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Cignaroli

Giovanni-Bettino (ou Gianbettino) Cignaroli est un peintre italien, né à Vérone en 1706, mort le 1er décembre 1770. On raconte que l'empereur Joseph II, revenant d'un voyage en Italie, disait innocemment aux gens de la cour : 
« J'ai vu deux merveilles à Vérone, l'amphithéâtre et Cignaroli, le premier peintre de l'Europe. » 
Cet enthousiasme princier donne la mesure de l'importance que Cignaroli avait acquise aux yeux de ses contemporains. D'après Ticozzi, il fut l'élève de Santo Prunati, maître médiocre, et ensuite de Balestra qui a si puissamment contribué à la décadence de l'école vénitienne. Cignaroli avait du goût pour les lettres, il faisait volontiers des vers et, toute sa vie, il resta fidèle à la rhétorique. Pendant sa jeunesse, il travailla à Venise au palais Labia et il y fit même des fresques décoratives; mais ce procédé de travail lui ayant paru fatigant et nuisible à sa santé, il renonça à ce mode de peinture et ne peignit plus que des tableaux à l'huile. Il est vrai qu'il en fit beaucoup, car il eut toujours du succès et il avait peine à satisfaire à toutes les demandes dont il était assailli. Sa réputation prit tout de suite un grand essor et tous les princes de l'Europe ambitionnèrent l'honneur de posséder des peintures de sa main. Sollicité plusieurs fois de franchir la frontière italienne, il refusa de quitter Vérone.

Mariette a donné place dans son Abecedario à une très curieuse note qui lui avait été adressée par Cignaroli lui-même. L'auteur y énumère, avec une fierté mal dissimulée, les ouvrages qu'il a accomplis soit pour son pays, soit pour les cours souveraines et les grands seigneurs de l'Europe. En même temps, il fait allusion à ses aptitudes littéraires. Bien que la liste de ses oeuvres contienne plusieurs mythologies, Cignaroli peignait de préférence des sujets religieux dans une manière facile et souvent négligée. Il y apportait une certaine ingéniosité d'invention pittoresque et un art particulier à rajeunir les motifs que l'école italienne avait si souvent traités. Mais il était faible et aventureux dans le coloris et Ticozzi et Bernasconi lui reprochent d'avoir introduit dans ses carnations des tons verts. Cochin, qui n'est cependant pas hostile aux maniéristes de son temps, parle à peu près le même langage. 

« On voit à Vérone, dit-il, des tableaux d'un peintre moderne nommé Cignarelli (sic) : il y a du génie et de l'effet, mais une mauvaise couleur, sans vérité. » 
A San Alessandro, de Bergame, le voyageur français rencontre d'autres peintures de Cignaroli : elles lui semblent « assez bien dessinées et bien composées, mais d'une manière fatiguée et de mauvaise couleur ». Il aurait pu ajouter, comme Ticozzi, que son clair-obscur n'est pas moins artificiel que ses colorations. Malgré ces défauts, dont l'évidence nous frappe aujourd'hui, Cignaroli ne fut jamais discuté et le constant succès qu'il obtint peut paraître excessif. Il était une des gloires de l'Italie du Nord. Il fut le créateur de l'académie de peinture instituée à Vérone en 1764. Il eut l'honneur d'en être le premier directeur et il lui légua les livres d'art dont il avait formé une précieuse collection.
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Cignaroli : la mort de Socrate.
La Mort de Socrate, par Cignaroli.

Quelques tableaux de Cignaroli nous ont été conservés. On voit à la cathédrale de Vérone une Transfiguration aux figures agitées; à l'Académie des beaux-arts (Accademia) de Venise, une Mort de Rachel; à Brescia, un Martyre de saint Laurent; au musée de Madrid, une Vierge entourée de saints, que Cignaroli mentionne dans son autobiographie; à Vienne, la Vierge, l'Enfant, Sainte Ottilie et Saint Pierre martyr. Par une singularité qui accuse la persistance d'un goût littéraire, ce tableau est signé Cignarolos en caractères grecs. Au temps de Lanzi, il y avait à Parme, à l'église San-Antonio-Abbate, une Fuite en Egypte dont l'historien parle avec de grands éloges. Cignaroli avait beaucoup travaillé pour Bergame. Mais on ne retrouve plus devant ces toiles le naïf enthousiasme que professait Joseph Il. Elles ont cessé d'intéresser les générations nouvelles. Les lettrés, touchés de certaines qualités ingénieusement anecdotiques, ont fait au dernier peintre de Vérone une renommée qu'il ne méritait pas. Et quel triste sort que celui de l'heureux Cignaroli! Etre le compatriote de Paul Véronèse, et perdre toute notion de la couleur, ce n'est pas une médiocre mésaventure. (Paul Mantz).

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Dictionnaire biographique
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