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Les départements français
L'Aisne
[Histoire du département de l'Aisne]
Le département de l'Aisne est une division administrative de la France. C'est est un pays de plaines horizontales, au Nord, traversées par la belle et riche vallée de l'Oise, et de l'Est à l'Ouest par l'affluent de l'Oise qui lui donne son nom. Au Sud de l'Oise, les plaines sont ondulées, mais partout elles sont fertiles et bien cultivées. Il a la forme d'un triangle isocèle, dont la base serait tournée vers le Nord sur une largeur de 80 km environ. Sa pointe méridionale est à une distance de 130 km de cette base. Pour parler avec plus de précision, la partie du département située au Nord de la vallée de l'Aisne a une forme rectangulaire, et la partie située au Sud, beaucoup moins étendue, a la forme d'un triangle tourné vers le Sud. Sa superficie est de 735.199 hectares, et sa population de 538.557 habitants (2010). 

Les départements qui l'environnent sont, au Nord le département du Nord; à l'Ouest, ceux de la Somme, de l'Oise et de Seine-et-Marne; à l'Est, ceux de la Marne et des Ardennes. A l'angle Nord-Est sur une longueur d'environ 40 km, le département de l'Aisne touche à la Belgique

Ce territoire a été formé du Thiérache, du Vermandois, du Laonnais, du Soissonnais et du Tardenois, qui faisaient partie de la Picardie; d'une partie du Valois, qui dépendait de l'lle-de-France, et d'une partie de la Brie champenoise, qui faisait partie de la Champagne.

Principales communes

Rang Arr. Commune Population
1
3
Saint-Quentin 58 142
2
4
Soissons 29 595
3
2
Laon 27 533
4
1
Château-Thierry 15 359
5
2
Tergnier 14 951
6
2
Chauny 12 957
7
4
Villers-Cotterêts 10 450
8
5
Hirson 9 787
9
3
Bohain-en-Vermandois 6 349
10
3
Gauchy 5 777
Rang Arr. Commune Population
11
5
Guise 5 641
12
4
Belleu 4 011
13
5
Saint-Michel 3 584
14
1
Fère-en-Tardenois 3 364
15
2
La Fère 3 069
16
3
Fresnoy-le-Grand 3 059
17
5
Le Nouvion-en-Thiérache 2 882
18
5
Vervins 2 848
19
1
Charly-sur-Marne 2 757
20
2
Beautor 2 721
Codes des arrondissements : 1 = Château-Thierry, 2 = Laon, 3 = Saint-Quentin.
4= Soissons, 5 = Vervins. Cliquer sur les liens pour afficher la liste de toutes les communes.

Le relief de l'Aisne

Le département de l'Aisne forme pour ainsi dire une tranche de la partie septentrionale du bassin Parisien, et participe aux principaux traits qui caractérisent le relief de ce bassin. Ce sont des zones concentriques de dépressions et d'élèvations du sol, disposées alternativement autour de Paris, jusqu'aux Vosges et au plateau des Ardennes. Une ligne qui partirait de l'angle Nord-Est du département, passerait par Laon, et rejoindrait de là l'angle Sud traverserait successivement les zones d'altitude diverse dont l'Aisne possède une partie. D'abord, les Ardennes dont le point culminant atteint près de 300 m; puis les plaines ondulées de la Thiérache, hautes en moyenne de 190 m; puis une région plus déprimée encore qui se confond au Sud-Est avec les plaines champenoises, et au Nord-Ouest avec celles de la Picardie (Vermandois); de nouveau une zone de plateaux dont l'altitude moyenne est de 160 m : Laonnois, Soissonnais, Valois, Orxois; enfin, d'autres plateaux supérieurs à 200 m : le Tardenois et la Brie. Les Ardennes couvrent seulement l'angle Nord-Est; la Thiérache, le Vermandois et la Champagne forment une large zone qui traverse le département du Nord-Ouest au Sud-Est; le Laonnois, le Soissonnais, le Valois et l'Orxois en couvrent presque tout le reste, sauf l'extrémité Sud qui appartient à la Brie pouilleuse, et la lisière Sud-Est entre la Marne et la Vesle, qui est formée par le Tardenois.

Ardennes.
Le petit coin du département occupé par les Ardennes présente une surface fortement accidentée, coupée par des tranchées étroites et profondes, taillées dans le schiste par les cours d'eau. Les deux principaux sont l'Oise, qui forme deux petits lacs dans la forêt de Saint-Michel, et le Gland qui se jette dans l'Oise à Hirson, et limite au Sud cette forêt. Leur confluent est à 170 m, tandis que le principal sommet des bois où ils se cachent en atteint 284, dans la partie qui porte le nom de bois de Wattigny.

Thiérache
La Thiérache forme devant les Ardennes une terrasse qui s'abaisse graduellement vers le Sud-Ouest. Ce sont de vastes plateaux morcelés par des vallées profondes, et dont la surface est souvent parcourue par des ondulations aux contours doux et arrondis. Considérée en faisant abstraction des vallées qui la découpent en îlots, la surface de ces plateaux forme un plan incliné dont l'altitude la plus forte, dans le voisinage des Ardennes, est de 240 à 230 m : par exemple aux environs d'Aubenton et de la Capelle-en-Thiérache. Elle n'est plus qu'à 200 m aux environs de Rozoy-sur-Serre, de Vervins et du Nouvion, et elle s'abaisse jusqu'à 150 au-delà de Montcornet, de Marle et de Bohain. Les vallées qui traversent le plateau de la Thiérache sont la plupart du temps orientées de l'Est à l'Ouest. Ce sont, en allant du Nord au Sud, celles de la Sambre, du Noirieu et de l'Iron, celle de l'Oise entre Hirson et Guise, celles du Vilpion supérieur, de la Brune, de la Serre en amont de Marle, et du Hurtault. Plus ou moins larges, elles offrent toutes les mêmes caractères : leur fond est de 50 à 100 m inférieur aux plateaux qui les environnent; leurs talus sont très raides partout où la pente n'a pas été adoucie par des dépôts meubles provenant des plateaux. Assez rapprochées les unes des autres, entre le Nouvion et Guise et entre Vervins et Marle, ces vallées laissent au contraire de grands espaces libres pour le plateau, entre Guise et le Catelet et entre Guise et Marle. Là on ne rencontre plus que de simples vallonnements, aux pentes bien plus douces et dont la profondeur moyenne varie entre 20 et 30 m seulement.

