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Les
jalons de l'histoire politique
La chute de Constantinople
et ses conséquence.
Constantinople
prise et l'empire Byzantin
détruit, les succès de Mehmet II sont rapides : il
reste maître de l'Albanie après la mort de Scander-Beg,
possesseur de la Morée et de l'Eubée ,
il laisse à peine quelques îles aux Vénitiens; ses
armées courent sur le Danube, dans le Frioul ,
et occupent Otrante, la clef de l'Italie ( D'Osman
à Bayézid II). La terreur des Occidentaux inspire
bien des projets de croisade qui avortent,
et des. tentatives de réconciliation entre les États divisés
de la péninsule qui ne mettront pas trêve à leurs rivalités.
Heureusement pour les Européens, après Mehmet, les séditions
des janissaires et l'ambition jalouse
d'un frère du nouveau sultan ralentissent les progrès des
Ottomans.
L'Italie donne asile aux fugitifs de Constantinople.
Les Grecs enseignent leur langue aux Italiens, apportent les riches monuments
de leur antique littérature et dirigent les premiers efforts que
l'on fait alors pour étudier et imiter ces grands modèles.
Mais les beaux-arts ne rendent pas les mœurs publiques meilleures et plus
douces; il n'y eut jamais plus de perfidies, de trahisons, de meurtres
et d'atroces débauches. Le règne de Ferdinand d'Aragon ,
fils naturel d'Alphonse, qui l'emporte sur un nouveau prétendant
de la maison d'Anjou ,
est un fléau pour l'Italie méridionale.Jean
Galéas-Marie Sforza ne sait être qu'un tyran et meurt assassiné
dans une église. Les Pazzi et le
pape Sixte IV trament une conjuration contre les Médicis
: Julien est massacré dans une église; son frère Laurent,
seulement blessé, est obligé de soutenir la guerre contre
le pape qui ne se trouve pas assez vengé. Alexandre
VI épouvante le monde par l'audace encore inouïe de ses
crimes. Ludovic le More Sforza, qui appelle les Français en Italie,
a recours au poison pour succéder plus tôt à son neveu,
le duc de Milan .
L'Allemagne aura longtemps un empereur
universellement méprisé pour son ineptie, son avarice et
sa mauvaise foi; il vit heureux dans l'opprobre, vaincu bien des fois par
ses voisins de la Hongrie et de la Bohème, qui pénètrent
jusqu'à Vienne. Le mariage de son fils Maximilien avec l'héritière
des vastes états de Bourgogne
et des Pays-Bas, accroît l'influence de sa maison; mais il néglige
d'assurer la paix publique de l'empire. A l'est de l'Allemagne, la Pologne
fleurit sous les princes Jagellon et tient tête à l'Ordre
teutonique; les Russes, avec Ivan III, secouent
le joug des Tartares ( Le
Monde turco-mongol) et s'européanisent. La Suède remplace
le roi par un administrateur élu qui, malgré les trahisons
du clergé, défend l'indépendance contre les Danois.
En Castille ,
le règne de Henri IV n'est qu'un long cours de troubles, de conspirations
et de discordes : sa soeur Isabelle se fait déclarer héritière
présomptive du trône, dont elle se montre digne. Isabelle
et son mari, Ferdinand, qui est l'héritier
et bientôt le possesseur de l'Aragon, dépouillent les Maures
du royaume de Grenade,
débris de la puissance musulmane fondée depuis huit siècles,
répriment la noblesse, font des hermandads ou fraternités
des villes un appui pour la royauté, et livrent les Juifs au tribunal
sanglant des inquisiteurs.
C'est d'Isabelle que le Génois Christophe
Colomb, préoccupé de la pensée de trouver une
route vers les Indes à l'ouest de l'océan Atlantique, comme
les Portugais
en cherchaient une en naviguant à l'est sur les côtes africaines,
obtient, non sans peine, les moyens de découvrir et de donner à
l'Espagne un nouveau monde. Il touche terre aux Antilles, en 1492,
quelques mois après de la prise de Grenade à laquelle il
a d'ailleurs participé, quand les Portugais n'osaient encore franchir
le cap des Tourmentes. Le cap des Tourmentes devient le cap de Bonne-Espérance
pour Vasco de Gama qui, s'avançant hardiment
à l'est, va le premier aux Indes orientales en tournant l'Afrique.
