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L'histoire du Venezuela
jusqu'en 1900
Découvert par Christophe Colomb en 1498, le Venezuela fut exploré l'année suivante par Ojeda et Amerigo Vespucci. Son nom de "Petite Venise" lui vient des habitations lacustres des Indiens du Maracaïbo. En 1527, Juan de Ampuez fonda Coro, mais Charles-Quint inféoda le pays, pour vingt ans, à des banquiers d'Augsbourg, les Weltzen, qui ne firent que l'exploiter. En 1547, Juan Perez de Tolosa rétablit au Venezuela l'autorité de la couronne; la conquête s'acheva, les premières villes se fondèrent. Au XVIIe siècle, le flibustier l'Olonais (David Nau) ravagea Maracaïbo. Au XVIIIe siècle, la colonie prit, quelque importance, grâce à la culture et au commerce du cacao, fomentés par la Compagnie guipuzcoane de Caracas (1728-1765). Erigé en capitainerie générale en 1777, pourvu d'une audience en 1786, le Venezuela, après plusieurs tentatives infructueuses (1797-1806), se souleva en 1810 contre les Espagnols, et le capitaine général dut remettre ses pouvoirs à une junte insurrectionnelle. Les provinces firent cause commune avec la capitale. Le 5 juillet 1811, un congrès proclama l'indépendance du Venezuela.
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Simon Bolivar.
Simon Bolivar (Statue équestre, à Paris). © Photo : Serge Jodra, 2010.

En 1812, les Espagnols, commandés par Monteverde, reprirent l'offensive et forcèrent le vieux général Miranda à déposer les armes. En 1813, une armée néo-grenadine (Histoire de la Colombie), conduite par Simon Bolivar, battit les Espagnols à Valencia et entra, au mois d'août, à Caracas. Monteverde, réfugié à Puerto Cabello, en ressortit en 1815, pour reconquérir presque tout le pays. Dès 1817, Bolivar rentrait en scène. Le 10 mai 1819, le congrès proclamait à nouveau l'indépendance du Venezuela, et, quelques mois plus tard, la république s'unissait à la Nouvelle-Grenade, sous le nom de Colombie. La victoire de Carabobo (1821) consomma la défaite de l'Espagne. Bolivar, partisan de la fédération des Etats américains, ne put faire prévaloir ses idées au congrès de Panama (1826) et, dès 1830, le Venezuela se sépara de la Nouvelle-Grenade.

Il fut d'abord gouverné par le parti oligarchique, formé de riches créoles. Paez, Vergas et Soublette se partagèrent la présidence (1830-1815). A l'expiration de la présidence de Soublette, un parti plus démocratique, suscité par un journaliste, Leocadio Guzman, prétendit s'emparer du pouvoir. Paez lui opposa la force et fit donner la présidence à un conservateur, Tadeo Monagas; mais ce dernier ne supporta pas longtemps la tutelle de Paez, le frappa d'exil (1850) et gouverna avec les démocrates. La présidence de son frère Gregorio fut désastreuse : la concussion envahit les services publics, des difficultés financières s'élevèrent avec l'étranger, un tremblement de terre ruina Cumana, l'abolition de l'esclavage mécontenta les propriétaires. Tadeo Monagas, réélu en 1855, ne put rétablir la confiance et dut se démettre (1858). 

De 1855 à 1870, unitaires et fédéralistes se firent une guerre sans relâche. Paez reparut sur la scène et dut abdiquer définitivement le pouvoir, le 15 juin 1863. Son successeur, le fédéraliste Falcon, se maintint pendant quatre ans et fut renversé à son tour par l'unitaire Tadeo Monagas (1867). Dès le mois d'août 1869, les libéraux reprirent l'offensive et rentrèrent à Caracas le 28 avril 1870. Le vainqueur était le fils de Leocadio Guzman, le général Guzman Blanco, homme intelligent et ferme, qui, en deux ans, réprima les derniers soulèvements du parti vaincu et donna au Venezuela vingt ans de tranquillité et de prospérité économique. 