Picardie et Champagne. 
La zone picarde et champenoise, tout en ayant partout un niveau général inférieur à celui de la Thiérache au Nord-Est et du Laonnois au Sud-Ouest, n'est pas uniforme dans toutes ses parties. La partie picarde, le Vermandois qui s'étend à l'Ouest de l'Oise, de Vermand à la Fère, forme encore des plateaux ondulés, séparés par des vallées encaissées, comme celles de l'Omignon, de la Somme et de l'Oise, et cet aspect se retrouve même dans le pays compris entre l'Oise et la Serre, qui dépend historiquement de la Thiérache; au contraire, au Sud-Est de la Serre, se trouve une vaste et large dépression couverte par les marécages de la Souche et qui est une terre proprement champenoise. Tandis que les plateaux du Vermandois se tiennent à un niveau moyen de 100 m, le bassin de la Souche n'est plus qu'à 75 m, et, au Nord de l'entrée de l'Aisne dans le département, il se prolonge par un plat pays qui ne dépasse pas 80. Dans le Vermandois, les vallées, presque aussi enfoncées que dans la Thiérache, sont plus larges : celle de l'Oise atteint parfois 3 km entre ses berges; elles sont de plus orientées autrement, du Nord-Est au Sud-Est : ainsi celles de l'Omignon, de la Somme en aval de Saint-Simon, de l'Oise entre Guise et la Fère, et même plus à l'Est, celle de la Serre, entre Marle et le confluent de la Souche. Dans la Champagne, au contraire, la Souche est orientée du Sud-Est au Nord-Ouest, et les eaux qui l'alimentent divaguent sur de vastes surfaces plates, où elles forment des marécages dominés seulement par quelques buttes isolées. Quant à l'Aisne qui traverse encore la région champenoise, au moment où elle pénètre dans le département, le dénivellement entre le fond de la vallée et le pays environnant ne dépasse guère une vingtaine de mètres. C'est d'ailleurs un fait à noter que, dans la zone picarde et champenoise, les trois vallées principales se trouvent à une altitude sensiblement égale la Somme est à 56 m à Saint-Simon, l'Oise à 53 à son confluent avec la Serre, l'Aisne à 58 à son confluent avec la Suippe.

Laonnais, Soissonnais, Valois, Orxois.
Cette région, qui couvre à elle seule plus d'un tiers du département, est beaucoup plus accidentée que les précédentes. Elle aussi présente des plateaux séparés par des vallées, mais plus nombreuses et plus profondes encore que dans le Nord du département. C'est surtout au Nord de l'Aisne et sur la lisière des terres basses de la Champagne que ces plateaux forment des îlots très nettement séparés les uns des autres. Là leur silhouette se profile nettement et en fait bien comprendre la structure. Le plus remarquable à cet égard est celui sur lequel se trouve placée la ville de Laon, à une altitude de 188 m. Il forme une sorte de triangle irrégulier qui domine le pays environnant d'une centaine de mètres. La surface plate qui porte la ville est singulièrement réduite du côté du Sud-Est par une déchirure profonde, une sorte de golfe qui porte le nom expressif de Cuve Saint-Vincent, si bien que la ville n'a jamais plus de 5 à 600 m de largeur. Les faubourgs se sont construits au pied des pentes rapides qui y donnent accès, et l'on y descend soit par des routes en biseau le long des côtes, soit par des chemins en lacets. Le petit plateau de Laon est le type réduit de tous ceux qui couvrent la partie méridionale du département. Plus à l'Ouest ceux qui portent la forêt de Saint-Gobain et la haute forêt de Coucy, sont, à la dimension près, exactement semblables. Leur forme générale est circulaire, mais la surface plate qui domine les pentes est de forme extrêmement contournée et nulle part très épaisse. Dans sa partie centrale, elle est à plus de 200 m d'altitude. Au Sud-Ouest de Laon se trouve un autre plateau, à peine trois fois plus étendu et environné de toutes parts comme une île par l'Ailette ou Lette, par l'Ardon, le ruisseau de Lizy et le canal de dessèchement qui les relie. L'altitude du fond de la rigole varie de 90 à 50 m; celle du plateau est de 184 m : c'est évidemment un débris d'une même surface que le plateau de Laon. Enfin, un quatrième plateau très mince et découpé s'étend sur une longueur de 20 km entre la vallée de l'Arden et la dépression de la Souche, dans laquelle quelques mamelons isolés forment ses dépendances. Celui-là a comme celui de Saint-Gobain des altitudes de plus de 200 m. Ainsi au Nord de la vallée de la Lette, quatre plateaux nettement délimités, dont la lisière septentrionale est suivie par la ligne ferrée de la Fère à Reims, et entre lesquels passe celle de Soissons à Laon. 

Entre la Lette et l'Aisne, un seul plateau qui s'étend de la frontière occidentale du département jusqu'à Craonne : il a 50 km de long sur 40 km de largeur à vol d'oiseau; mais tandis que sa falaise septentrionale suivant la rive gauche de la Lette ne présente que des sinuosités peu importantes, du côté du Sud, il est profondément entamé par le sillon d'un grand nombre d'affluents de l'Aisne, des rus encaissés entre des pentes rapides et généralement boisées. Il ne s'en faut parfois que de 3 ou 4 km que le plateau soit entièrement coupé par ces vallées transversales; l'une d'elles, par exemple, a été utilisée pour la ligne de Soissons à Laon qui la remonte jusqu'au fond et n'a qu'un tunnel  à franchir pour passer dans celle de la Lette. D'une manière générale, la surface du grand plateau découpé qui s'étend entre la Lette et l'Aisne est un peu moins élevée que celle des quatre plateaux septentrionaux; elle s'incline légèrement du Nord au Sud. De plus, son extrémité orientale est notablement plus haute que le reste et dépasse en quelques endroits 200 m. 

