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Enfantin

Barthélemy Prosper, Enfantin est un socialiste né à Paris le 8 février 1796, mort à Paris le 31 mai 1864. Fils d'un banquier, il entra comme boursier à l'École polytechnique en 1813, et fut, en 1814, un des élèves de cette école qui contribuèrent à la défense de Paris contre les armées « alliées ». L'École, au début de la Restauration, se ferma pour toujours à ceux qui avaient combattu aux buttes Montmartre et Chaumont. Enfantin chercha à se créer une autre carrière et devint, successivement, commis voyageur en Russie, employé chez un banquier en France, et directeur de la Caisse hypothécaire. Présenté, vers 1825, par Olinde Rodrigues au philosophe Saint-Simon près d'expirer, tous deux reçurent les dernières paroles du chef de la doctrine saint-simonienne. lls fondèrent, peu après, le Producteur, journal d'économie politique, autour duquel se groupèrent peu à peu un assez grand nombre d'adeptes. Les saint-simoniens étaient à peine connus lorsque, à la fin de1828, ils organisèrent des réunions publiques et ouvrirent des salles où l'on « prêcha » les doctrines de Saint-Simon, adoptées par Enfantin, par Bazard, par Olinde Rodrigues. Après la révolution de 1830, ils se manifestèrent ouvertement par des affiches, qui attirèrent l'attention publique, et Enfantin se mêla à la politique avec Bazard. Ils étaient qualifiés alors de « Pères suprêmes » par Olinde Rodrigues. De là deux camps dans le saint-simonisme. Bazard, l'organisateur du Carbonarisme en France, poussa la doctrine vers le côté politique, et Enfantin s'appliqua surtout à développer son influence sur les relations d'homme à homme, à respecter les individualités, à les comprendre et à les harmoniser. 

II y eut parfois de vives discussions entre les deux « Pères suprêmes ». Une rupture éclata à propos des affections mobiles et des affections constantes, qu'Enfantin voulait satisfaire, et qui lui donnèrent l'idée de faire siéger à ses côtés la femme, représentant l'affection mobile, comme l'homme représentait généralement l'affection constante. Des adeptes, les uns suivirent Bazard, les autres Enfantin, qui recherchait la «-femme-Messie-», qui se faisait appeler la « loi vivante », qui garda pour lui tout seul le titre de « Père suprême », et dont le journal doctrinaire, le Globe, prôna la domination pontificale. Enfantin déclara la religion saint-simonienne constituée sous le régime de la communauté des biens et des talents. Vainement plusieurs membres de l'ancienne école, Hippolyte Carnot, Jules Lechevalier, Jean Reynaud, et d'autres attaquèrent la loi nouvelle. Le « Père suprême » vit son groupe s'augmenter, multiplia les publications et les missions à travers l'Europe et, durant l'hiver de 1832, dépensa plusieurs centaines de mille francs en fêtes, destinées à découvrir la « femme-Messie », laquelle ne se présenta pas. 

Enfantin réalisa un emprunt de 82 000 F, qu'il engloutit; le Globe cessa de paraître, faute de subsides; la police ferma l'établissement, et les ateliers. II fonda à Ménilmontant une communauté modèle où les femmes jouèrent un rôle tel que le « Père suprême » et ses fidèles furent traduits en cour d'assises pour réunion illicite et outrages aux moeurs. Enfantin demanda à être défendu par deux saint-simoniennes, Cécile Fournel et Aglaé Saint-Hilaire. La cour n'admit pas ces femmes pour conseils, et l'accusé fut condamné à une année de prison et à 100 F d'amende. La religion nouvelle succomba; les saints-simoniens se dispersèrent; gracié au bout de quelques mois, le « Père suprême » alla en Égypte (Lambert-Bey), où il ne réussit pas à barrer le Nil et à changer le système économique du pays. Revenu en France, retiré à Tain, dans la Drôme, chez un de ses parents, il « bêcha son jardin », fut maître de poste et cultivateur à Lyon, puis membre de la commission scientifique de l'Algérie, et enfin directeur du chemin de fer de Paris à Lyon (1845) jusqu'après 1848, époque où le gouvernement racheta cette ligne. Enfantin se mit à diriger, avec son collègue Charles Duveyrier, le journal le Crédit, disparu en 1850. Il fut nommé administrateur au chemin de fer de Lyon, et occupa cette place jusqu'à sa mort. Enfantin a laissé, par l'intermédiaire de Arlès-Dufour, sa bibliothèque à la bibliothèque de l'Arsenal, où elle formera pendant trente ans un fonds spécial sous le nom de salle Enfantin, avec catalogue spécial  (1018 volumes, 63 manuscrits et lettres autographes) et insertion des articles au catalogue général. (Challamel).

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Dictionnaire biographique
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