Ce voyage change le commerce de l'ancien monde. Alexandrie
en avait été le centre sous les Ptolémées,
sous les Romains et sous les Arabes; cette ville était l'entrepôt
de l'Europe et des Indes Venise,
au XVe siècle,
tirait presque seule d'Alexandrie les denrées de l'Orient et du
midi, et par cette industrie s'enrichissait aux dépens de l'Europe.
L'expédition de Vasco de Gama détourne le cours de ces richesses
: une bulle pontificale, après le premier voyage de Colomb, a partagé
les Indes orientales et occidentales entre les Portugais et les Espagnols.
Un Portugais, Alvarès de Cabral, touche,
sans l'avoir cherchée, la côte du Brésil, et le Florentin
Americo
Vespucci sera le plagiaire presque inconnu de Christophe Colomb.
La France et l'Angleterre laissent près
d'un siècle d'avance aux Espagnols et aux Portugais
dans les terres nouvelles. Sous le nom de rose blanche et de rose rouge,
les factions d'York et de Lancastre déchirent
la Grande-Bretagne : les batailles et les échafauds appauvrissent
le sang de la noblesse; la royauté se retrouve plus forte sur ces
ruines, après la chute du dernier roi de la rose blanche, le sanguinaire
Glocester, Richard III. Henri VII Tudor,
de la maison de Lancastre; se maintient par sa prudence et sa bravoure
sur le trône où la victoire et le parlement l'ont appelé;
son avarice et sa dureté n'empêchent pas les Anglais de le
compter au nombre de leurs plus habiles rois. En France, sous Louis
XI, la lutte est, dès le début, engagée entre
le pouvoir monarchique et la noblesse. Ce prince préfère
les négociations à la guerre : il aime mieux tromper que
vaincre; pourvu qu'il atteigne son but, que les moyens soient injustes
ou horribles, il les sait concilier avec une dévotion superstitieuse
et avec le titre de roi très chrétien, qu'il a porté
le premier. L'orgueil des seigneurs reçoit des leçons terribles;
on doit à sa fourberie et à sa froide cruauté l'affaiblissement
et presque l'extinction de la tyrannie féodale. Charles
le Téméraire, déjà vaincu par l'astuce
du roi, est brisé par l'audace des Suisses, les alliés de
Louis. La puissance royale prévaut enfin, et le bien-être
des masses, le véritable biens public, n'est pas oublié.
La royauté traverse une phase difficile pendant la jeunesse de Charles
VIII : Anne de Beaujeu, la régente,
se montre digne de son père, et triomphe de la noblesse par les
armes autant que par les intrigues.
Le jeune Charles
VIII jette inconsidérément la France dans des guerres
de conquête. Enlever les Deux Siciles
et par suite Constantinople,
ce n'est pas un rêve trop ambitieux pour un admirateur passionné
de César et de Charlemagne
: cependant il est heureux, après avoir célébré
à Naples
de faciles triomphes par des fêtes magnifiques, de s'ouvrir, par
la victoire brillante de Fornoue, un retour vers ses États. Venise
a noué la première ligue européenne contre la France.
Le dominicain Jérôme
Savonarole,
qui a appelé les Français au nom de Dieu
pour punir les crimes de l'Italie; qui a, par ses prédications,
entraîné les Florentins à chasser les Médicis,
est à la fin sacrifié à la haine d'Alexandre
VI et périt dans les flammes. Louis XII
cède au même entraînement que Charles VIII : l'amitié
indigne des Borgia; l'occupation rapide de Milan
ne lui donnent pas une force réelle en face de Ferdinand le Catholique
et de Maximilien. La question italienne sera le noeud de la politique des
Etats de I'Occident qui se constituent sous ces trois grands princes.
Le XVIe
siècle.
Le caractère de la plupart des
révolutions qui ont agité ce siècle est déterminé
par les entreprises de Luther et de Calvin
et par la propagation de leurs doctrines. Sur
presque tous les trônes s'élèvent des souverains célèbres
par leurs vertus, par leurs talents ou par leurs passions énergiques.