Entre l'Aisne et l'Ourcq, il y a deux plateaux, l'un extrêmement vaste à l'Ouest de la Vesle, l'autre plus petit mais plus élevé à l'Est de cette même rivière. Ce dernier se maintient à une altitude constante de 170 à 180 m; l'autre, fortement entamé par les vallées du Marton, de la Crise et du ru de Coeuvres, n'atteint nulle part 170 m; ce qui le distingue des autres plateaux du département, c'est que, un peu au Nord de l'Ourcq, il est dominé par une ligne de crêtes orientées de l'Est à l'Ouest et dont la hauteur varie de 200 à 255 m. C'est une arête qui porte à son sommet une surface plate extrêmement mince et dont les pentes du côté du Nord et du Sud sont fort rapides. Elle est couverte à l'Ouest par les forêts de Villers-Cotterets et de Retz; à l'Est elle ne porte plus que des débris des bois qui l'ont couverte autrefois, et se termine près de Fère-en-Tardenois. Il est à remarquer que, dans l'ensemble du plateau qui s'étend entre l'Aisne et l'Ourcq, cette crête ne joue pas le moins du monde le rôle de ligne de partage des eaux; elle est, en effet, coupée en deux par l'entaille profonde de Longpont où la Savières passe de son versant septentrional à son versant méridional, à 100 m au-dessous des croupes boisées qui la dominent. Le passage a été utilisé pour le chemin de fer de Villers-Cotterets à Soissons. 

En réalité, la pente générale du plateau, abstraction faite des collines de Villers-Cotterets et de leur prolongement, s'abaisse doucement du Nord au Sud. Son altitude est inférieure à celle du plateau qui sépare l'Aisne de la Lette, et celui-ci est à son tour moins élevé que les plateaux qui se trouvent au Nord de la Lette. En somme, tous ces divers plateaux ne sont que des morceaux séparés d'une seule et même surface, dont le plan s'incline du Nord au Sud jusqu'à la vallée de l'Ourcq. Ils sont divisés en trois séries du Nord au Sud, par deux vallées profondes, orientées de l'Est à l'Ouest, celle de la Lette dont le fond n'est qu'à 50 m en moyenne au-dessus du niveau de la mer, et celle de l'Aisne qui passe de 57 m au confluent de la Suippe, à 41 m. à qui sortie du département. Ces deux vallées sont fort larges; celle de la Lette a environ 2 km de largeur dans sa partie supérieure, et elle atteint le le double de largeur au pied du château de Coucy. Celle de l'Aisne a une largeur moyenne de trois km; à Soissons, au confluent de la Crise, elle atteint 6 km, et à Condé, au confluent de la Vesle, elle en a tout près de huit. La vallée de l'Ourcq, au Sud de laquelle on entre dans l'Orxois, le Tardenois et la Brie est à la fois moins profonde et moins large. Son fond reste dans le département de l'Aisne à plus de 80 m d'altitude, et nulle part ses berges ne sont espacées de plus d'un km. Au-delà de l'Ourcq, le petit pays auquel elle a donné son nom, l'Orxois, forme un plateau que son altitude et son aspect rattachent à ceux du Valois et du Soissonnais; il a une altitude moyenne de 150 m; la vallée peu profonde et étroite du ru d'Alland le coupe en deux parties; celle du Clignon, plus large et plus profonde que celle même de l'Ourcq supérieure, le sépare des plateaux plus élevés de la Brie, et une ligne qui joindrait les sources du Clignon à Fère-en-Tardenois marque la lisière de ceux du Tardenois.

Tardenois et Brie. 
Ces plateaux se distinguent des précédents, d'abord par leur altitude moyenne constamment supérieure à 200 m; ils les dominent de la même hauteur que la crête de Villers-Cotterets. En outre, leurs contours sont infiniment moins accidentés, leurs surfaces plates beaucoup plus étendues, les vallées qui s'y creusent moins nombreuses et moins profondes. Une seule les traverse de l'Est à l'Ouest, celle de la Marne, bien plus sinueuse dans ses allures que celle de l'Aisne, mais bordée de pentes beaucoup plus unies. Elle est en même temps plus profonde; son fond se trouve à 64 m au-dessus du niveau de la mer, au moment où elle entre dans le département, et, à cet endroit même, le Signal-de-Courcelles sur sa rive droite le domine de 164 m. A Château-Thierry, la rivière n'est plus qu'à 60 m, tandis que le plateau s'élève immédiatement du côté du Nord à 204 m et du côté du Sud à 235. C'est en même temps l'endroit où la vallée est le plus large; elle y atteint 4 km, tandis qu'en bien des endroits elle se réduit à un km. Au Nord de la Marne, le plateau n'est entaillé que par de très courtes vallées secondaires, des gorges boisées comme on en trouve dans la forêt de Fère et dans la forêt de Riz. Au Sud il n'y a à signaler que celle du Surmelin, comparable pour la profondeur à celle de la Marne; celles de la Dhuys, de la Dolloir et du ru de Lorge ne sont que des entailles superficielles. Enfin, tout à fait à l'extrémité méridionale du département, se trouve un fragment de la vallée du Petit-Morin; elle est remarquable par sa direction parallèle à celle de la Marne, mais son fond n'a que 100 ou 200 m de largeur et se trouve dans le département à 117 m d'altitude.

En résumé, la forme qui domine dans le département de l'Aisne est celle du plateau; il n'y a que le bassin de la Souche qui fasse exception; partent ailleurs, le pays se partage entre de vastes plateaux et des vallées étroites et allongées, dont le fond est en moyenne à 75 m au-dessous de la surface des plateaux. Les plateaux peuvent se classer entre quatre nivellements différents : celui des Ardennes, celui de la Thiérache et du Vermandois, celui du Laonnois, du Soissonnais, du Valois et de l'Orxois, celui de la Thiérache et de la Brie; tous les quatre ont ce caractère commun que leur pente s'allonge vers le Sud ou le Sud-Ouest, c.-à-d. plus ou moins exactement vers le centre du bassin Parisien.