A Blanco et à ses amis succéda, en 1890, un alcoolique, le Dr Palacio, et, dès 1892, le désordre reparaissait dans les finances et l'anarchie dans l'Etat. Après une lutte terrible, le général Crespo réussit à chasser Palacio et resta au pouvoir jusqu'en 1897; la république fut menacée de perdre le delta de l'Orénoque, revendiqué par l'Angleterre; une intervention du président des Etats-Unis, Cleveland, décida la Grande-Bretagne à accepter l'arbitrage de la Russie. Les relations diplomatiques du Venezuela avec l'Angleterre, rompues depuis plusieurs années, furent rétablies le 19 mars 1897. Les ratifications d'un traité de frontières entre les deux pays furent échangées à Washington (14 juin). Le successeur de Crespo, le général Andrade, ne suit pas triompher des difficultés résultant des fautes politiques et des erreurs économiques commises avant lui. En septembre 1899, une nouvelle révolution porta à la présidence le général Cipriano Castro, dont l'administration allait être désastreuse pour le pays. L'arbitrage russe rendit le delta de l'Orénoque au Venezuela, mais l'anarchie politique fut bientôt à son comble; une crise terrible sévit sur l'exportation du café et du bétail, le service de la dette fut suspendu, une nouvelle constitution rétablit le fédéralisme; le Venezuela, déchiré par la guerre civile, rompit avec la Colombie et sa marine dans un conflit avec l'Angleterre et l'Allemagne.

En 1900, les directeurs de la Banque de Caracas et de la Banque du Venezuela sont arrêtés et emprisonnés à Maracaïbo avec d'autres négociants notables; le commerce est paralysé En mars, un parti de rebelles est dispersé près de Ciudad Bolivar, et l'agent consulaire anglais était assassiné. En juillet, la paix est officiellement proclamée, les prisonniers relâchés; trois mois après, tous droits sont abolis sur les marchandises anglaises importées.

Le 29 octobre, un tremblement de terre cause de grands dommages à Caracas. Le président Cipriano Castro se casse la jambe en sautant du second étage du palais du gouvernement. Pendant toute l'année 1901, le Venezuela est, comme la Colombie, dans une situation troublée. Le président Castro, issu d'un mouvement révolutionnaire, passe pour nourrir l'ambitieux projet de reconstituer en un seul Etat le Venezuela, la Colombie et l'Equateur; de là des révoltes intérieures, des accusations réciproques. LeVenezuela est accusé d'envahir la Colombie, la Colombie le Venezuela; des rencontres à main armée s'ensuivent.

Ces difficultés intérieures ne suffirent pas à occuper l'activité du président Castro, qui en suscita comme à plaisir avec plusieurs autres puissances. En 1901, l'Allemagne se plaignait des mauvais traitements infligés à un de ses nationaux et de l'inexécution par le Venezuela de ses obligations envers des banquiers allemands. Les Etats-Unis, l'Angleterre, la France et l'Italie formulaient des réclamations analogues. Il en résulte, en 1902, une action conjointe des marines anglaise et allemande en vue du blocus des côtes vénézuéliennes. Les ministres des deux puissances à Caracas présentent un ultimatum, se rendent à La Guayra et s'embarquent sur des croiseurs de leur pays. Le président Castro n'ayant pas répondu, quatre navires vénézuéliens sont saisis dans le port; le président veut emprisonner des Anglais et des Allemands que le ministre des Etats-Unis fait remettre en liberté.

