de 50 kilomètres de cours. La Laye a également pour origine une fontaine des plus abondantes, donnant aussi des centaines de litres d'eau par seconde à l'étiage : dans un cours d'une quarantaine de kilomètres, parallèle à celui du Largue et commençant également sur le versant méridional des monts de Lure, elle ne traverse que des villages sans importance. Elle passe à 5 kilomètres en ligne droite à l'ouest de la colline qui porte Forcalquier.

Le Verdon est une rivière très pittoresque. Il commence a 12 kilometres a vol d'oiseau au sud-ouest de Barcelonnette, à 4 ou 5 kilomètres au nord-nord-est des sources de la Bléonne, dans des montagnes d'un peu plus de 2500 mètres d'altitude. Il coule d'abord au sud, jusque vers Castellane. Déjà à Allos il n'est plus qu'à 1425 mètres, à un peu plus de 1200 au pied du fort de Colmars, à moins de 900 devant Saint-André-de-Méouilles, à 720 devant Castellane. Courant désormais, non sans de grands détours, vers l'ouestsud-ouest, il ne tarde pas à quitter le département par sa rive droite, et, à partir du confluent de l'Artuby, il sert de limite entre les Alpes-de-Haute-Provence et le Var, jusqu'à son embouchure, sauf près de Quinson et près de Gréoulx où la rive droite appartient de nouveau passagèrement au département. Son cours, perpétuelle succession de petits bassins qui furent des lacs et de défilés très étroits et très profonds, n'est nulle part aussi pittoresque que dans les gorges grandioses qui vont du confluent du Jabron, près de Rougon, au pont d'Aiguines sur la route de Digne à Grasse. Près de Sainte-Croix-de-Verdon, aux ruines (fragment de culée) d'un pont romain, au point où le Verdon vient de recevoir (sur le territoire du Var) une des plus grandes sources de France, la Fontaine-de-l'Évêque, donnant, dit-on, 5 à 6 mètres cubes d'eau par seconde à l'étiage, commencent de nouveaux défilés qui s'ouvrent un peu à Quinson pour se resserrer aussitôt. A Greoulx finissent ces dernières gorges, et le Verdon coule dans une véritable vallée jusqu'à son confluent avec la Durance, par 250 mètres d'altitude. Cette belle rivière, d'un cours de bien près de 200 kilomètres, verse, en temps d'étiage, un minimum de 7 mètres cubes d'eau par seconde, que l'on dit même être le plus souvent de 10. Mais ce n'est là que le tiers ou le quart du volume qu'il fournirait si l'on construisait les barrages projetés dans son bassin; l'exhaussement du niveau du lac d'Allos et surtout les digues jetées en travers de son cours à l'issue de certaines gorges, à Sainte-Croix, à Montpezat, à Quinson, lui donneront en été 24 mètres cubes d'eau par seconde de plus. Ce supplément d'eau n'est pas destiné à la vallée même du Verdon, généralement trop étroite pour offrir des terrains quelque peu étendus à l'irrigation, mais aux vallées de la basse Provence. Déjà la prise d'eau de Quinson fournit 4000 litres d'eau par seconde à la ville et aux campagnes d'Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône.

Sans compter la Fontaine-de-l'Evêque et de nombreuses sources des plus abondantes, alimentées qu'elles sont par les eaux qui se perdent sur de vastes plateaux perméables dominant le cours du Verdon (nous citerons : le lieu du Trou, Font-Gaillarde, à 4 kilomètres et demi en aval de Thorame-Haute, les sources du Pasquier, près de Castellane, celle de Chasteuil, etc.), cette rivière reçoit le Chadoulin, l'Yssole, le Jabron, l'Artuby, la Maïne et le Colostre.

Le Chadoulin a son embouchure à Allos. Son abondante source serait, dit-on, le déversoir souterrain du lac d'Allos, qui n'a pas d'écoulement visible. Ce lac, resserré à 2237 mètres d'altitude, dans un cirque de montagnes qui en ont jusqu'à 2745, entre des roches très élevées, a 1500 mètres de longueur, 600 mètres, de largeur, 42 mètres 50 centimètres de plus grande profondeur. Si l'on en exhaussait le lit, il fournirait 2 mètres cubes d'eau par seconde pendant près de deux mois au Verdon pour les arrosages du bas pays.

L'Yssole commence sur des montagnes de 2400 mètres, aune dizaine de kilomètres en ligne droite à l'ouest de Colmars; après 32 kilomètres de cours, elle atteint le Verdon à Saint-André-de-Méouilles.

Le Jabron, qui pour la plus grande partie de son cours appartient au département du Var, naît près de Peyroules, dans le canton de Castellane, et a son embouchure au pont de Carejuan, près de Rougon; il n'a que 35 kilomètres.

L'Artuby, torrent des plus pittoresques, long de 55 kilomètres, n'appartient aux Alpes-de-Haute-Provence que par sa source très considérable à la Foux, commune de Peyroules, et par son embouchure au sud et à 7 ou 8 kilomètres de Rougon, dans un des plus beaux passages des longs défilés du Verdon.