Géologie

La disposition du relief du département de l'Aisne tient en partie à la constitution géologique du bassin tout entier. On sait qu'elle comporte une série de couches géologiques superposées les unes aux autres et relevées sur leurs bords, de manière à former une série de bourrelets concentriques, dont la netteté a été la plupart du temps altérée par les grands dépôts alluviaux qui ont passé sur le bassin à la fin de l'époque miocène, et en ont rasé les principales sommités. Néanmoins il subsiste encore des traces de ces bourrelets qui forment les principaux accidents du bassin, et, en tout cas, au-dessous des couches alluviales quaternaires laissées par le passage des courants, on retrouve disposées en zones concentriques la série des formations géologiques qui ont constitué le bassin. Il en est ainsi dans le département de l'Aisne : sur les plateaux, la couche des dépôts alluviaux cache la plupart du temps les roches plus anciennes sur lesquelles ils ont passé; dans le fond des vallées, les alluvions modernes s'y superposent également, et bien souvent aussi, sur les flancs des vallées, des dépôts meubles, provenant du limon des plateaux, cachent les couches dont on devrait apercevoir la coupe aussi nettement que dans des tranchées de chemin de fer; mais sous ces dépôts plus ou moins modernes et dont les plus anciens ont précédé immédiatement l'époque quaternaire (Le Cénozoïque), la constitution fondamentale du sol offre la même série de couches successives que dans le reste du bassin Parisien. En partant du Nord-Est du département, comme on l'a fait pour l'étude du relief, on traverse successivement chacune des zones géologiques qui vont des terrains de transition aux calcaires lacustres supérieurs du terrain tertiaire, et ces zones correspondent presque exactement à celles que détermine la seule étude de la topographie. 

Dans l'angle ardennais, sous la couche peu épaisse de limon qui porte la forêt de Saint-Michel et le bois de Wattigny, se cachent les schistes et quartzites de Revin que les petits rus ont mis à nu par leurs érosions, sur les flancs de leurs étroites vallées. Au Sud de la vallée du Gland, l'étage liassique, représenté seulement par les marnes inférieures, n'apparaît qu'en quelques points de la haute Thiérache. Puis, dans la même région, mais plus au Sud, d'autres formations jurassiques plus récentes se superposent au Lias. C'est le Bajocien qui, dans la vallée haute du Thon, a 60 m d'épaisseur et fournit les excellentes pierres de taille des carrières d'Aubenton, et, dans la même région, l'oolithe supérieure donnant un calcaire gris à oolithe blanche.

Les terrains crétacés occupent une grande partie de la Thiérache, la région picarde, la région champenoise, et s'enfoncent au Sud-Ouest sous les plateaux tertiaires du Laonnois. Les formations les plus anciennes de ces terrains dominent dans les plateaux; les formations plus récentes affleurent an contraire dans le bassin de la Souche, dont le niveau est, comme on l'a vu, très bas, sans doute parce que les alluvions quaternaires y ont fait disparaître les couches supérieures du sol. Dans cette partie du département. de l'Aisne, le fond même du sol est formé par une craie blanche à bélemnites, tendre, sans silex ou avec silex; cette couche a 80 m d'épaisseur. Dans la Picardie et la Thiérache occidentale, cette craie forme le fond des vallées, et les couches qui constituent les plateaux se superposent de la manière suivante : c'est d'abord le tuffeau glauconieux formé tantôt d'un sable fin, légèrement argileux, exploité pour la construction, tantôt, comme à la Fère, d'un grès en plaquettes qui fournit du moellon; puis l'argile plastique qui couvre la plus grande partie des plateaux du Vermandois. Au contraire, dans la Thiérache occidentale, et plus avant dans la Champagne, apparaissent successivement les formations crétacées inférieures à celles du bassin de la Souche. Au Nord de la Serre et sur la limite orientale du département, une craie jaunâtre, noduleuse et magnésienne, dont les rognons ou buquands ont servi à l'empierrement des routes, commence à affleurer; elle fournit les pierres de taille de Chery-les-Pouilly. Mais c'est surtout hors du département, dans la Marne, qu'elle occupe des surfaces proportionnées à son épaisseur, qui est de 100 m. Ensuite vient une craie marneuse, épaisse de 30 m, extrêmement argileuse, qui forme le fond de la vallée de la Serre de Rozoy à Montcornet, celui des vallées du Hurtault et de la Brune. Puis, la marne du Fréty, calcaire et blanchâtre, fortement mêlée de sable et d'argile, apparaît dans la vallée du Thon; elle est exploitée pour l'agriculture dans des marnières à ciel ouvert, au-dessus d'Aubenton.

Les sables de la Hardoye se montrent dans la vallée de la haute Serre. Enfin, les différents étages du gault, s'appuyant sur le Bathonien, forment la vallée supérieure du Thon et de ses affluents méridionaux, dans cette partie; puis, se relevant vers le Nord-Ouest, ils forment le plateau qui sépare le Thon du Gland et de l'Oise.

Les terrains tertiaires, sous lesquels s'enfoncent les terrains crétacés dans la direction du Sud-Ouest, forment par leurs assises dégradées tous les plateaux situés entre Laon et l'extrémité méridionale du département. Eux aussi sont disposés suivant des plans parallèles inclinés du Nord-Est au Sud-Ouest, si bien que les formations qui apparaissent sur la surface des plateaux les plus septentrionaux, apparaissent de plus en plus bas sur les flancs des vallées qui découpent les plateaux, à mesure qu'on avance vers le Sud, et finissent même par former le fond des vallées les plus méridionales. L'ensemble des couches tertiaires est disposé de la manière suivante : au bas, reposant sur la craie blanche, l'argile plastique, puis successivement, les sables nummulitiques, les calcaires grossiers, inférieurs et supérieurs, les sables et grès de Beauchamp, le travertin de Saint-Ouen, le gypse, les marnes et glaises vertes, le travertin de la Brie, le travertin de la Beauce et les sables de Fontainebleau, les argiles à meulière.

