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1790 : deuxième année de la Constituante |
| Aperçu | Causes | Constituante | Législative | Convention | Directoire |
Les
provinces tenaient à leurs prérogatives; et la nouvelle organisation
leur enlevait jusqu'à leur nom. Travaillées par les mécontents,
elles protestent contre les résolutions de l'Assemblée
constituante. Plus de deux mille députés viennent de
toutes les parties du pays faire valoir à Paris
leurs prétentions. Même on parle de guerre civile. Meunier,
l'ancien président, essaie de soulever le Dauphiné« la nouvelle division du royaume pouvait seule effacer jusqu'aux dernières traces des anciens préjugés, substituer à l'amour-propre des provinces l'amour véritable de la patrie, asseoir les bases d'une bonne représentation et fixer à la fois les droits de chaque homme et de chaque canton en raison de leurs rapports avec la chose publique » (11 février 1790).Les mécontents n'ayant pas réussi de ce côté paraissent accepter la formation des départements; mais ils y envoient des agents, chargés de pousser les électeurs à demander de nouvelles nominations d'accord avec la nouvelle répartition territoriale. Ils échouent encore, car cette sorte de complot est dénoncé à la tribune. Sans se décourager ils changent de tactique, réclament hautement le renouvellement intégral de l'Assemblée. Ils s'appuient sur les voeux contenus dans les cahiers des États généraux, qui limitaient à un an le pouvoir des députés. Cette question donna lieu à une brillante discussion; à laquelle prirent part Le Chapelier, l'abbé Maury et Mirabeau qui, par un magnifique discours, amena les représentants à déclarer qu'ils ne se sépareraient pas avant d'avoir accompli leur oeuvre. En même temps, on profita de la proclamation de la liberté de la presse (20 janvier 1790) pour publier contre l'Assemblée un nombre considérable de pamphlets contre lesquels elle dut se défendre à coup de décrets (31 juillet, 1er août et 9 août 1790). Enfin on essaie de désorganiser l'armée que l'Assemblée s'attache en décrétant une augmentation de solde (5 et 6 juin 1790) et surtout en réglementant les grades et les conditions d'avancement, désormais indépendants des titres nobiliaires et du bon plaisir de la cour (9 février 1790). D'autre part, les émigrés, notamment le comte d'Artois et le prince de Condé, commencent à intriguer à l'étranger; mais sans grand succès encore, faute d'organisation. Au milieu de ces intrigues dont nous avons dû faire un bref exposé sans tenir un compte rigoureux de l'ordre chronologique, l'Assemblée nationale continuait la discussion de la Constitution (janvier à mai 1790), abordait les réformes financières (janvier-avril), et, votant la loi martiale (22 février), réprimait les troubles qui depuis le 14 juillet 1789 n'avaient cessé de se produire tant à Paris qu'en province, où ils étaient excités tantôt par les meneurs anti-révolutionnaires, tantôt par les meneurs ultra-révolutionnaires. Elle avait enfin obtenu que le roi se rendit dans son soin et promit formellement qu'il défendrait et maintiendrait la liberté constitutionnelle (4 février 1790). Victorieuse sur tous les points, ayant répondu aux attaques de la noblesse par la suppression de la noblesse héréditaire, des titres et des armoiries (19 juin), elle songea à manifester par un signe visible, par une fête un peu théâtrale, mais qui devait, à ce titre, frapper fortement l'imagination du peuple, la rénovation sociale qu'elle avait provoquée, l'unité de patrie qu'elle croyait - de très bonne foi - avoir fondée en remaniant l'ancienne division administrative. La première
idée de la fédération de tous les corps civils et
de toutes les gardes nationales du royaume est due à la commune
de Paris. Elle fut acceptée avec enthousiasme par l'Assemblée,
sur la proposition de Bailly. Un décret
du 9 juillet 1790
fixa, pour la fête nationale, la date anniversaire de la prise de
la Bastille Tous les historiens sont d'accord sur l'enthousiasme indescriptible qui, en ce moment, anima le peuple tout entier et qui gagna même les ennemis du nouvel ordre de choses. On croyait que la liberté, l'ordre, le progrès, le bonheur dépendaient de la constitution, et qu'une vie nouvelle allait commencer. On croyait aussi à la sincérité du roi. Malheureusement, la fédération ne fut qu'une trêve, fort courte, aux hostilités des partis. Les menées
des mécontents dont nous avons signalé plus haut le début
reprennent, peu après le 14 juillet, avec plus de force et aussi
plus de succès, car la désunion entre les partis s'affirme
tous les jours; il y a encore des indécis, des hésitants,
mais en moins grand nombre, et deux courants d'opinions commencent à
se dessiner nettement pour ou contre la Révolution.
Au célèbre club des
Jacobins, on oppose le club Monarchique. Le Châtelet reprend
contre Mirabeau et contre le duc d'Orléans,
revenu d'Angleterre L'émigration
prend des proportions inquiétantes, et les menées des émigrés
à l'étranger produisent quelques résultats. Dès
le 27 juillet 1790, Dubois-Crancé dénonce à l'Assemblée
des mouvements suspects de troupes autrichiennes sur les frontières
de France Pendant ce temps
l'armée était travaillée par les deux partis. D'une
part, les officiers, qui appartiennent à la noblesse, ne cachent
pas leur préférence pour l'ancien régime (le général
de Bouillé notamment refuse longtemps
de prêter le serment civique et tient son armée rigoureusement
séparée des citoyens de peur qu'elle ne soit entachée
de civisme); d'autre part les soldats, qui sont peuple, font cause commune
avec le peuple, se défient de leurs officiers, les accusent de voler
une partie de la solde, les menacent et les insultent. Il en résulte
des révoltes dont quelques-unes sont fort graves (celle de Nancy,
en août 1790,
celle des marins à Brest Les plus sérieuses
difficultés furent causées par la déclaration de la
Constitution civile du clergé (décrétée en
juillet et sanctionnée le 20 décembre 1790).
Elle amena dans l'Eglise un véritable schisme, le pape y ayant refusé
son adhésion (10 juillet, 15 septembre 1790
et 13 avril 1791).
Il y eut deux clergés, l'un constitutionnel, l'autre réfractaire.
Les évêques et les curés destitués, pour n'avoir
pas prêté le « serment de fidélité à
la nation, à la loi et au roi », refusèrent de quitter
leurs fonctions et d'abandonner leurs diocèses où ils prêchèrent
la désobéissance à l'Assemblée
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