Le 13 décembre, Cipriano Castro demandait à Washington de proposer un arbitrage à l'Angleterre et à l'Allemagne. Les Etats-Unis et l'Italie avaient envoyé aussi des navires devant La Guayra, la France se tenant en dehors du conflit par suite d'une convention d'arbitrage intervenue dès le mois de février (1902) entre Paris et Caracas. L'Angleterre et l'Allemagne acceptaient la proposition de Castro, à la condition que le président Théodore Roosevelt fut l'arbitre, mais celui-ci proposa le recours au tribunal de La Haye, ce qui fut accepté. Le blocus fut levé le 13 février (1903), après la signature d'une convention des puissances avec Bowen, ambassadeur des Etats-Unis à Caracas, à qui Castro avait confié ses intérêts. Le Venezuela cédait 30% des produits mensuels des douanes de La Guayra et de Puerto Cabello; de nouveaux arrangements donnaient satisfaction aux porteurs de titres; un traité de commerce et d'amitié était conclu, le blocus levé et les relations rétablies. Les réclamations des puissances, formellement présentées en septembre (1903), s'élevaient, pour les Etats-Unis, à 10 900 000 dollars, pour la Grande-Bretagne à 2 500 000, pour la France à 16 040 000, pour l'Italie à 9 300 000, pour l'Allemagne à 1 417 300, pour la Belgique à 3 003 000, pour l'Espagne à 600 000, pour le Mexique à 500 000, pour la Hollande à 1 048 500, pour la Suède à 200 000. Le tribunal de La Haye accorda aux puissances bloquantes le droit de priorité qu'elles réclamaient sur les 30% des recettes de douanes pour le paiement de leurs créances.

Mais Castro ne prit aucun souci des engagements acceptés et des signatures données. Il soulèva au contraire de nouvelles difficultés avec les puissances, les unes après les autres, les Etats-Unis y compris. Le 29 décembre 1904, les Etats-Unis, à la demande des représentants de l'Italie et de l'Allemagne, adressèrent à Caracas une sorte d'ultimatum; un délai de soixante jours était fixé au président Castro pour exécuter le protocole de 1903, faute de quoi une flotte s'emparerait des douanes des ports de La Guayra, Puerto-Cabello et Maracaibo. L'Angleterre fit parvenir à Caracas une note du même genre.

Le 20 janvier 1905, Castro rompit les négociations non seulement avec Bowen, représentant des Etats-Unis à Caracas, mais avec les représentants des puissances européennes qui présentaient des revendications analogues à celles des Etats-Unis. Il s'attaque notamment à la Compagnie française des câbles, qu'il accuse de ne s'être pas conformée aux clauses de son contrat de concession et d'avoir, en outre, favorisé les communications du chef insurrectionnel Matos. Il fiit fermer les bureaux de la Compagnie et expulser le directeur. En même temps, il refusait tous rapports officiels avec Taigny, le chargé d'affaires de France, sous prétexte que celui-ci avait adressé au gouvernement de Caracas une note insultante.

Le 14 janvier 1906, comme Taigny, chargé d'affaires de France à Caracas, s'était rendu à bord du navire français la Martinique pour y prendre le courrier de la légation, dans le port de La Guayra, défense lui fut faite de débarquer par les autorités vénézuéliennes, sous prétexte qu'il ne pouvait quitter sans permission officielle le territoire vénézuélien. Au reçu de cette nouvelle, le ministre français des affaires étrangères fit remettre ses passeports à Maubourguet, chargé d'affaires du Venezuela à Paris, en l'invitant à quitter dans les vingt-quatre heures le territoire français. Taigny rentre en France par Washington. Le président Castro augmente les garnisons et les munitions dans les ports. Le ambassadeur du Brésil, doyen du corps diplomatique, proteste contre le traitement infligé à Taigny, attendu qu'un agent diplomatique ne peut perdre ce caractère par le seul fait de la rupture des relations, sans que les formalités ordinaires aient été remplies. Taigny avait donc le droit de se rendre sans permission légale à bord de la Martinique.

Dans les premiers jours d'avril 1906, le président Castro remit sa démission temporaire, laissant les fonctions au vice-président Gomez. (NLI).

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