L'ambition, l'ardeur de prosélytisme et la cupidité inondent
de sang l'un et l'autre hémisphère. On peut distinguer trois
périodes : 1 ° jusqu'à l'asservissement de l'Italie à
la maison d'Autriche, 1530; 2°
jusqu'à la clôture du concile
de Trente, 1563; 3° jusqu'à
la fin du siècle.
1500-1530.
Louis XII ouvre
ce siècle entre Alexandre Borgia et Ferdinand
le Catholique, entre
Henri VII Tudor
et Maximilien d'Autriche. Ses guerres en Italie pour conquérir Milan
et Naples ou pour affaiblir les Vénitiens ne tournent qu'au profit
de l'Espagne et du saint-siège; il porte dans les négociations
plus de franchise que d'habileté. La chevalerie française,
heureuse d'abord contre les Vénitiens, est impuissante contre une
coalition générale formée par la cour de Rome : Jules
II, entreprenant et intrépide, a écrasé César
Borgia; la marche d'Ancône ,
le duché d'Urbin ,
Pérouse,
Bologne ,
tant de domaines qui n'étaient que de nom sujets de l'Église,
une fois soumis, servent au pape pour affaiblir Venise,
chasser les Français et rétablir les Médicis
à Florence.
Vainqueur de la France par les armes de ses alliés, il ne peut faire
fléchir le parlement de Paris,
gardien jaloux de la pragmatique sanction qu'avait abandonnée le
roi Louis XI , bien secondé par son ministre,
le cardinal
d'Amboise ,
mais que conservent comme une égide de liberté les grands
corps de l'État.
La royauté, tempérée
en France par les états généraux, est maintenant sans
contrôle en Angleterre : le parlement est habitué depuis l'avénement
des Tudors à la plus abjecte docilité.
Les alliances des maisons d'Espagne et
d'Autriche, les perfidies triomphantes de Ferdinand le Catholique, servi
par des généraux comme le grand capitaine Gonzalve de Cordoue,
préparent la puissance de Charles-Quint,
qui est petit-fils de Maximilien, par son père Philippe
le Beau, et petit-fils d'Isabelle et de Ferdinand le Catholique, par
sa mère Jeanne la Folle. Il réunit à tous les domaines
de la maison d'Autriche les royaumes de Castille
et d'Aragon ,
même la Navarre ,
qu'un décret de Jules II et une armée d'Aragonais avaient
enlevée à Jean d'Albret
l'allié de la France, Naples, tout l'héritage de Charles
le Téméraire, c'est-à-dire la Bourgogne, les Pays-Bas
et la Franche-Comté ,
enfin les contrées découvertes et conquises en Amérique.
Les électeurs d'Allemagne ajoutent à tant de couronnes celle
de l'empire, et il acquerra encore la Lombardie.
A la mort de Maximilien, François
Ier, successeur
de Louis XII, tient l'Europe en trop grande
admiration par les coups qu'il a portés aux Suisses à Marignan
et par la conquête rapide du Milanais, il est entré trop audacieusement
dans les voies du despotisme par la vente des charges de judicature, par
l'accroissement des impôts, par la substitution du fameux concordat
à la pragmatique sanction, pour que les électeurs d'Allemagne
ne donnent pas sur lui la préférence à un jeune prince
qui paraît disposé à se laisser gouverner et que ses
vastes domaines allemands intéressent à la défense
de l'empire contre les Turcs.
L'habilité politique de Charles-Quint
se révèle lorsqu'il renoue la coalition contre François
ler qui
va perdre le Milanais. Cependant la durée du règne, l'éclat
et la solidité des actions de l'empereur n'ont pas prévalu
sur la gloire de son rival et sur celle de Léon X. Ce pape, qui
passe huit ans seulement sur le trône, a laissé son nom à
son siècle : il doit en grande partie cet honneur aux gens de lettres
et aux artistes qu'il a encouragés. Ce n'était pas que Rome
fût mieux gouvernée. A cause de la dépense qu'exigeait
la construction de l'église de Saint-Pierre, Léon X se décida
à re courir au commerce des indulgences : un moine allemand, Luther,
s'élève contre ce négoce; c'est le prélude
d'une vaste révolution dans la chrétienté : des réformes
faites à temps auraient peut-être prévenu les hérésies
et les schismes de ce siècle, et sauvé à la fois la
puissance du pape et les dogmes de la détection d'une partie de
l'Europe.