L'argile plastique que nous avons vue à la surface des plateaux en Vermandois, dont la masse provient de terrains crétacés , se trouve au contraire à la base de ceux du Laonnois. C'est qu'en effet elle a dû couvrir aussi la région de la Souche où elle a laissé comme témoignages quelques lambeaux formant des buttes isolées recouvertes d'épaisses couches de sables quaternaires. Même, à l'extrémité du Laonnois, elle se superpose à une épaisse couche de sables de Bracheux, restes des couches crétacées les plus récentes, entièrement disparues du bassin de la Souche, et cachées dans le Vermandois sous l'argile plastique, mais qui reparaissent encore dans la haute vallée du Thon. A sa base, l'argile plastique présente de marnes et calcaires lacustres exploités au Sud du département pour la fabrication de la chaux hydraulique; elle renferme des bancs lignitifères et pyriteux, qui s'étendent sur 72 km de longueur, du Catelet à Reims, et 28 à 30 km, de largeur entre Houblières et Goulancourt; ces bancs ont pu être exploités de longue date en plus de soixante-dix endroits, soit au moyen de puits, soit à ciel ouvert, pour fournir tantôt des matières premières pour les produits chimiques comme à Urcel, tantôt des cendres pour l'agriculture, comme à Braine, Crandelain et Chermizy. L'argile forme le fond des vallées de l'Aisne, de la Vesle, de la Lette, de la Marne en aval de Château-Thierry, et du Surmelin; elle est en effet éminemment imperméable, et sa surface forme le principal niveau d'eau du département. Les rivières ont creusé leurs vallées jusqu'à ce qu'elles l'atteignent, et, plus elles sont méridionales, plus leur vallée doit être profonde. Nous avons vu en effet que la vallée de la Marne est plus profonde que celle de l'Aisne, et celle-ci plus que celle de la Lette. 

Les sables nummulitiques foraient une couche épaisse de plus de 50 m. dans le Laonnois, mais infiniment plus mince dans la Brie. Mélangés parfois de grès, ils sont à leur base jaunes, légèrement calcaires, micacés et glauconieux; dans leur partie moyenne, ils sont micacés et calcaires et prennent les couleurs les plus variées, tantôt gris, tantôt verdâtres, tantôt rouges, quelquefois même d'un bleu intense; en haut, ils sont micacés et renferment des rognons de calcaire magnésien connus sous le nom de têtes de chat. Dans le Laonnois et le Soissonnais, ils forment sur les flancs élevés des vallées des pentes très adoucies; dans l'Orxois et la Brie, ils sont au fond des vallées trop peu profondes pour atteindre l'argile plastique, les vallées moyennes de l'Ourcq et du Clignon par exemple. 

Le calcaire grossier intérieur s'étend au-dessus des sables nummulitiques en une couche épaisse et régulière, d'une trentaine de mètres; à sa partie inférieure se trouve souvent un lit argilo-sableux verdâtre. Il forme sur les flancs des vallées du Laonnois et du Soissonnais des pentes rapides, et, en s'enfonçant vers le Sud, il affleure au fond des hautes vallées de l'Ourcq et du Clignon, et dans celle de la Marne, en amont de Château-Thierrv. Exploité en un grand nombre d'endroits, surtout en carrières à ciel ouvert, il fournit les pierres de taille dont sont construites la plupart des maisons de la région, et que l'on nomme, suivant qu'elles sont plus ou moins dures, vergeté ou lambourde. Les principales carrières sont celles de Puiseux, de la Ferté-Milon, de Silly-la-Poterie. Le calcaire grossier supérieur se compose à sa base de marnes vertes utilisées comme engrais; au dessus, d'un calcaire résistant (pierre à cérites), excellent pour la construction ; enfin de marnes blanches alternant avec des plaquettes de calcaire compact siliceux. Ce sont les marnes inférieures qui couronnent les plateaux situés au Nord de la Lette, partout où ils ne sont pas recouverts par le limon diluvien; le calcaire à cérite constitue la surface des plateaux de Craonnelle, d'Aubigny, de Saint-Thomas, et, en général, avec ou sans couche supérieure de limon, tous les plateaux du Soissonnais; plus au Sud, il forme le premier gradin du Valois et du Tardenois, et, dans la Brie, il paraît sur la partie moyenne des vallées de la Marne et du Surmelin et au bas de celle du Clignon. L'épaisseur totale de la couche du calcaire grossier supérieur est d'une quinzaine de mètres. 

Les sables de Beauchamp ne restent plus que par place sur les plateaux de Laonnois et du Soissonnais; encore y sont-ils souvent masqués par une couche de limon de plus de six mètres. Ils couvrent au contraire une grande partie du Valois, et paraissent sur les flancs des crêtes de Villers-Cotterets où ils ont cinquante mètres d'épaisseur, ainsi que sur celles des plateaux du Tardenois. Plus au Sud, ils se montrent également le long des vallées du Clignon, de la Marne et du Surmelin, où l'on exploite les grès siliceux qu'ils contiennent. Enfin, tout à fait à l'extrémité méridionale du département, ils se trouvent au fond de la vallée du Petit-Morin.

Le travertin de Saint-Ouen recouvre par endroits les sables de Beauchamp sur les plateaux du Valois; il paraît au-dessus d'eux sur les flancs de ceux de la Brie et du Tardenois, et des collines de Villers. Il se compose de marnes magnésiennes violacées, empâtant des rognons de silex, et présente à sa base une alternance de marnes blanches et de calcaires tantôt purs, tantôt siliceux

Le gypse n'apparaît plus que sur les flancs des collines de Villers, des plateaux du Tardenois et de la Brie. C'est une formation essentiellement marneuse, avec lits de gypse intercalés; elle est épaisse surtout au Sud de la Marne, où on l'exploite pour le plâtre. Les marnes et glaises vertes affleurent partout au-dessus du gypse et au-dessous des plateaux qui sont constitués par le travertin de la Brie. Celui-ci recouvre la majeure partie des plateaux du Tardenois et de la Brie : il est partout à l'état de meulière exploitée pour l'empierrement et la construction. Il n'est recouvert par les sables de Fontainebleau (travertin de la Beauce) qu'aux collines de Villers, sur les points les plus élevés du Tardenois (forêt de Fère) et tout à fait au Sud du département, près de Nogent-l'Artaud, entre la Marne et le Petit-Morin. Dans les collines de Villers, ces sables forment une assise puissante, mais très morcelée, et par fragments de plus en plus réduits de l'Ouest à l'Est. Enfin, les argiles à meulières couronnent les parties les plus hautes des crêtes de Villers, et, près de Nogent-l'Artaud, les sables de Fontainebleau du bois du Tartre.

