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Denys l'Ancien

Denys ler l'Ancien. - Tyran de Syracuse (405-367 av. J.-C.), né vers 430, mort en 367. Fils de parents de condition médiocre, il fut dans sa jeunesse au service d'un greffier; il savait manier les armes et se distingua par sa bravoure. À cette époque, Syracuse, qui venait de vaincre l'expédition athénienne, était devenue prépondérante en Sicile. Le parti démocratique, dirigé par Dioclès, lui avait donné une nouvelle constitution. Le chef des aristocrates, Hermocrate, tenta de la renverser. Exilé, il prit les armes et voulut s'emparer de la ville. Denys prit part à ce coup de main où il fut blessé et laissé pour mort (408 av. J.-C. Il regagna bientôt la faveur du peuple. Lorsque les gens d'Agrigente, après la ruine de leur ville par les Carthaginois, vinrent se plaindre au peuple syracusain de ses généraux, les inculpant du désastre, Denys se présenta à l'assemblée, appuya la plainte des Agrigentins et réclama la punition des généraux. Il fut mis à l'amende comme fauteur de désordre; mais le riche Philiste lui promit de payer toutes les amendes qu'on lui infligerait, Denys se fit donc une popularité enu accusant les hommes les plus considérables comme ennemis de la démocratie; il conseilla au peuple d'élever aux affaires non des riches, mais des petites gens, qui ne pussent devenir ses maîtres. 

Son éloquence fut décisive et on adopta ses propositions. Il fut un des généraux élus. Dès lors, l'agitateur visa à la domination; il employa les procédés ordinaires des aspirants à la tyrannie. Il calomnia ses collègues, rendit suspects les principaux bourgeois, fit rappeler les exilés qui devinrent ses partisans; envoyé à Gela, il délivre le peuple opprimé par les riches, mais, de plus, condamne à mort quelques riches Gélotes et distribue leurs biens à ses soldats dont il gare l'affection en doublant leur solde. En même temps, il blâmait les fêtes, les dépenses exagérées, en présence du danger carthaginois. II passe pour le seul homme incorruptible. Bientôt il se plaint qu'on en veuille à sa vie et se fait donner une garde de six cents hommes, qu'il porte à mille. Il enrôle comme gardes les gens les plus pauvres. Il épouse la fille d'Hermocrate, ce qui lui vaut l'appui d'une puissante famille. Enfin, à l'âge de vingt-cinq ans, il est le maître de sa cité, par la faveur du peuple, le dévouement de sa garde et des mercenaires de l'armée. Il s'établit dans l'île d'Ortygie qui commande le grand port de Syracuse et renferme les arsenaux. Dans cette citadelle, il est inexpugnable (405).

Une fois tyran, Denys débute par ces échecs. Il est battu pur les Carthaginois qui s'emparent de Géla et de Camarina et lui dictent la paix. Les habitants des cités perdues se réfugient à Syracuse et une insurrection éclate. Denys la comprime avec l'aide de ses mercenaires, met ses ennemis à mort et fortifie Ortygie. Son armée à son tour se rebelle. Il se réfugie à Syracuse. Ses ennemis, secourus par les Messéniens, l'assiègent dans sa citadelle; mais les Campaniens viennent à son aide, ses ennemis se divisent et il reprend l'avantage (404). Il regagne la confiance du peuple par sa douceur; il fait enlever les armes qui se trouvaient dans les maisons; il procède à un remaniement général de la propriété, faisant une part aux affranchis et aux étrangers domiciliés. Sa situation est si solide qu'il peut quitter Syracuse pour faire la conquête des cités voisines, Etna, Catane et Naxos, dont il vend les habitants et distribue le sol à ses mercenaires campaniens et aux indigènes sicules du voisinage; Leontini se rend pour éviter ce sort. Rhegium et Messine traitent. 