L'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre, au
milieu de la rivalité de François
ler et
de Charles-Quint, sont le théâtre
d'ardentes controverses religieuses et de luttes politiques. Charles-Quint,
le plus ferme appui de la catholicité, après la journée
de Pavie
qui met à sa merci le roi de France, est en guerre avec le chef
de l'Église. Clément VII arme
l'Italie pour la cause de l'indépendance: Mais Rome est saccagée
par une armée allemande, en partie luthérienne, qu'anime
encore la mort de son chef, un transfuge de France, le connétable
de Bourbon. Le pape, prisonnier au château Saint-Ange, n'en sort
que pour livrer aux impériaux plusieurs. de ses places : il sacre
de sa main le dominateur de l'Italie, qui fera subir un an de siège
à la ville de Florence
pour qu'Alexandre de Médicis devienne le premier duc de cette cité.
Charles-Quint, le destructeur des libertés italiennes, que n'a pas
su défendre François ler,
se croit alors assez fort pour rejeter la confession d'Augsbourg
des protestants
luthériens.
Il n'y a de danger pour lui que sur le
Danube, avec l'avancée des Turcs de Soliman.
Moins cruel et aussi heureux que son père Sélim,
ce sultan qui avait soumis l'Arménie, défait les Perses,
détruit l'empire des soudans d'Égypte et la puissance des
Mamelouks, Soliman vient d'ouvrir un long règne par la prise de
Rhodes ,
dont les héroïques défenseurs (les Hospitaliers)
seront transportés par Charles-Quint
sur le rocher stérile de Malte ,
en sentinelle dans la Méditerranée. Maître du bassin
oriental de cette mer, Soliman a voulu l'être de la vallée
du Danube. Il a vaincu les Hongrois et pénétré jusqu'à
Vienne où l'Allemagne l'arrête. Le frère de Charles-Quint,
Ferdinand, a hérité par la mort de Louis II, roi de Hongrie,
d'un royaume à reconquérir: ainsi sont complétées
les possessions autrichiennes.
Le Nord de l'Europe est tout bouleversé
: après avoir joui de l'administration bienfaisante du roi Jean,
qu'acceptèrent même les Suédois, le Danemark a trouvé
dans Christian Il, beau-frère de Charles
V, un tyran odieux aux nobles et même au peuple, dont il se dit le
vengeur. Les excès de Christian amènent l'indépendance
de la Suède, que Gustave Vasa détache du Danemark mais qu'il
entraîne pour toujours dans le luthéranisme.
En Angleterre, la passion de Henri
VIII pour Anne Boleyn le décide à
rompre son mariage avec Catherine d'Aragon
et à vaincre les obstacles qu'oppose au divorce la cour de Rome
: une scission éclatante est prochaine.
1530-1563.
La lutte religieuse devient plus vive
et tourne en persécutions sanglantes et en guerre civile dans presque
tous les États de l'Europe. Le Danemark et la Suède se préservent
presque seuls des maux violents qu'entraîne à sa suite un
brusque changement de religion, parce que la révolution qui renverse
les dogmes catholiques et dépouille les églises, vient non
du peuple ou du clergé réformateur, mais d'un roi guerrier
et d'une noblesse toute-puissante Gustave Vasa ne trouve pas beaucoup d'obstacles
à tourner ou à rompre; les seigneurs danois, qui font roi
Frédéric de Holstein à la place de l'impitoyable Christian
II, l'aident à établir le luthéranisme : la nouvelle
doctrine pousse des racines profondes dans les deux pays. En Angleterre,
l'esprit de servitude rend la nation malgré elle complice de Henri
VIII, qui aime mieux se séparer de l'Église romaine que
de renoncer à sa passion pour Anne de Boleyn : le schisme est à
peine consommé que la femme, cause de tant de scandales, périt
par l'ordre du roi sur l'échafaud. Ce terrible époux, qui
doit en dix ans célébrer encore quatre mariages, poursuit
avec la même tyrannie les partisans du pape et ceux de Luther : d'innombrables
victimes expient par le sang leurs opinions religieuses sous ce monarque,
qui ne veut d'innovation que pour s'attribuer les biens des monastères
et la puissance du clergé. La noblesse et le peuple de l'Allemagne
prennent goût aux applications politiques des doctrines luthériennes
: la sécularisation des biens ecclésiastiques à leur
profit est comme le dernier mot de la réforme pour les seigneurs;
l'avènement à la liberté et à la richesse est
promis aux masses populaires par des prédicateurs égarés
ou criminels : la secte des anabaptistes ,
dont on n'entrevoit les principes qu'au milieu des crimes les plus atroces,
arme contre elle les luthériens et les catholiques.