Le limon a recouvert très inégalement ces diverses formations géologiques. Très abondant dans la Thiérache,où il porte les grandes forêts du Nouvion et de Regna-val, il l'est moins dans le Laonnois ; il atteint son plus grand développement dans le Soissonnais, le Valois et le Tardenois, où il se superpose successivement au calcaire grossier supérieur, aux sables de Beauchamp et aux marnes de Saint-Ouen; dans la partie de la Brie qui appartient à l'Aisne, il est beaucoup moins abondant qu'en Seine-et-Marne. De nature argilo-sableuse, il constitue un sol excellent pour la culture des betteraves et pour la fabrication des briques. Ses débris ont formé, sur les pentes des vallées, un dépôt meuble mélangé avec les roches sous-jacentes c'est ce qu'on appelle le limon des vallées. Celui-ci est extrêmement abondant dans le bassin de la Souche et dans la vallée de la Lette, moins dans celles de l'Aisne, de l'Oise et de la Serre; on n'en trouve qu'en quelques endroits de la Marne. 

Les alluvions modernes se sont déposées au fond de toutes les vallées, surtout dans celles de la Marne, de l'Aisne et de l'Oise qui élèvent incessamment leur lit par leurs transports terreux. Dans les moindres vallées elles sont représentées par des dépôts marécageux et tourbeux : ces derniers dominent le long de l'Ourcq, de la Lette, du Clignon, de la Souche, de la Vesle, de la Somme et de l'Omignon.

Hydrographie. Régime des eaux

Les cours d'eau de l'Aisne.
Excepté sur ses confins du Nord-Ouest, le département de l'Aisne appartient tout entier au bassin hydrographique de la Seine et partage ses eaux entre les trois grandes rivières de l'Oise, de l'Aisne et de la Marne. La lisière Nord-Ouest renferme les sources de la Petite-Helpe et une partie du cours supérieur de la Sambre, les sources de l'Escaut et le cours supérieur de la Somme. 

L'Oise.
L'Oise entre en France et dans le département de l'Aisne sur les confins du département du Nord; ses sources sont situées 15 km à l'Est dans le bois belge de la Thiérache, à environ 280 m d'altitude. Jusqu'à Hirson, où elle reçoit le Gland, elle n'est comme lui qu'un simple ru ardennais, profondément encaissé dans les ravins boisés de la forêt de Saint-Michel, et, comme lui, elle y forme deux ou trois petits étangs au-dessous desquels ses rapides sont utilisés par l'industrie. A Hirson, après 25 km de cours seulement, elle n'est déjà plus qu'à 170 m d'altitude; son courant devient dès lors moins rapide : d'Hirson à Guise, sur un parcours qui, à vol d'oiseau, ne compte que 40 km environ, mais qui est singulièrement allongé par les méandres de la rivière, la pente n'est que de 80 m. En même temps, la vallée s'est élargie : le fond, large en moyenne d'un kilomètre, est couvert le prairies. Un peu au-dessous de Guise, l'Oise cesse de couler de l'Est à l'Ouest : elle entre dans un chenal très large, orienté du Nord-Nord-Est au Sud-Sud-Ouest et parallèle à la vallée supérieure de la Somme; elle y reste jusqu'à la Fère sur un parcours de 35 km, pendant lequel elle ne descend pas même de 40 m; la faiblesse de la pente la fait divaguer en un grand nombre de bras enveloppant des îles plates et verdoyantes, tandis qu'une double rangée de villages suit à mi-côte les flancs de la vallée, espacés en moyenne de 2 km et demi. A partir de la Fère, où ses eaux et celles de la Serre sont définitivement réunies dans un seul chenal, à 50 m d'altitude, elle s'infléchit nettement dans une direction Sud-Ouest. C'est désormais autre chose qu'un torrent ou un faisceau de canaux d'irrigation; elle devient flottable à partir de Beautor, et navigable à partir de Chauny. La vallée s'élargit en même temps : au-dessous de Tergnier, les prairies du fond ont près de 6 km, et les marais en amont de Chauny quatre kilomètres de largeur. L'Oise sort du département de l'Aisne à Quierzy; elle y a coulé pendant 135 km, à peu près la moitié de son cours, et elle se trouve à 43 m au-dessus du niveau de la mer : c'est la cote la plus basse de tout le département.

Elle n'a reçu d'affluents que sur sa rive droite : d'abord le Gland, petit torrent ardennais qui la rejoint à Hirson, puis le Thon ou Ton, qui, parallèle au Gland, et venant comme lui du département des Ardennes, s'y jette à Etréaupont, après 45 km de cours. La vallée est tout entière établie dans les terrains crétacés, et le fond n'en prend quelque largeur que dans la partie inférieure : l'altitude du confluent est de 126 m.

La Serre.
La Serre est une rivière d'un peu plus de 400 km de longueur, presque entièrement comprise dans le département de l'Aisne. Née dans les terrains jurassiques, sa vallée est, à partir du confluent avec le Vilpion, établie sur les terrains crétacés. Elle présente dans sa direction un frappant parallélisme avec celle de l'Oise. Comme elle, elle coule d'abord de l'Est à l'Ouest puis, de Marle à Crécy, elle s'oriente vers le Sud-Sud-Ouest, et, à partir du moment où elle a reçu la Souche, elle en adopte la direction qui devient aussi celle de l'Oise à partir de la Fère. La pente du fond est aussi disposée de la même façon que pour l'Oise : elle est bien plus rapide au-dessus de Marle qu'au-dessous : la chute totale de la rivière est en effet de 83 m depuis l'entrée dans le département jusqu'au confluent. Marle est plus près du premier point que du second, et la Serre a descendu 50 m quand elle y arrive : elle n'en a donc plus que 33 à descendre avant d'arriver à la Fère. Il en est encore de même pour la largeur de la vallée : le fond ne s'en développe qu'à partir de Marle, et comme c'est entre Marle et Crécy qu'il a le moins d'inclinaison, la Serre y forme des bras, comme l'Oise entre Guise et la Fère. En aval de Crécy, la vallée a deux km de large, et les coteaux de la Thiérache qui les bordent au Nord sont en général plus élevés que ceux du Laonnois.

La Serre reçoit à droite le Vilpion, à gauche le Hurtault et la Souche. Le Vilpion est intéressant parce que sa vallée est un prolongement de celle de la Serre entre Crécy et Marle, jusqu'à Vervins. Il reçoit lui-même la Brune parallèle à la Serre supérieure. Le Hurtault est une petite rivière tout à fait champenoise qui rejoint la Serre tout près de Montcornet. La Souche draine la région la plus basse du département, si l'on fait abstraction des entailles des vallées principales : elle coule au milieu de marécages qui s'étendent de Sissonne à Vesles sur 45 km de longueur et cinq kilomètres de largeur. On l'a transformée sur une grande partie de son cours en un canal de dessèchement.