La Maïne a pour affluent le petit torrent qui passe dans la curieuse ville de Moustiers-Sainte-Marie et rejoint le Verdon au pont d'Aiguines, sur la route de Digne à Grasse.

Le Colostre, long de 40 kilomètres, naît à quelque distance au nord de Moustiers-Sainte-Marie, dans une montagne de 1750 mètres. Il passe à Riez et il a son embouchure à 3000 mètres en amont des bains de Gréoulx.

Les deux autres rivières du département qui appartiennent au bassin du Rhône sont le Coulon, sous-affluent de la Durance, et la Nesque, affluent de la Sorgues.

Le Coulon, quelquefois aussi appelé Calavon, a son origine près de Carniol. Après avoir reçu la Riaille, ruisseau descendu de la montagne de Lure par Banon, il se précipite en cascades dans la gorge d'Oppedette, fort étroite, fort profonde, et à l'issue de laquelle le torrent quitte les Alpes-de-Haute-Provence pour Vaucluse, après un cours de plus de 35 kilomètres. Il effleure encore le département, par sa rive gauche, près de Cereste, tourne à l'ouest (jusque-là il coulait droit au sud), baigne Apt et gagne la Durance au-dessous de Cavaillon. Son cours dépasse 80 kilomètres.

La Nesque n'a dans le département que son cours supérieur, sous le nom de Croc. [La Croc descend de la Crête de la Faye, prolongement occidental des monts de Lure, et passe à Revest-du-Bion.] Dans le département de Vaucluse, elle coule au pied septentrional des monts de Vaucluse et va s'unir à la Sorgues, ce bel affluent du Rhône, qui sort de la célèbre fontaine de Vaucluse.

Le Var est un fleuve côtier de 135 kilomètres de longueur, d'un volume variant entre 28 et 4000 mètres cubes à la seconde, qui va se perdre en Méditerranée près de Nice. Né dans les Alpes-Maritimes, du flanc est de la Grande-Cayolle, qui porte le lac d'Allos (et peut-être, par des canaux souterrains, du lac d'Allos lui-même), il a dans ce département presque tout son cours et son embouchure, et ce torrent terrible, qui gronde presque toujours dans des gorges effrayantes, n'appartient que fort peu aux Alpes-de-Haute-Provence : il n'y a guère que 18 kilomètres de cours, il y baigne Entrevaux, puis passe dans les Alpes-Maritimes au-dessus de Puget-Theniers. Il y reçoit le Colomp, ou Colomb, ou Coulomp : celui-ci  coule entre les montagnes les plus déchirées peut-être du département. Il se forme dans des monts de 2500 mètres, court vers le sud jusqu'à la jonction de la Vaire, puis acceptant la direction ouest-est de cette dernière, va s'engloutir dans le Var, rive droite. Il a un peu plus de 30 kilomètres.

La Vaire, un peu plus longue, sinon plus abondante que le Colomp, descend du Grand-Coyer (2700 mètres). Dans son cours supérieur, elle bondit dans des gorges resserrées, plus bas elle abreuve de petits canaux d'irrigation dans une vallée qui ne manque pas de fraîcheur. Elle passe à Annot (altitude 627 mètres) et, avant de rejoindre le Colomp, reçoit la Galange, qui lui arrive par les beaux étranglements de la Clus de Rouaine. Cours, 30 kilomètres.

Le département possède aussi les sources d'un autre important tributaire du Var, l'Esteron, qui commence dans les montagnes de Soleilhas, canton et à l'est de Castellane.

Climat

Les Alpes-de-Haute-Provence sont un pays essentiellement montagneux, offrant des différences excessives entre la hauteur de ses divers lieux habités : ce qui est tout naturel dans un département dont les altitudes sont comprises entre 250 mètres et 3400. Sur leurs plus hauts sommets, les Alpes-de-Haute-Provence ont des neiges éternelles, et, même quelques glaciers (ceux de la Blanche, de Chambeyron, etc.) qui ne fondent jamais, et naturellement, il n'y a point de villages, point de hameaux dans cette « Sibérie provençale ». Sur les montagnes moyennes, tel village est enseveli dans la neige pendant six mois, cinq mois, quatre mois, trois mois, suivant l'altitude, tandis que dans les vallées les plus basses du pays, sur la Durance, le Verdon, le Largue, l'Asse et la Bléonne inférieure, et sur le Var, le Colomp et la Vaire, croît déjà l'olivier, qui est l'arbre caractéristique du midi de l'Europe. 

Ainsi, par ses altitudes, le département a tous les climats, toutes les végétations, qui s'échelonnent de celui de la Provence, caractérisé par l'olivier, jusqu'à celui des neiges persistantes, qui ne souffre plus d'arbres et n'a plus que d'humbles mousses. Par sa latitude, un peu plus voisine de l'équateur que du pôle, par son voisinage de la Méditerranée, dont le séparent seulement le Var et les Alpes-Maritimes, il appartient, dans les régions peu élevées, au climat tempéré, et plus spécialement au climat méditerranéen, l'un de ceuxentre lesquels on a l'habitude de diviser la France. (A. Joanne).

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