La double contagion de l'hérésie
et du zèle persécuteur gagne la France, que les moeurs peu
sévères de François Ier
et la frivolité même de sa cour auraient dû en préserver
: la politique a autant de part que la religion aux actes de rigueur ordonnés
par le roi. François Ier et Charles-Quint
se font la guerre avec moins d'ardeur; les derniers traités laissent
intactes les provinces de France. Aux portes des Alpes, le duché
de Savoie; en Italie, Gênes, relevée par les Doria, et Venise,
qui est assez forte pour lutter contre les Turcs, ont encore une existence
indépendante.
Après 1545,
le massacre des Vaudois au nom de François
Ier; l'ouverture
du dernier concile général, à Trente, où le
plus ferme disciple de l'Espagnol Ignace de
Loyola représente la société nouvelle des jésuites ,
si dévouée à la défense du dogme et au service
des intérêts pontificaux; l'intérim, espèce
de transaction imposée par Charles-Quint,
vainqueur des protestants, et mal reçue des deux partis; enfin l'établissement
du luthéranisme en Angleterre sous Edouard
VI : tous ces faits ouvrent des perspectives nouvelles de persécutions,
de discussions ardentes et de guerres civiles. La puissance toujours croissante
de Charles-Quint ramène dans la lice le fils de François
Ier,
Henri II
, allié à la fois des protestants d'Allemagne, qui se sont
de nouveau armés contre l'empereur, et du pape Paul IV, qui voudrait
chasser les Autrichiens de l'Italie. La communauté de foi décide
le mariage de Marie Tudor
avec le fils de Charles V, que l'abdication volontaire de l'empereur, vaincu
par Guise et Maurice de Saxe, laisse maître de l'Espagne, de Naples,
de Milan, des Pays-Bas et des possessions du nouveau monde. Le frère
de Charles, Ferdinand, joint la couronne impériale aux États
héréditaires d'Allemagne, à la Bohème et à
la Hongrie.
Les généraux de Philippe
II sont vainqueurs des troupes de Henri Il
à Saint-Quentin.
Le roi de France, comme le roi d'Espagne et comme
Marie
la reine d'Angleterre, punit de mort l'hérésie : sa fin prématurée
laisse le gouvernement à Catherine
de Médicis et aux Guise, oncles de Marie
Stuart qui a épousé le jeune roi François
II. Les prétentions rivales des seigneurs catholiques et protestants,
pendant la minorité de Charles IX, arment
les partis pour la guerre civile que n'arrête pas le colloque de
Poissy .
L'Europe est alors partagée en deux camps prêts à se
jeter l'un sur l'autre : les protestants dominent en Écosse où
le presbytérianisme a pris naissance au milieu des scènes
les plus violentes qui menacent déjà d'emporter le trône
des Stuarts; en Angleterre, où Élisabeth
règle le dogme et le culte en souveraine, comme les affaires politiques;
dans les pays bataves qui ont adopté le calvinisme de Strasbourg
et de Genève; en Allemagne, où s'observent en ennemis au
lieu de s'unir en frères, les calvinistes et les luthériens.
Le saint-siège parvient à faire accepter aux princes catholiques
les derniers décrets du concile de Trente, qui condamnent sans transaction
les doctrines de
Luther, de Calvin
et de Zwingli.