La Lette.
La Lette n'a que 60 km de longueur, mais sa vallée, entièrement comprise dans le département, en est une des plus importantes, parce qu'elle traverse de part en part les plateaux du Laonnois et offre un chemin naturel plus court que celui de l'Aisne, entre les plaines champenoises et la vallée de l'Oise : elle est fort large (3 km en moyenne), et fortement encaissée entre les plateaux, puisque sa source, près de Craonne, est à peine à 80 m d'altitude, et son confluent à Manicamp, à 38 seulement. Les ruines du château de Coucy en commandent toute la partie inférieure; la vallée de son affluent de droite, l'Ardon, la relie à Laon et au bassin de la Souche, sur la route de la Thiérache orientale. Les bois abondent dans le fond même de la vallée, parce qu'elle est établie en majeure partie sur l'argile plastique imperméable : les plus importants sont la forêt de Pinon, en face d'Anizy-le-Château, celle de Mortier, un peu en aval, et, plus bas encore, la basse forêt de Coucy.

L'Aisne.
L'Aisne, pendant 98 km, le tiers de son cours, traverse de part en part le département auquel elle donne son nom, dans une vallée encaissée, parallèle et semblable à celle de la Lette. A Neufchâtel, au moment ou elle entre dans le département, elle coule encore dans les plaines de la Champagne, où sa vallée n'a ni largeur, ni profondeur; c'est à partir de Pontavert, après avoir reçu la Suippe, qu'elle pénètre dans les plateaux du Laonnois par une sorte de golfe de bas pays qui a près d'une quinzaine de kilomètres de largeur sous Craonne, et que dominent des côtes de 180 et de 200 m d'altitude, tandis que la rivière se trouve entre 50 et 60 m; elle y reste jusqu'à l'autre lisière du département, sur une longueur de 50 km, pendant lesquels elle ne descend guère plus de 10 m. A Vic-sur-Aisne, elle est encore à 44 m; son cours est naturellement paresseux et elle décrit un assez grand nombre de sinuosités, dont les plus marquées sont en amont de Soissons; pourtant le fond de la vallée n'est pas absolument plat, et il n'offre ni prairies comme dans celle de l'Oise, ni bois comme dans celle de la Lette. 

Comme l'Oise, l'Aisne reçoit ses principaux affluents sur la rive méridionale. Le plus important est la Vesle, qui est déjà entièrement engagée dans les plateaux lorsqu'elle entre dans le département à Bazoche : elle rejoint l'Aisne à Condé, à une altitude de 51 m. Sa vallée est large, et tout à fait analogue à celle de l'Aisne, quoique la pente en soit plus forte. Trente kilomètres seulement en sont compris dans le département. La Crise se jette à Soissons, après avoir parcouru une petite vallée bien moins profondément taillée que celles de l'Aisne et de la Vesle.

La Marne.
La Marne traverse l'extrémité méridionale du département dans des conditions tout à fait analogues à celles de l'Aisne; seulement sa vallée n'est pas exactement orientée de l'Est à l'Ouest. De Passy-sur-Marne à Charly, elle a environ 45 km de longueur. Elle est plus étroite et plus sinueuse que celle de l'Aisne, mais les détours qu'elle fait sont aussi en rapport plus étroit avec les dispositions mêmes des berges; la Marne, serrée d'assez près entre les deux flancs de sa vallée, suit exactement le chemin qu'elles lui tracent, au lieu de s'attarder sur un fond presque plat. Les plateaux au milieu desquels elle circule sont plus compacts et ont mieux résisté à l'érosion; on y sent plus nettement le constant effort et le travail persistant des eaux. En outre, la Marne est dans le département à une altitude plus élevée que l'Aisne et l'Oise; tandis que celle-ci est à 43 m à sa sortie, que celle-là entre à 55 et sort à 44, la Marne entre à 65 et sort à 58. Elle a donc une pente bien plus forte que celle de l'Aisne; elle est plus rapide, et roule des eaux plus abondantes que celles mêmes de l'Oise. Les conditions de navigabilité sont aussi bien supérieures à celles des deux rivières septentrionales, et les travaux d'art ont pu lui donner partout un tirant d'eau de 1,60 m.

Comme l'Oise et l'Aisne, elle ne reçoit d'affluent important que sur sa rive gauche : le Surmelin, qui se jette à Mézy, est une petite rivière alimentée par des sources très importantes, en particulier celles de la Dhuis, que l'on a captées en partie pour l'alimentation de Paris. Mais, si c'est là la seule rivière que la Marne reçoive dans le département de l'Aisne, ce n'est pas la seule du département qui soit tributaire de la Marne. Tout à fait au Sud, le Petit-Morin est un autre affluent de gauche; et, au Nord, l'Ourcq est un affluent de droite. La partie de la vallée de l'Ourcq, comprise dans le département de l'Aisne, est orientée parallèlement à celle de l'Aisne, ainsi que celles de ses affluents l'Alland et le Clignon. Elles sont relativement peu profondes, l'Ourcq étant toujours à plus de 80 m au–dessus du niveau de la mer, avant sa sortie, en aval de la Ferté-Milon.

Des trois rivières du Nord qui ne dépendent pas du bassin de la Seine, une seule présente en soi quelque importance dans la partie de son cours qui appartient à l'Aisne; c'est la Somme qui, de Fonsomme à Saint-Simon, coule dans une vallée étroite, peu profonde et marécageuse, parallèle à celle de la Somme entre Marle et la Fère.

Les canaux.
Le réseau fluvial du département de l'Aisne a été complété par un grand nombre de canaux, qui comptent parmi les plus importants de France. Le canal de Saint-Quentin, alimenté par la rigole du Noirieu, relie l'Escaut à la Somme et à l'Oise, le canal de la Sambre à l'Oise relie la Sambre et l'Oise; il y a un canal latéral à l'Aisne, à partir de Celles, en amont de Soissons.