A l'apogée de sa puissance, Denys n'en fait pas un usage égoïste. Il veut reprendre la lutte contre les Carthaginois et s'y prépare activement. Il fortifie Syracuse du côté de la terre, ce qui devait la sauver plus tard. Il organise de vastes arsenaux où l'on fabrique des armes, des machines de guerre, dont les premières catapultes; il construit une formidable flotte de guerre, assemble des mercenaires et reprend l'offensive contre Carthage à la tête de quatre-vingt mille hommes. Les villes grecques sont rapidement reconquises; la forteresse punique de Motya enlevée après un long siège (397). L'année suivante, Himilcon revient avec cent mille hommes, bat Denys, reconquiert la Sicile et assiège Syracuse. Mais il ne peut la prendre; il est obligé d'acheter au prix de 300 talents la permission de se retirer avec les hommes natifs de Carthage en abandonnant ses mercenaires, que les Syracusains font prisonniers. Denys vainqueur donne à ses soldats le territoire de Leontini; les Carthaginois finissent par traiter en cédant Tauromenium.

Denys s'engage alors dans des guerres pour la conquête de l'Italie méridionale. En 390, il attaque Rhegium, où se réfugiaient ses ennemis. Il bat les Crotoniates, prend successivement Caulonia, Scylacium, s'allie aux Locriens, puis Crotone et enfin Rhegium après un siège de onze mois (387). Maître de la mer Ionienne, il s'engage dans l'Adriatique, fonde des comptoirs sur ses rivages, la ville de Lissos en Illyrie, tandis que les exilés syracusains se réfugient à Ancône. Puis le tyran opère dans la mer Tyrrhénienne, pourchasse les pirates toscans, pille le temple d'Agylla, où il vole 1000 talents, s'allie aux Gaulois qui venaient de prendre Rome, en prend beaucoup à son service et les expédie aux Spartiates, ses alliés. Avec le trésor d'Agylla, il équipe une armée contre les Carthaginois, leur inflige une défaite complète et réclame l'évacuation de l'île (383); trompé par des pourparlers, il les laisse se réorganiser et est, battu à Cronicum. Le traité restreint les possessions cathaginoises et fixe la limite au fleuve Halycus. Une quatrième guerra eut lieu en 368 ; vaincu sur terre, Denys perdit sa flotte à Lilybée. A sa mort, on traita. 

Le puissant tyran se mêla aussi aux affaires de l'Hellade; craignant son intervention, les Athéniens la détournent par une ambassade et l'honorent du droit de bourgeoisie; Denys reste pourtant l'allié de Sparte. Iphicrate bat son escadre envoyée contre Corcyre. En 369 et 368, Denys aide les Spartiates contre les Thébains.

Denys l'Ancien est le type des tyrans de la seconde période de la tyrannie, celle du IVe siècle. Il est le chef du peuple, des pauvres contre les aristocrates, les riches. Il sévit contre ceux-ci, les dépouillant de leurs biens pour les donner aux autres. Sans cesse menacé, il est soupçonneux, cupide, sans préjugés. On cite à ce sujet un grand nombre. d'anecdotes plus ou moins véridiques : il portait une cuirasse sous ses vêtements; sa chambre était entourée d'un fossé; il ne haranguait le peuple que du haut d'une tour; il espionnait les prisonniers enfermés dans les Latomies; il n'osait se confier à un barbier, faisant brûler sa barbe avec des coquilles de noix rougies au feu par sa femme et sa fille; l'apologue de Damoclès est caractéristique. 

L'impiété facétieuse du tyran était célèbre; il dépouillait Zeus de son manteau d'or, lui donnant à la place un manteau de laine; Asclépios de sa barbe d'or, puisque son père n'en avait pas ; après avoir pillé des temples, le vent étant favorable, il fit remarquer que les dieux protégeaient les impies. Il tenait une cour brillante où il avait des prétentions littéraires; c'est à lui que Philoxène, puni pour avoir trouvé ses vers mauvais, puis consulté de nouveau, répondit : « Qu'on me ramène aux carrières. » Ses vers furent hués aux jeux olympiques de 388, mais les Athéniens couronnèrent sa tragédie la Rançon d'Hector. Les excès par lesquels il célébra ce succès causèrent une maladie dont il mourut.  Il avait épousé le même jour la Locrienne Doris, dont il eut un fils, Denys le Jeune et la Syracusaine Aristomaque, dont les fils furent mis de côté.

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Dictionnaire biographique
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