Pour la lutte qui va s'engager, Philippe
Il, le chef du parti catholique, a les ressources nouvelles tirées
du nouveau monde. Le Mexique, enlevé rapidement par Hernan
Cortez; le Pérou, occupé et dévasté par
Francisco
Pizarro, malgré la résistance des Indiens, surtout dans
ce dernier pays, les guerres civiles et la cupidité barbare des
conquérants, versent sur l'Europe des quantités énormes
de numéraire. Quant aux Portugais ,
ils étaient trop peu nombreux pour pouvoir exploiter avec avantage
et garder longtemps leurs colonies des Indes orientales : les succès
d'Albuquerque ont été continués,
mais sa bonne et libérale administration n'a pas d'imitateurs. Aux
deux Indes, la cupidité et le zèle religieux font persécuter
les malheureux indigènes : Bartholomeo de
Las Casas a osé dénoncer ces brigandages à Charles-Quint
et accuser son siècle et sa nation devant la postérité.
Mais lorsque, dans une pensée d'humanité, il proposa d'associer
des Noirs africains aux travaux des Indiens, il ne fait qu'ouvrir à
l'Europe une nouvelle voie d'iniquités : celle de la traite des
escalves. Le voyage de Magellan autour du monde
a appris quelles mers immenses il restait encore à explorer et à
asservir après les découvertes des Portugais et des Espagnols.
1563-1600.
Depuis Charles-Quint
et Soliman, les deux empires d'Allemagne
et d'Istanbul
s'affaiblissent sensiblement : l'un, parce qu'il est impossible de faire
vivre d'accord les catholiques et protestants ; l'autre, à cause
du gouvernement corrompu, perfide et sanguinaire du sérail ( L'empire
Ottoman), à cause des séditions des janissaires
et de la guerre éternelle contre les Perses schismatiques. La glorieuse
mais stérile journée de Lépante ( Le
siècle de Soliman) appartient à Venise,
au Saint-siège ,
à l'Espagne, non à l'empire.
Sans les dissensions religieuses qui embrasent
le monde, il est probable que l'immense étendue des États
de Philippe II, dans l'un et l'autre
hémisphère, la force qu'acquiert l'Angleterre sous Élisabeth
I, celle qu'ont rendue les Jagellons aux Polonais et Gustave
Vasa à la Suède, auraient amené quelque grande révolution
dans
le système européen. Philippe
II, qui veut faire triompher partout le concile de Trente et l'Inquisition ,
pousse par ses excès mêmes les provinces belges, où
domine la religion catholique, à réagir contre les proscriptions
et les supplices. L'insurrection devient formidable chez les Bataves, peuple
marin et marchand, plus enclin à se séparer de l'Église
et de l'Espagne contre laquelle ils obtiennent l'assistance des Anglais
et des Allemands. Avant que leur chef, le prince de Nassau Guillaume d'Orange,
périsse sous les coups d'un fanatique ,
la république des sept Provinces-Unies, que les provinces belges
ne suivent pas dans leur résistance, est fondée. Philippe
II a cependant ajouté à ses immenses ressources le Portugal
avec ses colonies, et il espère un moment y joindre aussi l'Angleterre.
Il travaille d'abord à restaurer un parti catholique dans ce pays
et à empêcher les protestants de dominer en France, tandis
qu'Élisabeth soutient les protestants de France, d'Écosse
et des Pays-Bas les actes de Marie Stuart
avaient déjà subi une cruelle expiation par la longue captivité
de cette malheureuse reine.
L'anarchie de la France donne plus beau
jeu aux intrigues de Philippe Il :
la guerre religieuse n'y est interrompue que par des pacifications éphémères.
Le caractère tolérant et libéral du chancelier de
L'Hôpital ne peut réconcilier les ambitions et les consciences;
l'aristocratie d'abord et bientôt les villes voient ici, comme en
Allemagne, dans les Pays-Bas et en Écosse, les avantages que l'insurrection
au nom de la foi donne contre la royauté. Les seigneurs du parti
catholique tendent au même but, en se couvrant du nom du roi, surtout
après les abominables massacres de la Saint-Barthélemy. La
Ligue, dont tous les membres s'engagent à procéder contre
l'hérésie par la voie de la justice et des armes, obéit
moins à Henri III, chef nominal, qu'au
puissant duc de Guise, qui ne voit plus qu'une barrière entre lui
et le trône, quand la mort du duc d'Anjou, frère et héritier
du roi , laisse pour unique prétendant à.la couronne le roi
protestant de Navarre.