L'orientation des rivières.
L'ensemble des rivières qui arrosent le département de l'Aisne est  remarquable surtout parce qu'elles y adoptent des directions qui peuvent se ramener toutes à 4 orientations : 

1° celle de l'Est à l'Ouest : Oise supérieure, Serre au–dessous de Crécy, Lette supérieure et moyenne, Aisne, Ourcq, Alland. Clignon;

2° Est-Sud-Est à Ouest-Nord-Ouest : Thon, Serre au-dessus de Marle, Souche, Lette inférieure, Suippe, Vesle, Surmelin;

3°. Nord-Est à Sud-Ouest : Somme au-dessus de Saint–Simon, Oise entre Guise et la Fère, Serre entre Marle et Crécy;

4° Est-Nord-Est à Ouest-Sud-Ouest : Oise au–dessous de la Fère, Marne. 

Une grande part dans cette distribution tout à fait remarquable peut être attribuée à l'action des courants venus de l'Est et du Sud-Est. qui, au début de l'époque quaternaire, ont rasé la surface ancienne du bassin Parisien et y ont creusé un si grand nombre de sillons. La nature même des vallées et leur aspect sont également en relation étroite avec ce phénomène géologique. Dans les terrains durs, les anciens cours d'eau n'ont creusé que des sillons étroits et peu profonds; ainsi, la vallée supérieure de l'Oise dans les terrains jurassiques moyens, celles de la Marne, du Surmelin et de la Dhuis dans la Brie, sont moins larges et moins profondes que les vallées creusées dans le crétacé, comme celle de l'Oise entre Guise et la Fère ou dans des terrains tertiaires moins résistants que ceux de la Brie, comme la vallée de l'Aisne. Quant à l'écoulement actuel des eaux dans le département de l'Aisne, il ne suffit pas, pour le bien comprendre, d'examiner la carte; elle montre, en effet, que les trois grands cours d'eau du département reçoivent leurs affluents extérieurs du côté du Sud, mais elle n'apprend pas que le principal tribut des eaux souterraines leur vient du Nord. Les couches géologiques étant, en effet, inclinées du Nord au Sud, c'est dans le même sens que s'écoulent les nappes d'eau qu'elles ren ferment. 

Les principaux niveaux d'eau souterrains du département de l'Aisne sont ceux qui se forment dans les sables du gault et la gaize oxfordienne, dans les terrains jurassiques et dans les terrains tertiaires, ceux qui se forment au-dessus de l'argile plastique, et au-dessus des glaises vertes. Les premiers alimentent surtout les petites rivières du Nord qui sont tributaires de la Serre et de la Somme. Celle-ci se trouve très rapidement formée par des infiltrations souterraines, tandis que les ravins du terrain crétacé environnant sont absolument à sec en été et n'ont pas d'écoulement extérieur pendant l'hiver. Le niveau d'eau de l'argile plastique forme des sources puissantes sur le versant septentrional des vallées du Soissonnais et du Laonnois; celui de la glaise verte alimente l'Ourcq et la Dhuis, et forme sous les plateaux de la Brie la nappe d'eau jusqu'où l'on perce les puits dans les villages. Enfin, celle des argiles de Brie forme, sur les plateaux mêmes, de nombreux étangs et y alimente une végétation forestière très puissante.

Climat

Le département de l'Aisne appartient au climat séquanien ou du Nord-Ouest. Il est compris entre les lignes isothermes de 9° et de 10°, par conséquent dans la zone la plus froide de la France. L'arrondissement de Vervins est celui où les hivers sont le plus longs; l'arrondissement de Laon, très exposé aux vents du Nord dans sa partie septentrionale, a aussi des étés courts et des hivers prolongés. Ceux de Soissons et de Château-Thierry, qui se trouvent, au point de vue du relief du sol, dans des conditions analogues à celles de Paris, jouissent d'un climat très voisin de celui de la capitale. On a vu que les vallées orientées de l'Est à l'Ouest, qui sont les principales du département, reçoivent leurs affluents surtout du côté du Sud; il en résulte qu'elles sont bien abritées contre les vents les plus froids. Au contraire, elles sont ouvertes aux vents de l'Ouest et du Nord-Ouest, qui sont les vents dominants; aussi, la différence entre leur climat moyen et celui des plateaux n'est-elle pas très sensible; on a constaté que les progrès du déboisement, qui ont été considérables depuis un siècle, ont eu pour effet de rendre le climat général plus sec, et d'augmenter à la fois la rigueur de l'hiver et de l'été

La moyenne des jours de pluie est d'à peu près 430 jours ; il n'y a pas sous ce rapport de bien grandes différences entre les diverses stations pluviométriques du département, quoiqu'elles soient situées à des altitudes très diverses. Quant à la tranche annuelle de pluie, elle augmente à mesure qu'on avance dans le Nord; à Hirson, elle atteint tout près d'un mètre. Les mois les plus pluvieux sont ceux de septembre et d'octobre; les plus secs sont ceux du printemps; ils rendent la végétation assez tardive.

Flore et faune naturelles 

Le département de l'Aisne est un de ceux qui ont conservé la plus forte proportion des forêts qui les couvraient à l'époque romaine. Elles occupaient surtout les parties de la Thiérache et des Ardennes couvertes de limon, et les plateaux du Laonnois et du Soissonnais. En revanche, les plaines qui sont au Nord de Laon ont toujours été impropres à la végétation forestière à cause de la perméabilité excessive du sol. 

Aujourd'hui encore, un cinquième du département est couvert par les forêts. Les principales sont celles de Saint-Michel dans les Ardennes; celle du Nouvion, reste de l'immense forêt de Thiérache qui était encore presque intacte au commencement du XVIIIe siècle; celles de Coucy, Saint-Gobain, Monceau-les-Loups, débris de l'ancienne forêt de Vois ; celles de Villers-Cotterets, de Retz, de Riz. Les essences dominantes dans ces divers bois sont le charme, le hêtre, le frêne, le bouleau, le tremble et l'aulne; le chêne y est rare. 

Avec les forêts, les principaux représentants de la flore naturelle dans l'Oise sont les prairies et les tourbières qui abondent dans les vallées de l'Omignon, de la Somme, de l'Oise, de l'Ourcq et dans le bassin la Souche. 

Ce sont ces forêts et ces marais qui abritent aujourd'hui la faune caractéristique de la région : dans les premières on trouve des cerfs, des daims, des sangliers, des loups, des renards, des chats sauvages, des putois; les oiseaux aquatiques peuplent les bords des petites rivières; lors des hivers rigoureux, on y voit des cygnes sauvages et des outardes. (GE).

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