L'Espagne, qui perd les pays bataves, essaye
d'acquérir la France : Henri de Navarre,
excommunié par Sixte-Quint, a contre lui à la fois Henri
III, son parent, qui est poussé par les chefs de la Ligue, les
ligueurs et Philippe II. L'exécution
de Marie Stuart, ordonnée par Élisabeth,
distrait encore Philippe II, qui veut venger la reine catholique; la fureur
des éléments, plus que l'habileté des marins anglais,
ruine la flotte prétendue invincible des Espagnols. En France, la
guerre des trois Henri, Henri III, Henri de Navarre , Henri de Guise le
Balafré, aboutit, moins à cause des défaites de l'armée
royale qu'à cause des succès et de l'orgueil du chef des
ligueurs, à l'assassinat du duc de Guise par l'ordre du roi, et
à l'alliance tardive de Henri III avec le véritable défenseur
de la nationalité française, le roi de Navarre. Un fanatique
tue Henri III par religion, comme celui-ci, par politique, avait fait tuer
le duc de Guise : le véritable péril de la France, sorte
d'agonie qui met le corps social bien près de sa fin, dure quatre
ans, alors que les consciences peuvent hésiter à se déclarer
pour un roi hérétique qui cependant se montre déjà
le plus habile et le plus fort.
La vénalité trop flagrante
des états généraux de 1593,
que la Satire ménippée
acheva de perdre dans l'opinion publique; la déclaration patriotique
du parlement de Paris, qui exclut du trône, sans la nommer, la fille
de Philippe II; la conversion de Henri
IV, que Clément VIII a la sagesse
d'absoudre un an après son entrée dans Paris, ne laissent
plus en présence du véritable roi de France que des factieux,
les ligueurs; des étrangers, les Espagnols. Le courage de Henri
IV, l'élan national, les conseils et la sage économie de
Sully
suffisent à compléter la victoire; elle coûte des millions
abandonnés à des Français qui veulent se vendre et
non se donner au roi, mais pas une province n'est cédée à
l'étranger. En même temps l'édit de Nantes garantit
la liberté des consciences et l'égalité des droits
civils aux protestants qui gardent même des pouvoirs politiques indépendants.
Le spectacle de la liberté hollandaise,
de la prospérité continue de l'Angleterre, de la prospérité
renaissante de la France est un tourment pour les derniers jours de Philippe
Il, auquel survivent Élisabeth
I et Henri IV. Il avait interdit aux
Hollandais les ports du Portugal
où ils venaient chercher les produits des Indes orientales. les
Hollandais, aux dépens du Portugal, visitent et vont coloniser les
côtes et les îles de l'océan Indien, depuis le cap de
Bonne-Espérance jusqu'à la Chine; Cornelis
Houtman, leur plus célèbre navigateur, fonde la première
compagnie des Indes pour concentrer les forces et diriger les exploitations
des particuliers. Les Anglais commencent à se montrer en maîtres
dans les mers de l'Amérique;
Drake entreprend
le tour du monde, et sur son chemin rançonne les établissements
espagnols.
A l'est de l'Europe, deux États
sont agités par des dissensions. Celles de la Pologne vont devenir
éternelles : le trône est électif depuis l'extinction
de la maison de Jagellon; le roi, élu par la noblesse, quelle que
soit son origine, Français, Transylvain ou Suédois, sera
l'esclave d'une diète toujours orageuse : la guerre avec les Russes
entretient l'esprit militaire, mais ne fortifie pas la puissance des Polonais.
La Russie perd à la fin du siècle son dernier roi de la maison
de Rurik : quelques
années de discorde la livreront à l'influence de la Suède,
qui est maîtresse des provinces baltiques, et de la Pologne qui l'enveloppe
par le sud-ouest. (A19). |
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